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samedi 11 avril 2015

#MoocDQ3 3456 20150411 Un ajout du narrateur omniscient : Elle allait s’épancher sur sa difficulté à réécrire tout en écrivant. Elle rencontrait des difficultés qui lui paraissaient insurmontables.

3456 2015041 Un ajout du narrateur omniscient : Elle allait s’épancher sur sa difficulté à réécrire tout en écrivant. Elle rencontrait des difficultés qui lui paraissaient insurmontables.   

Elle allait s’épancher sur sa difficulté à réécrire tout en écrivant. Elle rencontrait des difficultés qui lui paraissaient insurmontables. Pourtant, elle avait continué à écrire ce matin, avant le déjeuner. Mais elle continuer à s’interroger, à se demander, non plus Pourquoi ?, mais Comment ? Quand tout à coup, elle se rendit compte que là, elle perdait vraiment son temps. Quand le temps des « Pourquoi ? » est passé, il faut aborder le temps des « Comment ? », mais pas des « Comment ? » avec point d’interrogation, ni même celui des « Comment… », sans point d’interrogation, sous forme de réponse.
Le « Comment du Comment », c’est le recommencement, la reprise de l’écriture, c’est l’action en elle-même, c’est le « Comment en action », c’est l’acte d’écrire lui-même. 

Alors, elle s’y était remise. Mais avant, elle devait mettre un terme à ce qu’elle avait quand même écrit le matin même, sans trop se poser de question. Elle n’avait plus qu’une phrase à ajouter pour passer à autre chose, pour reprendre le récit où elle avait recommencé à le replacer. Elle était en train de hiérarchiser son histoire, de rénover sa chronologie, tout en essayant de ne plus perdre ses lecteurs ; certains s’étaient plaints de hauts et de bas dans la narration, elle ne pouvait pas en faire abstraction. Elle voulait présenter un récit qui se tienne, qui tienne le lecteur et ne le perde pas. Après quelques corrections sur son long fichier informatique, la veille et l’avant-veille, pour améliorer le confort de lecture du lecteur, en ajoutant des titres plus ou moins calqués sur les romans anglais du XVIIIe siècle afin que ce « cher lecteur » comprenne plus vite qui écrit quoi, elle s’était remise à une introspection dans le cadre du Journal de 6M1, son alter ego littéraire. 


Voilà ce qu’elle avait écrit : 

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05JS Journal de 6M1 : Voilà un temps fou que tu n’as pas écrit. Tu as bien vécu, tu as ri, fait des préparatifs joyeux, t’es amusée, es sortie, a glandé, bien rigolé, tu as ri, tu t’es détendue, tu as laissé l’histoire mûrir en toi.   


Voilà un temps fou que tu n’as pas écrit. Tu as bien vécu, tu as ri, fait des préparatifs joyeux, t’es amusée, es sortie, a glandé, bien rigolé, tu as ri, tu t’es détendue, tu as laissé l’histoire mûrir en toi.  

Tu as tenté d’en faire un résumé à Ton Prince, etc. Tu hésites encore à lui faire lire ton travail. Tu le lui as dit. Tu ne veux pas que sa critique t’empêche d’avancer. Tu sais que ce que tu écris n’est pas sa tasse de thé littéraire. Tu vas lui faire lire les livres de ceux de l’atelier qui ont déjà publié. Tu es certaine qu’il aimera beaucoup. Tu sais en même temps que tu aurais besoin de son avis. Mais tu es bien trop fière, bien trop orgueilleuse, bien trop perfectionniste pour présenter ton travail en cours d’élaboration à un critique si sévère, si acéré, et surtout, toujours si juste. 

Tu constates, avec lui, que tu as gagné ton objectif premier : sortir de ta dépression, trouver un rythme de croisière pour ta jeune retraite, apprendre à vivre sans travailler. Vous en convenez. Cela ne pouvait pas mieux être. Un premier but est atteint. C’était le but visé, même si ce n’était pas le seul.
Tu t’étais fixé au moins un triple but dont tu savais qu’ainsi, tu ressortirais finalement gagnante, car tu sais aussi qu’une dépression bien prise en charge ne peut s’éterniser si longtemps, à moins d’avoir plaisir à s’enterrer, à s’enferrer. Tu as tenu bon. Tu as travaillé à sortir de ta dépression en répétant : « Je suis déprimée… », « Je suis déprimée ! », parfois même en rigolant, car on peut bien être sévèrement déprimé et continuer à rire, mais pas d’un grand rire franc. Tu te souviens du jour où sur un quai de RER, tu avais déclaré, calmement, sans te rouler par terre, que tu étais désespérée. Tu l’étais. Tu ne le montrais pas. Mais ce jour-là, c’était sorti, tu l’avais dit, comme avec détachement. Tu avais déjà pris le long chemin de la pente descendante. Tu t’étais détachée de toi-même. Tu descendais, continûment, avec constance et une forme d’inconscience en dépit de ta froide lucidité. 

Tu as retrouvé le chemin de tes sentiments, de tes sensations, de ta jouissance physique et intellectuelle, tu as renoué avec le jeu, la vie, les plaisanteries, la vivacité, ton corps même s’est affiné. Tu te refais belle. Tu es toujours aussi belle, aussi souriante, tu as presque cessé de faire la grimace, encore quelques semaines et va savoir, peut-être même que tu l’auras oubliée, celle-là, ta moue dubitative de fille enfermée dans son esprit torturé, bousillé, écrabouillé.
Tu as pris conscience il y a quelques semaines que ce que tu avais commencé à écrire était un journal de sortie de dépression. 

Tu as trouvé le truc, le « Tu » du « Roman de ‘Tu’ », une manière de te mettre à distance tout en t’interrogeant, une forme d’introspection salutaire que tu maintiens avec constance, depuis novembre ou décembre dernier, soit environ quatre ou cinq mois. Tu te souviens que tu avais commencé à écrire un récit bien avant de cesser le travail, il y a plus de deux ans, en janvier, un travail d’acceptation autobiographique qui t’avait permis de retrouver une mémoire enfouie de ton enfance. Tu as même retrouvé ta première amie d’enfance. Tu as joui de ce grand bonheur. Tu as réparé une grossière erreur, tu as refait le lien avec ta vie passée. Tu es capable désormais de la regarder paisiblement. Tu as pu t’investir dans la grande plongée dans un roman, une histoire de rien, pour une fille qui croyait ne pas savoir tisser d’histoire, mais qui savait et sentait qu’elle avait une fibre d’écrivain depuis bien longtemps. Tu as publié quelques petits textes dans une revue internationale, en français et en anglais au mois de janvier dernier, dont un extrait du « Roman de ‘Tu’ » et un vieux texte en anglais dont tu es très fière. Tu ne te sentais pas prête. Tu l’as fait quand même, dans l’urgence, la panique et dans un moment de drame national qui t’a perturbée et a bien failli te faire renoncer à la sollicitation du directeur de la Revue. C’était Le Zaporogue le numéro XVI, concocté par Sébastien Doubinsky qui t’avait sollicitée pour que tu proposes ce que tu voulais, un écrit, des poèmes, un essai, ce que tu voulais. Il te faisait confiance. Il t’a aidée à reprendre confiance. Prendre, reprendre confiance en toi, à nouveau, ailleurs, dans un autre domaine. Tu l’avais perdue, cette confiance-là, cette innocence-là que tu avais toujours eue avant d’être démolie par la dureté de la compétition dans une université mise au pas et encadrée par une ennemie de longue date à laquelle tu n’avais fait rien d’autre que d’exister et la menacer par ta propre existence dans ses pattes. Cette fille-là avait toujours tué celles et ceux dont elle pensait qu’ils pourraient l’empêcher de régner sans partage sur sa bande de copines. Tu les as quittées, sans aucun regret. Sauf peut-être celui de ne pas être partie avant, ailleurs, n’importe où, voire plus tôt en arrêt maladie. Elles t’ont bien rendue malade. Les réformes aussi. Tu n’en pouvais plus. Tu as terminé, épuisée, comme tu avais vu terminer épuisés tant de collègues depuis que tu enseignais, du collège à l’université. Tu es enfin heureuse, vraiment heureuse de ne plus avoir à aller travailler. Le métier de la transmission est un métier qui t’a toujours passionnée. Mais tu l’as toujours su : tu n’es pas masochiste. Tu n’aimes pas te laisser imposer l’inacceptable. Tu as juste continué jusqu’à ce que tes dernières forces te lâchent. Tu n’en conçois plus aucune amertume. Tu as retrouvé le rythme de croisière d’une vie si ancienne que tu en avais oublié jusqu’à l’existence. Et tout te reviens. Ta joie de jeune femme, de jeune fille. Tu rajeunis à vue d’œil, sinon physiquement, du moins moralement. Tu ne sens plus le poids des ans. Ils se sont évanouis. Partis. Enfuis. Tu profites maintenant de ta jeune vieillesse en bonne santé. Tu attends que ton compagnon puisse lui aussi en profiter, encore trois petites années et bientôt, à nous les voyages, les sorties, les balades, les loisirs sans travail, ni copies, ni élèves. Du temps pour nous, enfin, et les petits-enfants, et les futurs à venir, encore, et nous, éternels grands-enfants, amoureux mieux qu’au premier jour, beaux, intelligents et heureux. 

Tu te rends compte que tu es en train de faire un bilan. C’est le point de départ visible d’un voyage vers l’à venir, déjà bien entamé. Tu le sais pour avoir travaillé sur le sujet. Pour avancer vers le futur, il ne faut se concentrer ni sur le présent seul, ni sur le passé seul. Cela est le propre des grincheux et des insatisfaits, des pamphlétaires et des chantres du « C’était mieux avant ! ». Non, ce n’était pas « mieux » avant ! c’était différent. Maintenant, c’est autrement. Et c’est rudement mieux ! C’est de mieux en mieux. On se connaît. On s’aime. On sait qu’on s’aime. Tu sais qu’il sait et que tu le sais. Il sait que tu le sais et que tu sais qu’il sait. 

Seul le va-et-vient entre passé, présent et avenir est une démarche équilibrée, une démarche de qui est en marche, en état de marche. 

L’introspection que tu as acceptée, après avoir fait tes gammes stylistiques sur ton blog ouvert depuis un an et déjà deux mois (tu n’es pas du genre à fêter les anniversaires) est une introspection issue d’une recherche de style. Le style a précédé le sujet. La recherche du style dans lequel tu te sentais bien pour écrire a été ton premier travail. Du style approprié, naît l’histoire qui l’accompagne. Pour toi, le langage, la grande passion de ta vie avec le chant, la musique, la vie dans des groupes électifs d’affinité collective, et ce que tu passes sous silence ici, mais tu sais bien, tu vois bien ce que tu veux dire…,  
…pour toi le langage est prégnant, le langage est présent.  

Même dans le silence.  

Tu as cultivé le silence du langage et l’isolement en tête à tête avec toi-même, tu as retrouvé la parole, une parole, une voix, ta nouvelle voie. 

Tu écris.  
Tu es bien. 
Tu continues. 

Ton impression de ne pas travailler n’était, comme d’habitude, qu’une impression. Tu sais que tu dois t’accorder du repos, du répit, même dans ce que tu aimes bien. Tu rejettes le trop-plein. Tu choisis le *juste bien*. 

*Boucles d’Or* est devenue une bien belle *Boucles d’Argent* alors même qu'elle n’a pas encore commencé à grisonner.   

Tu rayonnes. 

Tu profites de ta vie. 

Tu te demandes pourquoi et comment tu avais fini par oublier que tu savais le faire, naturellement, sans te forcer, en ne faisant que ce qui te plaît et sans te forcer à ce qui te répugnes. Tu reconnais que tu as eu des torts et que tu t’es bien trop forcée dans un domaine qui t’avait été si étranger quand tu y étais arrivée, que tu avais eu l’impression d’être un Claude Lévi-Strauss de l’Academia, tentant de comprendre comment opérait et fonctionnait cette tribu-là, tu te souviens l’avoir dit à tes amis Professeurs d’université quand ils t’ont accueillie en divers endroits, à diverses reprises. Tu avais fini par oublier que tu étais étrangère à un certain type d’académie, l’Académie des sans-vie, des sans-joie, des sans-cœur, et que tu avais dû faire des efforts inconsidérés pour te conformer, te faire accepter, et tu avais peu à peu, renié, abandonné, ta fraîcheur, ta gaieté, ta spontanéité, ta vie qui déborde. Tu y as gagné en profondeur, mais quelle perte personnelle. Tu as gardé assez de raison pour ne pas te laisser t’aveugler et délaisser celui qui t’accompagnait, comme tant de femmes sur ce chemin de la gloire et de la reconnaissance de l’université. Toi, tu n’as jamais eu de mépris pour lui. Tu as toujours été avec lui. Tu ne pouvais pas le renier. Tu as délaissé un poste facile à obtenir au fin fond du bout des terres, au loin. Tu l’as parfois regretté, tu en as souffert. Mais rien ne comptait plus que ta présence auprès de lui. Tu étais devenue si austère, si perdue dans ton désert que tu as bien failli le perdre, il t’avait en quelque sorte abandonnée tout en restant à tes côtés, toujours, bienveillant, te houspillant, te soutenant, t’aimant, te baisant. Tu as tenu bon. Tu as cru en lui, comme toujours. Tu as bien fait. Ton Prince, etc. est ta perle. La perle que personne n’avait su découvrir quand tu l’as découvert. La perle était bien cachée. Tu l’as fait briller, ta perle. Il luit désormais. Vous vous êtes tant donné l’un à l’autre. Vous vous aimez.
Tu n’es plus dans ton histoire d’amour en amitié, tu viens de dévier vers ton histoire d’amour. Tu as retrouvé Ton Prince, etc., Ton Prince Qui N’aime Pas Que Tu L’Appelles Ton Prince, Parce Qu’Alors Il Se Transforme En Carabosse, en Dragon Et Détourne Les Talons, tu es bien, Cendrillonnette, avec Ton Prince Qui N’a Rien D’Un Falot Jeune Héritier Disneyien. Il t’a réveillée d’un long baiser prolongé, pas du tout ou vous croyez…  

L’amour, ce n’est pas l’amour sans le sexe. 

Ça, ça ne s’est jamais arrêté. 

Le désir s’est pourtant dérobé, bien souvent pour toi, la pratique, jamais. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas faim qu’il ne faut pas manger. On a juste moins d’appétit. Mais on goûte quand même et on finit par apprécier, et aussi, plus souvent qu’à son tour, par en redemander…  

Tu t’aperçois que ce « Roman de ’Tu’» est partie intégrante de ton projet de roman. Tu voulais expérimenter que le bonheur pouvait s’écrire au présent, tordre le cou à cette citation d’un philosophe dont tu as oublié le nom, un mélancolique certainement, c’est pour cela qu’il n’a pas franchement retenu complètement ton attention, ce philosophe, bien peu spinozien, bien peu deleuzien, qui prétendait que le bonheur ne pouvait s’écrire au présent. C’est pourtant en te penchant sur le deuil de ton histoire d’amour en amitié avec l’université que tu as revivifié tes souvenirs de bonheurs passés dans des stages de chant en écrivant, au présent de l’écriture, au bonheur du présent de l’écriture, l’histoire d’une histoire d’amour en amitié dans un atelier d’écriture, toi qui n’avais jusque-là jamais suivi de stage ni d’atelier d’écriture. Te voilà un nouvel objectif atteint. Tu tiens le bon bout. Continue. Tu es sur la bonne voie. Mais n’oublie pas de te lever un peu. Tes fesses et ton dos te conjurent de de détendre le corps et de prendre de l’exercice, en attendant ton sport préféré, tout à l’heure, ce soir, avec le baiser bien placé, bien appliqué, de Ton Prince, etc.   
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Au moment d’ajouter la fin de cet extrait du Journal de 6M1, elle se rendit compte qu’elle avait perdu son idée. Mais pas l’envie de continuer. Elle était dans le « Comment », pleinement dans le « *omment en actes », le « Comment en action » et non dans le « Comment en acte de langage ». Elle abandonnait graduellement sa fonction de commentatrice, d’universitaire, elle devenait de plus en plus romancière. Elle faisait tout ce qu’il fallait pour ce faire. Elle était au travail. Les choses semblaient avancer toutes seules. Il n’avait suffi que d’un petit rien, un tout petit rien ; cesser de s’interroger et s’y remettre, non sans un appel au secours auquel fort heureusement personne ne réponda, euh…, ne répondit. Elle n’avait pas pu s’empêcher de la faire, celle-là, elle était incorrigible, et c’était tant mieux. La joie s’était durablement réinstallée. Elle avait fait le deuil de son ancienne activité. Se faisait belle, se maquillait et se douchait. Enfin, pas dans cet ordre. D’ailleurs, la douche était revenue depuis bien longtemps. La vie était revenue dans sa chaumière, qui n’avait rien d’une masure en chaos. Elle gérait le chaos de sa tête et le mettait en ordre parfait. Elle était fière de ce qu’elle faisait, sans maître, ni disciple, elle avait enfin trouvé sa propre discipline, celle qu’elle s’était interdite autrefois. Écrire pour ne rien dire, ne servir à rien. Être. Tout simplement. Écrire. Être bien. 

Elle pouvait reprendre le récit de Françoise, ou de n’importe qui, avec n’importe quel narrateur, n’importe quel personnage, c’était elle qui décidait tout, elle s’amusait comme un petit fou, comme une petite folle. Elle n’avait plus peur d’être folle. Elle acceptait ce qu’elle était. À nouveau. Elle ré-acceptait de vivre la belle vie. Elle s’était détachée, sans le voir, sans le sentir, sans le savoir, de ce qui avait fini par l’emprisonner. Elle pouvait maintenant achever son roman d’histoire d’amour en amitié. Ce roman, elle en rêvait tant, depuis si longtemps, qu’il était bien temps de se mettre à l’avancer, pour le finir, le soumettre, le publier. Elle ne doutait plus. Elle était. Elle avançait.  

Et pendant ce temps, Françoise, rédigeait le roman que François n’avait pas le temps, ni le loisir, ni vraiment le goût d’écrire. Il devait s’occuper de sa sœur, de ses filles, de sa librairie. C’était bien assez pour un homme qui ne se prétendait pas être un héros, mais qui était un héros de l’existence commune des êtres humains communs, de ceux qui ne se prennent pas pour mieux que ce qu’ils sont, de ceux qui vivent une vie équilibrée tout en s’interrogeant, parfois, sur le dur métier d’être humain et de le rester. Ce pourquoi il était devenu libraire. Un engagement. Humain. Envers l’humanité. Modeste. Utile. Futile. Nécessaire. Pour le Commun. Pour le bien du Commun. Solange et Simone lui avaient parlé de Rancière qu’il n’avait pas eu le temps de lire, ni vraiment l’envie non plus, mais il s’était fait raconter cette question du Commun qui titillait les deux philosophes Rancière et Badiou, à la suite des interrogations de Deleuze et Guattari. Tout cela le fascinait. Il n’aurait jamais pu passer autant de temps que Simone sur de tels sujets, à s’en perdre, presque à en perdre la raison. Simone était sa cliente depuis des années. Elle avait fait la connaissance de Françoise à l’atelier d’écriture de cette année-là. C’est lui qui lui avait conseillé d’aller à cet atelier d’écriture. Sa femme et Solange suivaient un atelier d’écriture parisien depuis quelques années, elles en connaissaient et en appréciaient l’organisatrice, celle qui n’avait fait qu’une très brève apparition avant le tout début du stage, et elles étaient devenues très amies toutes les trois, et avec lui aussi. 

François s’énerva. Il alla voir Françoise qui était en train de se remettre à écrire. Elle n’était pas encore en train de rédiger. Cela tombait bien.  

- Aurore/Aurélia recommence ses conneries. Ça m’agace ! Ça m’agace ! Je viens de la renvoyer travailler dans sa chambre. Elle t’en veut encore, mais je tiens bon. il est hors de question qu’elle te manque de respect. Tu sais ce que c’est sa nouvelle lubie : elle ne prend plus les cours par écrit. J’en marre… Elle m’énerve… Tiens, je vais retourner voir le gratin, moi ! Ah, avant ! J’ai oublié de te dire, j’y pense depuis ce matin, Fanfan. Tu devrais raconter ce qui s’est passé la veille du stage. Ce serait plus clair que de commencer par la première journée avec les stagiaires livrés à eux-mêmes.   

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« Putain, le connard, il va falloir que je me creuse les méninges pour me sortir de là », pensa le narrateur censément omniscient.

Il avait beau être omniscient, il ne savait toujours pas se dépêtrer de ce truc de début de stage. Il fallait qu’il travaille vraiment sur le personnage de l’animatrice. Il ne s’était encore même pas fixé sur le prénom à choisir, tout cela parce qu’il hésitait entre deux personnages différents pour prendre en charge, d’une part la question de la folie, du déséquilibre mental, durable ou passager, et d’autre part la question de l’homosexualité et plus particulièrement ici, de l’homosexualité féminine. Il ne savait comment distribuer ces deux sujets entre l’animatrice du stage et la sœur du libraire. Et il hésitait encore à faire un lien entre les deux. Il avait peur que ce soit too much et que les lecteurs ne suivent pas. 

Sur ce, il décida qu’il était temps d’aller visionner la vidéo de l’atelier d’écriture en ligne. Il paraissait qu’il s’agissait de la question du narrateur. Le narrateur omniscient avait sciemment fait fi des conseils du stage en ligne pour se mettre au défi de se sortir seul de sa mauvaise passe en ce probable milieu de roman. Non sans avoir déjà crié « Au loup ! » et « Au secours ! », dans un moment d’égarement. Même lui n’était pas exempt de quelque attaque de panique, de temps à autre…

© Simone Rinzler | 11 avril 2015 - Tous droits réservés

Que de Narrateurs à L'Atelier de L'Espère-Luette