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lundi 28 septembre 2015

#13CR Carnets de retraite : Il y a des jours, comme cela, où tu necomprends pas ce qui t'arrive. Aujourd'hui est un de ces jours-là.

#13CR Carnets de retraite : Il y a des jours, comme cela, où tu ne comprends pas ce qui t'arrive. Aujourd'hui est un de ces jours-là.

Il y a des jours, comme cela, où tu ne comprends pas ce qui t'arrive. Aujourd'hui est un de ces jours-là. Tout va bien. Très, très bien. Rien ne cloche. Rien ne t'énerve. Rien ne t'angoisse. Rien ne te stresse. Voilà quelques mois déjà que tu sens que ta santé va s'améliorant. 

Mais, habituellement, il y a toujours un petit quelque chose, un petit grain de sable, même minuscule, qui assombrit ta journée. Mais de ces ombres, tu en rencontres de moins en moins. Elles ont de moins en moins d'intensité. Tu n'oses toujours pas aller chez le psychiatre, faire constater que tu vas mieux. De crainte que cette envie d'y aller voir si tu n'y es plus ne serait pas le début d'une rechute.

Il te faut pourtant bien te faire à l'idée. Tu sembles délivrée du plus gros de ta dépression. Tu as pris ton rythme de croisière de retraitée. Tu profites de la vie, sans ombrages, sans dommages. L'air est doux. Tu aimes toujours autant l'automne et son doux soleil doré. 

Cet après-midi, tu as ressorti un vieux vélo tout-terrain que tu utilisais avant de faire l'achat d'un cycle à assistance électrique, tant tes forces t'avaient abandonnées. Tu es allée te promener, malgré les terrain pentu des environs. Tu habitudes sur un mont. Tes cuisses l'ont bien sentie, la montée, les montées. Mais ton corps était en forme. Tu as pu te promener en te forçant à ne pas abandonner. Tu as fait les pauses nécessaires à la reprise de ton souffle. Tu as même visité le cimetière voisin à mi-pente. Joli jardin calme. Les pierres sont de sobres dalles au sol. Quelques fleurs dépassent. Quelques plaques dressées également. Rien ne dépasse les trente à quarante centimètre. C'est un cimetière sobre. Ce n'est pas racoleur. Ce n'est pas moralisateur. C'est un beau jardin. Avec un banc. Pour s'y asseoir. s'y refaire le souffle, avant de repartir. Dommage, la fontaine verte à l'ancienne ne distribue que de l'eau non potable. Tu bois dans ta petite bouteille de plastique.

Tu hésites à redescendre chez toi. Tu n'as pas regardé l'heure de ton départ. Tu ne fais pas la course avec toi-même. Tu as eu une irrésistible envie de te promener à vélo. Tu y es allée. Heureuse de trouver encore ici, ton vieux vélo qu'il a fallu regonfler et dont vous avez baissé la selle. Un peu trop.

Tu fais ton petit tour. Pas de casque ici. Tu hésites. L'envie est trop forte. Tu y vas. Doucement.

Après ta pause à mi-montée dans le jardin du souvenir où personne ne t'attend, tu es ensuite passée par le parc. Tu décides de ne pas rentrer tout de suite. Tu penses ton itinéraire de retour, sans plus de montée, sauf une dernière, qui te surprend, mais que tu gravis sans regimber, la gambette agile et fraîche.

A peine rentrée, tu te mets à faire de la cuisine. Plein de cuisine. Des plats d'avance, pour demain, à congeler, avec les légumes de ton jardin de là-bas. Tu t'affaires, toute la soirée. Tu y es encore. Tu surveilles la cuisson d'une innovation du jour qui te faisait envie depuis si longtemps : une Tatin de tomates au vinaigre balsamique. Le jus est doux dans la poêle. La pâte feuilletée gonfle. 

Le chronomètre sonne. Tu vas voir si la cuisson est terminée. Ton texte est fini. Le plat est parfait.

Bonne nuit. Douce nuit.

Pour les gourmands, la recette est là :

Si on m'avait dit un jour que je prendrai tant de plaisir à faire la cuisine, jamais je n'aurais pu l'imaginer. 

Pourtant, c'est un fait. Et un bien fait.

Bienfait de la retraite, de la pharmacopée et de la volonté retrouvée réunies.

© Simone Rinzler | 28 septembre 2015

On s'amuse bien, à ne rien faire d’important à L'Atelier de L'Espère-Luette.