Rechercher dans ce blog

samedi 10 octobre 2015

#28CR Carnets de retraite : Anamnèse et Délibération (le retour, groupiert) : Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici...

#28CR Carnets de retraite : Anamnèse et Délibération (le retour, groupiert) : Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici...

Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici. Cette question n'est pas nouvelle. Toutes les fois où j'ai effectué une action artistique, je me posais la question de ce que venait chercher le spectateur. 

Je me revois, dans le chœur d'un église, au sein du chœur de mon cœur où je chantais. C'était un pur bonheur. Mon Prince, Etc Que Je N'Appelais Pas Encore Mon Prince était dans le public, assis aux côté de La Princesse De Mon Ami Du Chœur. Ces deux-là s'en donnaient à cœur joie. C'était notre public de choix. Ils étaient les deux seuls de notre petit groupe de chanteurs et d'amis à ne pas chanter, à ne rien y connaître, mais à assister à tous nos concerts. Ils venaient pour nous, par amour de nous, nous soutenir, nous admirer, nous aimer. Ils étaient là pour Leur Princesse Pas très Catholique et pour Leur Prince Nouvellement Découvert. Ils venaient aussi pour s'amuser. pour le plaisir de la troisième mi-temps, au café, au restau, chez les uns, chez les autres.

Ça sentait bon l'amitié, l'amour, la chaleur. On se tenait chaud. On était heureux. On était bien. on baignait dans un doux bonheur d'amour et d'amitié. On se caillait les miches. Les églises ont la réputation, loin d'être surfaite, d'être mal chauffées. Nos deux spectateurs privilégiés étaient chaudement vêtus. 

Déjà qu'il leur fallait supporter nos Ecce Virgo, nos Credo In Unum Deum au milieu d'une glacière à l'heure où tout le monde déjà digère, ils n'allaient tout de même pas non plus chopper la mal mort par-dessus le marché. D'autant qu'après le concert, il leur allait falloir assurer devant notre bonheur d'avoir piaillé de concert. Nous faisions le concert sur scène. Ils faisaient le spectacle entre deux. On se marrait tous de les voir s'amuser. Yvane nous refaisait son sketch à chaque entracte :

- Tu t'appelles comment déjà ?
- Yvane.
- Tu chantes ?
- Non !
Et là, Rrlran ! Elle se retournait d'un bloc, tournant le dos à son public adoré, mimant chaque choriste qui l'avait abordé le jour des présentations.  
-Tu chantes ?
- Non.
Et allez ! R'tourne-toi. Tu m'intéresses pas ! 

Et nous, on repartait du même fou rire.
A chaque fois. 
C'était notre sketch préféré ! 

Qu'est-ce qu'on riait.

On riait ! On riait ! On riait !

Voilà, on s'aimait, d'amour, d'amitié, de joie de vivre éperdue. On était gais. On riait. C'était une sacrée bande.

Mais j'ai perdu mon fil. 

Je l'ai retrouvé, mais je ne voudrais pas gâcher ce bon moment de souvenirs heureux. Le souvenir du temps joyeux, de l'insouciance, de la chaleur humaine hebdomadaire, le souvenir de ce récit que j'ai tenté de contourner par un roman dans un atelier d'écriture, quand tous mes souvenirs sont des souvenirs de chorale, de chœur, d'ensemble vocal, de séminaires heureux et de vacances de profs, heureux d'être ensemble. 

Mais quelle sotte ! Mais quelle sotte !

Commence déjà par ça, idiote !, au lieu de te creuser la tête à inventer des tonnes de trucs improbables. tu as une mine d'or dans la tête, dans les doigts, et tu ne voudrais pas t'en servir !
Mais c'est quoi, ton problème, Stupid ?

Tu crois que si c'est difficile, si t'en chie, ce s'ra mieux ?

Non, mais ça va pas la tête ?

Tu veux quoi, au juste ? Te faire souffrir ? C'est ça ? Eh bien, alors, continue comme ça, tu seras toujours insatisfaite, il te manquera toujours quelque chose et tu chercheras en vain ce qui te manque, alors que tu as tout, sous la main, que tu as doigts d'or, des doigts d'écrivain rigolo qui te guident vers le bonheur, vers la joie simple, tu sais bien, celle qui t'a quittée quand tu as voulu faire ta sérieuse.

Oui. tu as raison. je suis un auteur fantaisie. C'est sympa, la fantaisie, ça fait du bien. Ca ne change pas le monde. Ca le rend un peu pplus supportable. pour toi. pour les autres. Ce n'est déjà pas si mal.

Et si la fantaisie avait autant de valeur politique que le sérieux, hein ?

Ça t'en boucherait un coin ?

Ça va ! Ça va ! J'y repenserai un jour de grand sérieux. Pour l'instant, je suis toute à ma joie. 

Écrivain de Fantaisie Politique, ça te plairait, ça ?

Oui. 
Pour aller mieux, faire tout pour aller mieux. 
Et quand tu vas mieux, tu concours à faire société, une société belle comme dans tes rêves.

La Société des Gens Heureux
Qui Ne Sont Pas Idiots,
Non Mais, Faudrait Pas Croire, quand Même !


© Simone Rinzler | 9 octobre 2015 - Tous droits réservés
Le tournant est déjà pris À L'Atelier de L'Espère-Luette