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vendredi 16 janvier 2015

Tu aimes les portraits de dos... Blason - Écrire le corps

Tu aimes les portraits de dos, les portraits de femmes de dos, les tableaux de Vilhelm Hammershøi, les photos des hommes de dos.

Tu te demandes pourquoi. Le dos ne mentirait pas ?

Tu te souviens de ces jours où, membre du jury d'un concours, tu déjeunais parfois seule, pour te reposer des interrogations du matin avant celles de l'après-midi. Tu regardais ces dos, ces bas de dos, des reins aux pieds. Ils te disaient ce qu'étaient ces femmes, ces hommes, ces adolescents. Un panneau t'empêchait de voir plus haut. Tu ne voyais que les enfants en entier. Mais pour les autres, rien d'autre que le bas de leur dos, leur démarche.

Culs affalés, culs pressés, fesses rondes, fesses plates, fesses mouvantes, fesses anonymes, inconscientes de leur existence. Regarder le monde par le côté des fesses. Pas des fesses érotiques. Du côté des fesses affairées. Des fesses innocentes. Des fesses déambulantes. Fesses hors représentation. 

Impréparé au spectacle de son exposition, le dos, le bas du dos, les jambes, les pieds te racontent leur histoire bien mieux que les visages.

Dévisager le corps, c'est lui ôter le visage, le sourire confectionné, la moue apprêtée, l'image sociale travaillée. 

Dé-visager le corps, c'est porter attention au corps. Le dos, les fesses, les mains, les pieds. Objets inconscients et animés.

Blasonner le corps dé-visagé. Regarder l'humanité passer. Offrir, aussi, au regard, son propre corps, dé-visagé, inapprêté, offert, inconscient de son effet.

Que disent nos corps que ne disent pas nos visages ?

Que disent les corps que ne disent pas les visages ?

© Simone Rinzler | 16 janvier 2015 - Tous droits réservés 

Note : Le blason est un art littéraire médiéval. Il encense le corps - de l'être aimé - partie après partie. On parle des blasonneurs du corps. Le poète François Villon en fut un. (De mémoire, parfois défaillante. Pour plus de précisions, le lecteur est prié de consulter une encyclopédie de son choix).