Rechercher dans ce blog

mardi 24 novembre 2015

8 #AA Elle voudrait que ça veuille. Mais ça ne voulait pas. Elle aurait dû s'y faire. Quand ça ne voulait pas, ça ne voulait pas.

8 #AA Elle voudrait que ça veuille. Mais ça ne voulait pas. Elle aurait dû s'y faire. Quand ça ne voulait pas, ça ne voulait pas.

Elle voudrait que ça veuille. Mais ça ne voulait pas. Elle aurait dû s'y faire. Quand ça ne voulait pas, ça ne voulait vraiment pas.

Elle aurait tout fait pour que ça veuille. Mais ça ne voulait toujours pas. Elle ne pouvait plus s'y faire. Elle ne voulait pas. Elle ne voulait plus. Elle en avait assez d'attendre, que ça passe, que ça veuille, que ce soit le moment.

Cela ferait tellement longtemps que ce n'était plus le moment, que ce n'était pas, que ce n'était jamais le moment. Elle sentirait la colère monter, monter, monter, prête à exploser. Elle se sentirait au bord de l'implosion. Elle se serait raisonnée, tant et tant. Elle n'en pourrait plus. Elle serait à bout, désespérée, sans plus aucun espoir que ça puisse, enfin, vouloir. 

Mais, cette fois encore, ça ne voudrait pas. Il y aurait, encore, un impératif à respecter. Un de plus. L'impératif, facultatif, de trop. Elle en aurait assez. Elle serait allée imploser ailleurs. Pas à l'endroit adéquat, quoiqu'en un coin ad hoc

Elle aurait aimé se plaindre. Elle saurait que tant qu'elle se plaindrait, elle serait en vie. 

Là, elle n'avait plus le droit de se plaindre. Elle en vint à se plaindre. Elle ne fut pas entendue. Ne fut pas comprise. Peut-être se serait-elle mal expliquée. 

Elle n'en pouvait plus. Elle était à bout. À bout de tout. Au bout du bout. Au bout de tout. Au bout d'une impasse. Elle ne se verrait pas rester là, ainsi, sans bouger. Elle n'aurait pas été entendue, pas été comprise. Elle aurait compris la méprise. Un peu trop tard. Il lui faudrait encore attendre, ruminer, penser à la manière de mieux y parvenir. Une autre fois. Elle avait déjà tant patienté. Elle ne serait plus à une semaine ni à un mois près.

Elle se serait laissée tancer, indûment, sans répliquer. Elle n'aurait vraiment toujours rien dans le calbute. Zut de flûte, et borgne pute !

Mais comment avait-elle encore pu se faire avoir de la même manière, par deux fois, en deux endroits distincts dans la même journée ?

Sa nouvelle mollesse l'inquiétait. Serait-elle prête à tout accepter ?

Non.

Elle en avait assez. 

Elle avait assez patienté. Ce n'était jamais le moment. Elle était la plus grande, la plus raisonnable, assez forte, endurante, raisonnable, la plus forte pour pouvoir (tout) supporter. Combien de fois se l'était-elle laissé répéter ?

Non. Elle ne pouvait plus. Elle ne voulait plus. Elle en avait assez. 

Ce n'était jamais le bon moment, le kairos, le moment propice. 

Elle déciderait qu'il était plus que temps de passer à l'action, de changer les choses. Elles ne les supportaient plus en l'état.

Plus jamais, elle ne se laisserait rabaisser sans riposter. Le problème n'était pas qu'elle était devenue lente, ou égoïste, ou paresseuse. Elle en avait assez de se faire marcher sur les pieds et de remercier, pour la peine, de s'aplatir, et de convenir. Cela ne lui convenait plus.

La rage était finalement contenue. Elle ne la lâcherait pas. Elle n'avait pas été assez enragée. Elle avait abdiqué. Elle s'était laissée aller dans la mollesse, par trop de gentillesse, de,compréhension, d'empathie ou de sympathie.

Elle apprendrait à ne plus être aussi gentille. Cela lui prendrait du temps. Pour cela, elle avait encore la patience, la patience enragée d'attendre, encore, un peu. Le temps qu'il faudrait. Pour peu qu'elle conserve la rage nécessaire pour ne plus se laisser faire. 

Elle aurait pourtant bien commencé la journée.

Et d'un coup, le nouveau couperet serait tombé, puis deux, puis trois, puis quatre, et enfin, un cinquième encore, ailleurs. Comment cela aurait-il pu se passer à son insu ? Avec sa propre complicité, peut-être, sa veulerie, sa gentillesse de brave fille qui ne veut pas blesser ? 

Quelle garde aurait-elle laissée tomber ? 

Il faudrait qu'elle se remémore ce qui s'était passé, la première, la deuxième, la troisième, puis la quatrième et la cinquième fois. Un concours de circonstances malheureux. À chaque fois. Comme toutes ces fois où tout s'était toujours mal embringué, mal emmanché, mal terminé, la rage au cœur, à chaque fois. 

Ça ne voulait pas, aujourd'hui. Vraiment, ça ne voulait pas.

Demain serait un autre jour.

Une bonne nuit de sommeil effacerait la mauvaise impression de la journée. 

Elle s'était sentie contrainte, piégée. 

Pourquoi n'avait-elle pas continué comme elle avait commencé ? 

Elle chercherait encore et encore à se remémorer comment cela se serait passé. La solution devrait  se trouver dans ce Comment ? Le Pourquoi, elle le connaissait.

Tout lui revenait. Elle retrouverait les Comment, un à un. La mémoire reviendrait. Elle retrouverait toujours le même processus à l'œuvre. Elle retrouvait tout à l'instant même, pièce après pièce, elle retrouvait tout, les circonstances, le grain de sable qui avait fait déraper la trajectoire, la miette de rien du tout qui avait grippé la machine, bien engagée, pourtant.

Elle veillerait à ne pas se laisser déborder, pour ne pas déborder, pour ne pas enrager, pour ne pas subir le Quand ça veut pas, ça veut pas qui l'agaçait tant. Cela se passait toujours de la même manière. Elle ne se battait pas assez pour se faire respecter. Elle pratiquait le laisser-faire. Elle s'en apercevrait. Elle serait en tort. Mais pas où l'on pensait. Elle ne l'ouvrait pas assez quand il fallait. Elle n'osait pas monter le ton. Elle était bien trop pliant, bien trop compliant, en anglais, comme ce personnage féminin de l'incipit de Disgrace de J.M. Coetzee qu'elle fait eu tant de plaisir à étudier. Elle venait de se comparer à la jeune prostituée que fréquente régulièrement David Lurie, l'a-phasique qui ne sait pas communiquer par le langage. Elle se lassait faire. Comme se laisse faire la jeune Mélanie un peu plus tard dans le même roman. Elle se laissait impressionner.

Elle aurait une épiphanie, son eurêka comportemental se ferait jour et illuminerait sa pensée. Elle ne se respecterait pas ?

Elle ne se respecterait pas. Elle ne serait pas respectée. Elle se respecterait moins encore. Elle serait encore moins respectée.

Elle n'opposerait plus son silence buté. Quand ça ne voudrait pas, il lui faudrait y aller. Se faire respecter. 

Elle méritait bien la moindre des choses. Être respectée pour ce qu'elle était et reconnue pour ce qu'elle n'était pas et ne serait probablement jamais.

Elle aurait tenté. Elle aurait échoué. Il lui faudrait lutter pour se faire respecter.

Elle serait sortie de sa torpeur. Aurait retrouvé son énergie.

Pour le reste.
Tant pis.
Tant mieux.
Ni remords, ni regrets.
Ni fleurs, ni couronnes.

Les choses ne pouvaient rester en l'état.

Demain, elle serait en ordre de bataille.

Elle était prête à batailler, si nécessaire.

Elle ne refuserait pas le combat.

Quand il fallait y aller, il fallait y aller.

Elle irait.

Poings serrés.

Point par point.

Elle regagnerait tout ce qu'elle était en train de regagner, pied à pied, pièce par pièce, réplique après réplique.

Personne ne pourrait l'en empêcher.

Quand ça voudra, ça voudra.

Elle le saurait.

© Simone Rinzler | 24 novembre 2015 - Tous droits réservés 

Ce serait la dure lutte À L'Atelier de L'Espère-Luette