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mardi 11 février 2014

Balbutiements : Épisode 0

Épisode 0 : Quel petit atelier à tâtons pressés dans la cour ?


Voilà qu'au moment fatidique de rédiger le premier chapitre de cette autographie, roman rêvé depuis tant d'années, le trac, tout à trac, se fait ressentir.

Trac, stage fright.

La peur. Peur du soleil, de la lumière.
Incompatible avec mon amour de la scène, d'être en scène.

Autant commencer par le commencement, cela ira plus vite.


Fausse route.

J'ai fait fausse route.

Faire une fausse route, en médecine, c'est s'étrangler, ne plus pouvoir avaler.

Voilà bien longtemps qu'est arrivé le temps des fausses routes alimentaires. L'âge aidant, certaines fonctions alimentaires de base ne se font plus correctement. Il y a des trucs que je n'arrive plus à avaler. Ça ne passe pas. Ça ne veut pas passer. Ça dérape. Ça s'engorge. Ça déborde. Ça gicle. Ça tousse et ça rit en même temps. Ça sent la fin du fin de la fin. Ça ressort. Ça s'éparpille.

En écriture aussi, j'ai fait fausse route.

En lecture aussi, j'ai fait fausse route.

N'allez pas croire que j'aie fait fausse route en tout.

Mais quand arrivent les fausses routes, il est temps. Temps de s'arrêter, de se reprendre. De réfléchir. Avant de repartir.

Mes fausses routes ont toutes été guidées par la peur.

Par la peur et par la fuite.

Au point d'en avoir fait une maxime personnelle : "Fuir la fuite".

Toute ma vie, j'ai été sous l'emprise de mes peurs. Toute ma vie, j'ai tenté de les vaincre. Toutes, ou presque. Du moins, toutes celles dont je pensais que je pourrais les vaincre, non pas sans bataille, mais avec succès. Je n'aime pas l'échec. Qui aimerait sa propre névrose au point d'y succomber à ce point ?

Ah, ben..., moi, bien sûr !

Oui, enfin, moi, pas tant que ça moi, quand même, faudrait quand même voir à pas trop pousser Mémée dans les orties.

Alors, action !

Car la peur d'être publiée en mon nom seul me bloque depuis des années. Ça me bloque, mais ça ne m'empêche pas de publier, sous mon nom. Des textes en mon nom, j'en ai publié des centaines de pages, et si l'on compte que mes recherches universitaires sont publiques, car elles le sont (même si tout cela reste ultra confidentiel), j'en arrive déjà à un millier de pages depuis la fin de ma thèse. 
C'est dire si la bataille est engagée depuis longtemps.

Alors, quelle était cette fausse route ? Ou plutôt, quelles ont été ces fausses routes, car elles ont été nombreuses.


Si l'on y regarde de plus près, il faut en réalité regarder de plus loin. 

De ma fenestre de Valsenestre © Simone Rinzler
Je m'explique. Chaque fausse route, vue de trop près, avec la myopie du perfectionniste névrosé, semble être un échec. Envisagé de plus loin, avec l'œil aguerri de la vieille presbyte, chaque fausse route disparaît quasiment et une ligne droite de réussite se dessine. L'avancée, droite, rectiligne, inexorable, se fait en tirant des bords pour garder le cap, tout droit, bien droit, devant soi. Ça méandre, ça vire, ça choque le foc, ça secoue, ça tangue. Mais ça avance.

La première fausse route fut le choix de la langue anglaise comme aire de jeux et lieu de travail.

La seconde fausse route fut le choix de la linguistique anglaise dans son acception de linguistique grammaticale avec une spécialisation sur la voix passive anglaise.

Ce n'étaient pas des fausses routes, mais des escales, du cabotage au plus près des côtes, rassurantes. Aller sur les côtes de l'altérité et se rendre compte de son identité profonde pour accoster à bon port.

Alors, si depuis des années, je suis une écrivante, au sens où Barthes l'entendait, je ne me croyais pas écrivaine.

Écrivain, je l'ai été depuis toujours. Ça mûrissait. Tranquillement. En silence.

Il est temps que tout ce qui mûrissait sorte.  En français, ma langue maternelle. Avant d'être complètement blette.

Dont acte.

Le récit qui viendra a déjà été commencé il y a bien longtemps.

Cet atelier est l'atelier de ma pensée.
Une pensée joyeuse, vive. 
Une lutte à mort contre la peur de la mort.



Power Thinking - Winston-Salem © Simone Rinzler

Bingo!