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12/15/2014

Souricette est autoritaire...

Souricette est autoritaire.

Elle veut plier le monde à son désir.
"Je ne comprends pas pourquoi ils continuent à faire comme ça !", répète-t-elle. 
Elle est persuadée qu'elle a raison.
Elle s'entête, elle répète :
"Mais pourquoi tu ne fais pas comme moi !?! C'est pourtant simple, non ?"
Elle entre dans des colères terribles, des arguties, des discussions et des disputes homériques.
Elle veut que tout le monde fasse comme elle.
Que tout le monde pense comme elle.
On dirait qu'elle ne comprend pas que le reste du monde n'est pas elle.
"Comment ça ?
Bien sûr que si que je comprends. C'est toi qui ne comprends rien !"
Souricette voudrait bien être gentillette, mais c'est plus fort qu'elle. Il faut qu'elle fasse sa cheftaine, faut qu'on fasse comme elle, faut qu'on pense comme elle !
"Tu n'y es pas du tout !", rétorque-t-elle.
"Moi, ce qui m'intéresse, c'est de forcer à penser. D'enseigner à penser. Penser contre le vent. Penser contre la pensée dominante, contre la doxa, contre tout ce qui devient une idéologie quotidienne dès lors que l'on ne voit plus que c'est en train de devenir une religion, contre toute adhésion innocente au dernier courant. Ce qui m'intéresse, c'est de faire avancer la pensée ! 

Ça te dérange ? Tu trouves ça autoritaire. Que penses-tu donc de ce qui t'es imposé et que tu adoptes comme un mouton sans jamais t'interroger ? 

Je ne dis pas qu'il faut s'interroger sur tout ! Là, pour le coup, tu deviendrais fou, vraiment fou. On ne peut pas s'interroger sur tout, sinon, on ne fait plus rien, on ne vit plus rien. On ne fait que penser, et il n'y a pas que la pensée dans la vie. Si on pense sans arrêt, à tout ce que l'on fait ou ne fait pas, on ne vit plus sa vie, on entre dans la sphère d'une intranquillité pérenne, on est en permanence sur le qui-vive, aux aguets, non pas de ce qui fait avancer la joie au cœur, mais aux aguets de ce qu'on pourrait encore chercher pour s'empoisonner davantage qu'on s'empoisonne la vie. 

Moi, ce qui me rendrait autoritaire, je ne vois pas trop ce que cela pourrait être, dans ma vie privée. Je n'ai rien à imposer à qui que ce soit. Rien. Tu n'es pas moi. Je ne suis pas toi. Tu le sais et je le sais. Moi, ce qui m'ennuie, c'est de continuer à te voir te faire du mal quand tu pourrais, un peu, au moins de temps en temps, essayer de te faire, sinon du bien, du moins, peut-être, un petit peu moins de mal. On dirait que tu aimes ton mal. Tu aimes ta maladie. Tu la chéris. Tu ne veux pas t'en défaire. Tu la berces, tu la dorlotes. 

Et quand on t'asticote un peu trop, tu fais ton "Je rentre dans ma grotte. Je vais très bien. Je suis très bien tout seul.
"Très bien, mon cul !" Si tu étais si bien que cela, tu ne nous en parlerais pas deux heures durant, à être au centre de nos discussions, à chercher toujours à argumenter, contre-argumenter, les bras croisés, fermé, le dos tendu, les épaules raides et le cerveau rigide, arc-bouté à ta rationalité. 

La rationalité, tu vois bien que cela ne marche pas. Si ça marchait, on ne serait pas là, à parler comme ça, et moi, à te paraître autoritaire. Tu n'aimes pas que l'on te tienne tête. Qu'on tienne tête à tes raisonnements foireux dont tu vois bien, tu sais bien qu'ils ne sont que mensonges à toi-même. 

Souricette est autoritaire ? En es-tu bien sûr ?

Et si Souricette était généreuse et voulait t'aider à penser autrement ? Pour ton bien. À sortir de tes schémas de défense. À penser par toi-même, vraiment penser, et non pas à penser à travers chaque nouvelle religion qui passe devant toi et te promet un bonheur auquel tu ne parviens pas. 

Ton malheur est juste d'être un peu trop intelligent, d'accorder trop d'importance à ta tronche.

D'être un orgueilleux de la pensée. 

de croire que tu penses, quand tu ne fais que suivre la secte de ceux qui se croient supérieurs, la sectes des SuperManS et SuperWomanS de l'ère, qui se tuent à se croire supérieur à tout et s'amenuisent de jour en jour, emprisonnés dans une fausse toute-puissance qui les achève, lentement, patiemment, tant qu'ils ne sont pas prêts à lâcher les illusuions qu'on leur a fourré dans le crâne, le plus souvent en toute bonne foi. On n'échappe pas à la société dans laquelle on vit. c'est très difficile d'y échapper; il faut pour cela vraiment prendre le temps de réfléchir. Accepter de se faire aider. Accepter de demander de laide. De dire : je suis tout petit, je suis fragile. Aide-moi ! Je n'y arrive pas tout seul !

Allez, ravale ta morve, ravale ta morgue. Tu vois bien qu'il n'en sortira jamais rien de bien. Jamais rien de bien n'en est jamais sorti.

Et pendant ce temps, ton corps dépérit, ton cœur se durcit, ta queue s'amollit, ton amour s'étiole. 

Elle se morfond de te voir si mal, ne sais plus comment t'aider. Tu ne veux pas être aidé.

Ton refrain, c'est comme le fils d'une amie, devenu chef d'orchestre, et qui, tout petit déjà, disait : "Moi tout seul !". Petit bonhomme ! 

Oui. Mais toi. Toi tout seul, tu vois ce que ça donne ? T'es fier de ce que tu fais ? De ce que tu te fais ? 

Moi, ce n'est pas tant que je sois en colère, comme tu l'as dit. Ce n'est pas une colère. Juste une incompréhension, comme j'ai été dans l'incompréhension, moi aussi, autrefois. Et comme je risque toujours du retomber. Sans le savoir. Sans m'en rendre compte. 

Accepte.

Accepte donc que ton mode de pensée est logique, mais qu'il est vicié. 
Que tu as besoin de l'Autre. 
Besoin des autres. 
Pour aller mieux. 

Ça les ennuie tellement de te voir souffrir tant, héautontimorouménos, bourreau de toi-même.

Arrête de te complaire dans ton romantisme sombre. Essaie un peu, ne serait-ce qu'un peu, d'écouter et surtout d'entendre ce que tes amis essaient de te dire et que tu n'entends pas. 

Écoute, entends ce que Souricette a à te dire. Tu la crois en colère. Elle se sent autoritaire. Pour un peu, elle se prendrait pour une nouvelle convertie qui cherche à te faire entrer dans sa secte à elle, dans son idéologie, sa religion personnelle. 

Elle se le demande. 
Sincèrement. 

Elle se demande si elle n'y va pas trop fort. 

Mais si tes amis, les amis de tes amis, les vrais, ne te disent pas ce qui est susceptible de te faire prendre conscience que tu t'enfermes et que tu t'enferres, qui donc te le dira ?"

Souricette et Souriceau y vont trop fort ?
Ils te paraissent agressifs. 
Ce ne sont pas eux qui t'agressent. 

C'est l'idée que tu pourrais avoir tort qui t’agresse. 
Si fort que tu serais prêt à mordre, à les mordre. 

Tu ne mords que toi-même. Et ton amour, qui dépérit et se soucie de toi, de vous, de votre amour. Sincère. Réel. Tangible. 

Elle s'étiole. Elle patiente. S'impatiente. Et toi, toujours, tu argumentes, tu parles, tu réfléchis.

Laisse-toi aller à écouter. Laisse-toi aller. Laisse-toi. Laisse. Là. Là. Détends-toi. Là. Là. Là..."

Souricette a abandonné la partie. Elle débarrasse. S'affaire. Range. Va, vient, volète, s'en va, revient. Elle ne tient pas en place. Elle s'enfonce dans le silence et l'activité. 

Sans le savoir, elle pense. 

Puis va s'asseoir dans son fauteuil.

La discussion, vive, argumentée, continue, à feu nourri. Souricette n'y prend plus part.

Actions speak louder than words, c'est sa devise, chaplinienne, qu'elle met en œuvre inconsciemment, machinalement, depuis qu'elle a cessé de se prendre la tronche avec la dispute, le plaisir de l'agôn, de la lutte linguistique. 

Ça ne l'amuse plus, d'avoir raison. 

Elle sait qu'elle peut faire mieux. 

Elle est lassée. 

Elle se retire de cette discussion qui ne mène à rien, chacun bien planté sur sa manière de voir. 
Tout est trop ancré. Il faudrait un miracle pour que ça décante, pour que ça évolue enfin. Elle sait que ce miracle arrivera. Que tout à coup, le ton baissera. Que ça se terminera dans la chaleur de l'amitié. 

Alors, elle laisse faire. Sans elle. Elle laisse Souriceau, l'inlassable, l'insatiable continuer à argumenter. Pied à pied. Terre à terre. Elle le laisse batailler. Elle sait que tout le monde l'aime bien, aime bien l'écouter, malgré ses manières parfois bourrues, parfois burtales. Ce n'est pas le genre de gars à te bercer dans l'illusion, ce gars-là. Un Souriceau, un vrai, Le Mauriceau !

Il est d'une patience ! Autoritaire ?, lui aussi ? Comme elle. Ni plus. Ni moins. C'est avec lui qu'elle a appris à lâcher du lest, à tenir le point, le point de l'amour. C'est contre lui qu'elle a appris à abandonner le terrain quand tout semble perdu, inutile, sans raison. 

Elle n'est pas aussi patiente. Peut-être-même, finalement, un peu moins ardente. 

Souriceau bataille. Ils sont deux. Ils se parlent. S'écoutent. Mais ne peuvent se convaincre. Beaucoup de respect, d'amitié. D'intelligence. Mais rien ne peut convaincre l'autre. La situation, en boucle depuis longtemps semble ne plus pouvoir évoluer. 

Puis tout à coup, Souricette te parle depuis son fauteuil où elle s'est installée, en spectatrice, en auditrice, attentive. 

Son ton a changé. Elle parle avec douceur. 
Avec autorité aussi. 
Elle sent que tu l'écoutes. 
Et que tu l'entends. 
Tout le monde s'est tu. 
Devant la clarté de la solution qu'elle a trouvé, en allant et venant, de la cuisine au salon, en cherchant comment se faire entendre, comment faire pour que tu puisses écouter et vraiment entendre. 

Moment magique. Silence des corps intéressés. Illuminés par la simplicité.

Tu lui dis : "Tu peux répéter ?". "Attends, tu peux répéter ce que tu viens de dire là ?" Non, elle ne peut pas.

Elle le dit : "Non, je ne peux pas.

Elle pense "Débrouille-toi", mais ne le dit pas. Elle pense que tu as entendu et que feras tout ce que tu pourras, si jamais la conversation ne reprends pas pas au départ. 

Elle ne veut pas perdre la magie de cet instant. Elle est épuisée. C'est venu sur l'instant. Ce n'est pas préparé. Elle a juste trouvé le chemin pour que tu entendes.

Elle n'est pas autoritaire. 

Elle veut juste t'aider à penser. 
C'est ce qu'elle sait faire de mieux.

Là, maintenant, elle se repose. 
Elle espère. 
Que tout ira mieux. 
Que tu iras mieux. 

Elle hausse la voix, souvent, puis elle la baisse, parfois.

Et quand baisse la voix, passe le message. 

Débordant. 

De.

Bienveillance.

© Simone Rinzler | 15 décembre 2014 - Tous droits réservés 

Série Espèces de P'tits Contes - A L'Université de Tous Les Moisir-s

Et sur l'établi de L'Atelier de L'Espère-Luette

11/13/2014

Souricette perd la tête (Chanson de Souricette)

Souricette perd la tête.
C'est inquiétant. 
C'est inquiétant.

Souricette perd la tête. 
C'est pas bandant. 
C'est emmerdant.

Où quj'jai donc mis ma clopinette ? 
Dans ma serviette ? 
Dans ma Corvette ?

Oú quj'jai donc mis ma paire d'lunettes ? 
Pan dans les dents !
Je cherche tout l'temps.

L'aurais-je laissé sur ta quéquette ?
C'est ennuyant,
C'est perturbant.

J'trouve toujours pas ma paire d'lunettes.
Comme c'est barbant.
Je cherche tout l'temps.

D'mémoire t'as t'jours eu de sales pertes,
Ça, c'est très chiant,
C'est super chiant.

Qui donc me fait des blaguounettes ?
Quel chenapan ?
Mais quel brigand !

Mais où c'qu'elle est ta bistouquette ?
Mon chenapan,
Mon vieux brigand.

Où c'que t'as mis ta zigounette ?
Elle est bien là, sous ta braguette
Ça, là, j'me perds
Jamais là d'dans.

C'est toujours net, oui, très très net
Dans ma p'tite tête, J'suis toujours prête
J'trouve toujours l'temps.
J'ai toujours l'temps.

...Je prends mon temps.

Ploum !

© Simone Rinzler | 14 novembre 2014 - Tous droits réservés 



Souricette n'est pas dans son assiette

Souricette n'est pas dans son assiette. Elle a le moral dans la chaussette. Elle se roule en boule comme une crevette. Elle se sent bête. C'est pas la fête.

"Mais qu'est-ce qui m'arrive ?", se demande-t-elle.

"Je n'aime pas être comme ça. 

Pourquoi donc, je suis comme ça ?

Je n'ai mal nulle part. 

Mais j'ai froid. Et puis, j'ai comme un sentiment bizarre. Comme un pet de travers. Et pourtant, rien ne s'est passé."

Elle tourne en rond dans sa tête, elle sent ses épaules qui s'abaissent. Elle se ratatine.

"Oh ! Pas bon signe ça ! Signe que ça ne va pas. Qu'il y a quelque chose qui ne passe pas."

Elle se gratte derrière la tête. Se rend compte qu'elle se gratte la tête. Elle cherche. Ce qui ne va pas.

"Bon sang, mais c'est bien sûr !", bourrelle-t-elle "Ca fait deux jours que j'ai rien foutu. Je ne peux pas être fière de moi ! C'est tout !"

Sur ce, elle se lève et crie, fort, fort, dans sa tête : "Action !"

Elle redresse les épaules, la tête, le dos.

Ses épaules se remettent en place, toutes seules.

Elle se rend compte qu'elle esquisse un sourire.

En y pensant, elle se met à sourire largement, d'un grand et bon sourire franc et joyeux de Souricette toute joyeuse.

Voilà.

Bon... Elle a toujours un peu froid aux pieds. Elle va se lever, mettre des chaussettes. Et le tour sera joué.

Et c'est parti pour la journée !

"Action ! Quel mot magique, tout de même !"

Pour un peu, elle est tellement fière d'elle-même qu'elle en resterait là, assise, les pieds frigorifiés.

"Ah, mais non ! Mais que non ! Action !"

Elle se lève, pleine d'un courage renouvelé.

Et tu sais quoi ?

Elle est partie tellement vite qu'elle en a oublié de mettre ses chaussettes.

Simone Rinzler | 14 novembre 2014 - Tous droits réservés
Série Espèces de P'tits Contes - A L'Université de Tous les Moisir-s

11/11/2014

Souricette fait sa mortelle

Souricette fait sa mortelle

Même pas mal, qu'elle dit avant de partir.
Moi, avec mes petits seins, la mammo,
Ça m'a jamais fait mal
Qu'elle claironne à tue-tête, à tu et à toi et à qui veut l'entendre.

À l'entendre, on dirait bien qu'elle ne se rend compte de rien.

De rien ? Ah, tu crois ça, qu'elle ne se rend compte de rien ?
Elle sait bien, elle sait bien à quoi ça sert.
C'est même pour cela qu'elle le fait.

Mais pourquoi se peiner avant l'heure, tant que le malheur n'est pas encore arrivé. Il sera bien temps, de se faire du mauvais sang, le jour où, par hasard, ce sera arrivé. Tu crois que je n'ai pas assez, pour me faire marronner, pour m'en rajouter avec ce qui n'est pas, encore, et ne sera, peut-être, jamais là ? Que crois-tu donc ? Que je ne craigne pas la mort ? Que je lui jette un sort ? Que j'aie déclaré la mort à la mort ?

Je ne suis pas si bête. Je la sais là, présente, encore, toujours, tous les jours, à mes côtés. Je fais l'effort de la narguer, de la regarder, en face, pour l'accepter, quand elle viendra, le plus tard possible. Pourquoi donc alors, de rien encore, se désespérer ? La peur de la mort n'a jamais tué que l'envie de vivre. J'appelle la mort, ne vais pas jusqu'à lui parler, suis pas si tarée, je ne me parle, qu'à moi-même, ça suffit, ça, c'est bien assez. J'ai tant vécu dans des cimetières, des vies de deuils, de vivants morts que j'ai bien le droit de m'amuser de ma mort, tant que je n'y suis, n'y suis pas encore.

Allez, allez, direct à la mammo, vas donc te faire gaufrer le droit, gaufrer le gauche, gaufrer les seins par la conne de manipulatrice qui te dira, comme la dernière fois, ah bon, ah bon, ça n'vous fait pas, n'vous fait peur, n'vous fait pas mal ? Ben, non, ben, non, c'est rien, c'est rien (wouhouuffff) ,rien qu'un (ohhouille), rien qu'un examen. Si c'est pas bon, on verra bien. 

Mais c'est qu'elle te foutrait la trouille, cette conne-là. Elle ne sait pas que les plus forts, les plus ardents, ont plus de chances de s'en sortir, les ceusses qu'ont l'moral en béton ?

Ça me rappelle l'avant-dernière, pendant qu'elle me pinçait la peau, à hurler, mais je n'ai pas bronché, qui me demandait ce que j'avais comme maladie et que j'ai commencé à lui étaler ma litanie - de maladies - cumuleuse de mandats oblige - et qui me dit Vous avez du courage. 

Non, lui ai-je répondu. Je n'ai pas de courage. J'ai des maladies. Plusieurs. Je ne l'ai pas voulu. Je subis. Je me soigne. Ce n'est pas du courage. Juste du pas de pot. 

Je n'ai rien demandé, surtout pas de brevet de héros, héroïne de sales attentes chez des médecins, labos, spécialistes, machins-bidules-trucs.

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous encore, avec ce foutu mythe du héros ? 

C'est pas comme ça qu'on changera l'état d'esprit de la société. C'est aux malades de refuser le statut de héros. De récupérer leur statut d'être humain, pas de surhomme, ni de surfemme, d'accepter leur statut de mortel. pour enfin, enfin, apprendre à profiter, profiter de l'état de vivant.

Non, mais tu t'rends compte ? Si tout ça ne devait jamais s'arrêter ?
Mais comment qu'on f'rait ?
On s'rait trop nombreux, on s'foutrait des coups de poings, des coups d'lattes dans les gn'yeux, des coups d'genoux aux ovaires rassis, des coups d'tête dans les reins.

Les petits ne pourraient jamais grandir, 
les ados jamais mûrir,
les jeunes adultes ne jamais expérimenter, 

on s'rait tous au point mort. 
Mort. 
Ça, ça, ce s'rait vraiment la mort. 

De tout.

Même du p'tit ch'val.

Non, ce n'est pas de la mort dont Souricette a le plus peur. 

C'est de la douleur. 
De la souffrance. 
Cruelle. Éternelle. 
Pérenne.

Et de la solitude

Quand elle n'est pas 

Choisie.

© Simone Rinzler | 9 novembre 2014 - Tous droits réservés 
Série Espèces de P'tits Contes À L'Université de Tous Les Moisir-s

10/26/2014

Souricette ne veut pas faire sa valise

Souricette est de mauvaise humeur. 

Ce matin, Mauriceau le Souriceau, lui a rappelé qu'ils partaient en voyage cette nuit.

"Faudra penser à faire ta valise, Mauricette...", lui a-t-il dit.

"...Moi, j'veux dormir ce soir. Tu vas pas encore m'empêcher de dormir. J'te rappelle qu'il faut être a l'aéroport à trois heures du matin."

Ça y est.

Ça commence.

De bon matin.

Elle le savait.

Elle en était sûre.

Elle savait que ça commencerait comme ça.

En un rien de temps, Souricette est en colère. 

Elle sent la colère monter.

Monter.

MONTER...

EN-EN-FL-FL-FLLLLLER...

EN-EN-EN-EN-FL-FL-FLLLLLEEEEER...

ELLE SENT QU'ELLE VA ÉCLATER !

chhhhhhhChCHCHCHSHSHSHSHSHSHSCHSCHSCHPPPAFFFFFFFFFF !

"Non ! Non ! Non !

Je ne veux pas faire ma valise d'abord !

Je veux encore m'amuser.

J'ai encore envie d'glander !

Non, mais, qui t'es, toi, pour m'donner des ordres, toi !

Tes désirs sont des ordres, tes désirs me font désordre, et tes ires me font mordre !

Non, mais quoi, c'est vrai, quoi, merde !", songe tout doucement Mauricette en sirotant son café refroidissant, comme elle l'aime tant.

Mais pour être Souricette, Mauricette n'est pas aussi bête. 

Elle prend son temps.

Tourne sept fois sa cuillère dans sa tasse et repense à la douce langue veloutée de Mauriceau. 

Si elle l'ouvre encore, elle va gâcher les vacances de Souricette et de Souriceau.

Ils vont encore s'engueuler, et ils seront tristes et déçus tous les deux.

Alors, pleine de sagesse, Souricette remballe.

Remballe sa colère.

Remballe sa langue de vipère.

La garde pour, non, peut-être pas ce soir. Mauriceau aura trop peur de ne pas assez dormir et elle ne sera pas assez détendue pour le lécher, le suçoter, le lichouiller, le faire bander et elle sera encore prête pour un épisode de "Souriceau a du mou dans l'pipeau".

Alors, elle garde sa langue. Reprend une gorginette de café avant qu'il ne soit plus buvable. Le café. Et Mauriceau. 

Elle le regarde et lui dit :

"Ah ! Je savais bien que ce serait ta première parole du matin !

Mais oui, je vais la faire, ma valise. Ne t'inquiète pas."

Elle a le sourire. 

Elle se sent devenir douce, toute douce.

Elle lui dit, malicieuse :

"On pourra peut-être tirer un p'tit coup, avant d'finir la valise ?"

"On verra !", répond-il, le sourire aux lèvres et l'œil alléché.

("Si ! Si, je vous assure, un œil, ça s'allèche, vous n'avez qu'à essayer. Vous verrez !", ajouta fissa Narratrix Sourissa)

Mauricette se douta bien que ce ne serait jamais le moment. Ni pour lui, ni même pour elle.

Alors, comme elle ne voulait toujours pas faire sa valise d'abord, elle commença à s'y mettre, très vite.

Puis ralentit.
Prépara le déjeuner. 
Déjeuna. 
Regarda la télévision pendant le repas. 
Avec Mauriceau.
Répondit à un SMS, alla jouer un peu sur FB. 
Reprit sa valise. 
Changea son sac à main de tous les jours pour son sac de vacances, vida ses papiers, en profita pour faire du tri, régler quelques affaires courantes.

Encore quelques SMS, de temps à autre. 

Laissa filer le temps. 

Eut peur de l'avoir trop laissé filer. 
Regarda l'heure. 
Il n'était que quatre heures. 
C'était super, ce changement d'heure. 
Elle qui croyait avoir gagné une heure de baise avec Souriceau la veille, elle avait aussi gagné une heure de plus pour faire sa valise.

Sans se presser.


Sans s'angoisser.

Tu veux dire qu'elle avait appris à parler ?

Au lieu de gueuler ?

Peut-être bien que "Oui".

Mais elle savait surtout qu'il fallait qu'elle fasse toujours attention.
Elle avait tant été sous pression.
Elle savait bien que Mauriceau n'y était pour rien.

© Simone Rinzler | 26 octobre 2014 - Tous droits réservés 

Série Espèces de P'tits Contes - A L'Université de Tous Les Moisir-s


10/09/2014

Mauriceau le Souriceau est tout grognon

Ce soir, Mauriceau le Souriceau est tout grognon.

Rien ne lui plaît. Il râle tout le temps. Bouge les objets en faisant du bruit. Manque de faire tomber une chaise.

"Ça n'va pas ?", lui demande Mauricette la Souricette.

- "Mmmgrmm..."

- "Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai rien entendu. J'ai l'eau qui coule. J't'endends pas", qu'è' lui répond La Mauricette.

- "T'écoutes pas !"

- "Quoi ? Articule mieux, j't'entends pas ! Y'a l'eau qui coule !"

...

[Clac !]

- "T'es pas obligé d'claquer la porte !"

- "J'claque pas la porte. J'ai r'fermé la f'nêt'e."

- "Comment ça, j'suis pas nette ? Dis donc, t'as pas l'air d'aller bien fort, toi aujourd'hui !"

- "Quoi ?"

- "J'disais, t'as pas l'air d'aller bIEN fOrt !"

- "Si, j'parle assez fort. T'écoutes pas !..."

...

- "T'es encore là-dessus ? Tu fous rien d'la journée et quand j'rent'e, t'es encore là-d'ssus !"

...

- "T'as pas fini avec ça ?"

...

...

...

...

[Sonnerie de portable]

- "AllooooOO ! Alors, comment ça va aujourd'hui ?"

[inaudible]

- "Ah ! Ben, c'est une bonne chose !"

- "C'est qui ?"

...
[inaudible]

- "C'est Souricinette ? C'est Souricinette ou Souricineau ?"

[geste d'agacement]

Mauricette la Souricette se tait et sort de la pièce.

- "Ha !"

[inaudible]

- Hé ! Hé ! Hé !

 [inaudible, longtemps]

- "Ha Ha Ha ! OK ! Bon, ben alors, atchao ! Tu nous rappelleuhd'main, hein ?"

[Long silence]

- "Mauricette ! MauriceeeeEEEEtte ! C'était Souricinette. Elle va bieeen. Elle vient manger d'main !"

Mauriceau le Souriceau s'assied.

Il est tout joyeux.

(C) Simone Rinzler | 9 octobre 2014 - Tous droits réservés

[Série : Espèces de P'tits Contes - Mauriceau Le Souriceau - A l'Université de Tous les Moisir-s]




Souricette en a plein le cul - Mauricette La Souricette #1


Souricette en a plein le cul

Aujourdhui, Souricette est en colère.

Elle en a plein le cul.

Marre.

Ras-le-bol.

Plein le cul.

J’m’fais chier !

J’m’emmerde…

J’m’ennuie.

Mais qu’est-ce que j’ m’fais chier !

Mais qu’est-ce que j’fous ? 

Merde, Merde,  Merde, Merde, MERDE !

Elle tape du pied, 

Tourne en rond,

S’assied,

Se relève,

Prend un livre.

Le repose.

En prend un autre.

Le repose.

Reprend le premier.

La lumière est belle dans la salle à manger.

Elle s’approche.

Tiens, la lumière est belle pour prendre une photo.

Elle s’installe.

S’assied par terre, sur le tapis.

Chez elle.

Elle n’a jamais fait ça.

Enfin, jamais toute seule, sans Mauriceau le Souriceau.

Mais ça,...

... ce sera une histoire :


« Souricette et Souriceau s’envoient en l’air - Sur le tapis ! Mais oui ! ».

(C) Simone Rinzler | 27 mars 2014 - Tous droits réservés

[Mauricette La Souricette #1 : Souricette en a plein le cul -
Série Mauricette La Souricette et Mauriceau Le Souriceau à L’Université de tous les Moisir-s]