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lundi 21 juillet 2014

Comment Rien

Comment.

Comment rendre compte de sa dépression.

Comment ne pas en rendre compte.

Comment survivre sans vivre tout en vivant.

Comment mettre tant de temps à lire un livre qui plaît et désole en même temps.

Comment rendre justice à Rien. À "Rien (qu'une affaire de regard), premier roman de Philippe Annocque, publié de nouveau dans une version remaniée aux Éditions Quidam.

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Elle se dit qu'elle ne le peut pas, qu'elle n'en a pas le droit. Elle se dit que ce livre a le mérite d'exister, qu'il mérite d'exister, que son auteur a le mérite de l'avoir écrit avec ce que le journaliste du Figaro à appelé en 4ème de couverture "Une écriture blanche, acérée. Un style sec, sans afféteries." Elle pense à ce que pense, ce que penserait l'auteur de ce qu'elle a à en dire. Elle se dit que, de toute façon, il peut bien penser ce qu'il veut, ce qu'il peut, ou ne penser rien du tout. Qu'il a déjà publié. S'est exposé. Qu'elle ne sait pas le faire, ne peut pas le faire, ne veut pas le faire et le fait quand même, sans y penser, en ne cessant jamais d'y penser. 
Elle se demande comment elle est entrée dans l'esprit de cet auteur. Comment elle a souhaité en sortir, allant, venant, ailleurs, loin de l'activité de lecture, d'écriture. Comment elle se dit que cette rencontre du blog de Philippe Annocque à été une vraie rencontre avec un écrivain, avec un humain, avec un homme simple, délicat, tendre. Elle se dit qu'elle le compare à un jumeau de son adolescence, de sa maturité. Qu'elle comprend sa difficulté à conjuguer et à décliner le mode amoureux par le langage et que, comme elle, il sait si bien en parler sans avoir l'air de rien. Rien. L'air de Rien. Qu'il avance son petit bonhomme de chemin. Qu'elle le suit et qu'elle l'annote, l'Annocque nouveau, l'air de rien. Qu'elle a ressorti son stylo, son encre marron, qu'elle a racheté un stylo-plume en allant faire les courses. Que spontanément, après y avoir inséré les cartouches "Terre de Sienne", elle s'est installée à son fauteuil de lecture et a commencé à annoter. À aimer. À se demander comment elle avait bloqué sur ce texte, comment elle avait pu le laisser tomber, y renoncer. Elle repensait à son "Reader's Block", son angoisse de la page noircie par d'autres, son incapacité à se concentrer, son impuissance à lire, à écrire, et à compter dans le monde, sur le monde et avec le monde. Elle s'est dit qu'elle pensait trop, qu'elle n'agissait pas assez. Qu'elle retombait toujours dans le même travers. 

Elle s'est dit qu'elle en avait assez des tergiversations de ce petit puceau impuissant, elle l'écrivaine pucelle impuissante, incapable de publier en son nom propre pour une raison qui lui échapperait toujours. 

Elle se dit qu'elle devrait bien aller le voir, le remercier, le père d'Herbert, le père de ce jeune homme impuissant dont la comparaison entre "conjugaison" et "déclinaison" (pages 178-179) lui inspire des réflexions autres que purement stylistiques. Con-jugare : être sous le même joug (?) ensemble ? Déclinaison : pénienne ? Pen : plume et sexe, impuissance créatrice et impuissance physique. Ses "avortements sentimentaux" : son impuissance physique, oui ! Oh !  Non ! Pas d'impuissance de l'esprit qui toujours tourne sans frein, freinant le corps qui ne sait se dire, ne sait que se taire. Son esprit, toujours en analyse, sans répit, qui le mène à son but, un but qu'il ne connaît pas encore mais subodore et auquel, il parviendra. Ce livre, bientôt terminé en est le témoin.

© Simone Rinzler | 21 juillet 2014
Avec la participation quasi (in)volontaire de Philippe Annocque.