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vendredi 9 janvier 2015

Bon, OK, #JeSuisCharlie #JeSuisCharlie3...

Bon, OK, #JeSuisCharlie, mais je suis aussi Pierre Dac, de son vrai nom Isaac André, ancien résistant et trublion complice de Francis Blanche, et lui, en réponse à l'inquiétante question existentielle "Qui suis-je ? D'où viens-je ? Et où vais-je ?", il disait :
"Je suis moi, je viens de chez moi, et j'y retourne."

Tout ça pour dire que ça me fait chier de ne plus rien faire d'autre que d'être Charlie.

Et que j'ai une folle envie de rigoler. 

Parce que j'ai toujours été inquiète, plus inquiète que la majorité des gens, que la conscience politique ne m'a jamais quittée, et qu'on m'a souvent dit que j'exagèrais.

C'est même pour cela que mon premier document de synthèse pour mon HDR, trop engagée, a été refusée par collègue américain qui, de surcroît, s'est mis à le lire après la date limite où il devait rendre son rapport sur mon travail de recherche.
Que j'ai dû tout réécrire en "bridant mon enthousiasme".
Que j'ai écrit le document parfait, magistral (à tous les sens du terme), une écriture "qui fait penser", dixit le jury (dixeunt, car ils furent plusieurs à dire, parmi les éloges, mérités et que je n'ai pas boudés : "Tu nous forces à penser".

Oui, toute une vie d'homme, une vie de femme, à penser, à vivre, à réfléchir, à transmettre.

Alors, oui, j'ai envie de rire, mais j'ai aussi une terrible rage rentrée.

Je me suis écroulée sous les coups de ce nouveau fonctionnement de l'université qui m'a empêchée d'être recrutée Professeur d'université et de poursuivre jusqu'au bout ce qui avait été la mission de toute ma vie : transmettre, penser, apprendre à réfléchir, dans la joie de vivre et la bienveillance. 

Les maîtres censeurs ont temporairement gagné.

Je ne serai jamais plus Professeur d'université. J'ai pris ma retraite, blessée, bousillée, burnoutée, démotivée et désespérée, malgré le sourire et l'envie de rire toujours aux lèvres depuis quelques mois enfin.

Dans une période agitée, Le retour sur soi est nécessaire, pour comprendre sa propre colère, son propre désarroi, mais aussi son propre enthousiasme angélique stupide de la veille. Il n'y a pas lieu de pavoiser. 

Chacun doit faire en fonction de ce qu'il est. De ce qu'il peut.

J'ai lu aujourd'hui quelqu'un qui écrivait que ce qui arrive aux français, en ce moment, c'est de se rendre compte qu'ils sont encore vivants, eux qui avaient fini par s'éteindre, peu à peu, comme je m'étais éteinte.

Alors, non, ce n'est pas de la joie, cet enthousiasme subit (au sens de "tout à coup", subitement, pas du verbe "subir"), c'est un vieux ressort rouillé qui marche encore, qui peut encore rendre des services dans l'espace public, qui se remet à bouger, en grinçant, tout rouillé, un peu vieux, un peu branlant. Mais il va falloir huiler ce ressort-là, collectivement.

Je vais tenter de déverrouiller mes articulations brisées pour continuer à avancer dans la voie que je me suis tracée : celle qui transmet et fait croire à l'espoir.

Parce qu'elle y croit.

Envers et contre tout.

© Simone Rinzler | 9 janvier 2015 - Tous droits réservés - [Mais on peut quand même partager. C'est vrai, je ne suis toujours pas juriste mais je suis très partageuse, comme fille. Surtout pour ce genre de choses]