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jeudi 17 septembre 2015

#9CR Carnets de retraite Et ça aussi, je peux ? Oui. Je peux.

Et ça aussi, je peux ? Oui. Je peux.

Et ça aussi, je peux ?
Oui. Je peux.
Et ça aussi, je peux ?
Oui. Ça aussi.
Et ça ? Et ça ?
Et ça aussi ?
Oui.
Ça aussi.
Alors, si je peux, me voici rassurée. J’arrête.

C’est ainsi que s’exprimait mon angoisse existentielle. Savoir si je pouvais. M’interroger. Savoir si je pouvais. Si je pouvais faire ce que je voulais.
Et à chaque fois, je pouvais. Ou du moins, j’avais l’illusion que je pouvais. Je pouvais, mais je n’allais pas jusqu’au bout.
Une fois rassurée par ma capacité à pouvoir, je me tournai vers quelque autre activité à tester. Essayer. Pour voir si je peux. Et vite abandonner si je pense que je ne peux pas. Voire ne pas même y toucher si je pense que je ne pourrai jamais. Ou du moins, jamais très bien.
Ce que je voulais, c’était savoir si je pouvais faire très bien. Excellemment bien. Et dès lors que j’étais arrivée à savoir que je pouvais, l’envie tombait. D’un coup. Sec. Crac. Terminé. Fini. C’est ainsi que j’ai envisagé mes longues études sur le long terme. Seul un échec peut m’arrêter. Durablement. Écrire, je peux. Écrire. Je n’ai pas fini. Écrire. J’ai envie. Je ne peux pas me mettre en retrait d’écriture si longtemps. Je me censure. Je me castre. Je m’empêche de faire ce que je veux. Et ce que je veux, c’est écrire. Écrire, écrire, et encore écrire. Laisser un trace ? Probable. S’adonner à une activité aimée. Sans l’ombre d’un doute. Se retrouver. Ne pas se perdre dans un monde qui n’est pas le sien, qui n’est pas le mien, qui n’est qu’un monde d’emprunt auquel je tente, jour après jour, de m’adapter, tant bien que mal, plutôt bien que mal, puis plutôt mal que bien. Je me suis toujours vue finir ma vie à écrire. Seule dans la pièce qui fait office de bureau. Une cuisine, une salle à manger, un bureau, un café, un train. N’importe. Mes genoux, même, peuvent faire l’affaire. Course de longue distance, en concurrence avec soi-même, calfeutrée dans son esprit, je m’évade. Je m’évade du réel. J’y suis bien. Même si je ne me suis jamais sentie très douée pour raconter, inventer des histoires (j’aurais été une bien piètre menteuse), je ressens ce besoin d’introspection, celui qui s’éloigne du ressassement, grâce à la permanence (toute relative cependant) de l’écrit. Aller plus loin que le ressassement. Avancer dans la pensée. Ne pas penser à vide. Aller chercher au fond de soi ce qui s’enterre sous les préoccupations futiles des autres. Aller chercher sa propre profondeur, indépendamment de l’agitation du monde, du premier, du deuxième, du troisième au septième cercle. D’où viennent ces histoires de cercles dont parlait mon amie Joyce. ? Je ne sais. L’origine en importe peu pour l’instant. Peut-être irais-je faire un tour pour savoir d’où vient cette idée des cercles concentriques autour de la personne. J’ai rapetissé mes cercles. Ils se sont amenuisés. J’ai besoin de moins de cercles. Mais comme j’étouffe parfois dans le premier cercle, alors me reprend l’envie d’écrire. Mon envie d’intériorité, non partagée avec les trous premiers cercles. Besoin d’intégrité. Besoin d’unité personnelle. Besoin de se sentir entier. Pas tiraillée par les besoins et les envies des autres. De l’autre. Besoin de m’échapper. M’échapper sans bouger. Comme je l’ai toujours fait. Mon corps est là. Mon esprit est ailleurs. Tu peux bien faire ce que tu veux de moi, moi, je en suis pas là. Le vieux mécanisme bien connu se remet à l’œuvre, par glissement, symboliquement. Quoi de plus réel que le glissement symbolique ? Le retour à soi. À ce qui marque, imprime, imprime sa marque. Durablement. Imprime sa trace.

La pensée se bloque. L’écriture ne peut plus avancer. Écrire me fait dire ce que jamais je n’aurais dit. De vive voix. Avec ma bouche. Écrire comme un cri silencieux. Après le chant, vient le temps du cri en silence. C’est toujours le même cri. Le cri pour être entendue. Le cri que tu n’as pas poussé ? Le cri que tu as poussé qui n’a pas été entendu. Là, je n’écrirais pas qu’importe. Ce cri, l’as-tu proféré, dans la nuit, la journée ? Ce cri n’a-t-il pas été entendu ? Je ne l’ai jamais poussé ce cri de vie. Ce cri de « Je suis arrivée ! » Ce cri de vie. Ce cri de « Je suis là. Je compte, moi ! » Ah ! Ça ! Pour faire du bruit, j’en ai fait du bruit. J’ai toujours fait beaucoup de bruit. Mais personne n’entend mes cris. Mes cris silencieux. Ceux qui ne veulent pas sortir. Ceux que j’étouffe au fond de ma cave de torture. J’attends que l’on vienne me sauver. Je sais que personne ne me sauvera. Personne ne me sauvera de ma terreur de la mort. Ma terreur existentielle. Ma peur de la solitude. Quelle connerie ! Mais je n’ai plus envie que de cela, éprouver ma solitude. Être libre de mes actes, de mes propos, de mes écrits, de mes cris, mes cris silencieux au milieu du bruit de vie que je fais autour de moi. Je ne fais plus beaucoup de bruit. Cela ne change qu’assez peu mon état d’esprit, par rapport à avant, quand je m’agitais, virevoltais, travaillais, m’activais. Je n’étais pas beaucoup plus active, car je le faisais sous une contrainte qui n’était plus celle que je m’imposais, volontairement, mais une contrainte subie, une promesse faite à l’humanité, moins grandiloquente, à l’entourage, aux collègues, à la famille, aux amis. Qu’en reste-t-il ? Pas grand-chose. Sinon la douleur d’avoir fait sans envie. Travailler sur des projets en en ayant perdu le plaisir, c’était un viol de mon intégrité. Un viol auto-infligé. Si je creuse bien, ce qui m’a toujours fait faillir, c’est de n’avoir jamais pensé, au sens de vraiment penser, le concept de fidélité. C’est au nom de la fidélité, de l’interdiction de trahir que je me suis limitée. Je ne veux plus me limiter. Écrire, je fais. Écrire, je ferai. Il n’y a pas trahison. Il n’y a pas d’absence de fidélité. Il y a fidélité à soi. Interdiction de trahir ses propres aspirations.
Écrire. Je fais.
Écrire, je ferai.

Et soudain me vient cette proximité entre l’être, la quête existentielle comme course contre la terreur de la mort, et ce qu’il faut bien appeler la sexualité. J’y retrouve le même ressort. L’envie ou l’absence d’envie. Le désir. Ou son absence. Et l’évidence de ce qui s’impose.
Désir d’écrire.
Mon seul désir, actuellement.
S’arracher à la tendresse, à la douceur.
J’ai pris ma journée de congé.
Pour moi.
Pour ne pas crever.
Pour ne pas dépendre de ces deux petites filles venues éclairer ma jeune retraite.
Non. Je ne m’ennuie pas d’elles quand j’écris. J’écris et je pense à elle. J’écris et je serai moins lassée quand je les reverrai.
Je me suis roulée dans le bonheur, dans la tendresse, dans les bisous, les câlins fous, les pestacles endiablés pour tout-petits, inventés, improvisés, chantés, dansés, le petit théâtre imaginaire des marionnettes de peluche Woezel & Pip, mes petites marionnettes de douceur et de joyeuseté, de joie profonde, réelle, sans souffrance, sans s’interroger. Ça vient. Comme ça. C’est là. C’est prêt à repartir entre deux petits tours et puis s’en vont.
Voilà. Cette fougue s’en est allée. Jusqu’à la prochaine crise de folies, de rires, de chants et de bonheur.
Voilà.
J’ai pris ma journée.
Je suis heureuse.

Je vais me lever et boire un grand verre d’eau à la santé de ma désaliénation du travail ! aller me doucher. Aller croquer un petit quelque chose. Aller me promener.
Mais avant, poster !

Comme le temps passe vite, quand on aime ce que l’on fait, que l’on n’est pas pressé, que rien ne vous attend et que l’on prend le temps. J’ai sacrément bien fait de ne pas aller dans ce club de retraités. La vie en collectivité, j’en ai assez soupé. Je profite de mon intimité. Et du plaisir de la partager.
Un petit coucou, le sourire en coin, à tous ceux qui sont allés jusqu’au bout dans la lecture de cette introspection du matin tardif et posé.

[Expérience d’écriture brute, sans relecture aucune, pour ne pas peaufiner toute la journée et faire ce que j’ai prévu pour ma journée]

© Simone Rinzler – 17 septembre 2015 – Tous droits réservés

Fin des vacances à L'Atelier de L'Espère-Luette