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jeudi 9 juillet 2015

#2 Nouvelle : L'Emprise : Il m'aimerait soumise. Je ferais semblant deme soumettre...

L'Emprise

Nouvelle

Il m'aimerait soumise. Je ferais semblant de me soumettre.
Il me dirait : "T'es grosse". Je ferais semblant de faire attention.
Il me jetterait "Tarée", en plein milieu de la figure. Je répondrais : "Pardon. Je ne le referais plus".
Il me dirait : "Tu deviens démentissime". Je penserais qu'il souffre, qu'il manque d'amour.
Alors je le sucerais.
Puisqu'il a peur.
Depuis toujours.
Des mots d'amour.

Il me répondrait : "Non" à chacune de mes propositions. Je saurais que je l'ai perdu.
Depuis trop longtemps.

Il me ferait peur avant l'heure de son retour.
Alors, je me tairais pour ne pas le mettre en colère.
Il n'aimerait jamais plus rien de ce que je lui proposerais.
Alors, je me forcerais à ne faire que ce qu'il aimerait.

Il me dirait "Tu ne veux plus rien faire". Je ne ferais plus rien, pour ne pas le mettre en colère.

Il critiquerait tout ce que je ferais. J'en ferais de moins en moins, pour ne pas lui déplaire.

Je m'amenuiserais. Il n'en grandirait pas. Il s'étiolerait. Davantage. Il boirait. Il crierait. Il me frapperait, peut-être ?

Il deviendrait encore plus méchant. Il deviendrait égoïste.
Il se croirait plus intelligent, plus logique.
Je rapetisserais.
Devant son manque de sentiment.

Il deviendrait plus exigeant. J'en ferais encore moins, de plus en plus. 
De moins en moins.
Il trouverait que ce n'est jamais bien.
J'en ferais encore moins que moins.
Il me traiterait de "Moins que rien".
Je deviendrais encore bien.
Bien moins.
Puis rien.

Il deviendrait malheureux. 
Puis il deviendrait, même, un peu violent. 
D'abord verbalement.
Il m'insulterait.
De temps en temps.
Comme ça, juste en passant.
Je tenterais de le faire taire.
Un peu.
Rien qu'un petit peu.
Peut à peu.
Je ferais taire sa douleur muette.
J'essaierais.
Je me dirais que je pourrais.
Un jour, il pousserait la porte derrière laquelle je voudrais me cacher, me reposer, dans notre chambre, loin de ses colères régulières.
Chacun pousserait la porte de son côté.
Lui pour entrer. Moi, pour m'abriter, reprendre mon souffle.
Je lâcherais la porte, lasse et de guerre lente.
Il aurait fait la preuve de sa supériorité physique.
Je ne voudrais pas lutter. J'aurais aimé la paix plus que la guerre.
Je lui promettrais je ne sais quoi.
Il se calmerait.
Un peu.
Je reviendrais vers lui.
Un peu.
Il me jetterait.

Je me serais étonnée de son début de passage à l'acte.
Je me demanderais Qui ? 
Je me demanderais Que ?
Qui serait le dément ?
Que ferait le sage ?
Il abandonnerait.
Forcément.
Lentement.
Peu à peu.

Mais l'amour n'est pas sage. Il est fou. Je n'accepterais pas tout.
Je construirais des barrières anti-violence.
Je l'inciterais à sortir, à s'amuser, à cesser de sans cesse travailler sans jamais se reposer, sans jamais se plaindre à personne. Il souffrirait. Il aurait peut-être même peur de finir par me perdre. Je ne serais pas son souffre-douleur.  

Mentalement, je lui susurrerais :  
"Soulage-toi, Mon Cœur. 
Laisse-toi aller. 
Avec moi. 
Ne m'enfonce pas. 
Pas avec toi.
Non, non, tu ne vis pas avec une démente. 
Tu vieillis mal. Tu as mal à ton andropause.
Pause-toi, Mon Âme.
Dépose les armes de ta jeune virilité.
accepte ta maturité.
Ta vieillesse.
Ton chagrin que je en comprends pas.

Tu ne pleures jamais, Mon Homme.
Chiale un bon coup. tu banderas mieux. Laisse-toi aller. Ce n'est pas être lâche que de se laisser aller 
À aimer.
Vide ton cœur . 
Ne me jette plus ton aigreur. 
Je n'en plus. 
Je ne tiens plus. 
Tu me rends malheureuse. 
Décharge-toi, Mon Gars. 

Tu n'es responsable de rien, ni de personne. Surtout pas de moi. Prends soin de toi. Occupe-toi de toi. Tais-toi, si tu n'a plus rien à me dire que tes récriminations incessantes. Cesse de me critiquer. Cesse de m'ordonner. Cesse de me donner des ordres. Sans Cesse. Cesse. Tu pourrais finir sous l'oreiller. Un accident serait si vite arrivé. Tu n'es pas Mon Contre-Maître. Tu n'as pas à obéir à tes injonctions mauvaises. Va faire un tour. va prendre l'air. 

Je ne suis plus la même. 
Je ne suis plus déprimée.
Je ne sis plus angoissée.
Tu crois peut-être que je n'ai pas besoin de Toi ?

Tu te trompes.
J'ai besoin de sentir Ton Amour. Tous les jours."

Il finirait par me perdre. Si j'y consentais.

Il me dirait "Va voir ton psy", "Va dormir dans ton bureau". Je n'irais pas. Je resterais là. Là où je serais. Je n'aurais rien à fuir.

Je résisterais. Debout. Toutes les nuits. Tout le jour. Jour après jour. "Jusqu'à ce qu'il se calme", penserais-je.

"Il souffre encore. Davantage. Maintenant", penserais-je.

Pourquoi faudrait-il qu'il souffre quand je ne souffrirais plus. Il n'y pas pas de loi contre cela !
Pourquoi faudrait-il qu'il souffre, encore et encore, quand je lui dirais ce que je mets des mois à pouvoir lui exprimer.
Parce que j'aurais enfin pu trouver le courage de lui parler de ce qui m'inquièterait.
Parce que j'irais mieux.
Que je saurais mieux ce que je voudrais.

J'aurais toujours su ce dont je ne voudrais pas. Je ne le laisserais pas dépasser cette barrière. La barrière invisible. De la violence verbale. De la violence physique. Aurais-je été trop coulante ? Trop indifférente ? Je n'aurais pas vu sa détresse. La sienne. À lui. Trop prise. Par la mienne. Pour moi, la détresse ancienne est finie et bien finie. J'ai appris à la calmer. la bercer. L'endormir. Tout doucement. Par des caresses. Et des chansons. De l'attention. J'ai accueilli ma jeune vieillesse. Je ne saurais dire si je pourrais être son guide, cette fois aussi. Sa détresse muette, muée en injure, en acidité, en remontrances, et pas loin de la vraie violence me transperce. Je pleure notre bonheur. Je l'appelle. Serait-il parti avec ses hormones. Ses hormones. À lui. Cette fois. Putain d'hormones ! Qu'est-ce qu'elles déconnent... Il lui faudrait apprendre. À les domestiquer. À les accepter. Accepter sa vieillesse sans me reprocher la mienne. J'aurais bien le droit de bien vieillir en paix. Sans me chicaner. Je lui apprendrais, peut-être un jour ?, à se reposer, quand il en aurait besoin. Il n'aurait plus fait cela depuis si longtemps.

Il souffrirait. Je l'excuserais encore. Je l'aimerais. Il ne s'aimerait plus. Ne se respecterait plus. Ne prendrait plus soin de son apparence de son propre chef. Se rapetisserait. Il crierait après tout le monde. Se croirait le chef de tout le monde. Se disputerait avec tout les monde. Sauf ses amis masculins. Eux, si peu doués pour leurs relations intimes.

Finirait-il seul ? Avec une petite sotte. Une petite servante. Comme ses amis. Incapables de vivre une relation adulte avec une femme adulte qu'ils respecteraient.

Que ferais-je, que ne ferais-je pas, pour qu'il me respecte enfin ?
À nouveau.
Comme avant.

Je croirais qu'il me pense inutile, nuisible, infantile.
Qu'en saurait-il ?
Se promènerait-il, mieux que moi, dans mon cerveau ?
Je ne le croirais pas.
J'aurais beau avoir des défauts.
Cela.
Jamais.
Je ne le croirais.

Au matin, il se réveillerait. Je ne serais plus là. 
Mon corps serait toujours là. 
Peut-être plus ma tête.

Qui saurait jamais.

Si ça se serait passé.
Si ça se serait rêvé.

Que ça se serait passé.
Que ça serait rêvé.

Nul ne le saurait.
Sauf si quelqu'un le disait.
Le répétait. 
Peut-être même,
Qu'un beau sale jour,
Que quelqu'un, quelqu'un, quelqu'une,
De bien mal informé,
De bien mal intentionné,
Le déformerait.

Qu'elle est difficile, l'emprise de la nuit, 
Quelle est malhabile, la prise de parole, 
Qu'elle est si fossile, la parole mutique du Très Grand Blessé.

Mais de quoi, mais à quel endroit,
Aurait-t-il été blessé ? 
Que je puisse le réparer.
Le vivant. 
Qu'on enterre nos petites morts assassines,
Qu'on reparte sur les chemins. Ensemble. Unis. Heureux.

Il serait déjà mort. Il ne le saurait pas.
Il aurait quitté, en catimini, le monde des bons vivants, le monde des bons, le monde des vivants. Serait entré dans celui des tortionnaires de la banalité, des tyrans du quotidien, dans le monde du maussade.

Je l'aurais su, pourtant, qu'il était un grand blessé du sentiment. Je n'aurais plus la force de l'aider. Mes forces déclineraient. Je ne pourrais plus lui transmettre ma force vitale. Il ne m'en resterait plus guère. Il se déroberait. 

Il n'aurait pas changé. Il serait revenu à son point de départ. 
Moi aussi.

Tout ça pour ça. 
Tout serait à reconstruire.
À deux.

Je n'aurais plus la force de lui prêter ma force vitale. Il ne m'en resterait plus beaucoup. Allez, encore un effort. Encore un. Ce ne serait presque rien.

Ce matin, au réveil, après une mauvaise nuit de sommeil, de lui, de moi, j'irais encore racler mes vieux fonds de tiroirs. J'aurais bien dû en garder un peu. De la force de vie. Il le mériterait bien. Je le voudrais bien.

"Demain, demain, Mesdames et Messieurs, nous vous jouerons sur scène, et en avant-première : Le Méger Apprivoisé, dans une mise en scène dégendrée de la trop oubliée pièce de William Shakespeare La Mégère Apprivoisée. Approchez ! Approchez ! La vente des billets a commencé !"

Rêve d'Avignon.

© Simone Rinzler | 9 juin 2015 - Tous droits réservés

La peine est conditionnelle à L'Atelier de L'Espère-Luette