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11/30/2015

12a #AA Anamnèse de l'amnésie : Je rentre à la maison. Elle ne m'entend pas. Elle ne me regarde pas. Elle ne me regarde plus.

12a #AA Anamnèse de l'amnésie : Je rentre à la maison. Elle ne m'entend pas. Elle ne me regarde pas. Elle ne me regarde plus.

Je rentre à la maison. Elle ne m'entend pas. Elle ne me regarde pas. Elle ne me regarde plus. Pas un mot. Pas un regard. Elle ne bouge pas. Elle a le regard vide. Le regard perdu. 

Où est-elle partie ? 
Son corps est présent. Son esprit est ailleurs. Il a disparu. Elle ne bouge pas. Elle ne bouge plus.

"Bonjour !"
Pas un sursaut. Elle ne répond pas. Sa surdité ne s'améliore pas. Elle ne me voit pas. Elle ne me voit plus.

Je lui parlerai ce soir. Que lui arrive-t-il ? Pourquoi est-elle comme cela ? Elle pourrait faire un effort. 

Je rentre du travail. La maison est silencieuse. La maison est morte. Son cœur est mort. Elle ne bouge plus. Je lui parle.

Elle me répond : "Parle plus fort, je ne t'entends pas". Elle le fait exprès. Elle m'ignore. Je n'existe plus pour elle. Qu'ai-je fait ? Que n'ai-je pas fait ? Elle ne bouge plus. Elle ne parle plus. Elle ne rit plus. Elle est devenue méchante. Elle est acariâtre. J'aimerais tant être accueilli par son bon sourire. Elle ne sourit plus. Elle ne rit plus. Je ne compte plus.

Je me fais un café. Je le bois. Seul. Je reste seul dans la salle à manger. Je regarde les informations télévisées. Elle ne s'intéresse plus au monde. Plus rien ne l'intéresse. Nous ne partageons plus rien. Je l'ai perdue. Je suis perdu sans elle.

Ce soir, je lui parlerai. Je la caresserai. Peut-être acceptera-t-elle de faire l'amour ? Elle n'aime plus faire l'amour.

Je suis transparent. Je m'ennuie au travail. Elle ne me voit plus. Je monte travailler. Je travaillerai jusqu'à l'heure du dîner. Elle oubliera encore l'heure du dîner. Je lui rappellerai l'heure du dîner.

Je vis en couple. Je suis seul. Je suis transparent. 

Je me sens encore vivant. 

Pour combien de temps ?

© Simone Rinzler | 30 novembre 2015 - Tous droits réservés 

Des nouvelles de "Lui" À L'Atelier de L'Espère-Luette

11/29/2015

#OuGramPo : Vous, Passé composé à Valeur de Bilan dans le présent, Présent, Sens passif : Attentifs ensemble. Vous êtes sorti de votre zone de confort.

#OuGramPo : Vous, Passé composé à Valeur de Bilan dans le présent, Présent, Sens passif : Attentifs ensemble. Vous êtes sorti de votre zone de confort. 

Attentifs ensemble. 
Vous êtes sorti de votre zone de confort. Vous avez dépassé la limite autorisée. Vous errez dans une zone d'inconfort. 
Vous êtes prié de rentrer dans votre zone de confort.

Attentifs ensemble. 
Vous êtes sorti de votre zone de confort. Vous avez dépassé la limite autorisée. Vous errez dans une zone d'inconfort. 
Vous êtes prié de rentrer dans votre zone de confort.

Attentifs ensemble.
Vous êtes...

Vous êtes apeuré. Les haut-parleurs vous cassent la tête, les annonces sonores vous stressent. Vous êtes fatigué. Vous avez envie de rentrer à la maison. Vous êtes déjà à la maison. Vous êtes coincé. Vous avez votre processus engagé. Vous ne pouvez plus vous dégager. 

Attention, ensemble.
Vous avez retrouvé votre zone de confort. Vous avez encore du forfait. Vous avez rencontré des amis. Vous êtes sorti de votre zone d'inconfort.
Vous êtes prié de continuer.

Attention, solitaire.
Solidaire, ensemble.
Vous avez noué des liens salutaires. Vous êtes solidaire du chagrin de votre ami. Vous ne pensez pas qu'à vous. Vous vous mettez en danger de vie.
Attentifs ensemble.

Attentif, on semble.
Attentionné, on est.

Vous avez fait preuve d'empathie. Vous avez rencontré vos amis. Vous êtes en danger de vie. Vous êtes prié de rentrer vos mouchoirs. Vous êtes prié de laissez tout choir. Il vous est donné ordre de vous disperser.

Ensemble, dispersés.
Vous avez rencontré des amis. Que savez-vous d'eux ? Depuis combien de temps ne les aviez-vous pas vus ? Saviez-vous ce qu'ils étaient devenus ? Vous avez parlé avec eux. Vous avez ri. Vous êtes en danger de vie. Il vous est conseillé de retourner dans votre zone d'inconfort. Vous êtes en danger de vie. Attentifs ensemble.

Attentifs ensemble.
A' t'en semble en sous-tif 
Attentemble en tifs
A' sensible, en tremble...

© Simone Rinzler | 29 novembre 2015 - Tous droits réservés 

[texte de travail susceptible de recevoir des modifications]

L'OuGramPo se la joue parano avec ses contraintes grammaticales À L'Atelier de L'Espère-Luette

10/08/2015

#25CR Carnets de retraite : Si j'étais junkie, je me jetterais sur ma seringue, si j'étais accro, je me ruerais sur mon pèt', si j'étaisalcoolo, je m'enfilerais de ma bibine, de ma tise, de l'anisé bien frais.

#25CR Carnets de retraite : Si j'étais junkie...


Si j'étais junkie, je me jetterais sur ma seringue, si j'étais accro, je me ruerais sur mon pèt', si j'étais alcoolo, je m'enfilerais de ma bibine, de ma tise, de l'anisé bien frais.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais boulimique, je m'avalerais une tablette entière de chocolat noir, si j'étais dépendante au sport, je pédalerais de par les rues de la colline, si j'étais livrolique, je m'avalerais bouquin sur bouquin.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais opiomane, je m'aspirerais des volutes assassines, si j'étais héroïnomane, je m'injecterais ma dose de speed, si j'étais sniffeuse, je me remplirais le blase à plein naseaux.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais active, je me jetterais dans le boulot, si j'étais chercheur, je me cognerais des projets à n'en plus finir, si j'étais nymphomane, je me taperais des petits jeunots.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais quelqu'un d'autre, je ne ferais pas tout ce que je fais.

Et là, comme je ne fais rien, et que je fais semblant de m'y faire bien, je fais graphowomane de service.

Mais je sens bien qu'il me manque encore quelque chose de quotidien pour alléger les affres de la liberté chèrement gagnée.

Si j'étais compulsive, je me lancerais dans plein de nouveaux projets, si j'étais avide, je me remplirais jusqu'à l'étourdissement, pour oublier que je m'ennuie aussi, plus que parfois, du manque de camaraderie quotidienne.

Mais je ne suis rien de tout cela. 

Je me sens fatiguée. Je me sens vaguement vertigineuse. Je ressens le besoin de me reposer. Je me repose le corps. L'esprit est encore vif. Les changements de position me tournent la tête. J'ai un peu mauvaise mine aujourd'hui.

Je me repose. 

Je prends de l'avance sur ma nuit.

Je suis allongée.

Je ne dors pas. 

J'écris.

Cette nuit, je dormirai.

Pour l'instant, je me repose. Allongée, je ne ressens pas de pertes d'équilibre. Il est urgent de ne rien faire. Éventuellement, si cela ne passe pas, de consulter un médecin, autre que le mien, en vacances, en Chine. Heureux homme. Comme j'y retournerais bien. J'y ai été si bien.

Mon Drôle De Prince Drôle, Mon Mari, Mon Amant, Mon Ami travaille au bureau. Je l'entends faire bruisser le papier.

Mes petites-filles inventent de nouveaux gazouillis étonnants, je m'en repais.

Comment ? Je ne ferais rien ?

Pardi !

Je vis.

Et ça, c'est bien.

Je suis présente à mon présent, j'écris le présent au présent. Je vis le présent de l'écriture. J'ai calmé mon ennui. Je prends soin de moi plus que des autres. Enfin. 

Je suis bien.

Je me sens encore très fragile. C'est bien de se sentir encore fragile. Cela me retient de m'épuiser. Pas d'agir.

Je profite de ma retraite, éprouve ma liberté qui parfois, souvent m'éprouve. Le chemin de liberté est aussi chemin de santé. 

Je retrouve la mesure. Je n'ai mangé que deux très gros carrés de chocolat. Je mourais de faim. J'ai reposé la tablette, suis allée m'allonger, ai dégusté mon pain et mon chocolat pour mon goûter. La terre a cessé de tourner. J'avais faim. Je me prive moins. Je maigris davantage. Je me sens plus à l'aise dans mon corps. Mon esprit s'inquiète encore. Je me souviens que c'est une inquiétude normale en sortie de dépression. La peur de rechuter fait exagérer les symptômes. C'est un passage obligé que je connais déjà. Il n'y a pas d'inquiétude pérenne.

Seule subsiste, comme un bébé, le passage difficile du jour à la nuit.

La retraite, une retombée dans l'enfance ?

Peut-être.

L'enfance d'avant le travail salarié, d'avant les contraintes.

Je vais me relever, retourner trier tous mes vieux dossiers. Je m'étais arrêtée hier sur un dossier douloureux. Comme il est difficile de jeter les traces matérielles de son passé au travail. Chaque feuillet nécessité une prise de décision rapide et définitive. Je me suis arrêtée sur un doute hier. 

Ceci, à garder ou pas ? 

Mais alors cela ?

Je suis repassée devant ce sous dossier hier. J'ai presque déjà décidé de le garder.

Peut-être ferais-je comme pour les vêtements l'été dernier. Un dossier en attente. Je ne suis pas là pour me faire souffrir ni avoir des regrets. Le tri de juillet a été parfait. Je n'ai rien regretté. J'ai eu la sagesse de ce troisième tas en attente. Cela m'a donné un nouveau sursaut d'énergie de faire tout ce tri. 

Ici même, d'ailleurs, je suis déjà en train de trier mentalement. Si rien ne bouge dans les paperasses, et même si rien ne se voit, je n'ai plus le vertige et le tri s'effectue en pensée. L'exécution matérielle ne sera plus qu'un jeu d'enfant.

C'est pourtant vrai que je suis grapho(wo[e])mane !

© Simone Rinzler | 8 octobre 2015 - Tous droits réservés

Le tri du passé s'effectue au présent  À L'Atelier de L'Espère-Luette


7/12/2015

#7CR Carnets de retraite : L'indécence de l'intime : Il y aurait une indécence à parler de son bonheur, une insolence impardonnable...

L'indécence de l'intime

Il y aurait une indécence à parler de son bonheur, une insolence impardonnable.

Il faudrait se morfondre du malheur en permanence, jusqu'à en perdre sa valeur.

Il y aurait une injonction au malheur, au partage du malheur.

Il faudrait ruminer à toute heure.

Eh, quoi ?

Le monde irait-il mieux si tu allais plus mal ?

Le bonheur d'être ne fait pas de toi un être immonde, sans moralité, ni conscience.

Il fait de toi un être debout, aux aguets des mouvements du monde, de ses réveils, de ses torpeurs moites et sordides.

Tu veux changer le monde ?

Change ton regard sur toi-même. 

Aime.

Aime vraiment.

Commence par toi.

Rejette l'habitude prise du mépris de l'autre, de la méprise narcissique.

Soumets-toi à la "méprise créatrice*". 

Il y aurait une injonction au partage du malheur.

Et si... ?

Et si tu remplaçais l'injonction généralisée au malheur par l'injonction au bonheur, changerais-tu le monde ?

Non.

Tu remplacerais une injonction par une autre. 

Change ton impératif. Présent.

Reviens sur le mode conditionnel. Présent.

Et si tu aimais ? 

Tu aimerais. Tu aimerais vraiment. 

Tu commencerais par toi. Petit à petit, tu perdrais l’habitude que tu avais acquise de mépriser tout ce, et tous ceux, qui ne pensent pas comme toi. Tu chercherais à les comprendre, à comprendre ce qui les anime. Pas pour les aimer, pas pour les pardonner. Juste pour les comprendre. Pour comprendre qu'ils sont humains, comme toi.

Et si tu te posais de bonnes questions ? Les tiennes. Les tiennes propres. 
Qu'y a-t-il qui ne va pas chez toi, que l'on pourrait critiquer de toi ? 

Et si tu cessais de te pardonner tout le temps et que tu t'interroges vraiment ?

Vraiment ?

Vraiment.

Comprendrais-tu le mépris de l'autre qui parfois te touche et te blesse ?

Oui.

 Té mépriserais-tu ?

Non.

Accepterais-tu d'être humain, d'avoir des failles, de ne pas toujours être l'être parfait que tu te rêves être ?

Oui.

Tu accèderais à l'humilité, le nez sur l'humus de la terre. C'est ce que veut dire ce mot. Humilité. Humus. Terre.

Et si tu te faisais le chantre de l'humilité, que ferais-tu encore ?

Rien.

Tu ne ferais rien de plus, rien de mieux.

Sinon t'agrandir encore sous tes propres yeux, aux yeux du monde.

Peut-être serais-tu plus heureux ?

Non.  

Pas mieux.

Tu poursuivrais ton "hubris", ta folie des grandeurs qui n'est pas la tienne propre, mais celle de ton ère, de ton aire.

Tu te donnerais la possibilité de penser en dehors de la "Passion de la Grandeur" de ton ère, de ton aire. 

La Passion de la Grandeur. Vieil héritage rance du monde des Maîtres dominateurs.

Tu n'aurais pas besoin d'être grand. Tu reconnaîtrais que tu es petit. 

Tout petit. 

Minuscule. 

A l'échelle du monde.
Une fois cette croyance acquise, tu serais prêt à changer le monde. par ta douceur. Sans rancœur et sans haine, délivré du mépris, de l'Autre, de Toi. Prêt à accompagner le monde, dans le monde, présent au monde, à l'Autre et à Toi.

Eh quoi ?
Cela ferait de toi un vainqueur ?

Oui.
Un vainqueur sur toi-même. Pas sur l'Autre.

Tu en aurais fait, du chemin, au monde. 

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*Note sur La Méprise créatrice : Crédit à venir, source oubliée. Peut-être Rancière (ou Barthes ?).

© Simone Rinzler | 12 juillet 2015 - Tous droits réservés

Tu penserais au conditionnel. 
Présent. 
Tu rejetterais l'impératif. 
Présent. 
Tu t'interrogerais. 
Présent.
Au monde.
Continûment. 
A L'Atelier de L'Espère-Luette