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jeudi 16 octobre 2014

Tu veux que...

Tu veux que ça aille vite et tu vas lentement, tu prends ton temps, tu fais des fioritures, tu prends des libertés, tu t'ecartes du but, tu batifoles et tu papillonnes, tu arrêtes le temps.

Tu veux que ça dure, que ça reste, que ça perdure, que ça macère, que ça filtre, que ça s'infiltre, que ça se prolonge et tu fonces d'un coup. Kschlack !

Tu veux que ça raconte, une histoire et comme tu n'as pas trouvé, d'histoire à raconter, que les histoires t'emmerdent, que tu t'ennuies ,au cinéma, tant les scénarios te semblent plats, si tu compares à ta vie. Tu repenses à "Short Cut" dont tu as trouvé le scénar' un peu faible en pleine crise familiale aiguë. Que tu ne sais pas, ne veux pas raconter d'histoire, ne pas faire d'histoires, ne pas remuer la boue, trifouiller la gadoue, te rouler dans l'égout, Rzanng !, tu désarticules tout.

Tu veux que ça. Ne raconte pas d'histoire, que ça se promène, que ça déambule, que ça se balance et se balade, que ça nous emmène, que ça nous prenne, oui, par la main, que cela traîne, des pieds et des mains. Tu nous entraînes, tu prends le train, tu fais l'école, la buissonnière, tu nous promènes, sur ton chemin, tu ne racontes rien. Tu le fais si bien.

Tu veux qu'on t'aime. Oui, mais pas trop, tu veux qu'on t'aime, pas qu'on t'étouffe. Tu veux qu'on veuille, ce que tu veux. Tu veux qu'on veuille ce que tu veux. Tu veux qu'on te comprenne, oui, mais pas trop. Tu veux être transparente et toute-présente. Tu veux te méfier de la toute-puissance. Tu te repaîs. De ta toute-impuissance.

Tu veux que je, tu veux que tu, tu veux qu'on, mais quoi ?, à la fin !, tu veux que hmm, tu veux que Ça te laisse écrire "Tu veux qu'on te... Haïsse", mais tu ne peux. Aïe ! Hisse ! Mais tu ne peux. T'y résigner. Tu es en manque. Tu es en attente. De réparation. D'un mal ancien. Si tant aimée. Si mal aimée. Si trop souvent. Que ç'en est lassant. Même si c'était. Y a si longtemps.

Tu veux chanter, tu veux composer, ta petite mélodie, ta mélopée, ton odyssée. Tu veux qu'on chante, même sous la pluie. Oui, sous la pluie. Ce n'est pas si fréquent de chanter sous la pluie. Ce n'est pas si tentant de chanter sous la pluie. C'est pourtant si bon. 

Tu veux ne plus chanter sous la direction de, sous l'emprise de, sous. Tu ne veux plus. Être en-dessous. Tu es dessus. Tu chantes ta vie. Ton drôle de chant. Ton chant de l'envolée. Lyrique.

Tu veux manger. Ce serait l'heure, depuis deux heures. Tu veux manger, mais tu ne peux. Tu dois écrire. Ne pas faillir. Ne pas mollir. Tu joueras après. Tu mangeras après. L'appétit, l'appétit, est bien revenu.

Tu veux ne pas, pas tant manger. Ne pas te gaver, ne pas faire du remplissage. Alors tu t'occupes. Tu te remplis. Du vide des mots, tu fais le plein. Le plein de sens. Ton ventre se. Désarrondit.

Tu veux que je, tu veux que tu, tu veux que hmmm, tu veux que Ça te dise, non, tu veux que ça te taise, ton envie, encore, d'enfanter, dans le vide, de la nuit, diurne. Tu veux dire que. Que tu es grosse. Grosse d'une œuvre. Tu es enceinte. D'une œuvre nouvelle, différente de l'ancienne qui ne t'intéresse plus autant. Un œuvre grosse. Plus grosse que toi. Nous y voilà. Tu y es. Débrouille-toi seule. Avec ça. Je m'en débarbouille. Les mains. À la pierre ponce. Pilate ?

Tu veux ne plus. Vouloir souffrir.

Et pourtant, tu

Tu as repris 

Le chemin.

Le chemin de torture.

Quel délice.

Le chemin d'écriture.

© Simone Rinzler | 16 octobre 2014 - Tous droits réservés