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9/30/2015

#15 CR Carnets de retraite : Tu t'es fait belle pour sortir. Tu tetrouves très belle. Tu as de bonnes nouvelles de ta fille cadette. Celate réjouit.

Tu t'es fait belle pour sortir

Tu t'es fait belle pour sortir. Tu te trouves belle.  Très belle. Tu as retrouvé le trait frais, l’œil qui pétille ; tes joues se sont amincies. 

Tu as de bonnes nouvelles de ta fille cadette. Cela te réjouit. Elle est enfin heureuse, ta Princesse. Tu ne l'aurais jamais appelée comme cela, et elle non plus ne se serait peut-être jamais laissée appeler comme cela. Mais c'est Ta Princesse quand même. C'est une Très Jolie Princesse Qui A trouvé Son Joli Prince. Et cela te remplit de joie.

Pendant ce temps, Ta Princesse Benjamine, La Maman De Tes Toutes Petites Princesses, vient à ta fenêtre. Elle te fait rire :

Ça devient angoissant, quand même, de te voir faire de la cuisine comme ça !...
Non, mais, ça sent bon ! C'est bien, hein ?

Alors tu retournes à ta cuisine, retourne tes tomates dans la poêle. Et oui ! La Tatin de Tomates, même froide comme ce midi, on n'y résiste pas !

Tu vas même changer un peu la recette et ajouter du basilic qui pousse encore sur ton rebord de fenêtre.

Ne te perds pas trop dans la littérature, Petit Mère Princesse, tu pourrais les faire attacher et les Charmes de ta Cuisine d'Amour pourraient attacher.

[Une pause à la cuisinière qui n'est pas une cuisinière. Ça n'existera bientôt plus, les cuisinières !]

Tu reviens, très fâchée après toi-même. Tu t'es fiée à ta mémoire et t'es trompée dans la recette.

Ce n’est pas très grave : la sauce est encore meilleure...

Tu as mis trois cuillères à soupe de cassonade au lieu d'une, te semble-t-il. Cela ne fait rien. Quelque chose ne te plaisait pas tout à fait avant-hier. tu ne savais dire quoi. Maintenant, tu sais. Ça manquait de sucre, tout simplement. De bon gros sucre, bien blond, bien chaud, Maintenant, tu la tiens, ta tarte sucrée-salée. Et pour une tuerie, ça sera une vraie tuerie. Comme ils disaient sur la recette.

Pendant que ce qui sera peut-être un dessert mijote, tu te réjouis de l'arrivée prochaine des Grands Princes. Ton Prince A Toi, [Mais si ! Tu sais bien, l'Ancien Mon Prince, Etc. !] et Son Ami Qui Est ton Ami Aussi.

Soirée régalade en perspective !

Et puis, et puis,

Et puis...

L'Ami s'en ira chez Lui. Et alors, là, ce sera La Tuerie. La vraie. Soirée Régalade en perspective !

Ah ! Au fait ! Je ne vous avais pas dit ?

Je ne suis pas sortie et j'ai mis mon joli tablier assorti. On est une Princesse de la Cuisine ou on ne l'est pas ?

Faudrait savoir !

J'en souris.

"Vite, vite. arrête le feu !" te dit ton nez de Princesse Apprentie.

Le Prince arrive. Entre dans la cuisine. Il va... Il va...

Il te dit : "C'est pas un tout petit peu trop cuit, ça ?".

Si. Le texte est fini, et le caramel ne restera pas blondi. Ou alors, un blond vénitien très, très profond. Plutôt auburn. Auburn.

Burn ?

Out !

Zou, les loulous.
Pour moi, c'est fini ici.

Bonne nuit les amis.

© Simone Rinzler | 30 septembre 2015 - Tous droits réservés 
[Des fautes subsisteront peut-être. 
Seuls ceux qui n'écrivent jamais ne font jamais de fautes.]
L'écriture gourmande est heureuse À L'Atelier de L'Espère-Luette

6/30/2015

#5CR Carnets de retraite : Tu mens aux lecteurs de Ton Atelier. Tu ne leur mens pas. Tu leur as promis de la littérature....

Tu mens aux lecteurs de Ton Atelier
Tu ne leur mens pas. 
Tu leur as promis de la littérature. 
Tu leur en donnes. 

Tu leur offres ta littérature, ton écriture.

Tu écris du rêve. Tu rêves du réel. Tu réalises du rêve. 
Tu le rends réel par ta plume électronique, nique, nique.

Tu vis ton écriture, comme tu vis ta vie. 
Dans l'instant. 
Tu ne te perds pas dans le passé, ni dans l'avenir. 
Tu vis au présent.

D'ailleurs, il fait bien trop chaud, pour aller pédaler !

Aucun sentiment de solitude ne résiste à trente bonnes minutes de lecture d'un livre aimé, et encore moins à vingt minutes d'écriture non contrainte, d'écriture plaisir.

Tu as écrit bien plus de vingt ou trente minutes.

Tu ne t'ennuies plus jamais.

Jamais plus de trente minutes.

Tu mens encore.

Quand la fatigue te prends, tu souffres de l'ennui.
Alors, tu patientes, le temps que la fatigue se dissipe.

Elle se dissipe toujours.

Dès lors qu'elle n'est pas trop intense... et que tu acceptes de te fatiguer un peu pour ne plus être...
Fatiguée de Vivre.

C'est ainsi hier tu as enfourché ton Pégase d'acier.

L'inspiration fléchit.

Il va être l'heure d'aller retrouver Ton Prince, etc., ton meilleur ami.

Le reste est privé.
Tu seras privé, Lecteur, de la vraie vie privée, celle qui ne s'expose pas ici.

Même si tu la devines, petite coquine.
Même si es devin, gros malin.

Qui sait ?
Peut-être resteras-tu là, à écrire ou à lire, à rêvasser, à l'ombre, au frais.

Personne encore ne le sait.

Chacun se fait sa petite histoire à son idée. Tu n'as proposé qu'un début de balade.

À chacun de s'en accommoder.

À sa façon, au soleil ou au frais. De La Princesse (ou) de Son Prince, etc.

© Simone Rinzler | 30 juin 2015 - Tous droits réservés 





#4CR Carnets de retraite : Tu prépares tes affaires de vélo...

Tu prépares tes affaires de vélo.

Tu sais que tu vas encore souffrir physiquement pendant la première demie-heure.

Tu prends le casque, la gourde, les caramels au chocolat pour les sucres rapides encours de route.

Tu prépares ton sac, préviens Ton Prince, etc., ton meilleur ami, tu es presque prête.

Tu finis ton sac. Tu vous prépare un petit goûter pour la route. Tu es prête. Lui aussi. Tu vérifies que tout est fermé, que tu n'as rien oublié. Tu passes la barrière. Un coup de pédale mal assuré au départ, comme hier ? Non. Bien mieux. Tu as repris l'habitude. Tu es tout de suite joyeuse.

Tu prends bien garde de ne pas t'épuiser. Tu es si heureuse que tu pourris bien te laisser aller à aller trop fort. Encore.

Tu pédales, lèvres écartées d'un sourire à bouffer les insectes. Tu repenses à sourire intérieurement seulement. Tu te souviens de la dernière fois que tu as avalé un moucheron. Ça ta gâché la joie. Goute la bouche fermée, le sourire intérieur.

Quoi ? Tu es encore à ton écritoire, 'spèce de maboule ?

Malheureuse, mais tu rêves au lieu de vivre !

Allez, enfourche ton fringant vélo assisté. Il est l'heure de te préparer.

Salut. 

Je m'envole sur mon Pégase métallique !

© Simone Rinzler | 30 juin 2015 - Tous droits réservés 

#3 Carnets de retraite : En attendant l'heure de ta randonnée à vélo avec Ton Prince, etc, tu souffres de solitude, alors tu écris...

En attendant l'heure de ta randonnée à vélo avec Ton Prince, etc., tu souffres de solitude.
Alors, tu écris. 
Tu reprends le Roman de "Tu".

Tu souffres de solitude.
Tu ne vis pas seule.
Tu es très entourée.
Tu ne te remets pas de grands chagrins d'amour en amitié.
Tu n'as plus de vie sociale.

Tu la crains.

Tu viens de te rendre compte que tu agissais comme une personne souffrant d'un chagrin d'amour et qui n'ose pas tenter de nouvelles rencontres, prendre le risque d'aimer à nouveau.
Tu as compris ce qui t'a fait reculer devant le stage de théâtre de la rentrée dernière.
La peur de souffrir. La peur de faire de nouvelles rencontres. Puis de les perdre à nouveau.

Tu as un problème avec la perte.

Alors, à la place, tu perds la mémoire, immédiate. Tu retrouves la mémoire de l'ancien.
Tu n'oses plus refaire surface dans la vie sociale.
Tu as perdu ton terrain de jeu favori.

Tu as fait fausse route en prenant ta retraite.

Tu as trouvé le calme. Tu as trouvé ce que tu aimais. Tu fais ce que tu aimes faire. Tes angoisses ont disparu. Tu vis beaucoup mieux.

Se pourrait-il que tu aies tant dû lutter contre toi-même pour devenir un être social, un être sociable ?

Se pourrait-il que tu sois devenue gentille par peur de perdre des amis ?

Tu as toujours été trop gentille. 
Pas toujours avec ceux qui le méritaient le plus.
Tu penses qu'il faut être gentille. Même avec les monstres.
Même s'il y en a un pour qui tu as presque toujours su, au moment de ton éveil par Ton Prince, etc., que tu ne pouvais lui accorder aucune gentillesse.

Tu as appris à te protéger des monstres qui t'entouraient, à t'en débarrasser, à les éviter.

Tu es allée trop loin.

Tu te sens seule dans ta forteresse vide.

Il est temps d'en sortir et d'accepter, aussi, une vie d'amitié, peut-être moins passionnée, moins hystérique qu'autrefois, mais qui soit la tienne, et la tienne seule.

Tu ne sais comment faire.

Tu sais que tu as su poser correctement le vrai problème.

Tu sais que tu trouveras comment faire, bientôt.

Tu fais comme ta mère, comme ton père, surtout, avoue !, comme tes parents. 
Tu n'as pas d'amis autour de toi, tu n'as pas tes amis. Pas les tiens.

Allez, prends ton téléphone et appelle.

Rien qu'appeler.

Pour commencer.

Pas besoin d'inviter, pour commencer. 

Juste téléphoner. 
Appeler. 
Parler. 
Parler à un ami. 
Parler avec un ami.

Tu penses aux amis auxquels tu ne donnes plus de nouvelles. 
Tu as fait le vide autour de toi. 
Tu ne voulais plus souffrir.

Bravo ! C'est réussi !

Tu souffres.

Allez, appelle tes amis !
Fais un effort. 
Ils ne vont pas te bouffer. 
Ce sont tes amis. 
Écoute-les aussi.
Peut-être eux aussi ont souffert de solitude.

Allez !

Fais pas ta sauvage.
Redeviens ne fille sage.

Appelle tes amis.

Écris des mails, tape dans tes mains, bats le rappel.

Appelle tes amis.

Tu en as assez de vivre par procuration avec les amis de Ton Prince, etc., vos amis communs, ses amis à lui.

Resserre la liste de tes amis. Ne confonds pas collègues et connaissances avec des amis.

Allez, appelle tes amis.

© Simone Rinzler | 30 juin 2015 - Tous droits réservés 




5/18/2015

Tu te souviens que tu as tout quitté un jour pour aller de l'autre côté du périph'...

Tu te souviens que tu as tout quitté un jour pour aller de l'autre côté du périph'. Tu as plus jamais quitté ce côté. Tu t'es exilée, exilée volontaire, fuyant vers ta liberté.

Tu croyais que tu n'avais jamais bougé, que tu étais casanière. Tu t'étais trompée. Tu n'as cessé de bouger. 

En bonne fille d'émigré, tu croyais que tu étais ancrée au pays. 
Tu l'étais. 
Mais tu t'étais déterritorialisée, et tu t'es reterritorialisee, suivant tes lignes de fuite, ta hantise de la fuite de la fuite.

Tu fuyais vers ta liberté, chèrement gagnée.

Tu abandonnes, pour l'instant, ton roman. Tu le laisses posé, pauser, tu le mets en pause, en repos. Tu sens qu'il a besoin que tu le laisses mûrir. Tu as mûri aussi. 

Tu viens de retrouver une autre amie de jeunesse. Tu lui as parlé. Tu recolles les morceaux de ta vie déchirée, déchiquetée, tu te restaures, tu prends des forces en puisant dans ta fragilité.

Tu viens de reprendre une bonne rasade de liberté.

À ta santé !

© Simone Rinzler | 18 mai 2015 - Tous droits réservés.

Retour au Roman de "Tu" À L'Atelier de L'Espère-Luette

5/02/2015

Tu as retrouvé l'odeur du bonheur... (Dieu, que le malheur avaitmauvaise haleine)

Tu as retrouvé l'odeur du bonheur... (Dieu, que le malheur avait mauvaise haleine)

Tu as retrouvé l'odeur du bonheur. 

Tout ceci n'est qu'une question d'odeurs, une question d’haleine.

Quand le bonheur est revenu, tu l'as reconnu à son odeur. Une odeur de lait maternel et de fèsces de bébé mélangée aux arômes de sent-bon pour petites fesses à décoller.

Même éloignée de la source de l'odeur, tu en emporté la flaveur, sur tes vêtements, dans tes récepteurs olfactifs, dans ton cerveau. Tu ne sens plus l'odeur du bonheur. Elle t'habite. Et ton couteau à déchirer le malheur, tu l'as rangé dans ton vieux tiroir, ton tiroir fourre-tout, ton tiroir trouve-tout, ton tiroir magique, de Madame Jaitout. 

J'ai tout ce qu'il faut pour être heureux, pour te tirer d'un mauvais pas, dans mon tiroir magique, dans mon atelier magique. Viens voir Mamie Génie, elle sait tout réparer, elle a du sens pratique, à revendre. Elle ne servait plus à rien. 

Dans son odeur de malheur, plus personne ne venait la voir et elle n'allait plus voir personne.

Elle n'en fait pas plus aujourd’hui, mais maintenant, elle s'en fout. Elle a retrouvé l'odeur du bonheur.

La bonne odeur des grandes tablées joyeuses.

Dieu, que le malheur avait mauvaise haleine.

© Simone Rinzler | 2 mai 2015 - Tous droits réservés.

C'est le bonheur à L'Atelier de L'Espère-Luette


3/10/2015

Tu écris moins, plus serré, plus resserré....

Tu écris moins, plus serré, plus resserré. 
Tu travailles à ta remise en forme, quotidienne. Tu ressens quelques douleurs musculaires, jour après jour, qui ne t'inquiètent pas mais que tu dorlotes et que tu supportes pour ne pas lâcher le retour à la vraie vie, la vie complète et profiter de ses petits et grands bonheurs. Tu sens que, mois après mois, ta couvade de retraite s'apaise. Tu apprivoises ta nouvelle vie, tu te crées de petits rituels, toujours involontairement, mais de petits rituels quand même. Tu n'aurais pas appelé cela des rituels quand tu travaillais encore. Tu aurais appelé cela de l'efficacité bien pensée. Tu avais raison. Ce ne sont pas de petits rituels. Tu poursuis un programme de remise en forme dont tu es devenue le seul maître à penser. 

Tu te souviens de ta propre peur de procrastiner lorsque tu avais obtenu une année sabbatique complète pour préparer l'agrégation. Tu avais finis par organiser tes matinées de façon quasi-militaire.

D'abord, relecture du vocabulaire glané la veille en contexte et pris en note sur un grand classeur avec des onglets alphabétiques, les mots nouveaux dans la marge, pour bien repérer rapidement, toutes les définitions de ce mot, oui, toutes, pour véritablement enrichir ton vocabulaire. Enrichir son vocabulaire, tu avais compris que ce n'était pas tant apprendre de nouveaux mots - cela tout le monde le sait et ce n'est pas ce qui fait la différence dans un concours - mais apprendre de nouveaux sens, de nouvelles nuances aux mots que tu connaissais déjà. Tu vérifiais donc, lors de tes lectures tous les mots que tu comprenais à peu près depuis déjà des années, mais dont honnêtement, tu n'étais finalement pas très sûre, pour non seulement en avoir le cœur net, mais surtout pour découvrir ces nuances dont tu sentais que tu les percevais mal. Tu avais aussi vérifié dans le dictionnaire tout français, Le Robert, parfois aussi, mais peut-être moins souvent, dans le dictionnaire tout anglais. Une petite faille dans ton organisation qui a bien dû te coûter quelques places et surtout une meilleure connaissance du vocabulaire de l'anglais, un sens des nuances un peu plus restreint dans cette langue de pays plus ou moins lointains où, par amour, tu avais refusé de séjourner un an complet. 

Plus qu'une femme ambitieuse, tu as toujours su que tu étais une grande amoureuse et que ta réussite passait plus par l'amour que par la réussite. Sociale. S'entend. Même si tu savais, ô combien !, à quel point tu avais besoin de cette revanche sociale à toi imposée, par toi, par ta famille, par ton héritage de guingois. 

Tout concourait à ce que tu concoures dans la catégorie Quête de la Reconnaissance

Mais tu ne pouvais te priver de concourir aussi, secrètement, en ton for intérieur et hors des sphères de ton conscient, à ta quête existentielle, à ta quête d'amour, de chaleur, d'humanité et bien-être partagés. 

Tu as toujours été partageuse de ces bons moments, même si parfois, tes chemins - puisqu'au début ce ne sont jamais des projets - te conduisaient à t'isoler du monde, des autres et de la vie, pour mener ta vie comme tu l'entends. J'aurais dû écrire "comme tu l'entendais", à l'imparfait, pour la concordance des temps, mais non. 

Tu préfères le présent, sa valeur d'actualité dans le présent, mais aussi dans le passé et dans l'"à venir", en deux mots, ce qui va venir, ce qui viendra, et que tu seras prête à accueillir. En linguistique énonciative anglaise, on parle de la valeur générique du présent, sa valeur générale, ce présent qui existait dans le passé, est présent devant nous et nous attend encore. 

Comme dans le présent de "I Have a Dream" de Martin Luther King qui te servait à réviser ou à expliquer aux quelques novices de troisième année de licence les valeurs des temps et des aspects à partir de textes à valeur manifestaire, quand tu rédigeais ton livre sur les manifestes, la parole de revendication, La Parole manifestaire au XXe siècle dans le monde anglophone.

Tu reviens au présent de ton écriture, une écriture que tu veux générique, à portée universelle et non seulement centrée sur ta petite personne. Tu n'es devenue qu'un outil de ton propre projet d'écriture qui a commencé comme bien autre chose qu'un projet littéraire. Un projet de santé, de retour à la vie, de sortie du noir du désespoir. 

Tu n'es pas un outil, mais un point de départ matériel. Il faut bien un point de départ matériel pour une écriture universelle. Partir de la matérialité des choses. Tu n'avais pas d'histoire à raconter. Tu te savais, te croyais incapable d'en inventer. Tu t'es rendue compte que tu n'en étais pas incapable, mais qu'il était encore trop tôt, qu'il fallait que tu fasses tes armes, que tu fasses tes gammes, stylistiques, d'abord, consciemment, puis tes gammes narratives, nettement moins consciemment depuis que tu avais trouvé ton style et ce "Tu" qui te met à distance et que tu utilises toujours dans tes propres cogitations avec toi-même, ce "Tu" qui appelle le lecteur à se reconnaître parfois, puis à se dire, rassuré "Ah ! Non ! Ce n'est pas toi, tu n'es pas aussi..." dingue, stupide, idiote, crétin que ça !, ou qui se sent intimidé de ne pas se trouver aussi clairvoyant, intelligente, douée, pertinent, observateur que l'auteur de ce qui est en train de devenir, sinon un livre, du moins, un récit suivi, avec une continuité, une construction qui apparaît peu à peu, d'un journal de guérison parti d'un journal de dépression. 

[Ton "Tu" te fais penser au "Tu", au "You" de Paul Auster dans un de ses derniers livres, son voyage d'hiver en son corps vieillissant. Tu l'avais oublié, son "Tu", tu l'avais lu en anglais. Il a dû te marquer. Mais tu sais aussi que tu étais partie d'un autre projet oulipien, tu vais inventé, réinventé l'OuGramPo, Ouvroir de Grammaire Potentielle. Mais tu avais abandonné l'idée d'écrire en anglais, puis avec des contraintes grammaticales trop fortes et qui n'es adaptaient qu'assez mal au français. Tu avais préfère te concentrer sur le "Tu". Tu n'y voyais que des bienfaits et une légèreté de contrainte facile à supporter au long cours.]

Tu pourrais pourtant toi aussi t'y mettre, en t'imposant les mêmes critères. Il suffit de toujours commencer petit. Tout petit. D'accepter que même à ton âge, avec ce que tu as vécu, tu peux aussi t'y mettre, petit à petit. De croire aux vertus du travail lent, patient, obstiné, car il possible à tout le monde d'écrire, même avec peu de vocabulaire, même avec peu d'imagination, et même avec peu de volonté. La volonté ne fait rien à l'affaire. Ce qui compte, c'est l'engagement dans la durée, dans le temps, s'imposer de ne pas abandonner, tenter de ne pas ressasser sur les jours où cela ne va pas, ne vient pas, juste écrire que l'on n'a rien à dire peut suffire, mais continuer, coûte que coûte, que cela te coûte ou ne te coûte pas, continuer, continuer à avancer, même dans le brouillard, sans oublier de tâtonner, de soupeser, un peu, beaucoup, parfois, de vérifier que l'on ne sombre pas dans la folie, en se confrontant aux autres - en se confrontant, pas en s'affrontant, car là, bien souvent, on y perds son temps et des dents et pas mal de plumes. Continuer, s'observer en train d'écrire, pas trop, en faisant taire ton critique le plus sévère, celui qui t'a appris à croire que tu ne valais rien, n'étais qu'un bon à rien, une raclure, une chiure, un grosse conne un peu bête, un type qu'en n'a pas, qui n'a rien. 

Tout le monde peut écrire. Tout le monde peut chanter. Et même chanter juste. 

Si cela te plait, te fait envie, cela suffit. 

Si tu n'aimes pas cela, n'en dégoûte pas les autres ! 

Il te suffit d'en avoir l'envie, de t'y mettre, de te lire, te relire, le lendemain, le surlendemain, de laisser, de poser, de te mettre en pause en commençant autre chose, toujours à l'écrit bien sûr. Et parfois, de prendre un peu de distance en te mettant au loin, en changeant quelque chose d'autre dans tes habitudes pour ne pas retomber immédiatement dans tes vieux travers. Juste pour prendre un peu d'air et y revenir. 

Ça te titille, vas-y ! 

Donne-toi les moyens, tous les moyens pour y parvenir. Tu ne deviendras certainement ni Tolstoi, ni Stendhal, ni Hugo, pas moins Paul Auster, J.M. Coetzee, Ken Saro-Wiwa, ni même Percival Everett.

Ce sera mieux. Tu seras toi. 
Toi que tu ne connaissais pas. 
Pas encore. 

[Courte pause]

Tu t'étonneras de ta douceur retrouvée, bien cachée au fin fond de tes luttes pour y arriver, pour survivre, pour t'imposer, quand ce qui compte n'est pas de t'imposer, encore moins de t'imposer l'impossible, mais d'être, simple, heureux, heureuse, en paix. Parce que tu t'es préparée à mener la guerre et a décidé de ne pas mener la guerre qui porte la destruction, la guerre à l'autre, mais la guerre à ce qui, en toi, te détruit, à feu continu.

[Silence]

[Long silence]

Tu t'es évadée de ce dont tu parlais. Tu as digressé vers ce qui te paraissait le plus urgent. Tu devras te relire et choisir si tu veux te laisser aller à cette digression-là, ta manière habituelle d'avancer, jamais en ligne droite, sauf quand tu es enfin prête. Tu sais que tu n'es pas encore tout à fait prête et tu laisses tes digressions te conduire vers ce qui revient au galop, Le Grand Retour du Refoulé, que tu imagines en homme vêtu de noir à cheval sur un paysage grandiose de nature à l'étendue panoramique. 

Zorro ! Zorro ! Zorrooooooooo-ooo-ooo-ooo-oo-o !...

Tu vois que tu viens de contredire ce que tu as ecrit juste avant. Ton écriture s'était resserrée, elle a repris de l'embonpoint. Tu ne savais plus trop quoi écrire depuis quelques temps et postais des textes plus anciens, plus forts que tu n'avais pas souhaité rendre public au moment de la crise, au moment de leur écriture, car tu les trouvais trop personnels. Tu sens qu'ils ne sont pas si personnels.

Tu es redevenue ouvertement didactique, tu fais ta prof, tu te trouve chiante. Mais tu continues à écrire. Ce n'est pas le moment de juger, mais d'écrire. Tu penses que ton style, moins resserré n'a plus d'intérêt. Mais tu laisses faire. Tu sais que c'est de la diversité et du contraste que vient la richesse d'un écrit. Tu ne le sais pas pour sûr. Tu le subodores. Tu en es seulement à la phase d'écriture solitaire. Personne ne lit par-dessus ton épaule quand tu écris. Tu laisses venir. Tes qualités et tes défauts. Ce que tu crois être des qualités et qui sont des défauts et ce que tu crois être des défauts et qui sont peut-être des qualités. Tu ne sais pas. Personne ne peut savoir. Surtout pas toi.

Ni même toi, lectrice, lecteur. 

Te revient, Encore !, Décidément !, Tu retombes vraiment en enfance... - preuve que la crise qui t'a ébranlée était profonde - te revient un proverbe de ton enfance, tu as vraiment été élevée à coups de proverbes et a tout fait pour t'en détacher, aller voir ailleurs si le monde y était (et tu l'as rencontré), te revient le vieil adage que tu trouves enfin sage sur le seuil à peine entrevu de ton jeune vieil âge "Il faut de tout pour faire un monde".

Tu as fui les proverbes, la sagesse populaire. Tu y reviens. Mais tu pressens qu'y revenir n'est pas la même chose qu'y être restée. Tu as fait ton voyage initiatique avant. Soixante ans d'initiation à la liberté de la retraite que tu craignais tant. Tu viens de ressentir, violemment, que ce qui te terrifiait dans la retraite n'était pas l'inactivité, la peur de l'ennui, l'inutilité. Tu viens de faire ta plus belle découverte philosophique de la journée. Tu avais peur de la liberté. Peur de ta liberté. Peur de l'usage de ta liberté. Celle, celui que tu crains le plus n'est pas ta mère, ni ton père, ni ton mari, ni tes enfants, petits-enfants, ni tes amies, tes amis, tes copains, ni même celle qui fut Ta Grande Ennemie. C'était toi. Tu avais peur de toi. Soixante années bientôt pleines à avoir peur de toi. Ta meilleure amie, pourtant, quand tu prends soin de toi. À croire davantage aux autres qu'à toi-même. Tu sais aussi que tu n'en auras jamais complètement fini. Mais tu sens que si tu persistes à bien t'occuper de toi, comme tu t'es occupée des autres, de tant d'autres, tu seras ta meilleure alliée. Tu as fait un sacré bout de chemin.

Tu es rassurée. Tu n'as plus peur. Puisque tu y es. Et que tu t'y entends. Tu t'y écris, même. Tu prends la liberté que tu ne t'étais jamais octroyée auparavant.

La liberté d'écrire.

D'écrire seule.

En ton nom.

Sans garde-fou, ni maître, ni conseiller.

La terre pourrait bien s'écrouler, toi l'ancienne militante, tu t'en moques. Tes colères, tes indignations et tes engagements sont toujours là, identiques. Ton engagement est moins visible, il n'en est pas moins présent. Tu t'es retirée du moteur à fabriquer les grandes peurs. 

Tu viens même d'offrir le mode d'emploi pour aller mieux, s'en sortir. Tu as conscience du message politique révolutionnaire de ta théorie/pratique de la goutte d'eau. Tu fais du porte à porte de bonheur, de petits et de grands bonheurs, tu donnes de l'espoir, tu aides à passer les jours et les nuits de quelques-uns de tes contemporains qui te suivent sur les réseaux sociaux. 

Tu luttes à ta manière, le porte-à-porte virtuel, littéraire, artistique du cœur, de l'humanité, tu fais ton Harvey Milk, tu crées une chaîne de solidarité dans l'humanité, la recherche de l'humain, la compréhension de tes petits travers, tu luttes contre ta haine qui grandissait. 

Harvey Milk était ce militant de la cause homosexuelle qui a permis l'acceptation de l'homosexualité et est devenu le premier maire gay de San Francisco. Tu connais son histoire et sa méthode de militantisme au goutte-à-goutte et de porte en porte grâce au film dans lequel Sean Penn est un radieux et merveilleux acteur. 

Tu as retenu la méthode. Elle t'a marquée. Tu crois au bouche-à-oreille pour faire avancer des initiatives dont la petitesse et la modestie en nombre au départ est comblée par l'enthousiasme communicatif. Mais tu ne veux pas devenir Maire. Juste écrivain. Jusqu'à la fin.

Tu rêves. 

Tu te rêves faisant ce que tu as déjà appelé du Harvey-Milking, quand tu militais encore pour sauver l'université avant d'en sortir, épuisée, humiliée, ravagée.

Tu rêves. You Have a Dream

Tu fais du porte-à-porte de bonheur, car une société heureuse, mais pas soporifiée -  Pas de ça chez moi, bonhomme ! - ne se replie pas sur elle-même. Tu as peur de prendre tes illusions pour des réalités, mais tu crois aux petites chaînes de solidarité. Ton colibri n'est pas à franchement écologiste. Mais tu as toujours eu horreur de gâcher. Tu n'as jamais oublié, ou si peu longtemps, que tu étais et es restée une fille de pauvres. 

Ton colibri est politique. 

Tu sais contre quoi tu resteras en permanence en guerre. 
Celle qu'on appelle La Bête Immonde, Merci, Brecht
Le Diable pour d'autres. 

Tout ce qui tente de te tenter, qui tente de te faire pencher du côté de tes mauvais penchants. Tu sais que tout le monde peut pencher, un jour ou l'autre. Tu le sens. Le pressens. Tu sens qu'il faut ramener l'amour de soi au centre. Ceux qui ont la haine crèvent d'un manque d'amour. Tu tentes de donner ce que tu peux de l'amour de l'humanité. Par la douceur. La réflexion. 

Pas les slogans. Les jugements à l'emporte-pièce. Les fausses vérités assénées, voire démontrées par quelque Raminagrobisse très adroite. 

Tout ce manque d'amour et de commisération pour soi te semble à la source du développement d'une société haineuse qui te fait déprimer depuis, tu le sais, maintenant, depuis les environs de 2006 et 2007. Ta dépression est une dépression sociétale bien plus qu'une dépression liée à ton propre vécu uniquement. Tu n'as cessé de le déclarer à celui qui te confesse dans son cabinet depuis des années et que tu n'as plus eu besoin de revoir depuis que tu as pris ton envol de liberté. Tu penseras à lui envoyer une carte de bonheur, cela fait trois mois au moins que tu dois le faire, mais tu as encore peur que la reprise de liens signe encore ta mauvaise santé. 

Encore une peur que tu devras éradiquer, une superstition personnelle que tu devras terrasser. Il est encore trop tôt. Attends encore un peu. Tu peux encore progresser, t'améliorer, seule, mais toujours bien entourée. Et portée par l'écriture. La réalisation, dans le réel, d'un vieux rêve que tu avais oublié dans l'efficacité des jours et la contrainte du monde du travail, toi, la paresseuse, la bulleuse devenue travailleuse acharnée contre son gré, contre sa volonté, tu viens de sortir de près de cinquante ans de travaux forcés. Tu fais l'expérience de ta liberté adolescente retrouvée. Tu as déjà comparé ta crise de sénescence à la crise d'adolescence. Ce ne sont pas des crises, mais des passages, d'un état à un autre. Tu as retrouvé l'insouciance de ta jeunesse, tu as laissé le fardeau des actifs, des adultes, des hommes et des femmes responsables, in charge, en charge. Tu as apprivoisé ta retraite.

Tu te rêves écrivain. 

Tu écris.

C'est un fait.

Tu ne sais si tu iras jusqu'à publier chez un éditeur.

Ce n'est peut-être pas un hasard si tu n'as jamais pu publier en ton nom seul.

Peut-être que l'inscription dans la trace t'est moins importante que l'inscription dans le bonheur.

Tu n'oublies pas que tu as été professeur et que pour toi, un bon professeur doit avoir la modestie de savoir qu'il peut modifier des vies, sans même le savoir, qu'il est le plus souvent oublié. Tu le disais à tes étudiants. Ce qui te plaisait, c'était de semer. La bonne graine. Pour tous. La graine qui fait des hommes et des femmes heureux, généreux et bons. Tu l'as fait sans besoin de remerciements. Tu ne nies pas que les compliments t'ont touchée, profondément, et t'ont donné encore plus de cœur à l'ouvrage quand tu en as reçus. Mais tu sens que tu ne l'as pas fait pour les compliments, ni même pour la reconnaissance (la recherche, oui, c'était pour cela, mais pas l'enseignement). Tu l'as fait parce que, quand tu fais du bien, tu ressens une chaleur et une douceur qui te fait te sentir bien.

Tu es égoïste.

Une bien belle égoïste.

Et tu t'en vantes, en plus ?

© Simone Rinzler | 10 mars 2015 - Tous droits réservés 

3/04/2015

Tu fais ton pilulier...

Tu fais ton pilulier...

Tu t'arranges pour le faire quand il n'y a personne à la maison. Pour ne pas te tromper. Ce n'est pas toujours le cas. Il t'est arrivé, ces dernières années, d'avoir tant à faire que tu as fini par ne plus le faire quelques jours à l'avance et te retrouver, par deux fois, devant la course aux médicaments "manquant fournisseur". 

Mais ce n'est pas de la glace à la fraise ! 
(Tu n'aimes pas cela d'ailleurs et tu peux d'autant plus t'en passer). 

Ce sont des médicaments au long cours pour des affections pour lesquelles il est très périlleux de dérégler un dosage qui te permet de vivre en équilibre, sans tachycardie, ni brachycardie, sans bouffées de chaleurs, ni frissonnements glaciaires, sans excitation, ni ataraxie, sans dérèglements intestinaux, bref, sans tous les petits et grands emmerdements contradictoires des maladies auto-immunes, ces maladies dites de système, conjugués à une tendance anxieuse et un vieux fond dépressif qui peut pourtant te laisser en paix pendant des années et qui est venu se rappeler à toi ces quelques dernières années où tu avais fini par devenir désespérée.

Voilà maintenant plus de vingt ans que tous les mois, tu fais tes quatre piluliers pour le mois à venir.

C'est devenu un rituel. Involontaire. Tu ne voulais pas que cela devienne un rituel. Mais toute chose que tu fais chaque mois, sans interruption, régulièrement, toutes les quatre semaines depuis plus de vingt années, c'est forcé que ça devienne un rituel, même contre ton gré. 

Tu prépares tout. Sur la table d'abord. 

À gauche, toutes les boîtes de médicaments que tu dois utiliser. 

À droite, toutes celles que tu viens d'utiliser. 

Sur la chaise, à gauche, tu déposeras tous les déchets, boîtes vides, blisters métalliques et plastiques, notices, bouchons et boîtes que tu ne gardes pas. 

Devant, les boîtes plastiques, petites ou grandes, solides, hermétiques, vides, que tu garderas pour y ranger des clous, des vis, des babioles, et même des bouchons d'oreille pour voyager, supporter des concerts trop bruyants, entendre mieux dans un bruit ambiant, parfois quelques comprimés supplémentaires en cas de besoin. 

Juste devant toi, les quatre semainiers d'une couleur différente. Un bleu, un jaune, un blanc transparent et un orange. Pour savoir où tu en es de ton traitement. 

Tes semaines sont rythmées par ces couleurs qui s'enchaînent. 

Depuis quelques mois, tu ne respectes plus le code couleur. L'ordre n'a plus d'importance. Tu ne travailles plus, tu as davantage le temps de faire attention. Tu peux contrôler ce qui t'est vital un peu plus régulièrement. 

Tu ne ressens plus l'obligation d'une organisation quasi militaire. Tu te souviens que tu es fille de fille de militaire, elle-même fille de fille de militaire. La lignée maternelle t'a imposé l'organisation militaire des hommes de ta famille. Tu n'y penses même plus. Tu ne saurais pas vivre sans organisation. Tu serais perdue. Tu n'aurais jamais rien foutu.

L'intérêt de savoir s'organiser, sans avoir même à y penser, c'est que tu y penses une fois, une bonne fois pour toutes, sauf si tu te rends compte qu'il faut apporter des modifications pour que cela soit plus rapide, plus pratique, plus efficace, pour y penser encore moins, ne pas se vivre comme malade. C'est peut-être pour cela que tu as toujours fait beaucoup plus de choses et vécu infiniment plus d'expériences que la moyenne des gens. Mais là aussi, tu peux te tromper.

Tu es organisée comme si tu devais mener un jour une guerre sur le terrain. 

Tu ne savais même pas que tu étais tout le temps prête à la guerre.

Tu fais juste comme on t'a appris à faire. C'est devenu comme une seconde nature. 

Tu n'y penses même plus. 

Surtout maintenant que tu ne travailles plus. Ton problème serait plutôt "Que faire maintenant de tout ce temps dégagé ?". 

Mais tu as trouvé. 

Tu as le temps d'écrire, puisque tu ne passes pas ton temps à chercher ou à organiser des choses. Voilà peut-être pourquoi il faut apprendre l'organisation aux enfants quand ils sont tous petits, pas comme un truc obligatoire, mais chaque fois que tu leur apprends quelque chose, tu ranges toujours au fur et à mesure et tu exiges qu'ils le fassent eux aussi. 

Une chose qui n'est pas rangée est une chose perdue chez quelqu'un qui, comme toi, a vécu sous l'impératif catégorique de guerre : 

"Chaque chose à sa place et une chose à chaque place". 

Au moment d'écrire, un doute orthographique te vient à l'esprit : "À sa place" ? Avec un  "à accent grave" ? À moins que ce n'ait été un "a" sans accent, du verbe "avoir", comme un constat d'appartenance : "Chaque chose a sa place", sous-entendu, "là où elle doit être mise, être placée et replacée après utilisation" ?

C'est un précepte oral. Tu n'as jamais réfléchi à son orthographe ni à sa grammaire. Tu as toujours pensé cela en termes d'état de fait. 

À bien y réfléchir, en linguiste, ce ne peut être écrit qu'avec un à avec accent grave : la deuxième partie "et une chose à chaque place" en comporte un aussi. Les sentences et maximes privilégient la symétrie grammaticale. Pas de verbe avoir, pas de a sans accent, donc.

Ce précepte maternel, c'est comme un proverbe, une maxime cardinale qui t'accompagne depuis toujours, plus ou moins à ton insu : 

Chaque chose à sa place".

Cela doit être comme cela, il faut qu'il en soit ainsi.

Ainsi-soit-il. 

Amen.

Pour ce qui est de la deuxième partie, "une chose à chaque place", là, tu as fait ta rebelle.

Ou tu as tiré parti des enseignements paternels silencieux. On peut entasser.

Et des dégoûts maternels aussi. Il fallait qu'il y ait de la vie dans la maison. La salle à manger ne devait pas ressembler à celle un marchand de meubles, vide, sans vie. 

De ce côté-là, te voici protégée. 

Tu as d'ailleurs conservé la même petite manie, partagée à des degrés divers avec celui qui accompagne ta vie. Si l'organisation est ton fort, tu es une redoutable organisatrice, ou plutôt, tu l'étais, tu as quand même quelques réticences et es un peu en délicatesse avec l'ordre. À tous les sens du terme.

L'organisation personnelle, oui, l'ordre, euh...

Tu verras cela un autre jour.

"Demain est un autre jour" à aussi accompagné ta jeunesse.

Tu n'es pas obligée de tout dire ici aujourd'hui. "Gardes-en pour demain !"

Oui... Ça aussi.

"Eh ! Mais que voilà un bel agencement épicuro-spinozien !, penses-tu d'un coup. Ne pas se goinfrer, le véritable épicurisme et privilégier les affects joyeux de ton cher Spinoza. 

La philosophie te manquerait-elle ?

Oui.

Et non.

Elle ne t'a plus jamais quittée depuis que... 

Elle fait partie de ton projet littéraire, en sous-main, en sous-marin, en catimini, en tout petit mimi. Tu sais que "La Littérature Pense". Cela tombe bien. Toi aussi. C'est cette littérature-là que tu veux écrire.

Une littérature qui pense, qui pense le monde, le langage et les humains, à partir de petit faits, tous petits, aux grands effets.

Que ne ferais-tu dire au remplissage d'un pilulier ?


© Simone Rinzler | 10 février 2015 - remanié le 5 mars 2015 - Tous droits réservés 

2/14/2015

Tu continues à avancer, lentement, vivement, prestement...

Tu continues à avancer, lentement, vivement, prestement.

Tu n'es pas pressée, tu prends ton temps.

Tu n'es pas obligée d'aller loin, ni rapidement, mais tu vas, profondément, jusqu'au bout.

Tu n'as pas l'obligation d'être profonde, tu peux être légère, sautillante, en surface.

Tu ne réponds à aucun "Tu dois", "Tu ne dois pas", tu es libre de ton choix et déterminée par ce que tu ne choisis pas, ce qui s'impose à toi, ce qui t'échoit et dont le choix ne dépend pas de ton choix conscient mais dont tu ne fais pas le choix de la fuite à grands pas.

Tu ne t'imposes pas la longueur, ni même la brièveté. Tu laisses libre ce qui vient. Tu obtempères, et Zoup, ta mère !

Tu en as fini par écrit pour aujourd'hui. Tu fais le plein d'autre chose. Le carburant, te dis-je, le carburant !

Tu veux écrire loin, ménage ta mouture.

© Simone Rinzler | 14 février 2014 - Tous droits réservés 

2/13/2015

Tu avances à tâtons, tu ne sais pas où tu vas, mais tu y vas, résolument, sans un sourcillement...

Tu avances à tâtons, tu ne sais pas où tu vas, mais tu y vas, résolument, sans un sourcillement.

Tu penses régulierement que tu fais erreur, que tu te trompes de chemin, qu'il est temps de passer à autre chose, mais tu sais, mais tu sens que tu n'en as pas encore fini, qu'il te faut avancer, avancer, encore avancer, tu t'enfonces de plus en plus loin, le jour disparaît et tantôt, la clairière, puis à nouveau la pénombre, tu poursuis le chemin, tu n'as pas fini d'avancer, de marcher, de longer tu ne sais quoi, tu continues. T'arrêter en cours de route est impensable. Tu ne peux t'arrêter. Toute nouvelle avancée fait oublier les errements passés, les questionnements indistincts, les doutes et les certitudes de médiocrité. Un pas chasse l'autre. S'arrêter serait renoncer, se prouver que tu avais tort et étais entrée là par mégarde. Tu te souviens pourquoi tu as commencé. Tu doutes parfois, te demandes si tu fais bien, si tu ne fais pas trop ci ou trop ça, tu voudrais rebrousser chemin, tu ne fais pas du tout ce que tu avais l'intention de faire. Tu continues. Tu sais que ce que tu voulais faire finira par se faire, à ton insu. C'est tellement là que même quand tu l'oublies, c'est encore là et là et là, partout. Nul besoin d'expliquer. Continuer à avancer. Tu verras bien où tout cela te mènera.

Et ce jour-là, tu ne le regretteras pas.

© Simone Rinzler | 13 février 2015 - Tous droits réservés 

2/12/2015

Tu es incapable de répondre simplement, d'un seul mot, d'une seule phrase...

Tu es incapable de répondre simplement, d'un seul mot, d'une seule phrase.

Tu te souviens que c'est un reproche que l'on t'a souvent fait. Ta fille, quelques rares étudiants. Tu ne peux t'empêcher de préciser, de nuancer, de détailler, de pousser l'analyse la plus fine possible, jusqu'à ce que, satisfaite de ta réponse, tu puisses t'arrêter. 

Tu es frappée de t'en rendre compte d'un coup, comme ça, Paf !, au détour d'un bénin petit post sur une femme qui démaquille des poupées de type Barbie, des Bratz ultra maquillées, ultra sexualisées.

Tu as trouvé les poupées démaquillées aussi moches que les poupées maquillées. Mais la démarche de la femme qui a fait cela t'a amusée. Elle le faisait pour son plaisir, elle a toujours aimé joué à la poupée. 

Tu ne te reconnais pas trop dans ce cas de figure, alors, bien sûr, ça t'intéresse de comprendre ce qu'il y a dans la tête de quelqu'un qui, adulte, dit non seulement avoir beaucoup aimé jouer avec des poupées, mais qui continue encore à trouver du plaisir à jouer à la poupée au point de s'amuser avec, de les rhabiller, de les maquiller, de leur peindre des yeux qui se veulent normaux, de leur redonner un aspect enfantin, tout cela en son âge d'adulte. 

Tu sens bien qu'il y a une sorte de propos politique sous-jacent, mais tu te rends compte que le propos politique n'était pas franchement intentionnel, que cette femme a eu besoin d'occuper son temps, n'ayant plus de travail pour un temps, et s'est remise à l'occupation préférée qu'elle avait, avant de travailler, d'être dans le monde du travail.

Tu y vois un parallèle avec toi. Oh, pas immédiatement. 

Mais, tu vas devoir encore passer par un détour. Te revient en mémoire ce qui t'es arrivée hier soir. 

Tu venais d'ouvrir ton ordinateur portable quasi dormant depuis que tu ne travailles plus pour commencer à travailler sur cet ordinateur le début du roman que tu veux envoyer à un éditeur. Au moment de taper sur une feuille vierge de Word, les connexions entre ordinateurs n'ayant pas été remises en marche, se tracent sous tes doigts autre chose qu'un texte de fiction, mais un texte de réflexion sur la retraite et la question de l'inutilité sociale, et aussi, sur ce que tu n'as pu développer la suite par manque de temps et par choix, la retraite et la condition féminine, la retraite et le chômage comme connaissance pour l'homme anciennement actif de ce que représente une grande partie de la condition féminine pour les femmes qui l'ont vécue. 

Tu as commencé à rédiger un essai sur l'utilité et l'inutilité sociale, thématique bien connue des femmes qui ont presque toutes, au siècle dernier, pu et dû se poser la question du travail ou du non-travail, salarié, pour la plupart, la question du choix de ne pas être mère ou d'être mère, d'être mère au foyer ou mère qui travaille, une thématique dont on avait même fini par oublier qu'elle n'allait pas de soi, ni pour nos mères, ni pour nous-mêmes, âgées de la soixantaine.

Tu te demandais si l'inutilité que ressentent les chômeurs, les mis-à-pied, les retraités qui ne savent occuper leur retraite - il y en a bien plus que ceux qui disent s'épanouir - tu te demandais si ces hommes-là ne ressentaient pas, en sentant la pesanteur de l'obligation s'organiser seul son temps, la lourdeur, la pesanteur de la condition féminine dans une société encore très patriarcale dans son principe, y compris pour les femmes qui travaillent. 

Tu penses même à la double pesanteur de la condition féminine de la femme vieille, inutile. 

Tu regrettes toujours autant de n'avoir pas travaillé davantage sur l'utilitarisme de Bentham et sur le philosophe anglais John Stuart Mill, en surplus de ce que tu as lu et étudié lors de tes études d'anglais. Tu sens que la question profonde est celle de l'utilité sociale et du sentiment d'utilité ou d'inutilité sociale qui a remplacé les questions existentielles et spirituelles, et probablement pas seulement chez les athées. 

Tu n'as pas l'intention de continuer, mais tu sens bien toute la difficulté qu'il y a à émettre ce type d'idées dans ta petite sphère publique du blog. Le risque de la considération que s'il y a des hommes et des femmes utiles, il y en a donc qui seraient donc inutiles. 

En le posant ainsi, tu vois que ce n'est pas si dangereux. Tu viens de poser clairement et correctement le problème. 

Tu penses que nous continuons à vivre dans une société qui a été "brutalisée" selon le mot de George L. Mosse, par la nazification de la pensée au XXe siècle, pensée qui n'a toujours pas été dénazifiée. Tu repenses à la phrase d'Alain Badiou dans Le Siècle, en substance : "Il faut penser ce qu'on pensé les nazis pour en éviter le retour". 

Tu penses qu'il est important de s'intéresser, non pas à la question du bonheur, du bien-être, mais à la question du sentiment d'utilité afin que puissent être liés le politique et le sensible. Car l'un sans l'autre ou l'autre sans l'un ne sont que fausses routes.

Alors, voilà, dire si tu as joué à la poupée, comment et moins que quoi, sauf pour telle ou pour telle autre, cela reste dans la sphère du privé-privé, de l'ordre de la psychanalyse, que tu n'as jamais eu aucune envie de partager sur un réseau social ou dans une cour d'école. Tu sens que ça demande une intimité, une proximité, une envie de s'impliquer que finalement, tu ne ressens peut-être pas tant, ou plus tant que cela, ou d'une intimité que tu réserves à l'intimité in vivo, et non à la cantonade indiscernée serait plus précis.

Tu viens de te poser ouvertement, officiellement, explicitement, la question du partage de textes plus ou moins intimes en public. Tu te rends compte que le politique t'est infiniment plus intime que tu ne le pensais, et donc, que tes choix avaient été parfaits, que tu croyais déborder et te faire déborder par tes écrits, mais tu poursuis la voie que tu t'es tracée, celle dans laquelle tu te sens bien, à l'aise et en confiance.

As-tu joué ou non à la sévère Barbie infirmière, offert des Bratz à ta petite-fille, hurlé de voir la tête de la poupée que tu n'aimais pas se décapiter à un passage de frontière, joué aux petites voitures ou forcé ta voix à tue-tête pour avoir celle d'un homme quand tu étais enfant n'est d'aucun intérêt pour quiconque.

 © Simone Rinzler | 12 février 2015 - Tous droits réservés 


2/11/2015

Tu ne savais pas où tu avais mis les pieds... (Ma 1ère publicationlittéraire dans la Revue internationale Le Zaporogue XVI)

Tu ne savais pas où tu avais mis les pieds.

Comme tu ne te crois pas sotte (mais il arrive quand même que tu te trompes...), tu te doutais bien que tu serais en très bonne compagnie dans le numéro XVI de la Revue Le Zaporogue de Sébastien Doubinsky.

Mais qu'est-ce qui t'a pris de te dire que tu ne posterais la pub pour ta première publication littéraire que lorsque tu aurais lu tous tes nouveaux "collègues".

Tu découvres des textes et des auteurs, des écrits, des peintures, des photographies, des poèmes tellement riches, divers, si fascinants, que tu ne peux pas tout lire à la va-vite et que tu te retrouves coincée par une promesse que tu t'es faite à toi-même.

It's literature, stupid!
It's art, stupid!

Tu dégustes, t'émerveilles, t'arrêtes de lire, pensive. 

Tu n'en es même pas encore à la moitié ; la rapidité de lecture n'est pas de mise. 

Tu prends ton temps et te délie de ta promesse à toi seule faite, idiote !

Tu as téléchargé le PDF ici :


Tu l'as fait relier par Ton Prince Qui, etc. à l'annexe de L'Atelier de L'Espère-Luette où tu tiens ton établi d'écriture, ton atelier de la pensée, tu le lis.

Le volume au format A4 est lourd, bien trop lourd pour continuer de lire dans ton lit, tes muscles du cou criaient de douleur hier. Tu te tendais en lisant ta lecture de détente. Il est temps de changer cela.

Tu veux en savoir davantage sur ce Zaporogue. Pour la visite, c'est par ici :


Et si tu préfères lire un vrai livre, il te faudra bien en commander une version papier pour une somme modique aux alentours de 10 euros et quelques pour des heures de découvertes passionnantes. Ce sera là :


Voilà, tu as recouvré ta liberté, ton corps s'est reposé, comme toujours. C'est pas drôle tous les jours tes maladies auto-immunes conjuguées à une deux mille et énième remises en forme physique post-burn-out

[T'es encore en train de te plaindre ! C'est bon signe. Ca veut dire, ca veut dire que... Tu bouges encore les lèvres, les doigts, aussi. Tes sourcils, tu les fronces. T'es pas encore morte. C'est bon, ma Julotte !]. 

Tu forces trop. Tu vas trop fort. Tu oublies sans cesse que ta tête est plus forte que ton corps. 

Mais, c'est rigolo dès le lendemain, tu as tout le temps l'impression de ressusciter. 

Tu aimerais t'en passer. Va savoir si tu ne regretterais pas si un jour tu ne fatiguais plus. 

C'est si drôle de jouer au Phénix chaque fois que tu fais un peu trop de trop de sport pour ton tout petit corps. Oui, tu sais que ça fait rire autour de toi, mais tu es si démusclée qu'ils ne peuvent pas imaginer tant de fatigue pour si peu de choses.  

Ton tout petit corps ? 

Eh ? Oh ? 

Tu vas tout de même pas leur faire croire que tu es malingre quand même ? 

T'as vu tes teacher's arms ? Malingre, mon cul ! 

Ah, non ! 
Pas ça ! 
Ça, j'ai pas un gros cul.

"Ton tout petit corps !..." Mmmmmmmph !

Mais, c'est en hauteur ! 

Et puis, de toute façon, c'est une licence poétique. 

Et on ne badine pas avec les licences.

Faudrait voir à pas être licencieux avec les licences, Man !

Ah oui ! J'allais oublier. Et toi, là-dedans ?

T'oublie pas de télécharger sous le format que tu préfères.
Et n'hésite pas à me dire...

Bon, tu prends ta journée de vacances. Vaque, ma fille, vaque à tes inoccupations du moment : roman, photographie, rangement, courses, promenade pas trop sportive, suite de l'entretien corporel adapté, glande, lecture, télé, anything goes... : c'est jour férié. C'est décidé.

© Simone Rinzler | 10 février 2015 - Tous droits réservés.

Çà, c'était hier, mais c'était vacances !