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4/01/2023

Exaltante rencontre sur une appli de rencontre : Défi d'écriture - une nouvelle par mois

 EXALTANTE RENCONTRE

8 mars – 1er avril 2023

Swipe. Swipe. Swoosh ! Nos portraits auraient matché. Il m’aurait likée.

Depuis que je l’aurais vu, ce serait comme si j’étais devenue aveugle. Je ne verrais plus les autres. Je ne verrais plus que lui. Lui. Lui. Je me repaîtrais de son amour, de sa présence, de sa douceur. Plus rien ne compterait. Il remplacerait tout. Il serait devenu mon seul monde.

Je pourrais chanter toute la journée l’immense bonheur que je ressentirais à la seule pensée de son existence auprès de moi :

Seit ich ihn gesehen

Glaub ich blind zu sein.

Wo ich hin erblicke,

Seh’ ich ihn allein.

Même les jeux et les rires avec mes sœurs ne m’intéresseraient plus. Tout le reste m’ennuierait et m’accablerait. Plus rien n’aurait de couleur sans lui.

Quel sentiment merveilleux de sentir la douce fièvre d’amour qui réchaufferait mon cœur. Il serait si doux, si gentil. J’aimerais ses yeux. J’aimerais sa bouche. J’aimerais son esprit, résolu. Il serait le plus merveilleux que j’aurais jamais vu.

Er, der Herrlichste von allen,

          Wie so milde, wie so gut!                                

          Holde Lippen, klares Auge,

          Heller Sinn und fester Mut.

Hélas ! Jamais il ne voudrait de moi.

Sort cruel ! Je pourrais ainsi, pleurer jusqu’au tombeau, sans l’élu que j’aimerais.

Mais quoi ?

C’est moi qu’il aurait choisie parmi toutes les prétendantes ? Je n’arriverais pas à le croire. Je ne pourrais le concevoir. Je vivrais comme un rêve :

Ich kann's  nicht fassen, nicht glauben,

Es hat ein Traum mich berückt;

        Wie hätt er doch unter allen

        Mich Arme erhöht und beglückt?

Comment se ferait-il qu’il m’ait choisie, entre toutes ? Ce serait comme si je rêvais encore. Pourtant, il m’en aurait fait la promesse éternelle :

Mir war’s, er habe gesprochen:

„Ich bin auf ewig dein“—

Mir war’s—ich träume noch immer,

Es kann ja nimmer so sein.

Ce serait tellement incroyable. Je peinerais à y croire.

Vite ! Vite ! il me faudrait appeler mes sœurs. Partager avec elles la bonne nouvelle de mon âme exaltée. Leur faire connaître ma joie de le connaître, de l’avoir rencontré, de l’aimer. Le bonheur de savoir qu’il m’aimerait aussi. Qu’il me l’aurait dit, qu’il me l’aurait juré, se serait engagé pour la vie. Je ne tiendrais plus en place. Il faudrait que je le dise. Que je le crie. Que je le clame. Ce serait si agréable. Venez, venez ! Écoutez ! J’ai une grande nouvelle à vous annoncer ! Il m’aurait dit qu’il m’aimait. Nous serions fiancés. Vous regarderiez ce bel anneau d’alliance qu’il aurait mis à mon doigt ;

Du Ring an meinem Finger,

Mein goldenes Ringelein,

Ich drücke dich fromm an die Lippen,

Dich fromm an das Herze mein.

Je vous appellerais, mes sœurs, à venir m’aider à me préparer pour mon mariage, à ceindre la couronne de fleurs à mon front.

Helft mir, ihr Schwestern,

Freundlich mich schmücken,

Dient der Glücklichen heute mir,

Windet geschäftig

Mir um die Stirne

Noch der blühenden Myrte Zier.

Bientôt, l’enfant vivrait sous notre toit. J’en pleurerais de joie.

Süsser Freund, du blickest

Mich verwundert an,

Kannst es nicht begreifen,

Wie ich weinen kann;

Enfin, enfin, l’enfant serait né. Notre fille. Sur ma poitrine, elle réchaufferait mon cœur d’une volupté sans égale. Quelle joie ! Quelle joie !

An meinem Herzen, an meiner Brust,

Du meine Wonne, du meine Lust!

Das Glück ist die Liebe, die Lieb ist das Glück,

Ich hab’s gesagt und nehm’s nicht zurück.

Hélas, hélas, un tel bonheur ne pourrait durer. Toi, mon amour, homme adoré, tu m’aurais, pour la première fois, causé une douleur insoutenable :

Nun hast du mir den ersten Schmerz getan,

Der aber traf.

Du schläfst, du harter, unbarmherz’ger Mann,

Den Todesschlaf.

Allongé, les yeux fermés, tu dormirais, immobile, du sommeil de la mort.

Douleur ! Ô douleur ! 

Jamais, non jamais plus, je n’irai sur cette application de rencontre, Ô ma sœur !

© Simone Rinzler | 8 mars- 1er avril 2023 - Tous droits réservés

À L'Atelier de L'Espère-Luette

 

VIDEO :

Une belle surprise, une soprano expressive et son pianiste, excellent, filmés :

https://youtu.be/Ym9mHHsXvGI. Mezzo-soprano Jaime KORKOS and pianist Damien FRANKOEUR-KRZYZEK perform Robert Schumann's "Frauenliebe und Leben, op. 42" in recital in New England Conservatory's Jordan Hall, 27 March 2013.

 

PAROLES EN ALLEMAND ET TRADUCTION EN ANGLAIS :

Pour les paroles et leur traduction en anglais, l’ergonomie est un peu ennuyeuse, il faut cliquer sur chaque lied et changer de page. Mais c’est le seul site à peu près fiable. Cliquer ici : https://www.oxfordlieder.co.uk/song/273

 

TRADUCTION EN FRANÇAIS :

Rien de complet en français, hélas. Mais vous avez ma nouvelle qui reprend le thème des huit Lieder de Robert Schumann « Frauenliebe und -leben » (« L'Amour et la vie d'une femme ») en le modernisant un peu.

 

Cette nouvelle a été initialement postée sur le forum Zodiac Writing Challenge, 5ème édition 2023, Forum créé par Sturm, dans le cadre d'un défi d’écriture pendant un an : une nouvelle par mois portant sur un des thèmes choisis par les participants.

2/28/2023

Sa "Vieille" Intérieure : défi d'écriture - une nouvelle par mois

Sa "Vieille" Intérieure

13-25 février 2023

Ils se seraient dit qu’elle exagérait. Elle n’aurait, une fois encore, pas accepté de faire comme les autres. Sa volonté d’originalité l’aurait de plus en plus éloignée de la société. Elle se serait retrouvée, imperceptiblement, dans une forme d’exil civilisationnel, comme le sont tous les vieux qui ne sortaient plus, n’avaient plus de contacts qu’épisodiques avec de plus jeunes, aide à domicile exclue.

Quand tant de monde s’intimait d’écouter son Enfant Intérieur, elle n’aurait que trop tôt écouté sa Vieille Intérieure qui lui aurait soufflé d’ignorer tout ce qui ne venait pas d’elle. Qui lui aurait conseillé de rejeter tout ce qui se faisait dorénavant, par principe, et lui aurait interdit tout accès à ce qui, dès lors, ferait société. Elle se serait progressivement transformée en vieille bourrique, entêtée, grimaçante et méchante, en tout ce qu’elle aurait refusé de devenir plus tard, dans son jeune temps et même dans la primeur de son vieux temps, quand elle n’aurait été qu’une jeune vieille.

Pourtant, ils en auraient bien vu des vieux, qui se seraient enorgueillis d’être restés de vieux tromblons. Des sales vieux, des sales cons, bien vieux, bien rances, des vieux cons bien Vieille France, rances. Ah, ils auraient été fiers de leur connerie, ceux-là ! Jouissant de leur fermeture d’esprit et de leur méchanceté.

 

Mais, elle ? Qu’est-ce qui lui aurait pris de se transformer ainsi en mégère, elle, l’ancienne légère, pétulante, inapprivoisable ? Serait-elle allée au Bois d’Ormonde, se soumettrait-elle dès lors aux lois d’immondes ? Aurait-elle fait de si mauvaises rencontres qu’elle aurait dû se renfrogner, se rencogner dans son intérieur qui n’allait pas fort pour prétendument se protéger ?

 

Elle entendrait le conseil des vieux et des vieilles de la Ronde de Ravel qu’elle avait autrefois chantée en chœur : 

 

N'allez pas au Bois d'Ormonde
Jeunes filles, n'allez pas au bois,
N'allez pas au Bois d'Ormonde,
Jeunes filles, n'allez pas au bois.
Il y a plein de satyres,
De centaures, de malins sorciers,
Des farfadets et des incubes, 
Des ogres, des lutins,
Des faunes, des follets, des lamies,Diables, diablots, diablotins,
Des chèvre-pieds, des gnomes,
dDes démons,
Des loups-garous, des elfes,
Des myrmidons,
Des enchanteurs et des mages,
Des stryges, des sylphes,
Des moines-bourrus,
Des cyclopes, des djinns, gobelins, korrigans, nécromants, kobolds...
Ah !
N'allez pas au Bois d'Ormonde,
N'allez pas au bois.

Quelle mouche l’aurait piquée ? Elle-même se le demanderait aussi parfois. Que lui serait-il arrivé pour que cette vieille harpie lui tombe dessus, manteau trop lourd qu’elle peinerait à porter. Elle poserait hypothèse sur hypothèse. Elle se serait interrogée, incessamment.

Serait-elle devenue paranoïaque ? N’aurait-elle fini par croire qu’elle n’avait que des Ennemis Intimes ? Que le monde entier lui en voulait ? Aurait-elle été plutôt bipolaire en phase mélancolique, en phase merdique. Elle aurait remarqué des phases joyeuses et des phases sombres. Mais tout le monde n’aurait-il donc pas ses bons et ses mauvais jours ? Cela n’aurait rien prouvé. Aurait-elle été un de ces zèbres dont elles se serait autrefois moquée, pensant qu’ils n’étaient, comme elle, que des gens qui avaient souffert d’une enfance brisée par une violence psychologique innommable, tout heureux de se trouver autre chose qu’une enfance saccagée par quelque mauvais sort ? Aurait-elle été un de ces hauts potentiels, ces HPI à la mode de ses deux, à la mords-moi le nœud, qui ne savaient quoi s’inventer pour se distinguer ? Comme elle, tiens ! Elle le saurait. N’aurait-elle pas plutôt été Aspie ? Autiste Asperger de haut niveau intellectuel, neuro-atypique présentant des troubles du spectre autistique de leur petit nom acronymique TSA ? Voire les deux, ensemble ? HPI + TSA ? Zèbre Aspie ou Aspie Zèbre ? Ne serait-elle pas tout simplement arrivée au bout de son rouleau, trop compressée ? N'en pourrait-elle plus de sa résilience à toute épreuve ? N’aurait-elle pas craqué sous le poids des coups répétés d’une vie de yoyo qui ne l’aurait que peu épargnée ?

Non, elle aurait trouvé la clé du problème en se souvenant du dessin animé de Michel Ocelot, un peu effrayant pour les enfants avec ses fétiches malfaisants. Elle aurait été Karaba, la cruelle sorcière du conte et attendrait que quelque Kirikou lui ôtât l’épine dans le dos qui la faisait mortellement souffrir et la rendait si odieuse dans toute la contrée. Elle aurait été le fameux lion du Nouveau Testament, une épine dans la patte, attendant que son Saint Jérôme le guérît, lui sauvant ainsi la vie, ce lion que l’on aurait toujours vu, sans savoir pourquoi, représenté dans les musées, flanqué de son Saint sauveur.

Elle attendrait qu’on la sauvât elle aussi. Sans avoir à le demander. Et toujours, jamais, personne. Personne ne serait là. Pour elle.

Alors, elle prendrait son courage à deux mains et s’ôterait…

La vie ?

Sûrement pas !

L’épine du pied ou du dos ?

Que nenni !

Elle prendrait enfin son courage à deux mains et s’ôterait elle-même ce qui la ferait souffrir. Elle accepterait enfin de se faire soigner. Oh ! Pas le corps ! Ça, elle aurait toujours accepté de se le faire soigner. Non. La tête. Le psychisme. Elle prendrait rendez-vous chez ce bon psychiatre, efficace et gentil, qu’on lui aurait autrefois recommandé, priant - quoique très athée de toute croyance irrationnelle - pour qu’il n’eût pas, entre temps, lui aussi, écouté son Vieux Intérieur et soit à son tour devenu quelque vieux con atrabilaire et prît encore quelque nouveau patient dans un grand besoin. Une nouvelle patiente, âgée. Une vieille, quoi. Ne serait-il pas trop tard ? N’aurait-elle pas trop attendu ? Elle prierait, elle, la vieille mécréante, pour que cette dernière solution enfin la soulageât.


© Simone Rinzler | 13-25 février 2023 - Tous droits réservés

À L'Atelier de L'Espère-Luette

Cette nouvelle a été initialement postée sur Zodiac Writing Challenge, 5ème édition 2023, Forum créé par Sturm, dans le cadre d'un défi d’écriture pendant un an : une nouvelle par mois. 


Joseph Maurice Ravel (7 March 1875 – 28 December 1937) was a French composer, pianist and conductor. He is often associated with impressionism along with his elder contemporary Claude Debussy, although both composers rejected the term. In the 1920s and 1930s Ravel was internationally regarded as France's greatest living composer. Trois Chansons (1914-15) lyrics: Maurice Ravel 1. Nicolette 2. Trois beaux oiseaux du paradis 3. Ronde BBC Singer conducted by Simon Joly
Pour écouter uniquement la Ronde dont il est question dans la nouvelle, cliquer sur le lien ci-dessous et aller directement à 4'35 :
 
 



 


2/10/2023

Le Vœu : secret ou pas secret ? Défi d'écriture - une nouvelle par mois

Le Vœu : secret ou pas secret ?

31 janvier - 2 février 2023

Elle aurait travaillé Le Secret, la partition de Fauré qu’elle devait bientôt chanter :

Je veux que le matin l’ignore,

Le nom que j’ai dit à la nuit

Et qu’au vent de l’aube, sans bruit,

Comme une larme, il s’évapore.

Dans son esprit, le piano aurait continué sa partie solo, entre les deux quatrains.

Elle se serait arrêtée. Qu’aurait-elle fait comme vœu, si elle avait eu le choix ? Le vœu du secret aurait-il eu sa faveur ? Elle n’en aurait pas été certaine. Elle aurait préféré crier son amour au monde plutôt que le cacher. Crier le nom de son amour élu. Pourquoi ce vœu de secret, quand on sait que le silence enferme, emprisonne et clôt toute ouverture sur le monde.

Elle aurait fait le vœu que l’on sache combien elle l’aimait. Il n’y aurait pas eu lieu d’en faire secret. Son vœu aurait été de chanter son nom sur tous les tons, à tous les temps, partout, tout le temps. De dire son nom, l’écrire, le chérir, le penser, le prononcer. Sans le crier. Mais le chanter, le poétiser. Jusqu’à ce que Amour soit là, devant elle, près d’elle, derrière elle, l’entourant de ses bras, de son corps, de sa chaleur, du velouté de sa peau si fine par endroits.

Elle aurait voulu son corps, là, ici, maintenant, tout de suite. Elle l’aurait appelé, encore et encore, jusqu’à son retour. Elle l’aurait chéri, attendu, rêvé, fantasmé. Jusqu’à son arrivée.

Elle n’aurait plus pu s’accorder aux paroles de ce chant, si beau, si doux, si poétique. Si faux.

Elle l’aurait voulu là, avec elle. Pleinement là. À lui prendre la main, lui caresser le cou, doucement, sur la nuque, sur le pourtour des oreilles, là où le frisson s’élève.

Elle l’aurait attendu toute la journée, jusqu’à son retour aimant, vaillant, enveloppant. Elle n’aurait pu continuer de chanter. Elle aurait repris ce qu’elle croyait être la suite du poème d’Armand Silvestre, écoutant vaguement son esprit déchiffrer les notes :

« Et qu’au bout de l’ombre, Tin Din,

Comme un grain d’encens, il s’enflamme… »

Elle se serait trompée. Elle aurait lu les paroles, sans plus entendre le chant de Fauré.

« Je veux que le jour le proclame

Le nom qu’au matin j’ai chanté »

Elle aurait essayé de se souvenir de la suite. Impossible. Son cœur, son corps s’y seraient refusés :

Et sur mon cœur ouvert, penché,

Comme un grain d’encens, il s’enflamme »

Ce vœu n’aurait pas été le sien, elle s’y serait opposée.

Elle aurait dû ruser. Repenser à son romantisme d’antan. Réfuter le désir des corps, de son corps, le désir de dire son nom, encore et encore, enivrée de l’invasion de la chimie des hormones, des endorphines qu’elle ressentait à la seule pensée de son nom, étourdie par l’envie de sa présence ici.

Non. Ce ne pourrait être un secret. Ce nom, elle ne pourrait l’évoquer à mi-mot, le cacher. Il lui faudrait le crier, la voix rauque, dans une décharge convulsive. Irrépressible.

Elle aurait feuilleté les pages des trois volumes de chansons françaises, frénétique. Elle aurait cherché ce qu’elle aurait pu chanter à la place, avec sincérité, dans l’authenticité de l’amour vrai.

« Au Bord de l’eau » ? Trop immature pour son désir déjà fébrile.

Elle aurait senti un léger tremblement vers le haut des cuisses, un frémissement du côté des lèvres, oh ! pas les visibles, les rieuses de son visage, les rose framboise. Les autres. Les cramoisies, les violines, les sombres lèvres de la maturité, gourmandes, avides. Celles qui, d’une sourde lueur foncée, aux teintes menaçantes, couleur de chair maturée, entouraient la peau rosée la plus tendre.

Penser à son seul nom, à sa présence prochaine animait involontairement les muscles de son…

Elle ne pourrait pas penser, ni dire le mot. Elle serait déjà dans la moiteur marine et salée de l’exaltation. Elle n’aurait plus envie de chanter.

Intensément, silencieusement, intérieurement, elle pousserait le cri de son nom. Il devrait venir vite. Avant que le désir ne retombât et que la routine des jours ne les emportât dans la banalité du soir.

Elle aurait voulu,

Elle aurait voulu,

Que qui porterait ce nom secret arrivât, la comblât sur le sofa, le tapis, en ré, en sol, en fa, en mi contre le chambranle de la porte palière, sur la cuisinière. La transportât ailleurs, dans l’ailleurs du plaisir, loin de la sublimation du chant, du désir de l’irréel, dans le bonheur de l’ici et bien là.

Là.

Maintenant.

Elle saurait ce qu’elle voudrait. Sa présence. Sa chaleur. Sa douceur et sa force combinées. Sa suave virilité.

Ce ne serait pas un secret. Elle saurait quel serait son vœu. Impérieux.

© Simone Rinzler | 2 février 2023 - Corrigé le 9 février 2023 - Tous droits réservés 

À L'Atelier de L'Espère-Luette 

Pour écouter la magnifique interprétation du duo Bénédicte Hilbert (Soprano) et Fabrice Pqrmentier (piano)



 

Cette nouvelle a été initialement postée sur Zodiac Writing Challenge 5ème édition 2023 Forum créé par Sturm, dans le cadre d'un défi d’écriture pendant un an : une nouvelle par mois. 

Paysage de brume #2

Aquarelle © Simone Rinzler



11/04/2015

#1aAA Anamnèse de l'amnésie : Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. (Récit. Version #1. Incipit

1a #AA Anamnèse de l'amnésie : Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. (Récit - Version #1 - Incipit)


Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. Elle aurait perdu pied. Elle aurait fui vers un ailleurs insondable. 

Elle aurait la tête dans les nuages. Elle aurait l'esprit ailleurs. Son corps serait resté, immobile. Elle aurait expiré, inspiré, expiré, machinalement, en silence.

Ses oreilles auraient tinté. Elle aurait pris conscience du bruit du silence. Écoulement liquide du réfrigérateur, souffle léger de la chaudière, discret deuk-deuk de l'horloge radiocommandée désynchronisé de la petite horloge à pile au design désuet. L'acouphène de son oreille droite se serait fait entendre. Discrètement, sobrement, puis plus audible. Elle aurait cherché celui de l'oreille gauche, toujours un peu plus doux, murmure imperceptible.

Elle aurait fixé le vide, la tête légèrement penchée vers la droite, en direction de la grande fenêtre lumineuse, sans accommoder son regard nulle part. Elle aurait perçu le rouge de la percale du rideau, aurait ressenti une douce chaleur.

Elle était bien, là, assise. Sa tête se trouva vers la petite fenêtre sur sa gauche, du côté plus sombre en cette fin d'après-midi d'automne radieux. La tête tendue vers le haut, à gauche, elle reprit ses esprits. 

Elle se rendit compte qu'elle était en train d'écrire, là, sur son fauteuil de repos, sans bouger, le regard fixe se remobilisa, la tête tourna consciemment vers la fenêtre à droite. Elle se regardait ne rien faire. Elle avait commencé à écrire, à son insu, l'histoire de cette femme sans mémoire, sans tête, au regard vague, l'esprit ailleurs et le corps posé là. 

Elle chercha quand cela avait commencé. Cette capacité à s'abstraire du réel qui l'aurait fait passer pour une démente si elle n'avait été seule dans sa grande pièce. Elle avait toujours chéri cette capacité-là. Elle lui avait permis d'avoir une riche vie intérieure quand la vie extérieure ne l'intéressait pas ou ne la sollicitait pas de ses Danses Royales des Aulnes, quand elle se laissait aller à laisser aller, à laisser filer, le temps, la vie, le bouillonnement extérieur et qu'aucune crue intérieure ne la remuait dans sa symphonie sans fond.

Un rare moment de calme profond, imperturbé, ineffable.

Sans que les traits de son visage ne fissent aucun mouvement, elle se sentait sourire de l'intérieur, alanguie dans une douce chaleur. Elle était bien. Sans écran, ni papier, elle était là, présente à soi. Elle écrivait l'histoire de cette femme. Elle y était.

Quelque chose, elle ne se souvient plus de quoi, la secoua de sa rêverie sans pensée. La pensée se mit en route. Ce soir, elle écrirait. Elle savait qu'elle avait la main, qu'elle avait la tête. À ça. Même quand elle n'y était pas depuis des jours et des semaines. Elle n'avait jamais paniqué. Elle savait que cela reviendrait. Elle savait que cela revenait. Le récit venait de s'imposer. Quelques lignes un peu floues, inécrites, informulées, resteraient accrochées à son esprit le temps qu'il faudrait jusqu'à ce qu'elle ait le temps et le loisir de s'y remettre.

Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle se leva ou resta là, encore, un instant, où longtemps. Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle resta là, encore un instant, ou longtemps, ou si elle se leva.

Elle se leva.

Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle se leva ou si elle resta là encore longtemps.

Elle resta assise. Elle ne sait plus.

Elle se leva.

Elle ne se souvient plus de ce qui se passa. De qui arriva, de ce qui arriva. Bien sûr, elle se souvenait du plus important. De sa visite quotidienne, de sa grande joie. Elle avait des tressaillements. Plusieurs bouffées lui échauffèrent le visage. Elle se rassit à chaque fois. Son corps était mal. Encore endolori de la douleur. Encore un peu souffrant. Elle senti le sel de sa peau en passant sa langue au-dessus de sa lèvre supérieur. Elle vérifia. Elle avait été en nage. Sa peau était salée. Elle n'avait pas rêvé ces échauffements soudains. Elle vérifia qu'elle n'avait pas davantage de fièvre que la veille. 

Elle se posa, se reposa, se releva, discuta un peu avec ceux qui passèrent dans la pièce. Elle se sentait dans un état étrange, un peu second. La mauvaise nuit avait un peu endommagé sa journée. Elle se sentait fatiguée. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus de mauvaises nuits. Ce matin, en repartant de chez le dentiste, elle avait vacillé, titubé comme une femme ivre. Le manque de sommeil donnait à toute chose une coloration irréelle, une sensation d'engourdissement et de subtils achoppements. Elle n'aurait pas dû porter de si hauts talons pour passer au cabinet du Docteur C. Elle se crut obligée de se justifier. Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle avait vu de bon matin. Elle avait titubé de fatigue et du manque d'habitude de si hauts talons en se relevant du fauteuil technique si profond. Elle s'en était extirpée avec aisance, contente du beau travail dans sa bouche étincelante au possible, compte tenu de son âge.

Au moment de se pencher vers le portemanteau, son corps fut attiré dans le mouvement vers le mur où pendait sa belle écharpe et son manteau flamboyant. Tituber ainsi, voilà qui gâchait l'illusion. Elle eut conscience qu'elle se devait de justifier son étourdissement passager. Elle ne buvait pas. Elle n'avait pas bu. Il n'était pas encore midi. Elle croit même qu'elle eut un peu honte de son corps qui la trahissait soudainement. Elle ne s'en morfondit pas. Elle rentra chez elle, lentement. Elle ne faisait pas confiance à ce corps épuisé par une nuit sans sommeil. Sans sommeil mais sans problème. Elle savait qu'après avoir dormi plus de deux jours, son corps endolori par un refroidissement, son corps, son dos, courbaturés, l'avaient lâchée. Il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Elle rentra à la maison, vaqua à ses occupations, prépara le déjeuner et déjeuna en connue compagnie, attendant le moment de pouvoir s'étendre pour réparer le manque de sommeil total qui venait, à nouveau, de la frapper, mais sous un mode différent. Elle bavarda pendant le déjeuner, sans se lancer dans de grandes discussions. Elle savait qu'elle n'aurait pas la concentration nécessaire. Et allait bientôt se retourner seule pour l'après-midi. Il lui suffisait de patienter, à l'économie.

Elle se releva de sa sieste, barbouillée. Elle se sentait encore dans un état étrange, différent, inhabituel. Il lui sembla qu'elle n'avait pas bien digéré. Elle ne s'en formalisa pas. Ce soir, elle mangerait léger, une fois n'est pas coutume. Elle serait seule ce soir. Ce serait facile.

En essayant de reconstruire le passé de cette journée, elle pensa que ce fut après cette sieste lourde, chaude et peu reposante, qu'elle se retrouva ainsi, assise, inerte, inanimée, perdue dans une absence de pensée. 

Elle ne se doutait pas qu'elle venait de recommencer à écrire. Sans heurt. Sans douleur. Sans même y penser. Sans même tenir de stylo, ni tapoter sur un clavier. L'écriture était revenue à son insu. 

Les acouphènes avaient bien sûr disparu, sauf lorsqu'elle y repensa. Son oreille consciente entendit les deux légers sifflements. Ils disparaîtraient dès qu'elle se lèverait pour préparer son très léger souper.

Elle souperait d'une soupe, d'un gros quignon de pain un peu sec et d'un grand verre d'eau, pour commencer.

Elle se leva et préparera ce qui était une réjouissance annoncée. Pouvoir manger ce qui la tentait, ni plus, ni moins.

Elle se leva et se dirigea vers la cuisine.

© Simone Rinzler | 3 novembre 2015 - Tous droits réservés

[Document de travail - Quelques coquilles ont été corrigée. L'une, imposée par le correcteur orthographique, a été conservée pour son étrange poésie. Une seconde version, plus longue sera également proposée un peu plus tard. Elle est encore en travail.]

Mémoire de la pensée À L'Atelier de L'Espère-Luette

1b #AA Anamnèse de l’amnésie. Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. (Récit. Version #2)

1b #AA  Anamnèse de l’amnésie (Récit Version #2 - Incipit)

Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête.

[Merci de me dire lequel vous préférez, et surtout pourquoi, si vous en avez le temps, l'envie et l'appétit. Pour ma part, mon choix est déjà fait, mais je ne vous dit pas ce qui a ma préférence pour l'instant. Il faut que tout cela repose un peu. Et la suite est déjà dans les tuyaux... Bientôt en ligne. Encore en  cours de travail...]

3-4 novembre 2015

Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. Elle aurait perdu pied. Elle aurait fui vers un ailleurs insondable.

Elle aurait la tête dans les nuages. Elle aurait l'esprit ailleurs. Son corps serait resté, immobile. Elle aurait expiré, inspiré, expiré, machinalement, en silence.

Ses oreilles auraient tinté. Elle aurait pris conscience du bruit du silence. Écoulement liquide du réfrigérateur, souffle léger de la chaudière, discret deuk-deuk de l'horloge radiocommandée désynchronisée du tic-tic régulier de la petite horloge à pile au design géométrique désuet. L'acouphène de son oreille droite se serait fait entendre. Discrètement, sobrement, puis plus audible. Elle aurait cherché celui de l'oreille gauche, toujours un peu plus doux, murmure imperceptible.

Elle aurait fixé le vide, la tête légèrement penchée vers la droite, en direction de la grande fenêtre lumineuse, sans accommoder son regard nulle part. Elle aurait perçu le rouge de la percale du rideau, aurait ressenti une douce chaleur.

Elle était bien, là, assise.
Sa tête se tourna vers la petite fenêtre sur sa gauche, du côté plus sombre en cette fin d'après-midi d'automne radieux. La tête tendue vers le haut, à gauche, elle reprit ses esprits.

Elle se rendit compte que sans même le savoir 'elle était déjà en train d'écrire, là, sur son fauteuil de repos, sans bouger. Le regard fixe se remobilisa, la tête se tourna consciemment vers la fenêtre, à droite, à nouveau. Elle se regardait ne rien faire. Elle avait commencé à écrire, à son insu, l'histoire de cette femme sans mémoire, sans tête, au regard vague, l'esprit ailleurs et le corps posé, là.

Elle chercha quand cela avait commencé. Cette capacité à s'abstraire du réel qui l'aurait fait passer pour une démente à cet instant même si elle n'avait été seule dans sa grande pièce. Elle avait toujours chéri cette capacité-là. Elle lui avait permis d'avoir une riche vie intérieure quand la vie extérieure ne l'intéressait pas ou ne la sollicitait pas de ses danses royales des aulnes, quand elle se laissait aller à laisser aller, à laisser filer, le temps, la vie, le bouillonnement extérieur et qu'aucune crue intérieure ne la remuait dans son symphonie, son aphasie, dans le tourbillon de son siphon sans fond, font, font, les petites marionnettes...

Un rare moment de calme profond, imperturbé, ineffable, l’enroba. Le moment lui sembla doux. Elle ressentit une chaleur inconnue. La chaleur de la reconnexion avec quelque chose de profond, tapi, là, au tréfonds, qui ne l’avait jamais quittée et qu’elle avait oublié. Une douceur d’être. Seule. Bien. Indérangée. À l’instant même où elle s’interrogeait sur son état mental, elle sentait quelque chose se rebrancher sans mouvement, sans effort. C’était là, avec elle, en elle. C’était elle. Vraiment elle. Pas le personnage social qu’elle s’était confectionné, jour après jour, rôle après rôle, tâche après tâche. Elle ne le perçut pas aussi clairement à ce moment-là. Elle se contentait d’être là. Présente. À l’état, sinon naturel, du moins, hors de son état social, actuel ou ancien. Elle ne savait pas, ne savait plus qu’elle était son état social. Elle savait qu’elle était là. Elle se sentit bien. Bien là. À sa place. La sienne. Celle qu’elle s’était aménagée à grand peine.

Sans que les traits de son visage ne fissent aucun mouvement, elle se sentait sourire de l'intérieur, alanguie dans une douce chaleur. Elle était bien. Sans écran, ni papier, elle était là, présente à elle-même. Elle écrivait l'histoire de cette femme. Elle y était. Elle était à nouveau entrée en écriture, comme d’autres entrent en scène ou en cuisine. Elle était à son bureau mental, dans son atelier de l’être et de la pensée, sans même avoir pris la peine d’y penser. Elle était mieux que prête. Elle y était déjà. Elle sentit la douceur d’être après avoir tant couru après la clameur de l’être.

Quelque chose, elle ne se souvient plus quoi, la secoua de sa rêverie sans pensée. La pensée se mit en route. Ce soir, elle écrirait. Elle savait qu'elle avait la main, qu'elle avait la tête. À ça. Même quand elle n'y était pas depuis des jours et des semaines. Elle n'avait jamais paniqué. Elle savait que cela reviendrait. Elle savait que cela revenait. Le récit venait de s'imposer. Quelques lignes un peu floues, inécrites, informulées, resteraient accrochées à son esprit le temps qu'il faudrait jusqu'à ce qu'elle ait le temps et le loisir de s'y remettre. Elle n’avait pas perdu la main. Elle n’avait pas perdu la tête. À sa tête pas même défendante, la main et la tête, perdues peut-être, s’étaient retrouvées liées, dans l’immobilité du calme reconquis dans la solitude et le silence.

Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle se leva ou resta là, encore, un instant, où longtemps. Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle resta là, encore un instant, ou longtemps, ou si elle se leva.

Elle se leva.

Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle se leva ou si elle resta là encore longtemps.

Elle resta assise. Elle ne sait plus.

Elle se leva.

Elle ne se souvient plus de ce qui se passa. De qui arriva, de ce qui arriva. Bien sûr, elle se souvenait du plus important. De sa visite quotidienne, de sa grande joie. Elle avait des tressaillements. Plusieurs bouffées lui échauffèrent le visage. Elle se rassit à chaque fois. Son corps était mal. Encore endolori de la douleur. Encore un peu souffrant. Elle senti le sel de sa peau en passant la langue au-dessus de sa lèvre supérieur. Elle vérifia. Elle avait été en nage. Sa peau était salée. Elle n'avait pas rêvé ces échauffements soudains. Elle vérifia qu'elle n'avait pas davantage de fièvre que la veille.

Elle se posa, se reposa, se releva, discuta un peu avec ceux qui passèrent dans la pièce. Elle se sentait dans un état étrange, un peu second. La mauvaise nuit avait un peu endommagé sa journée. Elle se sentait fatiguée. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus de mauvaises nuits. Ce matin, en repartant de chez le dentiste, elle avait vacillé, titubé comme une femme ivre dès le lever. Le manque de sommeil donnait à toute chose une coloration irréelle, une sensation d'engourdissement et de subtils achoppements. Elle n'aurait pas dû porter de si hauts talons pour passer au cabinet du Docteur C. Elle se crut obligée de se justifier. Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle avait bu de bon matin. Elle avait titubé de fatigue et du manque d'habitude de si hauts talons en se relevant du fauteuil technique si profond. Elle s'en était extirpée avec aisance, contente du beau travail dans sa bouche étincelante au possible compte tenu de son âge. La nouvelle prothèse était invisible, accordée au blanc jauni par les années de sa belle dentition autrefois carnassière. À la demande du professionnel de l’art dentaire, elle avait contemplé son nouveau sourire, adouci, lavé de son aspérité. Elle venait de faire cacher son unique dent de lait dont elle était si fière. Elle était toujours là, dessous, cachée sous la discrète jaquette neuve. Elle pouvait rester fière de sa bonne santé dentaire de bien portante. Le sourire de vieille sorcière que sa minuscule quenotte d’enfant brunie par le temps avait peu à peu fait apparaître, insensiblement, avait disparu depuis quinze jours déjà, sous l’amalgame provisoire. Elle ne se préoccupait pas de son sourire. La chose était entendue depuis bien longtemps déjà. Elle avait franchi le pas de la réparation cosmétique qu’elle s’était toujours juré de ne jamais franchir.
Au moment de se pencher vers le portemanteau, son corps fut attiré dans le mouvement vers le mur où pendaient sa belle écharpe floconneuse et son nouveau manteau flamboyant. Tituber ainsi, voilà qui gâchait l'illusion. Elle eut conscience qu'elle se devait de justifier son étourdissement passager. Elle ne buvait pas. Elle n'avait pas bu. Il n'était pas encore midi. Elle croit même qu'elle eut un peu honte de son corps qui la trahissait soudainement. Elle ne s'en morfondit pas. Elle rentra chez elle, lentement. Elle ne faisait pas confiance à ce corps épuisé par une nuit sans sommeil. Sans sommeil mais sans problème. Elle savait qu'après avoir dormi plus de deux jours, son corps endolori par un refroidissement, son corps, son dos, courbaturés, l'avaient lâchée. Il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Elle rentra à la maison, vaqua à ses occupations, prépara le déjeuner et déjeuna en bonne compagnie, attendant le moment de pouvoir s'étendre pour réparer le manque de sommeil total qui venait à nouveau de la frapper, mais sous un mode différent de ce qu’elle avait connu auparavant. Elle bavarda pendant le déjeuner, sans se lancer dans de grandes discussions. Elle savait qu'elle n'aurait pas la concentration nécessaire. Elle allait bientôt se retrouver seule pour l'après-midi. Il lui suffisait de patienter, à l'économie.

Elle se releva de sa sieste, barbouillée. Elle se sentait encore dans un état étrange, différent, inhabituel. Il lui sembla qu'elle n'avait pas bien digéré. Elle ne s'en formalisa pas. Ce soir, elle mangerait léger, une fois n'est pas coutume. Elle serait seule ce soir. Ce serait facile.

En essayant de reconstruire le passé de cette journée, elle pensa que ce fut après cette sieste lourde, échaudée, échauffée, enchaleurée,peu reposante, qu'elle se retrouva ainsi, assise, inerte, inanimée, perdue dans une absence de pensée.

Elle ne se doutait pas qu'elle venait de recommencer à écrire. Sans heurt. Sans douleur. Sans même y penser. Sans même tenir de stylo, ni tapoter sur un clavier. L'écriture était revenue à son insu.

Les acouphènes avaient bien sûr disparu, sauf lorsqu'elle y repensa en l’écrivant. Son oreille consciente entendit les deux légers sifflements. Ils disparaîtraient dès qu'elle se lèverait pour préparer son très léger souper.

Elle souperait d'une soupe, d'un gros quignon de pain un peu sec et d'un grand verre d'eau, pour commencer.

Elle se leva et préparer ce qui était une réjouissance annoncée. Pouvoir manger ce qui la tentait, ni plus, ni moins. Le vrai délice épicurien du juste bien.

La blonde Boucles d’Argent se leva et se dirigea vers la cuisine.

© Simone Rinzler | 3-4 novembre 2015 - Tous droits réservés 

[Document de travail. Susceptible de modifications, dont corrections des coquilles, notamment]

Mémoire de la pensée À L'Atelier de L'Espère-Luette