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mardi 27 janvier 2015

Tu retravailles ton petit manuscrit...

Tu retravailles ton petit manuscrit.

Tu te relis.

Tu relis ton texte "Vous n'avez pas de désir...".

Tu ne ne relis pas. Tu l'as relu hier et tu y repenses. Tu as fini de lire "Le Démon avance toujours en ligne droite", cette nuit. Tu n'as pas repris de nouveau livre. Tu attends une amie que tu as invitée à passer quelques jours à la maison. Tu ne t'agites pas dans une frénésie de ménage, cela ne t'a que très rarement pris sur le mode de la frénésie. Tu repenses à l'absence de désir.

Tu cherches depuis des années pourquoi tu n'arrives pas à publier en ton nom. Tu as déjà émis des hypothèses diverses, ici aussi.

Il te vient que peut-être, tu n'en as tout simplement pas le désir. Tout juste une envie, récurrente. Tu n'aimes pas la précipitation. Tu as besoin de te sentir prête. Tu vas envoyer quand même ton petit manuscrit et tu verras bien ainsi ce qu'il en est de la satisfaction apportée.

Mais tu crois déjà savoir. Le désir d'écrire est une chose. Le désir d'être lue en est une autre. Tu sens que tu n'es pas à la recherche d'une quelconque gloire ou gloriole. Tu as déjà pu comparer le plaisir du chant en concert, un plaisir collectif, humain, charnel, in vivo et la satisfaction de publier tes textes, tes textes de recherche. Tu sais, tu sens, tu ressens qu'il n'y a aucune commune mesure entre le désir d'écrire et le désir d'être publiée.

Le désir d'écrire est un désir qui (te) procure une jouissance. La publication ne te procure qu'une satisfaction. 

Tu es une femme de chair, une femme de chaire aussi. Le désir et la jouissance sont des désirs de corps et des désirs de jouissance qui doivent passer par le corps. La publication ne passe pas par ton corps, par la présence des corps écoutants. 

Tu préférerais lire tes textes à voix haute, sur scène ou même, les déposer, un peu morts, sur Internet, sans interaction directe. La jouissance d'être est jouissance des corps. Tu réfutes l'intellect pur, sans corps, sans chair, sans âme même, pourrais-tu dire.

Tu as peut-être avancé dans ton chemin de pensée.

Tu ne sais pas.

Tu enverras ton manuscrit.

Tu verras.


Tu peines à y aller. Quelque chose de plus fort que toi te fait peiner. Tu n'en a pas l'envie. Pas maintenant. Pas encore. Peut-être ne l'auras-tu jamais.

Faut-il donc s'imposer à soi-même ce dont on n'a aucune envie.

Tu réfléchis.

Après tout, c'est peut-être vrai.

Tu es une fille simple.

Bien plus simple que tu ne le crois.

Tu ne te perds pas, ne te perds plus dans des rêves de toute-puissance. Ils te font tomber dans l'impuissance, te compliquent la vie. Ta vie est si belle et si simple.

Profite de ton heureuse nature, ma fille. 

Profite !

Et n'oublie pas de reprendre et d'envoyer ton manuscrit. Tu en auras le cœur net.

© Simone Rinzler | 27 janvier 2015 - Tous droits réservés