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12/08/2014

Chez nous, on ne se dispute pas..

"Chez nous, on ne se dispute pas '". 

Chez nous, on ne se dispute pas. 

On crève. 

On a déjà crevé de l'impuissance à s'exprimer. Le désir bourgeois d'élévation de la Madame Verdurin au petit pied lie la parole aux bonnes mœurs. Point n'est besoin de crier, de s'étriller. On ne se déchire pas comme des charretiers. La Verdurin règne sur sa maisonnée. Malheur à qui tentera, ne serait-ce qu'une fois, de rompre la belle harmonie de surface. Alors, on ne se dispute pas, on ne s'insulte pas, on ne montre pas même son désaccord. On file doux. On s'effiloche dur, durement, durablement. 

On meurt, à petit feu, nourri de l'interdit du dissensus, du différend. On se conforme, tant bien que mal. On en fait sa seconde nature. 

On s'étiole. 

Vérole de la parole. Interdite. Muette. 
Tue. 
Morte. 

On parle une langue morte. 
On vit comme des morts. 
On révère nos morts. 
On n'a aucun savoir vivre. 

La liberté viendra du corps. Du corps muet, du corps muant, du corps exigeant, remuant, vivant. Sous la carapace, caparaçonné. 
Le corps, seul capable de la force du coup de force pour s'imposer, sans un mot, sans dispute, sans autre lutte que celle du corps avec le corps, aimé. 

Transmission muette du langage  des corps désirants. 
Corps salvateur hors du corps social. 

Liberté gagnée sur le champ de la bataille linguistique du dominant, toujours-déjà perdue, sous les coups, les à-coups, les remous du corps saillant, vivant. 

Langage bâillonné. 
Corps oublié gagne. 
La dispute. 

© Simone Rinzler | 8 décembre 2014 - Tous droits réservés 

12/05/2014

Vous n'avez pas de désir...

"Vous n'avez pas de désir".

La sentence, laconique, laisse perplexe. Vous. Pas de désir. Du désir, vous n'en avez pas. Être de passion, pas être de désir. Être, objet de ses passions, dépourvu de désir. Interrogation sur ce départ du désir, en catimini, sans prévenir. Interrogation sur le désir. Interrogation sans fin. Sans cesse renouvelée, année après année. Pas de désir. Des envies. Peut-être. Peu. Beaucoup. Parfois. Toujours. Du désir. Pas vraiment. Ne pas savoir ce qu'est le désir. Croire l'avoir connu. Ne pas l'avoir su. Ne pas savoir reconnaître le désir. Étouffer le désir. Ne pas le sentir partir. Constater son absence. Clinique. Cliniquement. Ne pas y croire. Imaginer le lieu d'exil du désir. Partir à sa recherche. Recherche du désir. Se demander si le désir se désire. Si le désir advient sans désir du désir ?

Respirer.
Inspirer.
Aspirer à.
Expirer. Expier l'envie. L'envie de désir. S'inspirer. Inspirer. Désirer. Désir d'un corps. Ce que peut un corps. Corps sans langage. Langage sans corps se dégage. Présence du désir. Désir d'écrire. Désir de jouissance. Désir du corps sans langage. Présence du corps. Du désir. Absence à l'absence. Présence de la présence. 

Désir.

© Simone Rinzler | 5 décembre 2014 - Tous droits réservés.

Désir de L'Atelier de L'Espère-Luette

12/02/2014

Tu arrives...

Tu arrives à écrire, tu parviens à écrire, à te dire, à nous dire, à te lire, te faire lire, mais tu n'arrives pas à finir.
Tu arrives à lire, tu parviens à tout lire, par petits bouts ou gros à-coups, tu parviens à maudire, décider de ne pas lire, de ne pas finir, quand cela ne t'intéresse pas, te fait perdre ton temps, même pour ne rien faire, juste parce que, que tu n'aimes guère, et qu'il y a des limites à ce que tu peux t'imposer.

Tu parviens à lire, jusqu'au bout, même le plus délire, même le plus flou, le plus fou, le plus dur, le plus léger. Tu arrives à lire, même dans le bruit. Tu arrives à lire. Dans le silence aussi.

Tu arrives à rire, de tout et de rien, tu parviens à ne pas rire de tout un chacun.

Tu arrives, tu arrives, tu te forces, tu ne te forces pas. Rien d'autre ne te force que ta force intérieure. 

Tu ne parviens pas, toujours, à aimer ce que tu lis.

Tu parviens, tu parviens à aimer ce à quoi tu tiens. Tu parviens à écrire, tu aimes ce que tu écris. Tu parviens à te dire que si tu aimes, d'autres l'aimeront bien. 

Tu parviens à te mettre dans des états impossibles pour arriver, pour parvenir, pour advenir, comme écrivain. Tu te mets de trop hautes haies. Tu t'entraînes, tu t'entraînes, avec de petits riens. Tu avances, tu progresses, tu ne te demandes plus rien. Tu ne cesses, tu ne cesses. Tu le sais bien. Tu es déjà écrivain.

Tu arrives, tu arrives, avec ta peur de la fin, ta peur d'en finir, ta grande peur des fins. Tu n'aimes pas que ça finisse, ça t'attriste, tu le crains. Tu arrives, tu arrives, si souvent à la fin. Tu te dis : ce n'était pas si difficile. Il suffisait de se prendre par la main.

Tu raisonnes, tu résonnes, tu déconnes et tu tonnes, contre toutes les fins, de romans, qui ne sont pas bien. Alors, pour te faire plaisir, tu façonnes, tu crayonnes, tu t'inventes écrivain, écrivain de la fin.

Mais tu n'as jamais su, tu n'as jamais pu, aller jusqu'à la fin...

Voyons, mais que dis-tu ?

Tu rayonnes, tu rayonnes, quand tu vas jusqu'à la fin, tu chantonnes, tu chantonnes, tu sais finir jusqu'à la fin. Tu sais bien, tu sais, qu'il faut que tu arrêtes. D'y penser. Et qu'il faut que tu y ailles. Au charbon du chemin, ton chemin d'écriture. Ton charbon, ton refrain, ta mélodie déjà mûre. Tu chantonnes, tu crayonnes, tu rapproches de la fin.

Allons. Allons, Simone, continue jusqu'à la fin.

Tu crayonnes, tu chantonnes, tu tapotes tes notes, tu tapotes ton clavier, t'es pas trop tempérée, tu crapotes, tu crachotes, tes Valda mâchouillées, tu radotes, tu clapotes, tu vas même pas nous ennuyer.

Continue, continue.
Au charbon, au chardon,
Ça fait mal,
Ça fait du bien,
Ça fait de mal à personne.  
Ça t'étonne,  
Ça t'étonne, de voir avancer, note à note, croque-notes, un récit,
C'est le tien.

© Simone Rinzler | 21 novembre 2014 - Tous droits réservés 

12/01/2014

Tu as fui l'ennui...

Tu as fui l'ennui, par peur de t'ennuyer.

Tu as fui. Tu as marché, couru, nagé, randonné, crapahuté, travaillé à tes départs, organisé tes activités, boulonné, trimé, marné, harassée, épuisée et heureuse de ta trouvaille.
Tu as fui l'ennui. Même quand il n'était pas là. Tu t'es remplie, gavée, goinfrée de musique, de scène, de boulot, d'attention à l'autre. Tu fuyais, tu fuyais la fuite, ça fuitait de partout. Tu as crains de t'ennuyer.
Tu as accepté l'ennui. Tu ne t'ennuies plus. Tu es reposée. Nul ennui. Nulle fatigue. Un grand calme qui ne te ressemble pas a pris possession de toi. 

Ce calme-là, c'était toi. 
Tu ne le savais pas.


© Simone Rinzler | 21 novembre 2014 - Tous droits réservés


11/20/2014

Pauvre rebelle, Pauvre Mado

Pauvre rebelle, Pauvre Mado

Pauvre rebelle,
Pauvre Mado,
Tu étais belle,
Tu volais haut.

Tu n'as pas pu,
N'as pas voulu,
Te conformer,
Te réformer.

Pauvre rebelle,
Pauvre Mado,
Tu étais belle,
Tu volais haut.

Tu n'as pas vu,
N'as jamais voulu,
Être pareille,
Pareille au même.

Pauvre rebelle,
Pauvre Mado,
Tu étais belle,
Tu volais haut.

Tu n'as rien vu
Tu n'as rien su,
Tu t'es battue,
N'en pouvais plus.

Pauvre rebelle,
Pauvre Mado,
Tu étais belle,
Tu volais haut.

Tu ne luttes plus,
Mado, rebelle,
Tu vis bien plus,
Ta vie est belle.

Belle,
Re-belle,
Mado,
Belle,
Chapeau.

© Simone Rinzler | 20 novembre 2014 - Tous droits réservés
[texte sujet à modifications]

Mado la belle.
Belle rebelle,
Est sur la page FB L'Atelier de L'Espère-Luette

Fais ta valiche, fais ta valoche...

Fais ta valiche,
Fais ta valoche,
Fais pas ta criche,
Fais pas ta quiche,
Fais ta valoche.   

Fais ta valoche,
Mains dans les poches,
Fais pas ta moche,
Fais pas ta mioche,
Fais ta valoche.

Fais ta valoche.
Fais ta valoche.
Ch'est pas la dèche,
T'es pas une flèche,
Rien ne t'empêche.

Fais ta valoche.

© Simone Rinzler | 20 novembre 2014 - Tous droits réservés 

11/19/2014

Un très petit monde. Enfance...

Un tout petit monde.
Elles allaient chez Mme ...Gondry, peut-être. Cette femme-là, on n'a jamais su son nom. Il y avait des cahiers à vendre, de la bimbeloterie, des brimborions, des riens, et des petits oursons, des roudoudous, des rouleaux noirs avec un perle rouge sucrée au milieu, des surprises pour filles, des surprises pour garçons, des petits jouets, poupées ou voitures à monter, et bien sûr, les bonbons.
 

Les bonbons.
Il y avait l'attente. Du petit client devant. Comptant ses sous. Qu'est-ce que je peux avoir pour un franc ? On savait qu'on en aurait pour longtemps. Celui-là n'avait pas trop d'argent, ni trop l'habitude. Il rêvait devant le comptoir transparent. Les mains de la bimbelotière s'enfonçaient sous le comptoir de verre. Le reste était bleu, bleu pâle, bleu pisseux, bleu bimbelotière, comme la devanture.
Il te reste encore dix centimes, mon lapin.

Attente.
Qu'est-ce que je peux avoir pour dix centimes ?

Il ne le disait pas. Dix centimes. Encore ! C'est tout ? On ne savait pas. Il était là, silencieux, les grands yeux ouverts.
Tu peux avoir un souris ou un chewing-gum comme ça.

Comme ça ? Son visage était déconfit.

La souris ! Sourire réjoui. Six ans déjà. Il lui manque une dent devant. Tout seul, chez la marchande de bonbons. Déjà tout seul. Ses parents ne s'en occupent pas, pense la petite AltenGlock, celle qui pense ce que pensent ses parents. Qui carillonne, dont la pensée résonne dans le creux de sa pensée étrécie, qui bourdonne et ne donne que le son de ses parents, de sa Maman. Un gosse des rues.

Elles attendent leur tour. Elles sont deux. Elles viennent acheter des fournitures scolaires. Elles sont impatientes, les bonnes élèves. Fières d'acheter des choses utiles, des choses sérieuses. Elles ne se croient même pas envieuses. Elles bavardent et qui s'en souviendrait, peut-être même, elles auraient pouffé. Plus sûr qu'elles sont restées d'airain, ne commentant pas, ne se commettant pas. Avec les garçons. Les gosses des rues. Elles attendaient, fières, imitant les adultes. Sérieuses. Elles bavarderaient plus tard. Au 240. Derrière la lourde porte cochère en bois chantourné, accroupies sous le battant qui ne s'ouvrait qu'aux enterrements. Et aux plus rares déménagements.
Elles attendent. 

Elles attendaient.  Il n'allait jamais en terminer. 

Il y en a encore un autre.

Celui-là est plus grand. Ils sont deux, d'ailleurs. Un qui sait ce qu'il veut et un autre, pas bavard, mais rigolard, qui suit le grand, qui le regarde avec admiration. Ce grand, est-ce son frère, son copain, son cousin ? Ce grand, c'est son amour de petit garçon, son amour d'enfant pour le grand qui le prend et l'emmène partout. C'est son admiration. Il le traîne. Il l'emmène. Ils sont heureux. 

Le grand est fier de son petit. 

Il va vite. Il l'impressionne. Il s'impressionne lui-même, peut-être. Il avance, décidé. Il annonce, sans s'arrêter, tout ce qu'il veut. Il sait très exactement ce qu'il veut. Avec lui, ça va aller vite. 

Allez, vite, vite qu'il sorte, que ce soit à notre tour. 

Il débite sa commande. La bimbelotière suit prestement. Il y a beaucoup de clients. C'est encore la rentrée. Ils viennent encore acheter des cahiers, un stylo vert, un gomme, une règle. Vite, vite. Allez, mon grand. Le petit, d'un coup s'interpose.  

Et puis une souris !

D'accord, dit le grand, enlevez l'ourson et le Globo et ajoutez trois souris.  

Oh, non, pas le Globo. J'en veux un moi aussi. 

Alors ? Elle s'impatiente. Que veux-tu à la fin ? 
Euh, je garde le Globo. Et une souris. 
Juste une souris ? Il te reste cinq centimes, mon bonhomme. Allez, dépêche-toi, mon grand ! La boutique est pleine ! 

On va pouvoir passer bientôt. Ça se termine. Vite. Vite. J'ai envie de faire pipi. 
Bon, alors, donnez moi, madame, s'il vous plait, trois souris à la place de l'ourson. Les derniers achats filent dans le sac en papier blanc, refermé soigneusement. Les deux garçons s'en vont. La cloche de la porte joue du grelot.

C'est à nous. Je viens acheter seule un protège-cahier rouge. Je ne suis pas vraiment seule. Je suis sans ma mère, ni ma grand-mère. Je suis seule. Je suis avec mon amie. C'est ma première amie. 

Avant l'école, je n'étais jamais sortie. Jamais sortie seule.
Je ne pouvais pas avoir d'amie. 
J'étais toujours seule. 
Avec ma mère.
Et ma grand-mère.
Et le soir, on n'était plus seules. Mon père arrivait. Avec des surprises. La joie commençait.

Lundi, je retrouverai ma première amie, pour une nouvelle fois. 

Elle m'a invitée. Cinquante-quatre ans après.

Je la connais. Je ne la connais pas.
Elle me connaît. Elle ne me connaît pas.

Tenterons-nous de retrouver le temps des gamines que nous ne savions pas être ?

Nous aimerons-nous encore, comme on aime le souvenir ?

Je ne sais pas.
Je ne sais rien.

Ce que je sais, c'est qu'on s'aime bien.

PS : Était-ce cette boutique-là dont on disait on va chez l'optijuiphe ou le p'tit juif. Ça ne voulait rien dire, ça. Ça veut dire quoi, juif, quand on n'est jamais sorti. Qu'on ne t'a rien dit. Que tu as vécu dans un brouillard de solitude, de tristesse et d'enfermement. Tout ce dont elle se rappelait, c'est que dans cette boutique, il y avait une femme, ni jeune, ni vieille, en blouse blanche qui servait le client. L'optijuiphe ou le p'tit juif était peut-être mort. Une d'elles ne savait pas encore ce qu'était un Juif (avec une majuscule, donc, quand on sait enfin ce que c'est, on sait aussi qu'il faut mettre une majuscule aux noms de religion. Elle n'allait pas à l'église non plus), elle ne savait pas encore que son père était Juif. Donc, chez le p'tit Juif, c'était une femme qui servait. Si ça se trouve, elle était goy aussi. Elle ne savait pas non plus que le père de son amie était juif aussi, et sa mère, goy, ou chrétienne.

Le retour de la mémoire est une chose très bizarre, une question d'âge, de perte de mémoire, d'écriture, un retour en soi, vers soi, pour soi, quand on s'est préoccupé des autres jusqu'à s'en oublier. Pour quelqu'un qui prétend n'avoir pas de mémoire, celle-ci revient, modifiée, arrangée, glorifiée, chaplinisée, pathologisée de pathos et de réalisme aux accords pathétiques. 

La crainte du pathos interdit s'est envolée. 
Pour le meilleur. 
Ou pour le pire. 
En tous cas, pour l'Écrire.
Puis en rire. 
Sans se moquer. 
Enfin, vraiment se souvenir de soi. 
Avec empathie. 
Avec le sourire. 
Tendresse.

Rien n'est vraiment vrai. 

Rien n'est vraiment faux. 

C'est vraiment vrai dans ma tête quand j'écris.

C'est vraiment vrai dans la tienne quand tu lis.
La littérature de jeunesse, littérature de sa jeunesse, à partir de sa jeunesse, en sa jeune vieillesse, ça se déforme, ça se reforme, ça prend forme. Une forme littéraire. L'anecdotique devient l'essence de l'essentiel. 

Se souvenir. Accepter le souvenir. Ne plus le fuir, consciemment comme inconsciemment.

C'est vrai que c'est du faux. Du reconstitué. Du réchauffé. Du reconditionné. Du littérarisé. dans un style que je déteste lire mais que je prends plaisir à écrire. 

Ça sonne si vrai. Que ç'en est suspect.

[Sujets à modifications multiples]

© Simone Rinzler | 19 novembre 2014 - Tous droits réservés 

Chaud, croustillant, parfumé et entêtant,
Tout frais sorti
En direct du fournil de L'Espère-Luette


11/18/2014

Laisse-moi. Juste. Être. Cette fille-là...

Laisse-moi. Juste. Être.

Cette fille-là, elle est ingérable.

Laisse-moi juste être.

Cette fille-là, elle est admirable.

Laisse-moi, Juste, être.

Cette fille, l'est super-baisable.


Laisse-moi.

Juste.

Laisse-moi être.

Juste.

Juste qui je suis.

Juste ce qui luit.

Juste ce qui frémit.

Laisse-le être.

Cette fille-là,

Laisse-la donc être.

Tu ne veux pas qu'elle s'enfuie.


Laisse-la.

Ne l'envoie pas paître.

Laisse-la juste...

.... Être.

© Simone Rinzler | 18 novembre 2014 - Tous droits réservés 

En direct de L'Atelier de L'Espère-Luette

11/14/2014

Tu te réveilles...

Tu te réveilles. Tu tâtonnes. Ta main caresse le drap. Non, pas sensuellement. Ta main cherche. Va vers le haut. Vers le bas. Se lève. Descend. Restant sur le plan. Du haut en bas. Du lit. De la place d'à côté. Ta main balaie le tissu. Passe dessus. Passe vers le bas. Passe et repasse. Essuie-glace. En va. En vient. Et revient. Tu te réveilles. Ta conscience n'est pas encore. Très réveillée. Ta main machine, ta main balaie. La place. L'espoir s'efface. Tu penses. Tu attends de trouver. Le corps. Sinon chaud. Du moins là. Tu balaies. Tu te réveilles. Petit à petit. Le rêve de la nuit est enfui. Ton cauchemar t'attend. Tu te réveilles. Le corps d'à côté est absent. Désespérément.

Tu te lèves. Tu te mens. Tu ne te dis rien. Tu ne penses rien. Tu oublies. Sans le savoir. Que la place est vide. Tu te lèves. Prépare le café. Réveille les enfants. Prépare la journée. Sans plus penser au corps absent. Tu avances. À l'aveugle. Yeux grands ouverts. Tu te déplaces. Activement. Tu ne ne te rendors pas. Sur tes lauriers. Fanes. Tu ne te lamentes pas. Tu t'a rives. Tu oublies. Tu oublies. Tu vis. Malgré. Tu vis. Ta vie continue. Ta vie commence' ta vie de cette nouvelle journée. Comme tant d'autres. Tu ne prends pas de répit. Tu avances. Tu avances. Tu avances. Tu vis ta vie. Tu n'y penses pas. Tu la vis. Tu vas. Non pas arrière. Mais avant. Ni fièrement. Ni tristement. Tu vas. Tu nettoies les menottes. Habilles les petits corps chauds, plein de sommeil et de guilis. Tu souris. Tu ne t'attendris pas. Tu sais qu'il n'est pas l'heure. Qu'il n'est jamais l'heure. Non. Tu ne le sais même pas. Tu le vis. Comme ça. Sans t'interroger. Tu es jeune. Tu ne le sais pas. Tu refuses. La pitié. Tu refuses le malheur. Tu le vire. D'un revers.
De ta main.

© Simone Rinzler | 14 novembre 2014 - Tous droits réservés

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Tu te demandes... (Chanson de Tu - avec musique originale dans la tête)

Tu te demandes... (Chanson de Tu - avec musique originale dans la tête)

Tu te demandes qui est ce Tu, qui est ce Tue qui te chavire,
Tu te demandes ce qu'il fut, ce qu'il fut avant qu'il ne vire

Tu demandes qui est ce Tu, qui est ce Tu qui te chavire,
Tu te demandes ce qu'il fut, bien avant qu'il ne ne te désire.

Tu es perplexe, 
par pur réflex,
Es circonspect,
Pas par respect.

Tu te demandes,
Tu te demandes...

Tu te demandes qui est ce Tu, qui est ce Tue qui te chavire,
Tu te demandes ce qu'il fut, ce qu'il fut avant qu'il ne vire

Tu demandes qui est ce Tu, qui est ce Tu qui te chavire,
Tu te demandes ce qu'il fut, bien avant qu'il ne ne te désire.

Tu ignores tout,
Et tu t'en fous.
Tu ris de vous,
Tu ris de tout.

Tu te demandes,
Tu te demandes...

Tu te demandes qui est ce Tu, qui est ce Tue qui te chavire,
Tu te demandes ce qu'il fut, ce qu'il fut avant qu'il ne vire

Tu demandes qui est ce Tu, qui est ce Tu qui te chavire,
Tu te demandes ce qu'il fut, bien avant qu'il ne ne te désire.

Tu ris, tu pleures,
Tu fais le yo-yo,
Tu sèches, tu mouilles,
Bien dans ta peau.

Tu te demandes,
Tu te demandes...

Tu te demandes qui est ce Tu, qui est ce Tue qui te chavire,
Tu te demandes ce qu'il fut, ce qu'il fut avant qu'il ne vire

Tu demandes qui est ce Tu, qui est ce Tu qui te chavire,
Tu te demandes ce qu'il fut, bien avant qu'il ne ne te désire.

Tu te demandes,
Tu te demandes,

Et puis...

... Tu n'y penses plus.

© Simone Rinzler | 14 novembre 2014 - Tous droits réservés 

Tu te demandes,
Vais-je dire,
Dire que j'aime,
Dire que ça me gêne,

Tu te demandes,
N'hésite plus.

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L'Atelier de L'Espère-Luette


11/13/2014

Souricette n'est pas dans son assiette

Souricette n'est pas dans son assiette. Elle a le moral dans la chaussette. Elle se roule en boule comme une crevette. Elle se sent bête. C'est pas la fête.

"Mais qu'est-ce qui m'arrive ?", se demande-t-elle.

"Je n'aime pas être comme ça. 

Pourquoi donc, je suis comme ça ?

Je n'ai mal nulle part. 

Mais j'ai froid. Et puis, j'ai comme un sentiment bizarre. Comme un pet de travers. Et pourtant, rien ne s'est passé."

Elle tourne en rond dans sa tête, elle sent ses épaules qui s'abaissent. Elle se ratatine.

"Oh ! Pas bon signe ça ! Signe que ça ne va pas. Qu'il y a quelque chose qui ne passe pas."

Elle se gratte derrière la tête. Se rend compte qu'elle se gratte la tête. Elle cherche. Ce qui ne va pas.

"Bon sang, mais c'est bien sûr !", bourrelle-t-elle "Ca fait deux jours que j'ai rien foutu. Je ne peux pas être fière de moi ! C'est tout !"

Sur ce, elle se lève et crie, fort, fort, dans sa tête : "Action !"

Elle redresse les épaules, la tête, le dos.

Ses épaules se remettent en place, toutes seules.

Elle se rend compte qu'elle esquisse un sourire.

En y pensant, elle se met à sourire largement, d'un grand et bon sourire franc et joyeux de Souricette toute joyeuse.

Voilà.

Bon... Elle a toujours un peu froid aux pieds. Elle va se lever, mettre des chaussettes. Et le tour sera joué.

Et c'est parti pour la journée !

"Action ! Quel mot magique, tout de même !"

Pour un peu, elle est tellement fière d'elle-même qu'elle en resterait là, assise, les pieds frigorifiés.

"Ah, mais non ! Mais que non ! Action !"

Elle se lève, pleine d'un courage renouvelé.

Et tu sais quoi ?

Elle est partie tellement vite qu'elle en a oublié de mettre ses chaussettes.

Simone Rinzler | 14 novembre 2014 - Tous droits réservés
Série Espèces de P'tits Contes - A L'Université de Tous les Moisir-s

11/11/2014

Souricette fait sa mortelle

Souricette fait sa mortelle

Même pas mal, qu'elle dit avant de partir.
Moi, avec mes petits seins, la mammo,
Ça m'a jamais fait mal
Qu'elle claironne à tue-tête, à tu et à toi et à qui veut l'entendre.

À l'entendre, on dirait bien qu'elle ne se rend compte de rien.

De rien ? Ah, tu crois ça, qu'elle ne se rend compte de rien ?
Elle sait bien, elle sait bien à quoi ça sert.
C'est même pour cela qu'elle le fait.

Mais pourquoi se peiner avant l'heure, tant que le malheur n'est pas encore arrivé. Il sera bien temps, de se faire du mauvais sang, le jour où, par hasard, ce sera arrivé. Tu crois que je n'ai pas assez, pour me faire marronner, pour m'en rajouter avec ce qui n'est pas, encore, et ne sera, peut-être, jamais là ? Que crois-tu donc ? Que je ne craigne pas la mort ? Que je lui jette un sort ? Que j'aie déclaré la mort à la mort ?

Je ne suis pas si bête. Je la sais là, présente, encore, toujours, tous les jours, à mes côtés. Je fais l'effort de la narguer, de la regarder, en face, pour l'accepter, quand elle viendra, le plus tard possible. Pourquoi donc alors, de rien encore, se désespérer ? La peur de la mort n'a jamais tué que l'envie de vivre. J'appelle la mort, ne vais pas jusqu'à lui parler, suis pas si tarée, je ne me parle, qu'à moi-même, ça suffit, ça, c'est bien assez. J'ai tant vécu dans des cimetières, des vies de deuils, de vivants morts que j'ai bien le droit de m'amuser de ma mort, tant que je n'y suis, n'y suis pas encore.

Allez, allez, direct à la mammo, vas donc te faire gaufrer le droit, gaufrer le gauche, gaufrer les seins par la conne de manipulatrice qui te dira, comme la dernière fois, ah bon, ah bon, ça n'vous fait pas, n'vous fait peur, n'vous fait pas mal ? Ben, non, ben, non, c'est rien, c'est rien (wouhouuffff) ,rien qu'un (ohhouille), rien qu'un examen. Si c'est pas bon, on verra bien. 

Mais c'est qu'elle te foutrait la trouille, cette conne-là. Elle ne sait pas que les plus forts, les plus ardents, ont plus de chances de s'en sortir, les ceusses qu'ont l'moral en béton ?

Ça me rappelle l'avant-dernière, pendant qu'elle me pinçait la peau, à hurler, mais je n'ai pas bronché, qui me demandait ce que j'avais comme maladie et que j'ai commencé à lui étaler ma litanie - de maladies - cumuleuse de mandats oblige - et qui me dit Vous avez du courage. 

Non, lui ai-je répondu. Je n'ai pas de courage. J'ai des maladies. Plusieurs. Je ne l'ai pas voulu. Je subis. Je me soigne. Ce n'est pas du courage. Juste du pas de pot. 

Je n'ai rien demandé, surtout pas de brevet de héros, héroïne de sales attentes chez des médecins, labos, spécialistes, machins-bidules-trucs.

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous encore, avec ce foutu mythe du héros ? 

C'est pas comme ça qu'on changera l'état d'esprit de la société. C'est aux malades de refuser le statut de héros. De récupérer leur statut d'être humain, pas de surhomme, ni de surfemme, d'accepter leur statut de mortel. pour enfin, enfin, apprendre à profiter, profiter de l'état de vivant.

Non, mais tu t'rends compte ? Si tout ça ne devait jamais s'arrêter ?
Mais comment qu'on f'rait ?
On s'rait trop nombreux, on s'foutrait des coups de poings, des coups d'lattes dans les gn'yeux, des coups d'genoux aux ovaires rassis, des coups d'tête dans les reins.

Les petits ne pourraient jamais grandir, 
les ados jamais mûrir,
les jeunes adultes ne jamais expérimenter, 

on s'rait tous au point mort. 
Mort. 
Ça, ça, ce s'rait vraiment la mort. 

De tout.

Même du p'tit ch'val.

Non, ce n'est pas de la mort dont Souricette a le plus peur. 

C'est de la douleur. 
De la souffrance. 
Cruelle. Éternelle. 
Pérenne.

Et de la solitude

Quand elle n'est pas 

Choisie.

© Simone Rinzler | 9 novembre 2014 - Tous droits réservés 
Série Espèces de P'tits Contes À L'Université de Tous Les Moisir-s

Poursuite d'un roman ébauché par un ami FB

Elle m'avait quitté, à petits pas comptés. Elle avait laissé un message idiot. Sur la glace. De la salle de bains.  Elle avait tout empaqueté. Pendant mon anesthésie partielle. Je m'étais réveillé. Silence partout. Elle venait sûrement de partir. Je venais de me lever, enchifrené. Pour aller pisser. En me regardant. Dans la glace. Sur la glace. Je vis le mot. Avant même de réfléchir, je fus dérangé. On sonnait. A la porte. A cinq quarante-trois du matin. Elle m'avait laissé. M'avait laissé. Avait déserté. Tout vidé. Pendant que je récupérais.

Effacer, aller à la porte ? J'ai hésité un quart de seconde de trop. Que faire ? J'étais perdu. Laminé. Rasé. Rincé. Tétanisé, halluciné, je n'ai ni effacé, ni répondu. Je suis resté là. Hébété. Écrêté. Étêté. Entêté dans ma fierté blessée. Je n'allais pas m'abaisser. Pas pour elle. Pas pour celle-là. Elle ne me méritait pas. Je restai un instant, les yeux dans le vague, ému, chaviré, évidé. J'avais encore fait le vide autour de moi. Comme à chaque fois. Égal à moi-même, je prétendais que je ne tenais pas à elle. Non, non, je n'irai pas. Pas tout de suite. Je me suis rendu dans le salon, hagard. Me suis servi un verre de vieil alcool blanc. Ne me suis pas assis. Ne l'ai pas bu. Suis allé à la porte. Il n'y avait personne. Alors, j'ai pleuré, doucement. Mes larmes étaient douces. Elles étaient tièdes. Elles seules me faisaient du bien. J'étais heureux d'être malheureux. Ne t'occupe pas de moi. Je suis un gars bizarre, tu sais. Tu vas encore t'extasier. Me dire que j'écris bien. Que je suis un mec bien. Mais qui donc un jour pensera à me dire, doucement, avec compréhension et bienveillance : 

"Et le bonheur à plusieurs, pas tout seul, tu n'as jamais voulu vraiment essayer d'y croire ? Je veux dire, d'y croire vraiment ? Tu sais bien que tu aimes te faire du mal. As-tu déjà essayé de te faire du bien,  vraiment du bien, une seule fois, en faisant les choses simplement, en arrêtant de t'interroger tout le temps ?". 

Mais non, jamais personne n'a pensé à me le dire vraiment, tendrement. Elles ne sont pas tendres. Ne savent plus être tendres. Elles ont perdu le mode d'emploi, ou quoi ? Pour elles non plus, ce ne serait pas si difficile. Mais pourquoi aucune ne veut jamais s'y coller. "Hein, quoi ?".

Il retourna dans la salle de bains, passa dans le salon, s'assit, se releva. Il hésita entre aller prendre une douche ou picoler. Dans un dernier sursaut d'héroïsme, il se décida à ne pas toucher le verre. À s'en éloigner. Se doucher ? Pour quoi faire ? Elle était partie sans rien laisser derrière elle, sinon son petit diffuseur à parfum. Non, il ne s'en mettrait pas. Il fallait qu'il cesse de se torturer. La douche le réveillerait trop. Il ne saurait plus quoi faire, après. Tourner en rond, de pièce en pièce dans son appartement (qui n'était pas si grand que cela, confortable, certes, moderne et bien situé, mais il serait trop à l'étroit pour y circuler). Son héroïsme du jour serait, pour ne pas se mettre à boire, d'aller s'allonger, tout habillé avec ses vêtements de la veille qu'il avait enfilé à la hâte quand il s'était réveillé. Il lui restait des forces pour se faire sourire. Il entra dans sa chambre et s'allongea un peu en travers du lit, ni couché, ni pas couché. Le sommeil le prit. Endormi, délivré, il savoura, sans le savoir, un bel instant de paix. Fugace, bien trop fugace. Il n'était pas un homme heureux.


© Simone Rinzler | Date précise inconnue, courant 2014 - Tous droits réservés

[Tous droits réservés pour cette suite et cette reconstitution partiale et partielle du début. L'auteur se reconnaîtra-t-il ? Ses lecteurs le reconnaîtront-ils ? Qu'en inférera-t-il ?Qu'en inféreront-ils ? On s'en fout. Ça, maintenant, c'est devenu mon récit.]

11/10/2014

Tu lis...

Tu lis tu lis tu lis tu te remplis tu lis tu lis tu lis 
jusqu'à plus faim, jusqu'à l'orgie, jusqu'au déguerpis, tu lis tu lis tu lis.
tu t'empifres, te goinfres, te gaves, jusqu'à plus envie, tu lis, tu lis tu lis
tu fuis tu lis tu lis tu lis tu lis

t'en peux plus tant tu lis tu lis tu lis
tu lis assis tu lis au lit tu lis devant l'poste tu lis tu lis tu lis t'écris aussi

t'écris, t'écris, t'écris tu déglutis, t'écris, t'écris, t'écris 
jusqu'au degueulis, jusque sous la pluie, t'écris, t'écris, t'écris.
tu te vides, te cure, te chie, jusqu'à la la lie d'la vie, t'écris, t'écris, t'écris
tu fuis t'écris t'écris t'écris t'écris

t'en peux plus tant t'écris t'écris t'écris
t'écris assis t'écris au lit t'écris devant l'poste t'écris t'écris t'écris tu lis aussi.

tu fuis
la vie

tu fuis tu fuis tu fuis fuite de la fuite fuite de la suite fuite du maudit
tu fuis tu fuis tu fuis t'enjambes, t'esquives, t'écarquilles
tu fuis tu fuis tu fuis, t'éparpilles, te dilapides, te canalises tu fuis tu fuis tu fuis
tu fuis tu fuis, troué ton vieux tuyau, éventé ton vieux placebo, encanaillé ton vieux réflexe idiot 
tu fuis la fuite

ça fuit ça fuit ça fuite, ça te troue l'col ça te fout l'mou, ça t'fait bander du mont pelé, du haut du mont des revenus, mont des venus, des repartis.

tu es parti, tu es partie, tout est parti,
ton pronostic est engagé, ton processus est enclenché tout est parti tu lis tu lis tu lis t'écris t'écris t'écris 

tu lis, t'écris, tu vis, 
sous le lent tic, 
le plus pur tac
d'la vieille horloge

ensilenciée. 

© Simone Rinzler | 9 novembre 2014 - Tous droits réservés 

10/26/2014

Docteur, Docteur ! Aidez-moi ! Je vais exploser...

Madame Lepetit ?
- Bonjour Docteur.
- Bonjour. 

Serrage de pognes. Rapide. Efficace. Entre deux portes pendant qu'il s'efface, la laisse passer devant lui. Elle se faufile, prestement. Ne pas perdre de temps. Elle a beaucoup à dire aujourd'hui. Elle commence directement. Parle avant même d'être assise. Parle en s'asseyant. Pose son sac et dépose son pull, sans cesser de parler. Ne cessera pas de parler. Flot de paroles continu. Il ne l'interrompra pas. Pas avant longtemps. Elle parle. Elle parle. Au bout d'un moment, elle prend conscience qu'il vient de se mettre à prendre des notes. C'est rare. Le signe qu'elle ne va pas. Ou le signe que quelque chose se passe. Elle ne sait pas. Sa prise de notes la perturbe dans son flot de paroles. Elle se lâchait. Ne se lâche plus. Se met à contrôler ce qu'elle dit. Elle veut influer sur ce qui lui semble être un mauvais signe. Il va encore lui faire la leçon. Encore que... On ne peut pas dire, à proprement parler, qu'il lui fasse jamais la leçon. Mais elle ne supporte pas. Elle veut rattraper le coup. Elle a perdu le contrôle. 
Prise entre sa demande à l'aide et son image sociale de femme à qui on ne la fait pas, elle hésite mentalement. Continuer le flot de la purge par la parole, rapide, ininterrompue, incessante. Ou réfréner le flux de langage, profiter de l'accalmie que vient de lui procurer la première salve de l'éructation langagière  dont elle sent qu'elle ne veut pas l'achever, dont elle n'a pas envie qu'elle soit finie, terminée, abolie. Elle voudrait se vider. Elle écume, éructe, en éruption de mots attachés en chaîne ininterrompue. Dégueuler sa colère. Là. Chez lui. Dans son bureau. Son cabinet. Chiottes à paroles qui manquent à l'être. 

© Simone Rinzler | Archives non datées - Tous droits réservés 

Souricette ne veut pas faire sa valise

Souricette est de mauvaise humeur. 

Ce matin, Mauriceau le Souriceau, lui a rappelé qu'ils partaient en voyage cette nuit.

"Faudra penser à faire ta valise, Mauricette...", lui a-t-il dit.

"...Moi, j'veux dormir ce soir. Tu vas pas encore m'empêcher de dormir. J'te rappelle qu'il faut être a l'aéroport à trois heures du matin."

Ça y est.

Ça commence.

De bon matin.

Elle le savait.

Elle en était sûre.

Elle savait que ça commencerait comme ça.

En un rien de temps, Souricette est en colère. 

Elle sent la colère monter.

Monter.

MONTER...

EN-EN-FL-FL-FLLLLLER...

EN-EN-EN-EN-FL-FL-FLLLLLEEEEER...

ELLE SENT QU'ELLE VA ÉCLATER !

chhhhhhhChCHCHCHSHSHSHSHSHSHSCHSCHSCHPPPAFFFFFFFFFF !

"Non ! Non ! Non !

Je ne veux pas faire ma valise d'abord !

Je veux encore m'amuser.

J'ai encore envie d'glander !

Non, mais, qui t'es, toi, pour m'donner des ordres, toi !

Tes désirs sont des ordres, tes désirs me font désordre, et tes ires me font mordre !

Non, mais quoi, c'est vrai, quoi, merde !", songe tout doucement Mauricette en sirotant son café refroidissant, comme elle l'aime tant.

Mais pour être Souricette, Mauricette n'est pas aussi bête. 

Elle prend son temps.

Tourne sept fois sa cuillère dans sa tasse et repense à la douce langue veloutée de Mauriceau. 

Si elle l'ouvre encore, elle va gâcher les vacances de Souricette et de Souriceau.

Ils vont encore s'engueuler, et ils seront tristes et déçus tous les deux.

Alors, pleine de sagesse, Souricette remballe.

Remballe sa colère.

Remballe sa langue de vipère.

La garde pour, non, peut-être pas ce soir. Mauriceau aura trop peur de ne pas assez dormir et elle ne sera pas assez détendue pour le lécher, le suçoter, le lichouiller, le faire bander et elle sera encore prête pour un épisode de "Souriceau a du mou dans l'pipeau".

Alors, elle garde sa langue. Reprend une gorginette de café avant qu'il ne soit plus buvable. Le café. Et Mauriceau. 

Elle le regarde et lui dit :

"Ah ! Je savais bien que ce serait ta première parole du matin !

Mais oui, je vais la faire, ma valise. Ne t'inquiète pas."

Elle a le sourire. 

Elle se sent devenir douce, toute douce.

Elle lui dit, malicieuse :

"On pourra peut-être tirer un p'tit coup, avant d'finir la valise ?"

"On verra !", répond-il, le sourire aux lèvres et l'œil alléché.

("Si ! Si, je vous assure, un œil, ça s'allèche, vous n'avez qu'à essayer. Vous verrez !", ajouta fissa Narratrix Sourissa)

Mauricette se douta bien que ce ne serait jamais le moment. Ni pour lui, ni même pour elle.

Alors, comme elle ne voulait toujours pas faire sa valise d'abord, elle commença à s'y mettre, très vite.

Puis ralentit.
Prépara le déjeuner. 
Déjeuna. 
Regarda la télévision pendant le repas. 
Avec Mauriceau.
Répondit à un SMS, alla jouer un peu sur FB. 
Reprit sa valise. 
Changea son sac à main de tous les jours pour son sac de vacances, vida ses papiers, en profita pour faire du tri, régler quelques affaires courantes.

Encore quelques SMS, de temps à autre. 

Laissa filer le temps. 

Eut peur de l'avoir trop laissé filer. 
Regarda l'heure. 
Il n'était que quatre heures. 
C'était super, ce changement d'heure. 
Elle qui croyait avoir gagné une heure de baise avec Souriceau la veille, elle avait aussi gagné une heure de plus pour faire sa valise.

Sans se presser.


Sans s'angoisser.

Tu veux dire qu'elle avait appris à parler ?

Au lieu de gueuler ?

Peut-être bien que "Oui".

Mais elle savait surtout qu'il fallait qu'elle fasse toujours attention.
Elle avait tant été sous pression.
Elle savait bien que Mauriceau n'y était pour rien.

© Simone Rinzler | 26 octobre 2014 - Tous droits réservés 

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