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4/01/2023

Exaltante rencontre sur une appli de rencontre : Défi d'écriture - une nouvelle par mois

 EXALTANTE RENCONTRE

8 mars – 1er avril 2023

Swipe. Swipe. Swoosh ! Nos portraits auraient matché. Il m’aurait likée.

Depuis que je l’aurais vu, ce serait comme si j’étais devenue aveugle. Je ne verrais plus les autres. Je ne verrais plus que lui. Lui. Lui. Je me repaîtrais de son amour, de sa présence, de sa douceur. Plus rien ne compterait. Il remplacerait tout. Il serait devenu mon seul monde.

Je pourrais chanter toute la journée l’immense bonheur que je ressentirais à la seule pensée de son existence auprès de moi :

Seit ich ihn gesehen

Glaub ich blind zu sein.

Wo ich hin erblicke,

Seh’ ich ihn allein.

Même les jeux et les rires avec mes sœurs ne m’intéresseraient plus. Tout le reste m’ennuierait et m’accablerait. Plus rien n’aurait de couleur sans lui.

Quel sentiment merveilleux de sentir la douce fièvre d’amour qui réchaufferait mon cœur. Il serait si doux, si gentil. J’aimerais ses yeux. J’aimerais sa bouche. J’aimerais son esprit, résolu. Il serait le plus merveilleux que j’aurais jamais vu.

Er, der Herrlichste von allen,

          Wie so milde, wie so gut!                                

          Holde Lippen, klares Auge,

          Heller Sinn und fester Mut.

Hélas ! Jamais il ne voudrait de moi.

Sort cruel ! Je pourrais ainsi, pleurer jusqu’au tombeau, sans l’élu que j’aimerais.

Mais quoi ?

C’est moi qu’il aurait choisie parmi toutes les prétendantes ? Je n’arriverais pas à le croire. Je ne pourrais le concevoir. Je vivrais comme un rêve :

Ich kann's  nicht fassen, nicht glauben,

Es hat ein Traum mich berückt;

        Wie hätt er doch unter allen

        Mich Arme erhöht und beglückt?

Comment se ferait-il qu’il m’ait choisie, entre toutes ? Ce serait comme si je rêvais encore. Pourtant, il m’en aurait fait la promesse éternelle :

Mir war’s, er habe gesprochen:

„Ich bin auf ewig dein“—

Mir war’s—ich träume noch immer,

Es kann ja nimmer so sein.

Ce serait tellement incroyable. Je peinerais à y croire.

Vite ! Vite ! il me faudrait appeler mes sœurs. Partager avec elles la bonne nouvelle de mon âme exaltée. Leur faire connaître ma joie de le connaître, de l’avoir rencontré, de l’aimer. Le bonheur de savoir qu’il m’aimerait aussi. Qu’il me l’aurait dit, qu’il me l’aurait juré, se serait engagé pour la vie. Je ne tiendrais plus en place. Il faudrait que je le dise. Que je le crie. Que je le clame. Ce serait si agréable. Venez, venez ! Écoutez ! J’ai une grande nouvelle à vous annoncer ! Il m’aurait dit qu’il m’aimait. Nous serions fiancés. Vous regarderiez ce bel anneau d’alliance qu’il aurait mis à mon doigt ;

Du Ring an meinem Finger,

Mein goldenes Ringelein,

Ich drücke dich fromm an die Lippen,

Dich fromm an das Herze mein.

Je vous appellerais, mes sœurs, à venir m’aider à me préparer pour mon mariage, à ceindre la couronne de fleurs à mon front.

Helft mir, ihr Schwestern,

Freundlich mich schmücken,

Dient der Glücklichen heute mir,

Windet geschäftig

Mir um die Stirne

Noch der blühenden Myrte Zier.

Bientôt, l’enfant vivrait sous notre toit. J’en pleurerais de joie.

Süsser Freund, du blickest

Mich verwundert an,

Kannst es nicht begreifen,

Wie ich weinen kann;

Enfin, enfin, l’enfant serait né. Notre fille. Sur ma poitrine, elle réchaufferait mon cœur d’une volupté sans égale. Quelle joie ! Quelle joie !

An meinem Herzen, an meiner Brust,

Du meine Wonne, du meine Lust!

Das Glück ist die Liebe, die Lieb ist das Glück,

Ich hab’s gesagt und nehm’s nicht zurück.

Hélas, hélas, un tel bonheur ne pourrait durer. Toi, mon amour, homme adoré, tu m’aurais, pour la première fois, causé une douleur insoutenable :

Nun hast du mir den ersten Schmerz getan,

Der aber traf.

Du schläfst, du harter, unbarmherz’ger Mann,

Den Todesschlaf.

Allongé, les yeux fermés, tu dormirais, immobile, du sommeil de la mort.

Douleur ! Ô douleur ! 

Jamais, non jamais plus, je n’irai sur cette application de rencontre, Ô ma sœur !

© Simone Rinzler | 8 mars- 1er avril 2023 - Tous droits réservés

À L'Atelier de L'Espère-Luette

 

VIDEO :

Une belle surprise, une soprano expressive et son pianiste, excellent, filmés :

https://youtu.be/Ym9mHHsXvGI. Mezzo-soprano Jaime KORKOS and pianist Damien FRANKOEUR-KRZYZEK perform Robert Schumann's "Frauenliebe und Leben, op. 42" in recital in New England Conservatory's Jordan Hall, 27 March 2013.

 

PAROLES EN ALLEMAND ET TRADUCTION EN ANGLAIS :

Pour les paroles et leur traduction en anglais, l’ergonomie est un peu ennuyeuse, il faut cliquer sur chaque lied et changer de page. Mais c’est le seul site à peu près fiable. Cliquer ici : https://www.oxfordlieder.co.uk/song/273

 

TRADUCTION EN FRANÇAIS :

Rien de complet en français, hélas. Mais vous avez ma nouvelle qui reprend le thème des huit Lieder de Robert Schumann « Frauenliebe und -leben » (« L'Amour et la vie d'une femme ») en le modernisant un peu.

 

Cette nouvelle a été initialement postée sur le forum Zodiac Writing Challenge, 5ème édition 2023, Forum créé par Sturm, dans le cadre d'un défi d’écriture pendant un an : une nouvelle par mois portant sur un des thèmes choisis par les participants.

2/28/2023

Sa "Vieille" Intérieure : défi d'écriture - une nouvelle par mois

Sa "Vieille" Intérieure

13-25 février 2023

Ils se seraient dit qu’elle exagérait. Elle n’aurait, une fois encore, pas accepté de faire comme les autres. Sa volonté d’originalité l’aurait de plus en plus éloignée de la société. Elle se serait retrouvée, imperceptiblement, dans une forme d’exil civilisationnel, comme le sont tous les vieux qui ne sortaient plus, n’avaient plus de contacts qu’épisodiques avec de plus jeunes, aide à domicile exclue.

Quand tant de monde s’intimait d’écouter son Enfant Intérieur, elle n’aurait que trop tôt écouté sa Vieille Intérieure qui lui aurait soufflé d’ignorer tout ce qui ne venait pas d’elle. Qui lui aurait conseillé de rejeter tout ce qui se faisait dorénavant, par principe, et lui aurait interdit tout accès à ce qui, dès lors, ferait société. Elle se serait progressivement transformée en vieille bourrique, entêtée, grimaçante et méchante, en tout ce qu’elle aurait refusé de devenir plus tard, dans son jeune temps et même dans la primeur de son vieux temps, quand elle n’aurait été qu’une jeune vieille.

Pourtant, ils en auraient bien vu des vieux, qui se seraient enorgueillis d’être restés de vieux tromblons. Des sales vieux, des sales cons, bien vieux, bien rances, des vieux cons bien Vieille France, rances. Ah, ils auraient été fiers de leur connerie, ceux-là ! Jouissant de leur fermeture d’esprit et de leur méchanceté.

 

Mais, elle ? Qu’est-ce qui lui aurait pris de se transformer ainsi en mégère, elle, l’ancienne légère, pétulante, inapprivoisable ? Serait-elle allée au Bois d’Ormonde, se soumettrait-elle dès lors aux lois d’immondes ? Aurait-elle fait de si mauvaises rencontres qu’elle aurait dû se renfrogner, se rencogner dans son intérieur qui n’allait pas fort pour prétendument se protéger ?

 

Elle entendrait le conseil des vieux et des vieilles de la Ronde de Ravel qu’elle avait autrefois chantée en chœur : 

 

N'allez pas au Bois d'Ormonde
Jeunes filles, n'allez pas au bois,
N'allez pas au Bois d'Ormonde,
Jeunes filles, n'allez pas au bois.
Il y a plein de satyres,
De centaures, de malins sorciers,
Des farfadets et des incubes, 
Des ogres, des lutins,
Des faunes, des follets, des lamies,Diables, diablots, diablotins,
Des chèvre-pieds, des gnomes,
dDes démons,
Des loups-garous, des elfes,
Des myrmidons,
Des enchanteurs et des mages,
Des stryges, des sylphes,
Des moines-bourrus,
Des cyclopes, des djinns, gobelins, korrigans, nécromants, kobolds...
Ah !
N'allez pas au Bois d'Ormonde,
N'allez pas au bois.

Quelle mouche l’aurait piquée ? Elle-même se le demanderait aussi parfois. Que lui serait-il arrivé pour que cette vieille harpie lui tombe dessus, manteau trop lourd qu’elle peinerait à porter. Elle poserait hypothèse sur hypothèse. Elle se serait interrogée, incessamment.

Serait-elle devenue paranoïaque ? N’aurait-elle fini par croire qu’elle n’avait que des Ennemis Intimes ? Que le monde entier lui en voulait ? Aurait-elle été plutôt bipolaire en phase mélancolique, en phase merdique. Elle aurait remarqué des phases joyeuses et des phases sombres. Mais tout le monde n’aurait-il donc pas ses bons et ses mauvais jours ? Cela n’aurait rien prouvé. Aurait-elle été un de ces zèbres dont elles se serait autrefois moquée, pensant qu’ils n’étaient, comme elle, que des gens qui avaient souffert d’une enfance brisée par une violence psychologique innommable, tout heureux de se trouver autre chose qu’une enfance saccagée par quelque mauvais sort ? Aurait-elle été un de ces hauts potentiels, ces HPI à la mode de ses deux, à la mords-moi le nœud, qui ne savaient quoi s’inventer pour se distinguer ? Comme elle, tiens ! Elle le saurait. N’aurait-elle pas plutôt été Aspie ? Autiste Asperger de haut niveau intellectuel, neuro-atypique présentant des troubles du spectre autistique de leur petit nom acronymique TSA ? Voire les deux, ensemble ? HPI + TSA ? Zèbre Aspie ou Aspie Zèbre ? Ne serait-elle pas tout simplement arrivée au bout de son rouleau, trop compressée ? N'en pourrait-elle plus de sa résilience à toute épreuve ? N’aurait-elle pas craqué sous le poids des coups répétés d’une vie de yoyo qui ne l’aurait que peu épargnée ?

Non, elle aurait trouvé la clé du problème en se souvenant du dessin animé de Michel Ocelot, un peu effrayant pour les enfants avec ses fétiches malfaisants. Elle aurait été Karaba, la cruelle sorcière du conte et attendrait que quelque Kirikou lui ôtât l’épine dans le dos qui la faisait mortellement souffrir et la rendait si odieuse dans toute la contrée. Elle aurait été le fameux lion du Nouveau Testament, une épine dans la patte, attendant que son Saint Jérôme le guérît, lui sauvant ainsi la vie, ce lion que l’on aurait toujours vu, sans savoir pourquoi, représenté dans les musées, flanqué de son Saint sauveur.

Elle attendrait qu’on la sauvât elle aussi. Sans avoir à le demander. Et toujours, jamais, personne. Personne ne serait là. Pour elle.

Alors, elle prendrait son courage à deux mains et s’ôterait…

La vie ?

Sûrement pas !

L’épine du pied ou du dos ?

Que nenni !

Elle prendrait enfin son courage à deux mains et s’ôterait elle-même ce qui la ferait souffrir. Elle accepterait enfin de se faire soigner. Oh ! Pas le corps ! Ça, elle aurait toujours accepté de se le faire soigner. Non. La tête. Le psychisme. Elle prendrait rendez-vous chez ce bon psychiatre, efficace et gentil, qu’on lui aurait autrefois recommandé, priant - quoique très athée de toute croyance irrationnelle - pour qu’il n’eût pas, entre temps, lui aussi, écouté son Vieux Intérieur et soit à son tour devenu quelque vieux con atrabilaire et prît encore quelque nouveau patient dans un grand besoin. Une nouvelle patiente, âgée. Une vieille, quoi. Ne serait-il pas trop tard ? N’aurait-elle pas trop attendu ? Elle prierait, elle, la vieille mécréante, pour que cette dernière solution enfin la soulageât.


© Simone Rinzler | 13-25 février 2023 - Tous droits réservés

À L'Atelier de L'Espère-Luette

Cette nouvelle a été initialement postée sur Zodiac Writing Challenge, 5ème édition 2023, Forum créé par Sturm, dans le cadre d'un défi d’écriture pendant un an : une nouvelle par mois. 


Joseph Maurice Ravel (7 March 1875 – 28 December 1937) was a French composer, pianist and conductor. He is often associated with impressionism along with his elder contemporary Claude Debussy, although both composers rejected the term. In the 1920s and 1930s Ravel was internationally regarded as France's greatest living composer. Trois Chansons (1914-15) lyrics: Maurice Ravel 1. Nicolette 2. Trois beaux oiseaux du paradis 3. Ronde BBC Singer conducted by Simon Joly
Pour écouter uniquement la Ronde dont il est question dans la nouvelle, cliquer sur le lien ci-dessous et aller directement à 4'35 :
 
 



 


2/10/2023

Le Vœu : secret ou pas secret ? Défi d'écriture - une nouvelle par mois

Le Vœu : secret ou pas secret ?

31 janvier - 2 février 2023

Elle aurait travaillé Le Secret, la partition de Fauré qu’elle devait bientôt chanter :

Je veux que le matin l’ignore,

Le nom que j’ai dit à la nuit

Et qu’au vent de l’aube, sans bruit,

Comme une larme, il s’évapore.

Dans son esprit, le piano aurait continué sa partie solo, entre les deux quatrains.

Elle se serait arrêtée. Qu’aurait-elle fait comme vœu, si elle avait eu le choix ? Le vœu du secret aurait-il eu sa faveur ? Elle n’en aurait pas été certaine. Elle aurait préféré crier son amour au monde plutôt que le cacher. Crier le nom de son amour élu. Pourquoi ce vœu de secret, quand on sait que le silence enferme, emprisonne et clôt toute ouverture sur le monde.

Elle aurait fait le vœu que l’on sache combien elle l’aimait. Il n’y aurait pas eu lieu d’en faire secret. Son vœu aurait été de chanter son nom sur tous les tons, à tous les temps, partout, tout le temps. De dire son nom, l’écrire, le chérir, le penser, le prononcer. Sans le crier. Mais le chanter, le poétiser. Jusqu’à ce que Amour soit là, devant elle, près d’elle, derrière elle, l’entourant de ses bras, de son corps, de sa chaleur, du velouté de sa peau si fine par endroits.

Elle aurait voulu son corps, là, ici, maintenant, tout de suite. Elle l’aurait appelé, encore et encore, jusqu’à son retour. Elle l’aurait chéri, attendu, rêvé, fantasmé. Jusqu’à son arrivée.

Elle n’aurait plus pu s’accorder aux paroles de ce chant, si beau, si doux, si poétique. Si faux.

Elle l’aurait voulu là, avec elle. Pleinement là. À lui prendre la main, lui caresser le cou, doucement, sur la nuque, sur le pourtour des oreilles, là où le frisson s’élève.

Elle l’aurait attendu toute la journée, jusqu’à son retour aimant, vaillant, enveloppant. Elle n’aurait pu continuer de chanter. Elle aurait repris ce qu’elle croyait être la suite du poème d’Armand Silvestre, écoutant vaguement son esprit déchiffrer les notes :

« Et qu’au bout de l’ombre, Tin Din,

Comme un grain d’encens, il s’enflamme… »

Elle se serait trompée. Elle aurait lu les paroles, sans plus entendre le chant de Fauré.

« Je veux que le jour le proclame

Le nom qu’au matin j’ai chanté »

Elle aurait essayé de se souvenir de la suite. Impossible. Son cœur, son corps s’y seraient refusés :

Et sur mon cœur ouvert, penché,

Comme un grain d’encens, il s’enflamme »

Ce vœu n’aurait pas été le sien, elle s’y serait opposée.

Elle aurait dû ruser. Repenser à son romantisme d’antan. Réfuter le désir des corps, de son corps, le désir de dire son nom, encore et encore, enivrée de l’invasion de la chimie des hormones, des endorphines qu’elle ressentait à la seule pensée de son nom, étourdie par l’envie de sa présence ici.

Non. Ce ne pourrait être un secret. Ce nom, elle ne pourrait l’évoquer à mi-mot, le cacher. Il lui faudrait le crier, la voix rauque, dans une décharge convulsive. Irrépressible.

Elle aurait feuilleté les pages des trois volumes de chansons françaises, frénétique. Elle aurait cherché ce qu’elle aurait pu chanter à la place, avec sincérité, dans l’authenticité de l’amour vrai.

« Au Bord de l’eau » ? Trop immature pour son désir déjà fébrile.

Elle aurait senti un léger tremblement vers le haut des cuisses, un frémissement du côté des lèvres, oh ! pas les visibles, les rieuses de son visage, les rose framboise. Les autres. Les cramoisies, les violines, les sombres lèvres de la maturité, gourmandes, avides. Celles qui, d’une sourde lueur foncée, aux teintes menaçantes, couleur de chair maturée, entouraient la peau rosée la plus tendre.

Penser à son seul nom, à sa présence prochaine animait involontairement les muscles de son…

Elle ne pourrait pas penser, ni dire le mot. Elle serait déjà dans la moiteur marine et salée de l’exaltation. Elle n’aurait plus envie de chanter.

Intensément, silencieusement, intérieurement, elle pousserait le cri de son nom. Il devrait venir vite. Avant que le désir ne retombât et que la routine des jours ne les emportât dans la banalité du soir.

Elle aurait voulu,

Elle aurait voulu,

Que qui porterait ce nom secret arrivât, la comblât sur le sofa, le tapis, en ré, en sol, en fa, en mi contre le chambranle de la porte palière, sur la cuisinière. La transportât ailleurs, dans l’ailleurs du plaisir, loin de la sublimation du chant, du désir de l’irréel, dans le bonheur de l’ici et bien là.

Là.

Maintenant.

Elle saurait ce qu’elle voudrait. Sa présence. Sa chaleur. Sa douceur et sa force combinées. Sa suave virilité.

Ce ne serait pas un secret. Elle saurait quel serait son vœu. Impérieux.

© Simone Rinzler | 2 février 2023 - Corrigé le 9 février 2023 - Tous droits réservés 

À L'Atelier de L'Espère-Luette 

Pour écouter la magnifique interprétation du duo Bénédicte Hilbert (Soprano) et Fabrice Pqrmentier (piano)



 

Cette nouvelle a été initialement postée sur Zodiac Writing Challenge 5ème édition 2023 Forum créé par Sturm, dans le cadre d'un défi d’écriture pendant un an : une nouvelle par mois. 

Paysage de brume #2

Aquarelle © Simone Rinzler



6/23/2016

9 #Écrire du Bien : Une perte de liberté acceptée de grand cœur et me voilà totalement transportée.

9 #Écrire du Bien : Une perte de liberté acceptée de grand cœur et me voilà totalement transportée.


Une perte de liberté acceptée de grand cœur et me voilà totalement transportée. 


Je savais que de la contrainte naît la liberté. L'horreur des contraintes m'a quittée. 


Je revis depuis trois jours. Encore mieux que mieux. Encore mieux qu'avant. Ça allait pourtant bien. Les instants étaient calmes et doux. La vie s'écoulait joliment, entourée de ceux que j'aime et les entourant de ma douceur regagnée. 


Le temps est venu de sortir de sa grotte et de reprendre le fil d'une vie pleine. Elle était déjà radieuse, mais toujours un peu cahotante, crachotante. 


Je travaille mes partitions du Requiem de Fauré depuis lundi. 


J'en ai écouté de très nombreuses versions.


Dans mes préférées, on entend les consonnes. Les attaques sont parfaites, certes, comme il doit. Mais les consonnes finales aussi sonnent aussi à l'unisson, à la fin de chaque phrase, de chaque mot terminé par une consonne.  Bien sûr, les alti  ont des voix rondes et chaudes. Elles ne sont pas présentés par défaut, dépitées de ne pas être sopranes. Elles colorent et enrichissent les accords fauréens.


J'ai travaillé mes parties « à la table », sans chanter. 


Je réentends ce Requiem aimé autrefois. Il était sorti de ma mémoire. Je ne l'avais jamais chanté.


Il m'accompagne à presque chaque instant depuis quelques jours.


Je n'ai pas encore pris le temps de le lire sans chanter, « à l'italienne ».


En venant de ma lointaine banlieue, je l'ai écouté à plusieurs reprises. Les réflexes de chanteuse sont revenus avec la joie de se rendre seule sur mes lieux de ce rendez-vous rêvé. J'exprime doucement mon souffle, joues gonflées, comme une paille entre les lèvres. 


Je n'ai toujours pas travaillé ma voix pour ne pas la fatiguer. Le travail de posture à été repris depuis hier. Celui du souffle, cette fin d'après-midi même. C'est un peu court. Privilège des envies irrépressibles de dernière minute. 


Je suis arrivée en avance dans le vieux quartier où j'ai fait mes années de prépa. Je suis en terrain connu, même si je ne connais personne. Je me connais. Cela suffit. Je me sens pleine et entière malgré la touffeur accablante de cette journée. 


Dans moins d'une heure, commencera l'échauffement vocal. 


Puis l'insatisfaction probable de ne plus avoir autant de facilité qu'autrefois. Treize ans déjà, je crois, que je ne chante plus autrement que très sporadiquement et le plus souvent seule. 


Ce soir, je refais un pas vers ce que je ne sais qualifier, sinon comme la fin d'une sorte d'isolement, même si je suis loin d'être complètement isolée. 


Je m'apprête à trouver une vie chaleureuse, une vie de « faire ».


Faire ensemble, dans le silence des paroles de bavardage creuses, au son de nos voix unies. 


Allons chanter les morts pour célébrer la vie ensemble. 


Je suis prête. 


À tout.


Quoiqu'il arrive. Déconvenue ou magie du retour au berceau des émotions vécues. 


© Simone Rinzler | 23 juin 2016 - Tous droits réservés


C'est l'attente joyeuse, enfiévrée, moite dans la touffeur de la voiture, À L'Atelier de L'Espère-Luette



1/14/2016

#CM 3 : Elle se sent toute essoufflée. Elle vient de se remettre à l'apprentissage de la flûte a bec. Elle n'a pas tout a fait tout oublié...

#CM 3 : Elle se sent toute essoufflée. Elle vient de se remettre à l'apprentissage de la flûte a bec. Elle n'a pas tout a fait tout oublié...

Elle se sent toute essoufflée. Elle vient de se remettre à l'apprentissage de la flûte à bec. Elle n'a pas tout a fait tout oublié. Sa langue sait encore faire le "t", "t", "t". Ses doigts ont partiellement su se mettre en position. Le son n'est pas beau. Elle suit la méthode. Elle s'entraîne sans passer à l'apprentissage d'une nouvelle note tant que la première note, le Si ou A (ou H en allemand) n'est pas maîtrisée. Ses mains se placent difficilement. Le pupitre est trop haut pour les verres progressifs. Elle tente d'écarter la flûte de son corps, comme le lui indique la méthode. Elle fait confiance à la méthode. C'est une bonne méthode avec laquelle elle avait autrefois appris à jouer. Elle maîtrise enfin le Si, le A, le H. Elle apprend le nom des notes en anglais et en allemand en même temps. Elle les connaissait. Elle les a oubliés. elle révise, sans mesurer la perte. Elle ne mesure pas la perte, elle n'en n'y le temps, ni l'idée. Elle la comble. Elle la réduit, comme on réduit une fracture. Elle réduit la fracture de la musique abandonnée. Elle reprend. Finit, à force d’insistance, par maîtriser le Si, le A, le H. Elle passe au La. Trop vite. Elle n'a pas retenu le nom en anglais et en allemand. un effort, bon sang, se dit-elle, alors qu'elle retrace son exercice du matin. Si Si est A. cela devrait lui revenir. elle avait bien vu que c'était contigu.

Voilà. Elle s'est trompée. Si n'est pas A, mais B. Sa piètre mémoire vient de lui jouer un tour. Mais elle réapprend à se concentrer. Si elle ne pouvait pas descendre l’alphabet après A comme on descend la gamme, c'est que Si n'était pas A, mais bien B en anglais (et H en allemand, cela elle en est sûre, à cause de la la Messe H moll, la Messe en Si mineur de Jean-Sébastien Bach. La Messe à Schmoll !). Donc, puisque la deuxième note apprise, la note du long étouffement provisoire de la nouvelle élève, est un La, qui se dit A en allemand, la Si ne pouvait être autre qu'un B. Elle n'a jamais eu bonne mémoire. c'est pour cela qu'elle avait toujours choisi de se spécilaiser ce qui nécessitait un empilement de connaissance mais dont la plupart pouvait se retrouver par une déduction logique. C'est ainsi qu'elle avait appris les langues étrangères, la grammaire, et même les mathématiques, autrefois. Elle a besoin que les choses s'articulent logiquement pour les retenir.

Elle reprend son récit.

Elle voudrait faire de la flûte Alto, mais elle n'a la méthode que pour la flûte Soprano. Qu'importe. Il lui faut retrouver les gestes. Des mains. Des doigts. Du corps. Du souffle maîtrisé. 

Elle sont que son souffle est plus difficile à maîtriser. Pas étonnant que sa voix déraille si facilement. 

Elle doit réapprendre à maîtriser son souffle, à canaliser son souffle, à reprendre sa respiration pour ne pas jouer comme une noyée.

Elle s'est un peu noyée. Si peu. À peine. Sans peine. Sans grande peine. Avec application. Avec joie. Elle reprend la maîtrise de son souffle. La maîtrise de sa vie. À elle. Elle doit réapprendre à reprendre son souffle sans s'essouffler. Elle n'a jamais été vraiment joueuse de flûte à bec. Elle a été chanteuse. Peut-être n'est-ce pas tout à fait la même technique ? En plus de sa respiration, elle doit contrôler ses doigts, bien les positionner, penser à tout. Elle est dans l'enfance de l'apprentissage. Elle aime apprendre.

Aurait-elle dû attendre de trouver la même méthode pour la flûte alto qu'elles a pratiquement jamais jouée, faute de méthode à sa disposition ? La flûte Alto est plus grande. L'effort de souffle n'en sera que plus intense. 

Elle a toujours voulu apprendre la flûte Alto pour jouer elle-même ses partitions, directement dans sa tessiture. Elle s'est toujours sentie une piètre déchiffreuse, même si avec la pratique, elle déchiffrait de mieux en mieux.. Elle veut déchiffrer seule, être autonome, pouvoir jouer sa musique comme elle l'entend, comme elle la sent. La musique de son corps. La musique de son être.

Son souffle n'est pas revenu. Alors qu'elle tient son carnet de musique, elle s'aperçoit qu'elle a oublie le plus important.

Le réveil du corps.

L'échauffement corporel.

Sans échauffement, pas de souffle. Sans souffle, pas de note juste.

Elle n'a pas commencé par le commencement. Elle a commencé. C'est tout.

Elle avait sorti les flûtes, les méthodes 1 et 2 depuis quelques semaines. Elle avait cherché la veille une méthode pour flûte alto chez un marchand de partitions et d'instruments. Elle n'avait pas trouvé. S'était promis de chercher.

Ce matin, elle ne remet plus au lendemain. La musique l'attend. Elle attend de faire résonner la musique en elle, dans son corps. Avec son corps.

Un instrument de souffle.  

Animus, Anima retrouvés.

Ensemble.

Elle cherche son souffle. Son deuxième, son troisième, son quatre-vingt-quatorzième souffle. Elle ne les compte plus. Elle les fait, ces reprises de souffle, de deuxième souffle. C'est comme un réflexe acquis. Ça revient tout seul, le retour à la vie.

Le retour d'animus/anima, imbriqués.

Si. Si. Si
B. B. B.
La. La. La.

Si ! Si ! Si !
Belles Bébées
Là ! Là ! Là !
La Voilà.
La Mamie Zinzinette,
La Mamie Musiquette.

Encore une note et tu auras une berceuse dans ta musette à musiquette.

© Simone Rinzler | 14 janvier 2016 - Tous droits réservés

C'est l'heure musicale à L'Atelier de L'Espère-Luette



12/17/2015

#CM 1 Carnets de musique : S'arracher à la littérature comme à une maladie de jeunesse...

S'arracher à la littérature comme à une maladie de jeunesse...

S'arracher à la littérature comme à une maladie de jeunesse. Se faire violence. Entrer dans la danse. Des vivants. Qui n'ont pas peur de la mort.

Chanter. Danser. Embrasser qui on voudrait. Chantonner. Composer des airs nouveaux, des chants insus, inconnus. 

Danser mi-nu devant sa glace. Danser habillé. Esquisser trois pas de danse. Entendre la musique dans sa tête. Écrire le son, le chant, écrire le bonheur. Vivre le bonheur. 

Se dandiner sur le bord de sa chaise, le corps souple et plein d'allant au rythme de sa musique intérieure. Visage impassible et corps dansant. 

Gratter une démangeaison sans y penser. Rouler du corps, le torse souple, dégagé de toute entrave. Expirer fort. De contentement. Sans même y prendre garde. Ne pas même sentir que sa respiration se fait ample, généreuse, profonde.

Aimer sa vie.

Aimer la vie.

Oui !

Goûter l'air frais du matin à midi, s'enivrer de de petit rien qui fait tout, de ce petit rien de rien du tout qui est revenu comme il était parti, humer longuement l'air du temps qu'il fait à l'intérieur rieur, attendre le moment de la rencontre renouvelée avec les tous petits-êtres aimés, n'en plus pouvoir d'attendre, attendre, attendre, la respiration accélérée, entendre les doux babils s'approcher, l'écrire encore et encore et en jouir, s'en parfumer, s'en délecter, patienter encore, le cœur plein de bonheur. Être en amour. Être amour. Amours de ma vie.

Oui.

S'occuper, gentiment, s'activer, lentement, expirer, profondément. Rêve de chant, de chanteuse, d'expireuse. 

Plénitude de la matinée avancée. La musique dans le corps, installée, ne veut se déloger. Plus rien n'a d'importance. Vivre sa vie sans se préoccuper. Goûter le plaisir retrouvé. Entendre le petit jappement de son petit chat. Esquisser un sourire. Bientôt la serrer dans ses bras, se plonger dans son sourire, regarder son sourire, son regard s'illuminer. Anticiper le bonheur de les retrouver, de les sentir, de les choyer, de les envelopper de tendresse, de sourire, de chanson, de musique de la vie est belle.

Laisser tomber son clavier.

Inspirer une dernier fois encore.

Goûter son plaisir d'être seule, bien entourée.

Aimer.

© Simone Rinzler | 17 décembre 2015 - Tous droits réservés 

Aimer À L'Atelier de L'Espère-Luette

12/09/2015

34 #CR Carnets de retraite : La littérature m'a abandonnée. J'ai abandonné la littérature. J'ai retrouvé...

34 #CR Carnets de retraite : La littérature m'a abandonnée. J'ai abandonné la littérature. J'ai retrouvé...

9 décembre 2015

La littérature m'a abandonnée. J'ai abandonné la littérature. J'ai retrouvé le plaisir. J'ai retrouvé la joie, j'ai retrouvé la musique. J'improvise. Je chante. Je compose. Dans ma tête, faute de m'y mettre vraiment. J'ai retrouvé la vie. La vraie.

Il n'est pas question de littérature de l'exultation. Le corps exulte. Le verbe non. Il n'exulte plus. Il est plein, il est rond, il est bien. Il n'a l'air de rien. Il n'est pas factice. Il est sans malice. Il est.

C'est la fin des recherches stylistiques. Le style de la vie est revenu. Badin, câlin, mutin. C'est le style de l'équilibre revenu. Un style en équilibre. Un style sans filet. Un style sur le fil, ténu, de la vie.

J'écoute le Boléro de Ravel. Il boucle, en boucle, tourne dans ma tête, monte et monte maintenant. Je me laisse aller. La musique devient de plus en plus puissante. L'air serein, l'air de rien ne peut disparaître. Il est là. Il est bien là. Il est bien. Là. Ici. 

L'orchestre s'emballe. Les instruments entrent un à un. la pâte sonore s'amplifie. j'attends l'arrivée des cuivres. ce n'est pas encore le moment. j'attends. J'attends. Des cuivres sont déjà entrés, ils se sont joint aux cordes, aux percussions. Là. Là. Ça va être là. Non pas encore. Les dissonances s'amplifient. Le son ne monte pas. L'intensité ne cesse de monter. Allez, maintenant ! Maintenant, les cuivres. Et les caisses claires. Vite. Vite. Les cuivres. 

Ça y est. Ils sont là !

Orgasme.

Résolution. 

Silence.

Long silence.

Très long silence.



Puis, enfin, applaudissements.

Toujours aussi laids en version enregistrée.

Ce Bernstein est un magicien. Le magicien de Gershwin. 

Hébétée par cet orgasme musical.

La machine me propose une entrée de chœur sur orchestre. C'est doux. C'est beau. Ça poursuit le bonheur sans tâche. Je n'ai pas encore reconnu le morceau. Ma tête est ailleurs. Je jette un coup d’œil au titre. Pas étonnant que cela me berce. C'est mon Requiem de mon Fauré adoré. De quoi me bercer des heures entières. Retour à la musique vocale. Ma source des sources.


© Simone Rinzler | 9 décembre 2015 - Tous droits réservés 

Adieu à la littérature, bonjour à la vie À L'Atelier de L'Espère-Luette