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dimanche 22 mars 2015

#MoocDQ3 1056 20150321 Fanfan, j'ai vraiment quelque chose à te dire...

#MoocDQ3 1056 20150321 - Fanfan, j'ai vraiment quelque chose à te dire...   

Fanfan, j'ai vraiment quelque chose à te dire !   

François a son air contrit. Il a besoin de se confier. Il prend son courage à deux mains, comme si Fanfan était sa pire ennemie. Il sait bien, pourtant qu'elle est sa meilleure amie, sa meilleure amante, sa meilleure copine, sa meilleure épouse. Sa Fanfan, quoi.    

Il sait qu'il vont passer toute la soirée, un bonne partie de la nuit, à parler, à discuter. Il sait qu'il va devoir affronter ses démons, ceux qui le rongent. Mais il sait aussi qu'il faut y aller. Que ce n'est qu'un très mauvais moment à passer. Très mauvais. Au début, il doute toujours. Il à du mal à se jeter à l'eau. Ça lui coûte. Mais il sait aussi que ça ira beaucoup mieux après. Qu'il se sera lavé. Qu'elle l'aura rassuré. Et surtout, rassuré de son amour. Il a toujours besoin d'être rassuré. 

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-Oh toi, tu as quelque chose qui ne va pas... Quand tu débandes comme ça, d'un coup, c'est que tu as quelque chose qui te tracasse.  Tu pensais à quoi, là ?   

- Oui. C'est ça...  Je repensais à ce type qui est venu dans ma libraire samedi dernier. Tu sais, Benoît, là. Je t'en ai parlé l'autre jour. Depuis que j'ai repensé à tout ça, ça a réveillé les mauvais souvenirs.   

Et puis, tu sais, je me suis demandé si finalement je ne serais pas le mieux placé pour raconter vraiment moi-même ce stage.   

-C'est bien ce qu'il t'a demandé, non ?, de le lui raconter.   

-Oui, c'est ça. Mais, enfin voilà, en fait, je me demandais si ce ne serait pas mieux que ce soit moi qui l'écrive. Je connais tous les détails, après tout. Son récit ne serait que de seconde main.   

-Mais, qu'est-ce que tu racontes ? Tu délires complètement, là. Et si tu te mets à écrire, qui va s'occuper de la librairie ? Tes vendeurs ? Tes vendeuses ? Ils sont bien dévoués, ce sont de très bons employés, Martha est très bien formée. C'est vrai qu'elle saurait te remplacer. Mais ne laisse pas ta place. Tu ne pourras jamais plus la reprendre. Tu as déjà oublié la grogne de Noël dernier, peut-être ? Ils font bien marcher la librairie parce que tu es là, que tu remets chacun au travail et à sa place quand est nécessaire. Si tu ne le fais plus, ta librairie va t'échapper, et elle va péricliter.   

Et en ce moment, ce n'est pas très difficile de faire mourir une librairie.  

Tu le sais bien.   

C'est toi-même qui me l'a déjà dit et répété.   

Et puis, je pense que ce ne serait pas très heureux pour toi. Tu as besoin de t'occuper de choses terre à terre, de t’ôter tout projet trop grandiose de la tête. Sinon, tu sais bien que cela ne te réussit guère. Tu ne vas tout de même pas nous refaire ton épisode de la dernière fois. Laisse tomber, va !   

Il faut faire confiance aux gens.  Tu te souviens de ce qu'il te disait, ton copain, Frédéric ?   Et bien, Frédéric, il a raison. Il n'y a pas que moi qui te le dis. Je le dis pour ton bien. Si ce ne sont pas les gens que tu aimes bien qui te le disent, qui, à ton avis, te le dira ? Tes employés. Tes collègues libraires avec lesquels tu t'es associé ? Compte sur le local, pas sur le global. En amitié, c'est le local qui est éco, qui est logique, qui est bon pour ton écologie personnelle... Je t'ai déjà nui, moi ? Frédéric, non plus. Écoute-nous au lieu de n'en faire qu'à ta tête. Mène une vie saine avec ceux qui t'aiment et ceux que tu aimes. 

Cette histoire, ce n'est pas la tienne, tu n'en es pas le responsable. Tout juste le dépositaire, et encore, et tu n'es pas le seul. Il peut aller en voir d'autres. Je te rappelle que ça ne t'a pas franchement arrangé, tout ça. Ce n'est pas ton histoire. Laisse donc tomber ça et viens donc passer du bon temps avec moi.   

Je suis fatiguée du boulot.   

Qu'as-tu comme bon livre à me proposer ?  

Ou un petit film plutôt ?    

J'ai besoin de me délasser. Et toi aussi...   

La semaine a été rude, Fanou. Profitons de notre bon temps pendant qu'il est encore temps.   

Et laisse donc tomber ce projet d'écriture.  

Tu vas t'y tuer, si tu te remets là-dedans. Je ne crois pas que tu souhaites rééditer le merdier de tes premiers essais. Surtout là. C'est une histoire trop compliquée. Tu es trop impliqué. Ça va te bousiller encore un peu plus. Laisse donc tomber, va.   

Tiens, on va se faire un bon chocolat chaud et se regarder un bon film, tous les deux. Tu verras, ça va passer. Ça passe toujours.   

-C'est vrai que tu as raison. Tu me connais bien, ma Fanfan. Mais tout de même, ça m'ennuie toujours de dépendre de toi, de tes conseils. Et tu sais aussi que ça m'énerve un petit peu que tu aies toujours raison. Mais, je te fais confiance. Il n'y a que toi pour se préoccuper comme cela de moi, de mon bien-être.  

- Et oui ! T'en as de la chance d'être avec une fille comme moi !

-Pas du tout ! C'est toi qui en as de la chance d'être avec un type comme moi ! Avec un autre, tu t'ennuierais ! 

Il se jette sur elle, en riant.  Elle rit aux éclats. Laissons-donc ces deux-là...


© Simone Rinzler | 21 mars 2015 - Tous droits réservés