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7/12/2015

#3 Nouvelle : La Dépendance. L'Union de Deux Indépendances :Ellem'aimerait soumis. Je ne ferais passemblant de me soumettre...

La Dépendance. L'Union de Deux Indépendances

Nouvelle

Elle m'aimerait soumis. Je ne ferais pas semblant de me soumettre.

Elle me dirait "Tu cries". Je parlerais plus fort.

Elle jouerait sa Katharina. Je serais son Petruchio.

Elle ferait sa musaraigne, sa shrew, sa mégère. Acariâtre, vindicative, revêche. Je casserais sa morgue, lui ferais renifler sa morve. Jusqu'à ce qu'elle découvre, trouve et montre la douceur cachée au fond de son cœur.

Elle me mènerait la guerre. Elle se débattrait, me cracherait à la figure. Je la combattrais. À la loyale. Comme un homme. Dont elle veut être l'égale. Je ne la traiterais pas comme une petite chose fragile, débile, infantile. Je lui attribuerais les mêmes qualités qu'à moi. Forte. Tendre. Sensible. Quand il le faut. Je lui éviterais la solitude avaricieuse, envieuse, grincheuse.

Elle m'attaquerait sans cesse, sans raison, cent fois l'heure. Je riposterais sans fin, sans remords, cent fois tyrannique.

Elle aurait du caractère. Elle aurait un très sale caractère. Je lui ferais rendre gorge. Je lui ferais découvrir sa douceur, sa bonté, sa tendresse. Par la force si nécessaire. Je n'aimerais pas la violence. Je lui ferais la guerre qu'elle fait aux hommes. Je lui rendrais la monnaie de sa pièce.

Elle finirait par manger dans ma main. Je serais l'égal de cette déesse, de cette princesse. Ignorée. Crainte. Je gagnerais son cœur. Son cœur. Son âme. Son corps.

Elle relirait Shakespeare. Je lui retirerais le livre des mains.

Nous irions faire l'amour, pour toujours. 
Nous serions bien. 
À égalité. 
D'intelligence. 
D'amour. 
De Bonheur.

Dis, pourquoi ne joue-t-on pas plus souvent La Mégère Apprivoisée ? 

Trop égalitaire. Trop profond. Trop en faveur de la paix dans le ménage. 

Et si on apprenait à vraiment bien lire cette pièce, sans a priori d'aucune sorte ?

Ne pas la laisser aux salauds. Ils ne font que des saloperies.

S'emparer de ces pièces maudites. Les faire revivre. Dépasser le bannissement des craintifs qui n'osent pas penser l'égalité.

Offrons, offrons ce bonheur.
De la vie.
À deux.

Rêve d'Avignon.

© Simone Rinzler | 10-11 juillet 2015 - Tous droits réservés

OuGramPo / OuGraPo : Contrainte grammaticale : Le conditionnel

La dépendance, l'indépendance mutuelles sont perpétuelles.
Sans conditions, quoiqu'au conditionnel, À L'Atelier de L'Espère-Luette

#7CR Carnets de retraite : L'indécence de l'intime : Il y aurait une indécence à parler de son bonheur, une insolence impardonnable...

L'indécence de l'intime

Il y aurait une indécence à parler de son bonheur, une insolence impardonnable.

Il faudrait se morfondre du malheur en permanence, jusqu'à en perdre sa valeur.

Il y aurait une injonction au malheur, au partage du malheur.

Il faudrait ruminer à toute heure.

Eh, quoi ?

Le monde irait-il mieux si tu allais plus mal ?

Le bonheur d'être ne fait pas de toi un être immonde, sans moralité, ni conscience.

Il fait de toi un être debout, aux aguets des mouvements du monde, de ses réveils, de ses torpeurs moites et sordides.

Tu veux changer le monde ?

Change ton regard sur toi-même. 

Aime.

Aime vraiment.

Commence par toi.

Rejette l'habitude prise du mépris de l'autre, de la méprise narcissique.

Soumets-toi à la "méprise créatrice*". 

Il y aurait une injonction au partage du malheur.

Et si... ?

Et si tu remplaçais l'injonction généralisée au malheur par l'injonction au bonheur, changerais-tu le monde ?

Non.

Tu remplacerais une injonction par une autre. 

Change ton impératif. Présent.

Reviens sur le mode conditionnel. Présent.

Et si tu aimais ? 

Tu aimerais. Tu aimerais vraiment. 

Tu commencerais par toi. Petit à petit, tu perdrais l’habitude que tu avais acquise de mépriser tout ce, et tous ceux, qui ne pensent pas comme toi. Tu chercherais à les comprendre, à comprendre ce qui les anime. Pas pour les aimer, pas pour les pardonner. Juste pour les comprendre. Pour comprendre qu'ils sont humains, comme toi.

Et si tu te posais de bonnes questions ? Les tiennes. Les tiennes propres. 
Qu'y a-t-il qui ne va pas chez toi, que l'on pourrait critiquer de toi ? 

Et si tu cessais de te pardonner tout le temps et que tu t'interroges vraiment ?

Vraiment ?

Vraiment.

Comprendrais-tu le mépris de l'autre qui parfois te touche et te blesse ?

Oui.

 Té mépriserais-tu ?

Non.

Accepterais-tu d'être humain, d'avoir des failles, de ne pas toujours être l'être parfait que tu te rêves être ?

Oui.

Tu accèderais à l'humilité, le nez sur l'humus de la terre. C'est ce que veut dire ce mot. Humilité. Humus. Terre.

Et si tu te faisais le chantre de l'humilité, que ferais-tu encore ?

Rien.

Tu ne ferais rien de plus, rien de mieux.

Sinon t'agrandir encore sous tes propres yeux, aux yeux du monde.

Peut-être serais-tu plus heureux ?

Non.  

Pas mieux.

Tu poursuivrais ton "hubris", ta folie des grandeurs qui n'est pas la tienne propre, mais celle de ton ère, de ton aire.

Tu te donnerais la possibilité de penser en dehors de la "Passion de la Grandeur" de ton ère, de ton aire. 

La Passion de la Grandeur. Vieil héritage rance du monde des Maîtres dominateurs.

Tu n'aurais pas besoin d'être grand. Tu reconnaîtrais que tu es petit. 

Tout petit. 

Minuscule. 

A l'échelle du monde.
Une fois cette croyance acquise, tu serais prêt à changer le monde. par ta douceur. Sans rancœur et sans haine, délivré du mépris, de l'Autre, de Toi. Prêt à accompagner le monde, dans le monde, présent au monde, à l'Autre et à Toi.

Eh quoi ?
Cela ferait de toi un vainqueur ?

Oui.
Un vainqueur sur toi-même. Pas sur l'Autre.

Tu en aurais fait, du chemin, au monde. 

-----

*Note sur La Méprise créatrice : Crédit à venir, source oubliée. Peut-être Rancière (ou Barthes ?).

© Simone Rinzler | 12 juillet 2015 - Tous droits réservés

Tu penserais au conditionnel. 
Présent. 
Tu rejetterais l'impératif. 
Présent. 
Tu t'interrogerais. 
Présent.
Au monde.
Continûment. 
A L'Atelier de L'Espère-Luette

7/09/2015

#2 Nouvelle : L'Emprise : Il m'aimerait soumise. Je ferais semblant deme soumettre...

L'Emprise

Nouvelle

Il m'aimerait soumise. Je ferais semblant de me soumettre.
Il me dirait : "T'es grosse". Je ferais semblant de faire attention.
Il me jetterait "Tarée", en plein milieu de la figure. Je répondrais : "Pardon. Je ne le referais plus".
Il me dirait : "Tu deviens démentissime". Je penserais qu'il souffre, qu'il manque d'amour.
Alors je le sucerais.
Puisqu'il a peur.
Depuis toujours.
Des mots d'amour.

Il me répondrait : "Non" à chacune de mes propositions. Je saurais que je l'ai perdu.
Depuis trop longtemps.

Il me ferait peur avant l'heure de son retour.
Alors, je me tairais pour ne pas le mettre en colère.
Il n'aimerait jamais plus rien de ce que je lui proposerais.
Alors, je me forcerais à ne faire que ce qu'il aimerait.

Il me dirait "Tu ne veux plus rien faire". Je ne ferais plus rien, pour ne pas le mettre en colère.

Il critiquerait tout ce que je ferais. J'en ferais de moins en moins, pour ne pas lui déplaire.

Je m'amenuiserais. Il n'en grandirait pas. Il s'étiolerait. Davantage. Il boirait. Il crierait. Il me frapperait, peut-être ?

Il deviendrait encore plus méchant. Il deviendrait égoïste.
Il se croirait plus intelligent, plus logique.
Je rapetisserais.
Devant son manque de sentiment.

Il deviendrait plus exigeant. J'en ferais encore moins, de plus en plus. 
De moins en moins.
Il trouverait que ce n'est jamais bien.
J'en ferais encore moins que moins.
Il me traiterait de "Moins que rien".
Je deviendrais encore bien.
Bien moins.
Puis rien.

Il deviendrait malheureux. 
Puis il deviendrait, même, un peu violent. 
D'abord verbalement.
Il m'insulterait.
De temps en temps.
Comme ça, juste en passant.
Je tenterais de le faire taire.
Un peu.
Rien qu'un petit peu.
Peut à peu.
Je ferais taire sa douleur muette.
J'essaierais.
Je me dirais que je pourrais.
Un jour, il pousserait la porte derrière laquelle je voudrais me cacher, me reposer, dans notre chambre, loin de ses colères régulières.
Chacun pousserait la porte de son côté.
Lui pour entrer. Moi, pour m'abriter, reprendre mon souffle.
Je lâcherais la porte, lasse et de guerre lente.
Il aurait fait la preuve de sa supériorité physique.
Je ne voudrais pas lutter. J'aurais aimé la paix plus que la guerre.
Je lui promettrais je ne sais quoi.
Il se calmerait.
Un peu.
Je reviendrais vers lui.
Un peu.
Il me jetterait.

Je me serais étonnée de son début de passage à l'acte.
Je me demanderais Qui ? 
Je me demanderais Que ?
Qui serait le dément ?
Que ferait le sage ?
Il abandonnerait.
Forcément.
Lentement.
Peu à peu.

Mais l'amour n'est pas sage. Il est fou. Je n'accepterais pas tout.
Je construirais des barrières anti-violence.
Je l'inciterais à sortir, à s'amuser, à cesser de sans cesse travailler sans jamais se reposer, sans jamais se plaindre à personne. Il souffrirait. Il aurait peut-être même peur de finir par me perdre. Je ne serais pas son souffre-douleur.  

Mentalement, je lui susurrerais :  
"Soulage-toi, Mon Cœur. 
Laisse-toi aller. 
Avec moi. 
Ne m'enfonce pas. 
Pas avec toi.
Non, non, tu ne vis pas avec une démente. 
Tu vieillis mal. Tu as mal à ton andropause.
Pause-toi, Mon Âme.
Dépose les armes de ta jeune virilité.
accepte ta maturité.
Ta vieillesse.
Ton chagrin que je en comprends pas.

Tu ne pleures jamais, Mon Homme.
Chiale un bon coup. tu banderas mieux. Laisse-toi aller. Ce n'est pas être lâche que de se laisser aller 
À aimer.
Vide ton cœur . 
Ne me jette plus ton aigreur. 
Je n'en plus. 
Je ne tiens plus. 
Tu me rends malheureuse. 
Décharge-toi, Mon Gars. 

Tu n'es responsable de rien, ni de personne. Surtout pas de moi. Prends soin de toi. Occupe-toi de toi. Tais-toi, si tu n'a plus rien à me dire que tes récriminations incessantes. Cesse de me critiquer. Cesse de m'ordonner. Cesse de me donner des ordres. Sans Cesse. Cesse. Tu pourrais finir sous l'oreiller. Un accident serait si vite arrivé. Tu n'es pas Mon Contre-Maître. Tu n'as pas à obéir à tes injonctions mauvaises. Va faire un tour. va prendre l'air. 

Je ne suis plus la même. 
Je ne suis plus déprimée.
Je ne sis plus angoissée.
Tu crois peut-être que je n'ai pas besoin de Toi ?

Tu te trompes.
J'ai besoin de sentir Ton Amour. Tous les jours."

Il finirait par me perdre. Si j'y consentais.

Il me dirait "Va voir ton psy", "Va dormir dans ton bureau". Je n'irais pas. Je resterais là. Là où je serais. Je n'aurais rien à fuir.

Je résisterais. Debout. Toutes les nuits. Tout le jour. Jour après jour. "Jusqu'à ce qu'il se calme", penserais-je.

"Il souffre encore. Davantage. Maintenant", penserais-je.

Pourquoi faudrait-il qu'il souffre quand je ne souffrirais plus. Il n'y pas pas de loi contre cela !
Pourquoi faudrait-il qu'il souffre, encore et encore, quand je lui dirais ce que je mets des mois à pouvoir lui exprimer.
Parce que j'aurais enfin pu trouver le courage de lui parler de ce qui m'inquièterait.
Parce que j'irais mieux.
Que je saurais mieux ce que je voudrais.

J'aurais toujours su ce dont je ne voudrais pas. Je ne le laisserais pas dépasser cette barrière. La barrière invisible. De la violence verbale. De la violence physique. Aurais-je été trop coulante ? Trop indifférente ? Je n'aurais pas vu sa détresse. La sienne. À lui. Trop prise. Par la mienne. Pour moi, la détresse ancienne est finie et bien finie. J'ai appris à la calmer. la bercer. L'endormir. Tout doucement. Par des caresses. Et des chansons. De l'attention. J'ai accueilli ma jeune vieillesse. Je ne saurais dire si je pourrais être son guide, cette fois aussi. Sa détresse muette, muée en injure, en acidité, en remontrances, et pas loin de la vraie violence me transperce. Je pleure notre bonheur. Je l'appelle. Serait-il parti avec ses hormones. Ses hormones. À lui. Cette fois. Putain d'hormones ! Qu'est-ce qu'elles déconnent... Il lui faudrait apprendre. À les domestiquer. À les accepter. Accepter sa vieillesse sans me reprocher la mienne. J'aurais bien le droit de bien vieillir en paix. Sans me chicaner. Je lui apprendrais, peut-être un jour ?, à se reposer, quand il en aurait besoin. Il n'aurait plus fait cela depuis si longtemps.

Il souffrirait. Je l'excuserais encore. Je l'aimerais. Il ne s'aimerait plus. Ne se respecterait plus. Ne prendrait plus soin de son apparence de son propre chef. Se rapetisserait. Il crierait après tout le monde. Se croirait le chef de tout le monde. Se disputerait avec tout les monde. Sauf ses amis masculins. Eux, si peu doués pour leurs relations intimes.

Finirait-il seul ? Avec une petite sotte. Une petite servante. Comme ses amis. Incapables de vivre une relation adulte avec une femme adulte qu'ils respecteraient.

Que ferais-je, que ne ferais-je pas, pour qu'il me respecte enfin ?
À nouveau.
Comme avant.

Je croirais qu'il me pense inutile, nuisible, infantile.
Qu'en saurait-il ?
Se promènerait-il, mieux que moi, dans mon cerveau ?
Je ne le croirais pas.
J'aurais beau avoir des défauts.
Cela.
Jamais.
Je ne le croirais.

Au matin, il se réveillerait. Je ne serais plus là. 
Mon corps serait toujours là. 
Peut-être plus ma tête.

Qui saurait jamais.

Si ça se serait passé.
Si ça se serait rêvé.

Que ça se serait passé.
Que ça serait rêvé.

Nul ne le saurait.
Sauf si quelqu'un le disait.
Le répétait. 
Peut-être même,
Qu'un beau sale jour,
Que quelqu'un, quelqu'un, quelqu'une,
De bien mal informé,
De bien mal intentionné,
Le déformerait.

Qu'elle est difficile, l'emprise de la nuit, 
Quelle est malhabile, la prise de parole, 
Qu'elle est si fossile, la parole mutique du Très Grand Blessé.

Mais de quoi, mais à quel endroit,
Aurait-t-il été blessé ? 
Que je puisse le réparer.
Le vivant. 
Qu'on enterre nos petites morts assassines,
Qu'on reparte sur les chemins. Ensemble. Unis. Heureux.

Il serait déjà mort. Il ne le saurait pas.
Il aurait quitté, en catimini, le monde des bons vivants, le monde des bons, le monde des vivants. Serait entré dans celui des tortionnaires de la banalité, des tyrans du quotidien, dans le monde du maussade.

Je l'aurais su, pourtant, qu'il était un grand blessé du sentiment. Je n'aurais plus la force de l'aider. Mes forces déclineraient. Je ne pourrais plus lui transmettre ma force vitale. Il ne m'en resterait plus guère. Il se déroberait. 

Il n'aurait pas changé. Il serait revenu à son point de départ. 
Moi aussi.

Tout ça pour ça. 
Tout serait à reconstruire.
À deux.

Je n'aurais plus la force de lui prêter ma force vitale. Il ne m'en resterait plus beaucoup. Allez, encore un effort. Encore un. Ce ne serait presque rien.

Ce matin, au réveil, après une mauvaise nuit de sommeil, de lui, de moi, j'irais encore racler mes vieux fonds de tiroirs. J'aurais bien dû en garder un peu. De la force de vie. Il le mériterait bien. Je le voudrais bien.

"Demain, demain, Mesdames et Messieurs, nous vous jouerons sur scène, et en avant-première : Le Méger Apprivoisé, dans une mise en scène dégendrée de la trop oubliée pièce de William Shakespeare La Mégère Apprivoisée. Approchez ! Approchez ! La vente des billets a commencé !"

Rêve d'Avignon.

© Simone Rinzler | 9 juin 2015 - Tous droits réservés

La peine est conditionnelle à L'Atelier de L'Espère-Luette