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mercredi 1 avril 2015

#MoocDQ3 Exo 4 20150401 : Écrire une scène

#MoocDQ3 Exo 4 : Écrire une scène   

**1. Donnez lui un nom :**   
Geneviève se révèle  
   
**2. Décrivez-la en une ligne :**    
Geneviève, jusque là piètre stagiaire, s'avère être une conteuse accomplie douée d'une grande humanité.  

**3. Écrivez-nous ce qui change dans cette scène :**       
À la surprise des stagiaires, le nouveau texte de Geneviève révèle une femme sensible et intelligente, nettement moins falote qu'à la première impression.   

**4. Indiquez-nous la source de la tension, du conflit :**      
La révélation du talent et des qualités d'écoute de Geneviève étonne tout le monde et commence à attiser une jalousie naissante chez les stars narcissiques du stage.  
 
**5. Rédigez la scène en une page :**   

##Insipides Incipits, avez-vous donc une âme ?    

Ce fut la première fois qu'elle se leva et demanda à lire son texte la première. Elle dit juste : "Moi." Sa voix était assurée. Elle regarda à gauche, puis à droite, puis tout droit. Ça lui était venu d'un coup. Comme ça.   
Elle se leva, hésita un instant. Elle avait oublié ses lunettes sur sa table. Elle les prit, les mit sur son nez. Elle tenait son petit cahier à la main, précautionneuse et ferme. Elle plia le cahier le long des spirales et se mit à lire d'une voix claire :   
"Dans la panière des petits chats écorchés, on se battait souvent. Un coup de griffe par ci, un coup de dents par là. C'était à qui ferait le plus mal à l'autre. Les petits chats étaient pourtant bien choyés. Ils avaient tout ce qu'il leur fallait. Un peu de lait, de la viande, de l'herbe à chats, une jolie panière et une vieille chatte qui les avaient recueillis comme s'ils étaient ses petits. Et la chaleur humaine d'une vieille dame qui les avait mis ensemble, au chaud, et les nourrissait, les caressait, jouait à la pelote et à la ficelle avec eux, mais qui ne les laissait jamais la griffer sans leur donner une petite tape, ferme et brève, sans méchanceté aucune. On était bien dans la panière.    
Et puis, un jour, la vieille chatte partit. On ne sut pas pourquoi. On continuait à se chat-mailler, à faire nos chamailleries de petits chats. Mais le jour où disparut la vieille dame, on a bien dû partir. Ça a été dur. Très dur. On n'avait plus personne pour nous protéger. Moi, j'ai pris refuge avec Chatounette chez la voisine d'à côté.    
Là, pas de panière, mais une petite assiette de lait et des restes de repas dans le jardin. Alors, j'ai pris soin de Chatounette. Elle était plus faible, plus jeune aussi. Je l'aimais bien. On se tenait chaud. Même dans les vieux chiffons plein de graisse de la remise du père Jacquot, on se tenait chaud. Un jour, j'ai remarqué qu'on ne se chamaillait plus. On ne se griffait plus. On s'était débrouillées, toutes seules. On avait survécu. On avait pansé nos blessures. On n'était plus des petits chats écorchés. On était toujours des chattes de gouttière, mais on n'était plus écorchées.    
Mais, tout de même, il ne fallait pas trop nous chercher.   
Même si on avait été élevées dans le confort, on n'était quand même pas des chattes de salon. Juste de vieux chatons qui avaient grandi ensemble et vécu leur petite vie de chatoune."   

Quand elle eut fini de lire son récit, tous les stagiaires applaudirent. C'était la première fois qu'ils découvraient Geneviève. Elle était restée discrète, faisant de petits textes insignifiants. Cette fois, quelque chose venait de se passer dans le groupe. Un petit rien. Comme un frisson. Comme une sorte de grande chaleur humaine. 

Solange était littéralement scotchée. Elle n'en revenait pas. En même temps, elle était fière de l'avoir emmenée au stage. Elle s'était doutée que sa belle-mère saurait donner le meilleur d'elle-même, même si cette dernière n'avait jamais cru en elle. Cette femme généreuse et intelligente allait commencer à pouvoir aller mieux. Elle avait accepté de venir avec sa petite bru, suivant les conseils de son vieil Alain, son aîné, toujours si attentionné. Geneviève laissa naître un large sourire de petite fille timide qui avait osé. Solange était fière de sa belle-mère. Elle en avait presque les larmes aux yeux. Elle était profondément émue, bouleversée. Elle ne regrettait plus de l'avoir forcée. Elle jubilait. C'est sûr, elle allait en faire trop. Il fallait qu'elle se tempère, pour ne pas la faire reculer, rebrousser chemin, minimiser. Elle devait s'effacer, lui laisser pleine jouissance de son nouveau défi réussi depuis le décès de son mari, elle n'avait fait que tenter de rester en vie, en se secouant, secouant, secouant. Il fallait lui,laisser savourer son triomphe. Elle le méritait. 

Solange sortit sans se faire remarquer. Elle se fit discrète, autant qu'elle le pouvait. Elle prétendit qu'elle allait aux toilettes. 

En passant derrière les stagiaires, elle entendit Simone et Andréa qui commentaient à voix basse :   

-Ouais, tout de même, ça ne casse pas trois pattes à un canard, cette histoire de chatons !   
-C'est vrai que ce n'est pas franchement littéraire, son truc. Il n'y a pas de quoi en faire tout un fromage.   

Solange s'enfuit pour maîtriser son envie de les boxer. Les salopes ! Quelles mères maquerelles en chef, ces deux-là ! Il va falloir se méfier d'elles. Elles pourraient bien nous pourrir le stage si on les laisse faire. Elle se rendit aux toilettes, espérant qu'elles ne feraient pas d'esclandre pendant son absence. 

Elle comptait sur la bienveillance de Georges et de Raphaël. 

© Simone Rinzler | 16 janvier - 1er avril 2015 - Tous droits réservés