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lundi 8 décembre 2014

Chez nous, on ne se dispute pas..

"Chez nous, on ne se dispute pas '". 

Chez nous, on ne se dispute pas. 

On crève. 

On a déjà crevé de l'impuissance à s'exprimer. Le désir bourgeois d'élévation de la Madame Verdurin au petit pied lie la parole aux bonnes mœurs. Point n'est besoin de crier, de s'étriller. On ne se déchire pas comme des charretiers. La Verdurin règne sur sa maisonnée. Malheur à qui tentera, ne serait-ce qu'une fois, de rompre la belle harmonie de surface. Alors, on ne se dispute pas, on ne s'insulte pas, on ne montre pas même son désaccord. On file doux. On s'effiloche dur, durement, durablement. 

On meurt, à petit feu, nourri de l'interdit du dissensus, du différend. On se conforme, tant bien que mal. On en fait sa seconde nature. 

On s'étiole. 

Vérole de la parole. Interdite. Muette. 
Tue. 
Morte. 

On parle une langue morte. 
On vit comme des morts. 
On révère nos morts. 
On n'a aucun savoir vivre. 

La liberté viendra du corps. Du corps muet, du corps muant, du corps exigeant, remuant, vivant. Sous la carapace, caparaçonné. 
Le corps, seul capable de la force du coup de force pour s'imposer, sans un mot, sans dispute, sans autre lutte que celle du corps avec le corps, aimé. 

Transmission muette du langage  des corps désirants. 
Corps salvateur hors du corps social. 

Liberté gagnée sur le champ de la bataille linguistique du dominant, toujours-déjà perdue, sous les coups, les à-coups, les remous du corps saillant, vivant. 

Langage bâillonné. 
Corps oublié gagne. 
La dispute. 

© Simone Rinzler | 8 décembre 2014 - Tous droits réservés