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1/09/2015

Tu n'hésites plus... #JeSuisCharlie2

Tu n'hésites plus. Tu sais. Tu sais que tu avais raison et tu sais que tu dois continuer. Encore et encore. Plus fort. Tu sais que tu n'étais qu'endormie, anesthésiée par la mise au pas des universités qui t'a brisée, par ton histoire professionnelle qui s'est brisée sous les coups d'une mise en ordre que tu haïssais de toutes tes forces.

Tu n'avais pas abandonné la bataille. 

Tu reprenais des forces. 

Tu reprenais du poil de la bête après les coups de la bête que tu combattais depuis toujours, sans croire vraiment que tu serais un jour dans cette obligation, cette nécessité interne de t'y mettre, de t'y remettre.

Tu sais qu'il ne faut pas s'imposer l'impossible. Tu sais que tu n'as pas de courage physique, que tes forces déclinent, que la vie ne t'as pas épargnée et pourtant t'a gâtée.

Tu repenses à toi, à ta petite histoire, toujours imbriquée dans la Grande Histoire et sa grande hache et ses milliers de petites kalachs.

Tu t'en veux un peu de penser à toi, mais tu sais qu'il faut le faire, malgré tout, malgré les évidentes critiques qui ne manqueront pas de se faire, qu'il faut avancer, encore et toujours.

Tu n'hésites plus. Tu sais que tu es condamnée. Condamnée à reprendre. Les chemins de résistance. Condamnée à continuer. Continuer à écrire, jour et nuit, inlassablement, simplement, clairement, pour ceux qui ne sont plus tes étudiants, mais tes lecteurs, depuis que tu as décidé que tu deviendrais, enfin, écrivain, et que tu tiens ton blog littéraire À L'Atelier de L'Espère-Luette. Condamnée à reprendre l'écriture de ton livre savant sur les manifestes, les paroles de combat et sur la parole manifestaire, la vraie, celle de la littérature, ton livre trop long au titre trop long La Parole manifestaire : manifestes et manifestations de revendication dans l'aire anglophone au XXe siècle. Condamnée à reprendre l'écriture de ton document de synthèse sur l'engagement, la transmission, le langage, le politique et l'intérêt de la philosophie du langage associé à l'étude de la micro linguistique grammaticale, sur ton engagement pour une macro-linguistique, une macro-stylistique qui prenne en compte l'histoire des idées, le politique, le contexte large de toute énonciation, à la manière dont Daniel Arasse, spécialiste de peinture... [Tu t'arrêtes là. Plus le temps. Plus de temps à perdre.]

Au passage : lire "On n'y voit rien", son génial bouquin, passionnant, érudit et facile à lire grâce à son style simple et inimitable et à sa passion de vrai passionné de peinture, d'humanité et de transmission.

Tu n'hésites plus.

Tu travailles.

© Simone Rinzler | 9 janvier 2015 - Tous droits réservés - mais peut quand même être partagé (je ne suis toujours pas juriste)

6/18/2014

Ce soir, je suis... Parole Politique

Ce soir,
Comme hier,
Comme demain,
Et avant-hier, 
Et encore Après-demain,

Je suis Rom,
Je suis Intermittente,
Je suis LGBTQI,
Je suis cheminotte,

Du côté
À côté, 
De ceux qui 
Ont besoin de 
Notre soutien.

Même si la parole 
N'est pas grand-chose,
Même si...
Elle est dérisoire,

Elle est mieux 
Que 
Le Grand Rien Du Tout.

© Simone Rinzler | 18 juin 2014



4/10/2014

"Le Bleu des abeilles" de Laura Alcoba / "Faber" de Tristan Garcia

Laura Alcoba a récemment présenté son livre Le Bleu des abeilles dans une prison pour femmes à Rennes (voir lien au bas de ce billet).

J'ai lu ce livre à la rentrée. Un beau livre, doux, le point de vue d'une enfant exilée au Blanc-Mesnil et, je l'avais déjà oublié, la relation épistolaire qu'elle entretient avec son père, prisonnier politique en Argentine.

Comme souvent, je ne garde pas la mémoire du récit, mais sa tonalité reste dans ma mémoire. J'ai beaucoup aimé cette écriture. Il me reste une impression de simplicité, de douceur, de réel enfantin et mûr à la fois. A ce moment, cette lecture faisait écho à celle de Faber de Tristan Garcia que je venais de terminer, un livre qui m'a beaucoup marquée, comme me marquent souvent les romans écrits par des philosophes (je pense notamment à l'instant aux livres de Jérôme Ferrari que l'ai lus à la même période, Le Sermon sur la chute de Rome encore exclu pour le moment) et par des psychanalystes (Henry Bauchau, J.B. Pontalis).

Ce qui m'est resté du roman Le Bleu des abeilles, ce sont les relations qui se sont nouées, ici, en exil, avec les enfants ; cette façon de raconter l'enfance sans mièvrerie, avec acuité. L'enfance d'une petite fille grandie par sa situation d'exilée dans un pays inconnu, dans une banlieue un peu triste, à apprivoiser. Cette légère mélancolie sans tristesse est entrée en résonance avec la lecture de Faber que je venais de faire récemment et qui m'avait impressionnée (même si, pour une raison qui m'est inconnue, j'ai moins aimé le dernier quart du livre, sans que cela n'enlève rien au fait que cela a été une des première lectures marquantes de la rentrée - pas tant la "rentrée littéraire" que ma première rentrée sans école avec l'impératif de rester au lit, de me reposer, sans travailler, donc sans lire ni écrire en anglais. Comme les personnages de ces deux romans, je découvrais, moi aussi, en même temps, un nouveau monde qui m'était inconnu. je me plongeais dans la découverte de la littérature francophone contemporaine dont j'avais été trop privée pendant ces dernières années de travail intense sur le monde anglophone, sa langue, ou plutôt ses langues, et le langage).

Le point commun de ces deux livres a trait à l'enfance, à l'adolescence, à l'âge où l'on découvre le monde extérieur, où le passage entre vie dans la famille et vie à l'école ou au lycée se fait vers l'extérieur, dans un va-et-vient constant, avec un tropisme vers l'extérieur.

Ce que je vivais au temps de la lecture était l'inverse de ce que racontaient ces deux romans. Il y avait pour moi, dans cette temporalité-là, un mouvement, non pas vers l'extérieur, mais vers l'intérieur, plus introspectif qu'expérientiel. (Je me relis et je corrige. Ce que j'ai écrit est erroné et nécessite une précision. Pour que cela soit valable, il faudrait envisager "expérientiel" ici au sens de "expérience découverte du monde", comme si l’introspection n'était pas expérientielle.Or l'introspection est expérience de soi, de soi au monde, hors du bruit du monde, mais pas sans le monde que l'on continue à porter en soi, avec soi).

Dans les deux cas, celui de ces deux romans et le mien au moment de lecture, un nouveau monde est à explorer. Ce qui entraîne des étonnements, des engouements, des questionnements.

Plus que de bons romans et de mauvais romans, j'ai tendance à penser qu'il y a des romans qui arrivent au bon moment, ou plutôt au moment adéquat, pas nécessairement bon, pour imprimer une marque chez le lecteur ou la lectrice.

Je ne crois pas qu'à un autre moment de ma vie, j'aurais autant apprécié ces livres. Ce n'est qu'une supposition, une croyance plutôt qu'autre chose, une opinion, pas un  concept philosophique. Rien ne pourra jamais me prouver que j'ai tort ou raison. La question qui se pose ici n'est pas une question de vérité, ce n'est pas de savoir si c'est vrai ou faux. J'ai simplement le sentiment que cette impression est juste.

Peut-être parce que je la ressens, et ne peux nier ce que je ressens. Ce qui est une autre manière de pratiquer la philosophie, non pas ici en deleuzienne (puisque je ne crée pas de concept, ce qui est le moyen de pratiquer la philosophie selon Gilles Deleuze), mais en s'interrogeant sur son expérience, ce qui est probablement aussi vieux que la philosophie (mais là s'arrêtent mes limites philosophiques à cette heure tardive. Je ne retrouve pas le nom du philosophe français extrêmement connu qui s'interroge sur son expérience, ma mémoire défaille et je veux terminer ce billet relativement rapidement pour retrouver, précisément, mes écrits philosophiques dans lesquels tout est précieusement consigné, analysé, décortiqué. Je suis encore convalescente et plaide en faveur de votre bienveillance...)

Le thème des deux romans est pourtant très différent. Du moins en apparence. Pour Laura Alcoba, c'est une enfant qui décrit sa façon de voir le monde. Dans la seconde partie du roman (attention, spoiler !) les personnages chez Tristan Garcia sont plus âgés : deux jeunes adolescents, une fille, un garçon sont amis ; leur rencontre avec Faber, camarade de lycée étonnant, détonnant, dans la petite ville ennuyeuse où ils étudient et vivent une vie ordinaire modifie leur rapport au monde. L'attraction que Faber exerce sur eux, jeune homme ou jeune garçon hors normes est fascinante pour le lecteur autant que pour les deux très jeunes gens.

Je m'arrête là, ne voulant pas davantage gâcher votre plaisir de la découverte de ces deux romans qui me sont chers.

PS : Laura Alcoba était ma collègue à l'université de Nanterre lorsque j'y travaillais encore, mais je ne me souviens pas que nous nous soyons rencontrées : n'enseignant pas la même langue, nous étions dans deux "départements" différents. J'avais entendu parler de son livre Manèges par un collègue et amie commune qui me l'avait très chaleureusement recommandé. Je ne l'ai toujours pas lu. Les critiques que j'ai lues me laissent à penser que je l'apprécierait également.


Pour lire l'article de journal concernant la rencontre de Laura Alcoba avec les détenues de la prison de Rennes, c'est ici :

http://www.breizhfemmes.fr/index.php/8-a-la-une/95-rencontre

Une des photos de l'article du site BREIZH FEMMES
Actualité du féminisme et de l'égalité à Rennes et en Bretagne
(En cas de problème de copyright,
merci de me demander d'ôter la photo. Je le ferai dès que possible)