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jeudi 18 décembre 2014

Le travail, dans un modèle matérialiste qui sclérose et déresponsabilise

Le travail, dans un modèle matérialiste qui sclérose et déresponsabilise, selon Boris Cyrulnik.

J'ajouterai : 

Surtout dans une société qui a fait le choix de l'infantilisation au détriment de l'émancipation de ses citoyens.
Chaque nouvelle régulation, chaque nouveau flicage du travail empêche de travailler et détourne l'attention du travail fait avec intérêt, soin et sérieux pour devoir se justifier selon les termes de celui qui impose sa norme de travail. Un modèle en cours de rigidification prononcée qui interdit de trouver de meilleures façons de travailler, ou de travailler à sa manière dans les professions où cela était encore possible, transforme les uns en matons, les autres en détenus, ou les uns en Mère ou Père Fouettard et les autres en Poil de carotte a priori toujours mauvais.

C'est cet a priori de délinquance programmée qui gangrène toute volonté de faire de son mieux et de trouver un intérêt à son travail, quel que soit son travail. 

L'a priori d'incompétence de celui qui doit travailler aux ordres empêche la fierté de faire ce que l'on fait et dénarcissise chacun isolément et, en bout de parcours, une société toute entière.

Oui, le travail est beau. Tant que chacun peut avoir un minimum vital de liberté. 

Ne serait-ce que la liberté de pouvoir prendre une petite pause nécessaire.

J'ai eu la chance d'avoir un travail dans lequel, dans le respect des programmes imposés, chacun pouvait organiser à sa guise. Cette liberté s'est petit à petit perdue dans des grands projets imposés d'en haut. Personne ne peut imaginer la souffrance d'avoir à faire autrement que de la manière dont on sait que l'on fait bien. Pour se protéger de deux, trois feignants, d'un éventuel taré, on traite tout le monde en feignant et en taré. 

Et, petit à petit, insensiblement, chacun devient, à son corps, son cœur et son esprit défendant ce taré, ce feignant, celui qui fait honte à sa profession, quelle que soit sa profession. 

Mais quelle méconnaissance du fonctionnement de l'humain.

[End of rant]

Je m'en vais retourner y réfléchir en pensant à mon livre sur Chaplin, abandonné sous la charge des injonctions à faire ce qui m'était demandé, à savoir, ne plus travailler, mais passer mon temps à rendre compte de mon travail. 

Mes deux dernières années d'enseignant-chercheur ont été passées à faire des dossiers, des CV, des préparations d'évaluation de notre équipe de recherche.

Je n'ai ai lors plus produit qu'un ou deux articles par an qui étaient déjà en route depuis un certain temps, puis plus rien de nouveau n'a pu se produire. 

J'étais épuisée, vide, sans idées. Autre que celle de me reposer. Enfin. 

Combien, combien se sont ainsi gâchés ?

Je ne peux m'y résoudre. J'enrage encore. 

Calmement, maintenant, que me voici dégagée du management néo-libéral qui m'a été imposé contre mon gré et ma conscience.

J'ai dû me résoudre à m'arrêter, à prendre ma retraite à 60 ans pour longue carrière (j'ai enseigné l'anglais de la 6ème à l'agrégation), du collège à l'université, avec fougue et passion et un engagement à toute épreuve, sauf cette dernière, qui m'a fait plier d'abord, puis craquer ensuite alors que je me préparais à poursuivre mon petit bonhomme de chemin avec l'entêtement de ceux qui font le choix de se mettre au service des autres, du Commun).

Voilà qu'après avoir travaillé sur les manifestes dans le monde anglophone au XXe siècle, je fais, moi aussi, mon appel manifestaire avant de me replonger dans mes écrits et dans Chaplin, Marx et Orwell, pour parvenir, enfin à les publier, maintenant que je me remets doucement et commence enfin à pouvoir aligner, à nouveau, deux, trois phrases un peu cohérentes.

Relevez la tête.
Il n'y a rien à perdre à redevenir des êtres humains.
Œuvrez pour le Commun.
Unissez-vous.

© Simone Rinzler | 6 octobre 2014 - tous droits réservés