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1/11/2016

35 #CR Carnets de retraite : Mon dernier poussin prend son envol définitif aujourd'hui. Il y a comme un air de fête.

35 #CR Carnets de retraite : Mon dernier poussin prend son envol définitif aujourd'hui. Il y a comme un air de fête.

Mon dernier poussin prend son envol définitif aujourd'hui. Il y a comme un air de fête. Depuis longtemps, l'envol définitif loin du nid se préparait. C'est aujourd'hui que se fait le gros du départ. 

Papa Wazo aide Wazillon à transporter tout, tout de suite, pour ne pas faire de voyage à vide et vient d'impulser le vrai grand déménagement hors du nid. 

Maman Wazo est fière de sa petite Wazillone, en train de devenir une grande et belle Wazotte, libre et heureuse.

Il y a de la fête dans l'air.

Papa et Maman Wazo ont bien travaillé.

Bientôt la crémaillère chez les Grands Petits Zoziaux !

Les petites Wazillettes sont chez leur autre Mamie Waza-Waza-Waza-Wazi-Wazo qui profite d'elles pendant qu'elle est proche du nid de son Petit Zoizo à Elle.

C'est la fête du bonheur dans les nids du quartier !

© Simone Rinzler | 11 janvier 2016 - Tous droits réservés

C'est l'envol à L'Atelier de L'Espère-Luette

12/09/2015

34 #CR Carnets de retraite : La littérature m'a abandonnée. J'ai abandonné la littérature. J'ai retrouvé...

34 #CR Carnets de retraite : La littérature m'a abandonnée. J'ai abandonné la littérature. J'ai retrouvé...

9 décembre 2015

La littérature m'a abandonnée. J'ai abandonné la littérature. J'ai retrouvé le plaisir. J'ai retrouvé la joie, j'ai retrouvé la musique. J'improvise. Je chante. Je compose. Dans ma tête, faute de m'y mettre vraiment. J'ai retrouvé la vie. La vraie.

Il n'est pas question de littérature de l'exultation. Le corps exulte. Le verbe non. Il n'exulte plus. Il est plein, il est rond, il est bien. Il n'a l'air de rien. Il n'est pas factice. Il est sans malice. Il est.

C'est la fin des recherches stylistiques. Le style de la vie est revenu. Badin, câlin, mutin. C'est le style de l'équilibre revenu. Un style en équilibre. Un style sans filet. Un style sur le fil, ténu, de la vie.

J'écoute le Boléro de Ravel. Il boucle, en boucle, tourne dans ma tête, monte et monte maintenant. Je me laisse aller. La musique devient de plus en plus puissante. L'air serein, l'air de rien ne peut disparaître. Il est là. Il est bien là. Il est bien. Là. Ici. 

L'orchestre s'emballe. Les instruments entrent un à un. la pâte sonore s'amplifie. j'attends l'arrivée des cuivres. ce n'est pas encore le moment. j'attends. J'attends. Des cuivres sont déjà entrés, ils se sont joint aux cordes, aux percussions. Là. Là. Ça va être là. Non pas encore. Les dissonances s'amplifient. Le son ne monte pas. L'intensité ne cesse de monter. Allez, maintenant ! Maintenant, les cuivres. Et les caisses claires. Vite. Vite. Les cuivres. 

Ça y est. Ils sont là !

Orgasme.

Résolution. 

Silence.

Long silence.

Très long silence.



Puis, enfin, applaudissements.

Toujours aussi laids en version enregistrée.

Ce Bernstein est un magicien. Le magicien de Gershwin. 

Hébétée par cet orgasme musical.

La machine me propose une entrée de chœur sur orchestre. C'est doux. C'est beau. Ça poursuit le bonheur sans tâche. Je n'ai pas encore reconnu le morceau. Ma tête est ailleurs. Je jette un coup d’œil au titre. Pas étonnant que cela me berce. C'est mon Requiem de mon Fauré adoré. De quoi me bercer des heures entières. Retour à la musique vocale. Ma source des sources.


© Simone Rinzler | 9 décembre 2015 - Tous droits réservés 

Adieu à la littérature, bonjour à la vie À L'Atelier de L'Espère-Luette

12/07/2015

33 #CR Carnets de retraite : J'ai envie de bouger, j'ai envie dedanser, rire, baiser...

33 #CR Carnets de retraite : J'ai envie de bouger, j'ai envie de danser, rire, baiser

 

2 décembre 2015

Modifié le 7 décembre 2015 


Mon calendrier n'est pas fondé sur l'actualité. Je ne sais s'il l'a jamais été et cela n'a guère d'importance. 

Ce que je sais, c'est que ma joie ou ma peine ne sont plus que très rarement fondées sur celle des autres. À force de cultiver ma différence, car je me suis toujours sentie différente de prime abord, je suis devenue indépendante sans en prendre jamais conscience. Ce n'est d'ailleurs pas tant que j'aie cultivé ma différence. J'ai fini par m'y habituer. Nuance.

Cette différence qui me faisait mal a cessé de me faire souffrir depuis si longtemps et en un processus si long que je suis incapable de la dater précisément. C'est le bienfait d'une heureuse nature, rétive aux dates et aux anniversaires du passé.

Au souvenir, j'ai toujours préféré vivre le présent, regarder vers l'avenir. J'y ai été aidée par un passé sombre, les drames de mon adolescence et de mon enfance et même ceux d'avant mon enfance.

Le drame, j'en ai soupé. Les visites dans les cimetières, j'en ai bavé, j'ai bien donné, j'en suis gavée à vie.

Aimer la vie, c'est aimer les vivants.

Un jour, un de mes enfants me l'a reproché opportunément. Il était temps de s'occuper des vivants. Alors, oui, c'est redevenu ma nature, celle qui m'avait quittée, je ne sais plus quand. 

Aimer la vie, c'est aimer les vivants. Vivre avec eux. Sentir avec eux.  Respecter les morts-vivants, les laisser tranquilles. Mais ne pas danser le menuet avec eux. Qu'ils s'amusent entre eux. C'est leur danse. Pas la mienne. J'ai déjà donné. Je n'aspire pas à y retourner tant que je n'y aurais pas été invitée par les agents de la Régie Autonome des Trépassés Paladins de mon entourage. Le plus tard sera le mieux. Passé le moment de l'annonce d'un choc, j'ai appris à ne pas me laisser entraîner dans des conduites à risque.

Je n'aime pas le risque.

J'aime le confort.

L'adrénaline, à petite dose.

Et du repos entre chaque dose.

Je ne me goinfre pas d'adrénaline, bonne ou mauvaise. Ce qui semble un tempérament de feu est en réalité une vie équilibrée. Je me suis si souvent sentie au bord du déséquilibre que je ne peux le rechercher. Je suis une prudente, une endurante, une durante, une fille de survivants, une survivante, une résiliente. Rien ne me plait davantage que durer, perdurer, même s'il me faut endurer.

Aujourd'hui, je me suis réveillée et souvenue d'un rêve que je faisais au moment de mon réveil. C'est assez rare pour que je le mentionne. J'étais dans une piscine. Je nageais. Mal. J'avais du mal à nager.

Une étrange prof de natation m'a incitée à prendre un cours avec elle.

J'ai bien sûr refusé, comme toujours, quand je me vois proposer une offre commerciale que je n'ai pas sollicitée.

Mais j'ai ensuite change d'avis. J'ai accepté l'offre.

Elle ne me proposait pas qu'un cours, me semblait-il.

Quelque chose dans son attitude ressemblait à une main tendue, pratiquement désintéressée. Je me suis dit que cela ne m'engageait à rien et que si le service ne me convenait pas, rien ne me contraignait à poursuivre l'expérience.

Ce n'était qu'un essai.

Ce n'était pas la première fois que je testais des choses et que je ne les poursuivais pas, parce que cela ne me convenait pas. La femme avait un aspect étrange, pas très dynamique, un peu dérangé, même peut-être.

Peut-être est-ce même cela qui m'a fait infléchir ma décision de ne pas. Abandonnant mon complexe de Bartleby, je répondais à nouveau à la main tendue, comme je l'avais si souvent fait. Quitte à ne pas suivre si cela ne me convenait pas.

Très vite, j'ai senti que cela ne me conviendrait pas. Que je ne poursuivrai pas l'expérience dans cette piscine inconnue, mal pratique, au sol glissant et aux vestiaires et toilettes collectifs un peu sales.

Cet environnement, ce n'était pas pour moi.

Je tentai pourtant de nager.

La pauvre fille était une piètre enseignante.

C'était elle qui avait besoin d'aide.

Son comportement n'était pas celui des maîtres-nageurs habituels, attentifs ou surdirectifs.

Elle semblait ne pas vouloir être dans l'eau toute seule.

Je l'ai accompagnée dans le liquide pâle.

J'avais froid. Je brassais de l'eau, mais je n'avançais pas, pas assez vite à mon gré.

Je me rendais compte que ce n'était plus vraiment cela et que j'avais vraiment perdu, même si je n'avais jamais été d'un niveau digne de compétition, ce qui tombait bien, car j'avais horreur de la compétition, de la confrontation.

Je n'aspirais qu'à une vie douce.

Je m'étais toujours arrangée pour me faciliter la vie, y passant parfois des heures et des jours entiers, voire des années, pour organiser la facilité de ma vie. Là était ma seule obsession. Me faire mon trou, mon nid, mon coin pour y être tranquille, à l'abri, confortable.

J'ai laissé mon rêve à l'abandon. N'ai pas écrit pendant plusieurs jours. Ni publiquement, ni dans le secret de l'atelier.

Je ne pouvais plus ni lire, ni écrire.

La littérature m'avait abandonnée.

Peut-être est-ce moi qui avais abandonné la littérature ?

Je m'en tenais à ce seul constat.

J'ai envie de bouger, j'ai envie de danser, rire, baiser.

J'avais envie de bouger, de danser, de faire l'amour.

J'ai vécu, j'ai bougé, j'ai baisé, j'ai câliné, j'ai chanté, j'ai dansé.

Cela ne change pas le monde.

Je ne vis pas dans l'illusion de pouvoir changer le monde.
Dans celle de l'aménager. Oui.
Pour qu'il soit vivable.
Un peu plus respirable.

Aménager le monde, c'est changer son rapport au monde, c'est donner son apport au monde.


Je suis revenue au calme de la vie agréable, privilégiée, celle que je me suis construite, peu à peu, à grandes enjambées activées de grand lévrier ou à petits pas trottinants de souris grise, contre vents et marées, contre vermines et marâtres, contre vermeilles et parâtres, envers et contre tout, à l'envers et contre tous. Toujours. Du côté. De la vie. La mienne. Celle que je me suis choisie. Que je me suis confectionnée. Que je me suis décorée. Avec amour.

Et tendresse.
Retrouvée.

Et voilà que me revient ce que j'avais dit une fois à un collègue :

"Si j'étais dans une cellule, je ferais tout pour la repeindre en rose."

Ça ne change pas la cellule, mais quand même, c'est plus gai !

© Simone Rinzler | 2-7 décembre 2015 - Tous droits réservés 

La littérature serait en perte de vitesse À L'Atelier de L'Espère-Luette

10/12/2015

#29CR Carnets de retraite : Terreur de la haine, Amour des hommes (Sortie des carnets sans intérêt)

#29CR Carnets de retraite : Manifeste poétique - Terreur de la haine, Amour des hommes (Sortie des carnets sans intérêt)


Ils me poursuivent de leur haine,
Ce sont des hyènes,
Ce sont des hyènes.

Ils me poursuivent de leur haine.
Je ne suis qu'un bébé,
Je ne suis qu'un bébé.

Ils me poursuivent de leur haine.
Je ne suis qu'une femme,
Je ne suis qu'une femme.

Ils me poursuivent de leur haine.
Je ne suis qu'un homme,
Je ne suis qu'un homme.

Ils me poursuivent de leur haine.
Je ne suis qu'une vieille,
Je ne suis qu'une vieille.

Ils me poursuivent de leur haine,
Je suis qu'un vieux,
Je ne suis qu'un vieux.

Ils me poursuivent de leur haine,
Je ne suis qu'un jeune,
Je ne suis qu'un jeune.

Ils me poursuivent de leur haine,
Je ne suis pourtant qu’un tout jeune homme,
Je ne suis pourtant qu'un tout jeune homme.

Ils me poursuivent de leur haine,
Je ne suis pourtant qu'une toute jeune fille,
Je ne suis pourtant qu'une toute jeune fille.

Ils me pousuivent de toute leur haine,
Je ne suis pourtant qu'un pauvre,
Je ne suis pourtant qu'un pauvre, 
Qu'un pauvre qui n'a rien.

Ils me poursuivent de toute leur haine,
Je ne suis pourtant qu'un fonctionnaire,
Un tout petit fonctionnaire qui gagne sa croûte
Pas sur leur dos.

Ils me poursuivent de toute leur haine.
Je ne suis pourtant qu'un professeur,
Un tout petit professeur qui gagne sa croûte
Pas sur leur dos.

Ils me poursuivent de toute leur haine,
Je ne suis pourtant qu'un sans-abri,
Un tout petit sans-abri qui gagne sa croûte,
Pas sur leur dos.

Ils me poursuivent de toute leur haine,
Je ne suis pourtant qu'un simple d'esprit,
Un tout petit simple d'esprit qui gagne sa croûte,
Pas sur leur dos.

Qui leur dira, qui leur criera
Que ce n'est pas moi,
Que ce n'est pas toi,
Sinon Toi ?

Qui leur dira, Qui leur criera,
Que ce n'est pas cela,
Que ce n'est pas ça,
Qui les rend malheureux.

Si ce n'est pas toi ?

Ils crèvent du manque de considération,
Ils crèvent de manque de reconnaissance,
Ils crevent de manque d'amour,
Et même, ils crèvent de faim,
Tout court.

Qui les aimera,
Les aimera quand même,
Malgré leurs défauts,
Malgré leur haine
Sinon Toi ?

Qui les aimera,
Sans se jouer d'eux,
Leur apprendra à se faire aimer,
Et non pas à se faire détester ?

Qui les aidera,
Un par un,
Leur prendra la main,
Un par un,
Au lieu de les rejeter,

De les poursuivre de ta haine ?

Sinon Toi, Toi et Toi.

Tu as la haine en terreur,
Tu as la haine en horreur,
Ce sont tes enfants, tes amis, tes sœurs,

Tu les as vus descendre peu à peu sur le chemin de la haine.
Leur as-tu dis, sans relâche, que tu les aimais ?
Leur as-tu tenu la main, quand ils n'allaient pas bien ?

Dis, Toi, Qu'as-tu fait ?

J'étais occupé à gagner ma croûte,
Je nourrissais mon bébé,
Je remplissais mon carnet de notes,
Je remplissais mon blog,
Je tentais de remplir ma retraite,
Je chantais pour un repas,
J'essayais de me faire aimer.

Tu n'as jamais essayé d'enseigner à ne pas haïr ?
Vas-y, essaie, sans haïr à ton tour.

Tu vois, ce n'est pas si facile d'aimer sans retour,
Sans certitude de retour.
Pour un seul, rien que pour deux,
Ça vaut la peine d'essayer.

Intéresse-toi à eux,
Parle-leur, écoute-les,
Tu ne les sauveras pas tous.
Commence déjà par en sauver un,
Rien qu'un.

Et celui-là, celui que tu sauveras, ce sera peut-être toi.
Tu sens bien que toi aussi, parfois, tu bascules,
Tu attends que l'on t'aide à ne pas tomber.

Ne les aide pas à tomber.
Aide-les à se relever.
Un par un.
Du côté de ce qui fait société,
Du côté de ce qui rend vraiment fier,
Sans avoir besoin de gueuler haut et fort 
Que l'on est fier d'être à côté, 
Que l'on est fier d'être différent, 
Quand ce dont on crève, ce dont on manque, 
c'est d'un peu d'amour, c'est d'harmonie, 
D'une main tendue, 
D'une main posée sur la sienne.

Allez, Allez !
Sors de ta haine, de ton mépris, de ton envie de ce qu'il y a dans l'assiette de ton voisin.
Regardes ce qu'il te reste encore et que tu peux distribuer gratuitement,
Tu verras, ça ne te coûtera rien
Au porte-monnaie,
'Spèce de radin, de rat du cœur, de ras d'humeur.

On ne t'a pas assez aimé ?
On t'a mal aimé ?
On t'a trop aimé, étouffé ?
On t'a fait comme on a pu.

Arrête de te plaindre.
Va, vis et deviens,
Un petit peu plus généreux.
Sors de ton aigreur.
Arrête de te comparer.

Tu es incomparable.

Fais ce que tu peux encore faire.
Aime un haineux,
Sauve-le.

A nous tous, nous serons dans l'ombre, l'armée des lumières, des lumières dans les yeux, 
Laisse tomber les teigneux, secours les sauvables pour commencer. Ce sera toujours ça de pris.

C'est le début de ta résistance.

Va !

Sauve-toi !

Sauve toi.
Ne fuis pas.

Sauve toi.
Ne fuis pas.
Ta responsabilité.

Va distribuer le peu qu'il te reste d'amour. 
Tu n'en manqueras pas.
Tu verras.
[Hmmm... 
Tu sais que je t'aime, Toi !
T'chioc !!!]

© Simone Rinzler | 12 octobre 2015 - Tous droits réservés 

Le Poème Engagé est de retour À L'Atelier de L'Espère-Luette







10/10/2015

#28CR Carnets de retraite : Anamnèse et Délibération (le retour, groupiert) : Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici...

#28CR Carnets de retraite : Anamnèse et Délibération (le retour, groupiert) : Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici...

Je me demande quel plaisir ils peuvent bien trouver à regarder ainsi, passivement, ce qui s'écoule ici. Cette question n'est pas nouvelle. Toutes les fois où j'ai effectué une action artistique, je me posais la question de ce que venait chercher le spectateur. 

Je me revois, dans le chœur d'un église, au sein du chœur de mon cœur où je chantais. C'était un pur bonheur. Mon Prince, Etc Que Je N'Appelais Pas Encore Mon Prince était dans le public, assis aux côté de La Princesse De Mon Ami Du Chœur. Ces deux-là s'en donnaient à cœur joie. C'était notre public de choix. Ils étaient les deux seuls de notre petit groupe de chanteurs et d'amis à ne pas chanter, à ne rien y connaître, mais à assister à tous nos concerts. Ils venaient pour nous, par amour de nous, nous soutenir, nous admirer, nous aimer. Ils étaient là pour Leur Princesse Pas très Catholique et pour Leur Prince Nouvellement Découvert. Ils venaient aussi pour s'amuser. pour le plaisir de la troisième mi-temps, au café, au restau, chez les uns, chez les autres.

Ça sentait bon l'amitié, l'amour, la chaleur. On se tenait chaud. On était heureux. On était bien. on baignait dans un doux bonheur d'amour et d'amitié. On se caillait les miches. Les églises ont la réputation, loin d'être surfaite, d'être mal chauffées. Nos deux spectateurs privilégiés étaient chaudement vêtus. 

Déjà qu'il leur fallait supporter nos Ecce Virgo, nos Credo In Unum Deum au milieu d'une glacière à l'heure où tout le monde déjà digère, ils n'allaient tout de même pas non plus chopper la mal mort par-dessus le marché. D'autant qu'après le concert, il leur allait falloir assurer devant notre bonheur d'avoir piaillé de concert. Nous faisions le concert sur scène. Ils faisaient le spectacle entre deux. On se marrait tous de les voir s'amuser. Yvane nous refaisait son sketch à chaque entracte :

- Tu t'appelles comment déjà ?
- Yvane.
- Tu chantes ?
- Non !
Et là, Rrlran ! Elle se retournait d'un bloc, tournant le dos à son public adoré, mimant chaque choriste qui l'avait abordé le jour des présentations.  
-Tu chantes ?
- Non.
Et allez ! R'tourne-toi. Tu m'intéresses pas ! 

Et nous, on repartait du même fou rire.
A chaque fois. 
C'était notre sketch préféré ! 

Qu'est-ce qu'on riait.

On riait ! On riait ! On riait !

Voilà, on s'aimait, d'amour, d'amitié, de joie de vivre éperdue. On était gais. On riait. C'était une sacrée bande.

Mais j'ai perdu mon fil. 

Je l'ai retrouvé, mais je ne voudrais pas gâcher ce bon moment de souvenirs heureux. Le souvenir du temps joyeux, de l'insouciance, de la chaleur humaine hebdomadaire, le souvenir de ce récit que j'ai tenté de contourner par un roman dans un atelier d'écriture, quand tous mes souvenirs sont des souvenirs de chorale, de chœur, d'ensemble vocal, de séminaires heureux et de vacances de profs, heureux d'être ensemble. 

Mais quelle sotte ! Mais quelle sotte !

Commence déjà par ça, idiote !, au lieu de te creuser la tête à inventer des tonnes de trucs improbables. tu as une mine d'or dans la tête, dans les doigts, et tu ne voudrais pas t'en servir !
Mais c'est quoi, ton problème, Stupid ?

Tu crois que si c'est difficile, si t'en chie, ce s'ra mieux ?

Non, mais ça va pas la tête ?

Tu veux quoi, au juste ? Te faire souffrir ? C'est ça ? Eh bien, alors, continue comme ça, tu seras toujours insatisfaite, il te manquera toujours quelque chose et tu chercheras en vain ce qui te manque, alors que tu as tout, sous la main, que tu as doigts d'or, des doigts d'écrivain rigolo qui te guident vers le bonheur, vers la joie simple, tu sais bien, celle qui t'a quittée quand tu as voulu faire ta sérieuse.

Oui. tu as raison. je suis un auteur fantaisie. C'est sympa, la fantaisie, ça fait du bien. Ca ne change pas le monde. Ca le rend un peu pplus supportable. pour toi. pour les autres. Ce n'est déjà pas si mal.

Et si la fantaisie avait autant de valeur politique que le sérieux, hein ?

Ça t'en boucherait un coin ?

Ça va ! Ça va ! J'y repenserai un jour de grand sérieux. Pour l'instant, je suis toute à ma joie. 

Écrivain de Fantaisie Politique, ça te plairait, ça ?

Oui. 
Pour aller mieux, faire tout pour aller mieux. 
Et quand tu vas mieux, tu concours à faire société, une société belle comme dans tes rêves.

La Société des Gens Heureux
Qui Ne Sont Pas Idiots,
Non Mais, Faudrait Pas Croire, quand Même !


© Simone Rinzler | 9 octobre 2015 - Tous droits réservés
Le tournant est déjà pris À L'Atelier de L'Espère-Luette


10/09/2015

#27CR Carnets de retraite : Bilan d'étape...

#27CR Carnets de retraite : Bilan d'étape...

Avantages et inconvénients


L'avantage des ces carnets de retraite est plus personnel que littéraire. J'en prends conscience peu à peu. Il me permet de garder contact avec des amis, connus ou inconnus. Rien ne fera avancer la littérature ici. De toutes façons, on sait bien que la notion de progrès ne concerne pas la littérature. Il y a cependant un effet bénéfique qui n'est pas le mien uniquement. Certains de mes lecteurs me le disent parfois.

L'inconvénient de ces carnets sur un blog en est leur caractère public. Un journal, tenu publiquement, ne peut avoir la même teneur qu'un journal rédigé à l'ombre des lecteurs. La teneur du "Je" n'en est pas la même que dans un journal, une autobiographie ou une tentative littéraire.

La question que je me pose est celle de l'abandon de ces carnets. Tels qu'ils sont, ils doivent évoluer. 

Le carnet public est, comme la littérature, le lieu de tous les malentendus. "Fiction ou réel ?", m'a-ton déjà demandé récemment. 

La réponse est dans le regard de celui qui lit. 

Si toi, Lecteur, tu y vois un effet de vérité, il peut s'agir du réel. Si tu t'interroges sur le caractère fictionnel de l'entreprise, peut-être as-tu raison ?

Ne s'agit-il pas ici de rêver sa vie dans une période d’entre-deux ? 

Entre deux projets d'écriture ?

Dans l'attente d'une relecture d'un manuscrit de 1er jet qui, apparemment ne reviendra pas à l'envoyeur, mon lecteur s'étant fait la malle lorsque je lui ai demandé où il en était de sa relecture ?

Dans l'attente de la sortie d'un ouvrage fin octobre que tu veux compulser avant de réécrire le premier jet de ton roman ?

Dans l'attente de quoi, en somme ?

Dans l'attente d'avoir le courage de se remettre vraiment à ce projet littéraire, le roman écrit au cours de l'année.

Ou de l'abandonner définitivement, ou encore de tout reprendre de bout en bout à partir de janvier ?

Pour l'instant, il est encore temps d'être dans l'entre-deux. 

C'est peut-être le secret de mon bonheur. De mon bonheur momentané, c'est certain.

L’habitude de l'entre-deux


J'ai toujours été dans l'entre-deux.

J'y suis habituée.

Habituée à son inconfort, à son confort. 

Quoiqu'il arrive, c'est toujours la même histoire qui se dessine.

La difficulté de trouver pleinement ses marques après une vie active très active, très riche, parfois usante, mais d'une si belle intensité.

Peut-être que ce qui me manque, bien davantage que la camaraderie et l'amitié au quotidien, est la qualité de cette ancienne intensité.

Il est vrai que l'intensité a un un prix, sur le très long terme. 

Je m'ennuie de la perte d'intensité.

Je suis à la recherche de ce qui la fera renaître.

Pour l'instant, ce n'est ni la lecture, ni l'écriture qui sont toutes les deux, ... dans l'entre-deux.

Allons, voyons !

Ne fais pas ta geignarde. Arrête de te plaindre. 

Tu as ri une bonne partie de la journée, te prépares une bonne soirée avec Ton Drôle De Prince Facétieux, et tu te dis dans l'entre-deux ?

Mais tu dérailles, ma pauvre fille ! 

Prends garde de ne pas te transformer en...

Non...

...Pas en dragon, pas en sorcière, en prince charmant, ou en zombie maléfique !  

Non, non, non !

Mais en vieille bique ennuyeuse, en bourgeoise capricieuse.

Pouah ! Beu-a-erk ! 

Enfer et Ragnagna ! 

Hola ! Hola ! 

A l'aide ! 

A moi ! A moi !

Vlan.

--------

Ah, ça fait du bien !

Ouf ! 
Un peu d'air...

© Simone Rinzler | 9 octobre 2015 - Tous droits réservés
 La suite du tournant À L'Atelier de L'Espère-Luette









10/08/2015

#25CR Carnets de retraite : Si j'étais junkie, je me jetterais sur ma seringue, si j'étais accro, je me ruerais sur mon pèt', si j'étaisalcoolo, je m'enfilerais de ma bibine, de ma tise, de l'anisé bien frais.

#25CR Carnets de retraite : Si j'étais junkie...


Si j'étais junkie, je me jetterais sur ma seringue, si j'étais accro, je me ruerais sur mon pèt', si j'étais alcoolo, je m'enfilerais de ma bibine, de ma tise, de l'anisé bien frais.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais boulimique, je m'avalerais une tablette entière de chocolat noir, si j'étais dépendante au sport, je pédalerais de par les rues de la colline, si j'étais livrolique, je m'avalerais bouquin sur bouquin.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais opiomane, je m'aspirerais des volutes assassines, si j'étais héroïnomane, je m'injecterais ma dose de speed, si j'étais sniffeuse, je me remplirais le blase à plein naseaux.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais active, je me jetterais dans le boulot, si j'étais chercheur, je me cognerais des projets à n'en plus finir, si j'étais nymphomane, je me taperais des petits jeunots.

Mais je ne suis rien de tout cela.

Si j'étais quelqu'un d'autre, je ne ferais pas tout ce que je fais.

Et là, comme je ne fais rien, et que je fais semblant de m'y faire bien, je fais graphowomane de service.

Mais je sens bien qu'il me manque encore quelque chose de quotidien pour alléger les affres de la liberté chèrement gagnée.

Si j'étais compulsive, je me lancerais dans plein de nouveaux projets, si j'étais avide, je me remplirais jusqu'à l'étourdissement, pour oublier que je m'ennuie aussi, plus que parfois, du manque de camaraderie quotidienne.

Mais je ne suis rien de tout cela. 

Je me sens fatiguée. Je me sens vaguement vertigineuse. Je ressens le besoin de me reposer. Je me repose le corps. L'esprit est encore vif. Les changements de position me tournent la tête. J'ai un peu mauvaise mine aujourd'hui.

Je me repose. 

Je prends de l'avance sur ma nuit.

Je suis allongée.

Je ne dors pas. 

J'écris.

Cette nuit, je dormirai.

Pour l'instant, je me repose. Allongée, je ne ressens pas de pertes d'équilibre. Il est urgent de ne rien faire. Éventuellement, si cela ne passe pas, de consulter un médecin, autre que le mien, en vacances, en Chine. Heureux homme. Comme j'y retournerais bien. J'y ai été si bien.

Mon Drôle De Prince Drôle, Mon Mari, Mon Amant, Mon Ami travaille au bureau. Je l'entends faire bruisser le papier.

Mes petites-filles inventent de nouveaux gazouillis étonnants, je m'en repais.

Comment ? Je ne ferais rien ?

Pardi !

Je vis.

Et ça, c'est bien.

Je suis présente à mon présent, j'écris le présent au présent. Je vis le présent de l'écriture. J'ai calmé mon ennui. Je prends soin de moi plus que des autres. Enfin. 

Je suis bien.

Je me sens encore très fragile. C'est bien de se sentir encore fragile. Cela me retient de m'épuiser. Pas d'agir.

Je profite de ma retraite, éprouve ma liberté qui parfois, souvent m'éprouve. Le chemin de liberté est aussi chemin de santé. 

Je retrouve la mesure. Je n'ai mangé que deux très gros carrés de chocolat. Je mourais de faim. J'ai reposé la tablette, suis allée m'allonger, ai dégusté mon pain et mon chocolat pour mon goûter. La terre a cessé de tourner. J'avais faim. Je me prive moins. Je maigris davantage. Je me sens plus à l'aise dans mon corps. Mon esprit s'inquiète encore. Je me souviens que c'est une inquiétude normale en sortie de dépression. La peur de rechuter fait exagérer les symptômes. C'est un passage obligé que je connais déjà. Il n'y a pas d'inquiétude pérenne.

Seule subsiste, comme un bébé, le passage difficile du jour à la nuit.

La retraite, une retombée dans l'enfance ?

Peut-être.

L'enfance d'avant le travail salarié, d'avant les contraintes.

Je vais me relever, retourner trier tous mes vieux dossiers. Je m'étais arrêtée hier sur un dossier douloureux. Comme il est difficile de jeter les traces matérielles de son passé au travail. Chaque feuillet nécessité une prise de décision rapide et définitive. Je me suis arrêtée sur un doute hier. 

Ceci, à garder ou pas ? 

Mais alors cela ?

Je suis repassée devant ce sous dossier hier. J'ai presque déjà décidé de le garder.

Peut-être ferais-je comme pour les vêtements l'été dernier. Un dossier en attente. Je ne suis pas là pour me faire souffrir ni avoir des regrets. Le tri de juillet a été parfait. Je n'ai rien regretté. J'ai eu la sagesse de ce troisième tas en attente. Cela m'a donné un nouveau sursaut d'énergie de faire tout ce tri. 

Ici même, d'ailleurs, je suis déjà en train de trier mentalement. Si rien ne bouge dans les paperasses, et même si rien ne se voit, je n'ai plus le vertige et le tri s'effectue en pensée. L'exécution matérielle ne sera plus qu'un jeu d'enfant.

C'est pourtant vrai que je suis grapho(wo[e])mane !

© Simone Rinzler | 8 octobre 2015 - Tous droits réservés

Le tri du passé s'effectue au présent  À L'Atelier de L'Espère-Luette


#24CR Carnets de retraite : Jour de colère, que ce jour-là (Dies irae, Dies illa)

#24CR Carnets de retraite : Jour de colère, que ce jour-là (Dies irae, Dies illa - À entendre dans la version du révéré Requiem de Mozart, chant de joie de mes débuts de choriste) 

Après un début de semaine mitigé, pour ne pas dire catastrophique, car il ne faut rien exagérer, je me demandais où j'allais avec ces carnets de retraite. 

Je me sentais m'enliser. 

Ce soir, je n'avais vraiment pas le moral.

Beaucoup de déconvenues etaient venues ternir ma retraite paisible et ma remise sur pied. Je devais voir ma vieille amie d'enfance lundi. Je devais voir une amie de la fac mardi. Les deux m'ont fait faux bond. 

Si je suis assez grande pour comprendre les raisons valables de l'une comme de l'autre, la journée de mardi ne se passa pas comme je l'avais imaginée à la suite du passage au Plan B. J'avais décidé de me rendre dans la banlieue voisine, mais tout alla de travers. 

Avant d'aller lire "Le Roman de Bolaño" à la terrasse d'un café avant de faire mes provisions de "courses sèches", je passai chez ma coiffeuse pour lui demander, étant donné l'heure déjà avancée de l'après-midi, de me couper la frange avant de revenir me faire faire un balayage blond le lendemain ou le surlendemain. La patronne était là avec une employée. Elle terminait le coiffage d'une cliente et me jeta entre les pattes de son employée que je ne connaissais pas qui me demanda ce que je voulais et coupa quelques toutes petites mèches. 

L'opération ne dura pas plus de deux minutes. 

Elle commençait à me parler de ce qu'elle pourrait me proposer comme autre teinture, la proposition avait l'air intéressante et je me dis que cela me te tentait bien. 

Elle voulut que je prenne rendez-vous tout de suite pour le lendemain. Mais j'attendais le lendemain le coup de téléphone de mon amie de lundi pour fixer une date pour se revoir avant son départ probable à l'étranger. Je ne voulais me bloquer ni le jeudi, ni le vendredi.

Je me levai, repris mon manteau, mon sac et j'étais en train de fouiller dans mon porte-monnaie pour donner un pourboire à la coiffeuse quand la patronne se lit à lui souffler plusieurs fois : "Cinq euros ! Cinq euros !". Interdite, ce service avait toujours été gratuit ici, je venais de donner un euro à la coiffeuse, pensant revenir le jeudi, jour où les services sont à moins 20 %, et lui donner un pourboire plus conséquent lorsque j'aurais été tout de neuf recoiffée deux jours plus tard. 

J'étais furieuse, mais comme je suis en plein sevrage d'anxiolytiques, j'ai pensé que je réagissais outragèrent et décidait dans le doute de m'abstenir de rétorquer quoi que ce soit, moi qui n'avait pourtant jamais complètement eu ma langue dans ma poche pour me faire respecter. 

Sortie de chez le coiffeur, le charme de la solution de remplacement à la visite de ma deuxième amie était rompu. Il avait plu, il commençait à se faire tard, et j'hésitai à m'asseoir sur une chaise de terrasse humide. Cela ne me gêne nullement d'habitude. L'eau ne m'a jamais fait fondre. Mais j'étais tellement en rage que jeu peur de gesticuler et de passer pour une démente. Et l'envie de lire au calme, en terrasse, comme je le faisais quand je me rendais souvent à Paris, m'avait définitivement quittée. J'étais en colère. Pas pour la somme des cinq euros. 

Pour le principe. Annoncer le prix d'un service qui a toujours été gratuit, non pas avant la coupe, mais après, me parut plus qu'un peu déplacé. Mais plus que tout, je m'en voulais déjà de n'avoir rien dit.

Toujours agacée, franchement en colère, je décidais de faire un tour dans la ville et de découvrir une rue dont je ne connaissais que le début en allant jusqu'au bout, pour y regarder un magasin de chaussures, une mercerie, une lingerie. Je n'étais jamais allée au-delà du marchand de chaussures. La rue débouchait sur un carrefour que je connaissais bien et où j'étais passée des dizaines de fois pendant des années. Juste avant le carrefour, je découvris une seconde librairie que je ne connaissais pas encore. J'y fais un tour, feuilletant des livres, sans rien acheter. J'ai une collection de livres à lire assez imposante et j'avais deux projets de lecture pour sortir de la lecture de "Lambeaux" et de "L'Année de l'éveil" de Charles Juliet, car je calais sur le troisième ouvrage "L'Inattendu", un peu décevant après la découverte bouleversante du premier récit. 

De retour au parking, je ruminai. Irais-je ou n'irais-je pas déverser mon ire chez la coiffeuse ? La colère était tombée. Mais plus j'approchais de la boutique face à l'entrée du parking, plus ma colère reprenait. Incertaine quant à  la raison de ma colère (je ne suis pas assez colérique et absous plus vite les autres que moi), je laissai à la coiffeuse le bénéfice du doute et rentrai chez moi.

L'incident m'avait cependant désarçonnée. Au point où j'en parlais à ma fille ce matin, alors que nous étions ensemble avec les petites dans son appartement. Elle comprit ma colère et me dit qu'elle aussi aurait été en colère. Elle n'est pas colérique non plus.

Et puis ce soir, à l'approche de la nuit tombante, pendant que Mon Prince, etc. était à l'extérieur, je commencai à me sentir de plus en plus mal. Ce soir, nous avions un ami à la maison. A leur arrivée à tous les deux, je déclarai que je ne me sentais pas très bien, que je,me sentais déprimée, pas en forme, pas bien et que j'avais besoin d'être chouchoutée. Comme à son habitude, Mon Prince, etc. partit d'un éclat de rire et déclara : "T'es mal tombée !". Nous rîmes tous les trois. 

L'ami parti tôt, nous prîmes du temps pour discuter. J'avais besoin de parler avant ou à la place de faire l'amour. Je lui racontai tout ce qui, mis bout à bout était en train de me faire craquer, peu à peu. La défection des deux amies, le comportement odieux de la coiffeuse, mon absence de réponse et le regret de ne pas avoir réagi. 

Oui. Il y avait bien là matière à ne pas se sentir très bien. Entre le sentiment d'abandon (il n'est pas facile d'organiser sa retraite après un burn-out si l'on ne veut pas retomber dans les mêmes travers de l'hyperactivité usante). Je m'étais fait une joie de revoir ces deux amies. Et voilà que la coiffeuse, de mauvais poil, dans son salon de plus en plus vide, et sans ses employés habituels, m'humiliait.

Je me sentais mal. La semaine avait bien mal commencé. 

La soirée avait été un tournant. Cela m'avait soulagée d'en parler avec l'ami et avec Mon Drôle De Prince Drôle. J'avais vraiment eu un début de semaine pourri. 

Quand je faisais beaucoup de choses, deux ou trois contretemps n'entamaient pas mon courage et mon entrain. Là, je venais de m'organiser plein de grandes et de petites joies de rattrapage, et rien n'avait marché. Il y avait de quoi ruminer.

Et puis, la série cessa. La soirée devint agréable, très agréable, même.

Et enfin, la surprise. Totalement inattendu. Une proposition de relecture de mon roman écrit cette anne l'or d'un atelier d'écriture en ligne, le Mooc Drafquest (saison 3 - 2015) est arrivée par Facebook. 

J'ai pour habitude de ne pas refuser une main tendue quand je me sens prête. J'étais prête. Mon premier roman est en relecture. Voilà quelques jours déjà que je pensais demander une relecture aux autres stagiaires. Sans avoir encore vraiment oser franchir le pas.

Cela devait se sentir que j'étais prête.

Et là, quoiqu'il advienne, je sais que ce n'était pas la dépression qui me jouait des tours. J'avais eu un début de semaine déstabilisant. J'avais été déçue. Rien n'avait marché.

Et voilà que tout est reparti vers une autre direction.

C'est la fin de l'entre-deux. Demain, je continuerai le tri de mes années de labeur. Cela aussi est perturbant. Mais cela n'empêche pas d'avancer. Au bon rythme. Sans se tuer.

J'envisage aussi de donner un virage différent à ces carnets de retraite. 

La lecture, déjà commencée du "Roman de Bolaño" d'Éric Bonnargent et Gilles Marchand va certainement y contribuer.

Déjà une excellente lecture. Différée pour cause de coiffeuse atrabilaire, entre autres. Le retour au livre prévu n'a pas tardé. J'y retourne avant l'extinction des feux.

© Simone Rinzler | 8 octobre 2015 - Tous droits réservés 

Et, finalement, que voilà une bien belle journée À L'Atelier de L'Espère-Luette

10/07/2015

#23CR Carnets de retraite : Rien à dire, rien à écrire. Écrire quand même. Même peu.

#23CR Carnets de retraite : Rien à dire, rien à écrire. Écrire quand même. Même peu.

Rien à dire, rien à écrire. Écrire quand même. Même peu.

Dans l'entre-deux de la découverte de deux livres de Charles Juliet, Lambeaux, émouvant, profond, bouleversant et "L'Annee de l'éveil" que j'ai moins aimé, qui m'a parfois lassée, sur lequel j'ai parfois calé.

Rencontre avec l'auteur lors d'une dédicace en librairie à la fin de la semaine dernière.

Une sympathie immédiate pour l'homme, pour son écriture.

Un homme lumineux, simple, magnifique, bien moins austère que la lecture de "Lambeaux" ne pourrait le faire croire.

Un sombre hymne à la vie de l'homme-oxymore qui a appris à s'aimer, par l'écriture de soi.

J'ai aimé sa simplicité, sa chaleur, et notre brève complicité. J'ai aimé quand il m'a serré la main.

Je ne parviens pas à lire d'une traite un troisième tome : "L'Inattendu", que je trouve plus décousu.

Je comprends en lisant ces trois livres pourquoi et comment on écrit toujours le même livre. Je comprends que j'aurais toujours écrit la même chose, que je ne peux me rêver autre que je suis.

Je poursuis mon chemin d'écriture.

Une vieille amie m'a contactée par mail aujourd'hui, s'étonnant de ne plus avoir de nouvelles depuis des mois. Je pensais souvent à elle. Je lui ai donné de mes nouvelles, par écrit. C'était l'heure où elle devait encore travailler. C'est comme si j'avais vidé tout mon carnet de retraite du jour. J'ai hâte de la revoir. Les deux amies de lundi et de mardi m'ont fait faux bond. Je me faisais une joie de les revoir. Partie remise. 

Ma benjamine s'en amuse. Elle constate que ce ne sont plus seulement les jeunes qui remettent les rendez-vous et changent de programme à la dernière minute.

Il me semble que ce n'est pas une question de jeunes ou de vieux. Les vies que nous menons épuisent les corps. Nous en faisons trop. 

Je ne cesse de me féliciter d'avoir pris ma retraite plus tôt que je ne l'avais jamais souhaité. Pour fêter cela, je me suis fait belle pour aller me promener sans but dans la ville voisine. J'envisageais de lire à une terrasse avant d'aller faire quelques achats lourds au supermarché. J'ai séché le réapprovisionnement des denrées non périssables. 

Sans gravité. Avec légèreté. On pourrait encore presque tenir un siège à la maison. Nous ne manquons jamais de rien. C'est un état d'esprit. Même quand nous avions peu, nous ne manquions jamais. Nous sommes des prévoyants, des fourmis travailleuses. Et même si j'ai été fort aise de chanter pendant plus de vingt ans, je n'ai jamais oublié la leçon du père La Fontaine. 

S'arranger pour ne jamais manquer de rien, ce n'est pas avoir besoin de beaucoup. C'est aussi prendre plaisir à ce que l'on a au moment où on l'a.

J'ai joué avec mes petites-filles ce midi et ce soir, avec celui que parfois j'appelle Mon Prince, etc. Nous avons plaisanté, regardé un film qui l'a vite ennuyé. Je lui ai demandé de ne pas me gâcher mon plaisir. Il a vaqué à je ne sais quoi. Je l'ai rejoint au lit.

Pas grand-chose à ajouter. Je ne veux tout raconter. Le silence de l'écriture suffit à la compréhension. 

Ma question reste : Que lire ? Que lire ?

Après "Lambeaux" et l'impact de la découverte de Charles Juliet sur ces presque deux semaines, je ressens comme le besoin de laisser un sas sans lecture. À moins que je ne me laisse emporter par le fort prometteur "Archives du vent" de Pierre Cendors commencé tout à l'heure. 

Mais je ne me sens pas encore prête au choc de cette lecture. Je crois que j'ai besoin de légèreté ou de lecture philosophique.

Je me souviens de ma promenade sans but en cette fin d'après-midi. C'est un effort en banlieue pavillonnaire. Un effort qui ne coûte ni en centre ville, ni à la campagne. Pour sortir se promener à partir d'un quartier pavillonnaire, il faut une énergie phénoménale. Mais il faut bien refaire les premiers pas. 

C'était plus amusant en vélo l'autre jour. On va plus loin plus vite. De chez nous, il faut soit longer les pavillons pendant de longues minutes, soit prendre sa voiture ou son vélo pour s'en dégager. J'ai toujours eu horreur des zones pavillonnaires. Mais aucune plainte tant que l'on n'a pas envie de sortir. On y est bien, au calme. C'est une zone d'entre-deux : ni la ville, ni la campagne, une peu des deux, mais vu de l'extérieur, tellement ennuyeux.

Une fois arrivée dans le centre ville de la banlieue limitrophe, l'envie de m'attabler à une terrasse de café m'a quittée. Que la banlieue chic est triste. Alors j'ai marché, découvert des rues inconnues, une nouvelle librairie. Mon projet de commencer "Le Roman de Bolaño" s'est effacé. Je me garde le temps de lire ces deux livres projetés pour un moment où j'aurais décidé de prendre mon temps.

Pour l'instant, toujours l'entre-deux, entre nuit et matin.

Peut-être dormir serait bien.

Qui sait ?

...

À la réflexion, j'aime bien cet entre-deux. 
Je m'y suis souvent sentie à l'aise. 

Entre deux mondes, entre deux chaises, entre deux livres, entre deux émotions, entre deux lieux, entre deux temps, sans jamais choisir l'un plutôt que l'autre. 

J'ai tellement aimé ce Conte de La Femme de Bath, je crois, dans les Contes de Canterbury : faire "le choix de ne pas faire de choix" m'a souvent semblé être le meilleur choix. Le refus de la binarité, le refus du choix imposé, le refus de la limitation. Ne pas choisir, ce n'est pas laisser le hasard choisir. C'est se donner les moyens d'avoir une vie riche, d'expérimenter, de tâtonner, de tester et de continuer à découvrir sans se forcer à l'étriqué.

La légèreté des jours passés m'a quitté dans l'écriture. Elle a fait place à la plénitude. 

Je prends conscience en écrivant tout cela que la paix de l'écriture semble parfois triste au lecteur. C'est l'expérience que j'ai faite de la lecture de "Lambeaux" puis de la rencontre avec Charles Juliet. Il existe une illusion de l'écriture et de la lecture qui transforme l'écriture de la plénitude en lecture d'un texte qui semble triste. Le texte n'est pas gai. Je me sens pleine. La plénitude ne fait guère de raffut. Elle se tait. Je fais de même.

Je viens d'esquisser un sourire de contentement en me relisant. 

Je demeure là, le léger sourire béat resté accroché un instant.

Intérêt de l'écriture sans inspiration.

© Simone Rinzler | 6 octobre 2015 - Tous droits réservés

Écriture toujours À L'Atelier de L'Espère-Luette




Charles Juliet - 2 octobre 2015 - © ? (page FB de Librairie Dédicaces) 

10/06/2015

#22CR Carnets de retraite : Désespoir de Virginia

#22CR Carnets de retraite : Désespoir de Virginia

Désespoir de Virginia.

Elle s'enfonça dans la rivière, des cailloux dans les poches. 
Elle esthétisa jusqu'à sa propre mort, dans une mise en scène cinématographique, scénographiant sa fin de vie, voulue.

Pauvre Virginia.

J'écris dans ma chambre, dans notre chambre. Il dort à mes côtés, le corps chaud et doux à ma portée. J'entends son souffle régulier. Je ne suis pas seule. Je partage sa couche, son souffle, son odeur.

Je n'ai pas besoin d'une chambre à moi pour écrire. 

J'ai besoin de temps à moi. 

Ce temps que je vole à la nuit, je le rattraperai demain matin, quand il sera parti au labeur. Je dormirai seule. Je veille avec lui auprès de mon flanc. Douceur de l'écriture de nuit, auprès de mon amant, mon ami, mon mari, auprès de mon élu, l'élu de mon cœur, l'élu de mon cul. Nous n'avons pas fait l'amour. Nous avons ri, parlé, vaqué à nos occupations séparément. Il travaille encore. Moi pas. Je peux enfin voler du temps à moi sans mettre mon corps et mon esprit en danger. Je dormirai demain matin. Ce soir, je lis, j'écris, je lirai peut-être encore.

J'ai le temps pour moi.

J'ai du temps à moi.

Un luxe que n'a pas connu Virginia.

Elle a laissé une œuvre, fasciné des générations de femmes jalouses de leur indépendance radicale. 

Le désespoir de Virginia est son erreur.

Croire à l'espace davantage qu'au temps, au confort matériel davantage qu'à la simplicité de l'intangible.

Les femmes que j'ai connues qui aimaient Virginia Woolf traînaient toutes la même ambition dévorante, la même tristesse pérenne, la même jalousie des autres femmes, la même violence rentrée, toujours prêtes à dégainer. 

Sauf une. 

Car elle ne faisait pas de fixation sur Virginia, pas exclusivement. Pas plus que moi. Ou peut-être tout juste un peu plus. Bien davantage même. Ce qui l'intéressait était la phrase de Virginia. Pas son message explicite. Elle s'intéressait à sa syntaxe, pas à sa thématique. Elle ne soignait pas sa détresse auprès de Virginia. Elle ne respirait pas la détresse.

Quelque chose m'a toujours dérangée chez Virginia et ses zélatrices. Je n'avais pas compris quoi.

Je ne le sais toujours pas.

Ce que je crois savoir, à cette heure de la nuit, alors que j'écris auprès de l'aimé, c'est que la question n'est pas celle de l'espace, de l'immobilier, un luxe de bourgeoise, mais celle du temps et de l'importance que l'on accorde aux choses et aux êtres.

L'erreur de Virginia fut peut-être d'avoir cru à la matérialité du bâtiment bien davantage qu'à la matérialité du sentiment. Ce n'était pas une erreur. Ce fut un désespoir de ne pas accéder à l'immatérialité du temps, à la matérialité des corps aimants.

Immatérialité du sentiment.

© Simone Rinzler - 6 octobre 2015 - Tous droits réservés 

Simone veille cette nuit À L'Atelier de L'Espère-Luette



10/04/2015

#20 CR Carnets de retraite : Anamnèse 1 Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. Jétais enfant. j'inventais un type nouveau de roman.

#20CR Carnets de retraite : 

Anamnèse 1 : 

Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. J'étais enfant. J'inventais un type nouveau de roman....


Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. J'étais enfant. J'inventais un type nouveau de roman. Je pense que je devais être encore à l'école primaire. J'avais envie d'être romancière. J'imaginais un roman qui passerait d'un personnage à l'autre, au gré des rencontres dans la rue.

Sans le savoir, j'étais déjà dans une démarche proche de celle de l'OuLiPo et, sans le savoir, Pérec, Le Lyonnais et Queneau m'avaient déjà plagiée par anticipation, selon la formule oulipienne consacrée.

Ensuite, les souvenirs sont plus flous. Avais-je sur-le-champ inventé l'histoire de la puce qui saute de personne en personne comme elle saute de chien en chien, ou l'histoire de la puce, trouvée ailleurs dans des blagues dont j'étais friande, s'est-elle superposée sur ce qui était mon idée de roman, je ne saurais le dire.

J'imaginais une histoire, histoire sans fin, d'une histoire qui sauterait de personnage en personnage. Je n'avais pas d'idée précise de ce que raconterait cette histoire.

Depuis que j'écris (quand je dis "J'écris", je veux toujours dire que j'écris dans le cadre d'un projet littéraire et non plus universitaire), depuis que j'écris, voici plus de deux ans maintenant, je sens bien que ce que je ne savais pas être mon projet de roman se concrétise sous la forme d'une écriture du fragment.

De l'éparpillement des observations du monde surgit une image du monde, de mon monde, tel que je le vois.

Le monde tel que je le vois n'est LE monde. C'est la vision que j'ai du monde, attachée à ma propre perception de (petite) personne. Ce n'est pas LA vérité du monde, c'est la Justesse du monde tel que je le vois, tel que je l'envisage.

Or personne ne garde jamais la même vision du monde. Les circonstances, ce que l'on vit ou a vécu, ce que l'on attend, espère ou craint colore notre vision du monde. Je ne fais pas exception à ce qui me semble être une vérité universelle (et ne l'est donc probablement pas pour tout le monde). Ce n'est pas une vérité universelle. Ce qui compte n'est pas le vrai, mais ce qui est juste. Je devrais alors parler de Justesse universelle, mais je crains de tomber dans le pompeux et de faire perdre patience à mes lecteurs. 
Il paraît que j'en ai. 
Ce qui me ravit et combe mon rêve de petite fille qui se rêvait écrivain, mais ne s'était jamais rêvée Professeur d'université...Peut-être une des autres raisons de l'échec dans la toute dernière ligne pas si droite ? Je n'en avais jamais vraiment rêvé. je n'étais pas prête à tout pour être Professeur des universités, dans les conditions actuelles. Vous savez, ce refus que l’on peut avoir à collaborer à quelque chose qui nous fait horreur... Ma fibre politique, qu'on la prenne par le bout de l'Humanisme, du Communisme, de l'Anarchisme, du Christianisme ou de la Judéité, me dictait de ne pas collaborer. Certes, j'aurais pu continuer à faire ce que j'avais toujours fait. Rester et résister. Mais mes forces de résistances s'étaient épuisées. J'étais arrivée tout au bout d'un processus dont le but n'était pas de publier des livres, de devenir Professeur d'Université, mais bien de continuer mon chemin d'homme de sexe féminin.
Cette digression, fort à propos, me ramène à mon sujet. Je suis une femme du fragment, de la vie fragmentée. Mon travail d'écrivain est de donner une cohérence à cet ensemble de fragments. Non pour écrire vrai. Mais pour écrire juste

Et non plus, juste pour écrire, sans but.

Au fur et à mesure de l'écriture, s'instaure une écriture du monde. Juste comme je le vois. Juste et juste.

Je ne peux écrire sans partir de moi.

Pour donner une vision juste du monde, comme je le vois, à ce moment d'écriture-là.
© Simone Rinzler | 4 octobre 2015 – Tous droits réservés
Je suis retournée à l'atelier de la pensée à L'Atelier de L'Espère-Luette
 
 


10/03/2015

#19CR Carnets de retraite : Le coup de fil...

#19CR Carnets de retraite : Le coup de fil...


[Sonnerie du téléphone] 

Elle décroche. Voix masculine enjouée.

- AAAAAAAAAllooo ! 
- J'te manque ? 
- Non !!
- Ah ! Bah, ça tombe bien. Tu m'manques pas non plus et en plus, j'ai une dalle d'enfer ! J'ai fait ma balade à vélo, les courses, je suis vannée et j'ai une faim de loup, que dis-je de loup ?, d'ogresse, oui ! J'allais t'appeler. Je voulais te prévenir que j'allais manger sans t'attendre pour me préparer !
- Ah, bah, ça tombe bien. Je t'appelais pour te dire que je n'allais pas rentrer tout de suite. On a bien avancé, mais là, on a un problème. Y'a G. qu'a monté l'évier à l'envers, il nous a perdu des boulons, il a forcé sur le métal. Tout est tordu. on a essayé de remettre ça, mais je ne suis pas sûr de pouvoir tout arriver à tout détordre. Il me manque des outils, Mais on essaie encore avec H. Je ne devrais pas arriver avant neuf heures et demie.
- Super ! Je vais manger mes restes. Je t'attends tout à l'heure. Prépare-toi. parce que moi, quand j'aurai mangé, ch'te préviens, j'serai prête !
- C'est ça ! C'est ça ! Prépare-toi !

© Simone Rinzler | 3 octobre 2015 – Tous droits réservés

Bon, c'est pas l'tout. J'vais l'appeler.
Ah ! Ça rigole bien à L'Atelier de L'Espère-Luette



#18CR Carnets de retraite : Dans la chapelle désertée (Récit complet) (août-octobre 2015)

  aller vers une acceptation à la vie, un consentement [...]
[...]  pas pour publier des livres
.pour chercher à me connaître.   [...]
C’est une vaste aventure

On ne peut pas écrire en dehors de soi

Ce travail sur soi-même, c’est ce qu’on peut appeler cette dimension spirituelle.

Charles Juliet

 2 octobre 2015
Rencontre Librairie Dédicaces
Rueil -Malmaison

Dans la chapelle désertée...

Dans la chapelle désertée des utopies vécues et rêvées, je pénètre en silence, religieusement. J’admire les vestiges de ce que fut le long XXe siècle, siècle de terreur, d’horreur, et de bonheur. Au soir de ma vie, j’erre parmi les souvenirs épars de ce qui fut le temps de mon insouciance, de mes croyances, de mes terreurs d’enfance, aussi. Je prends le temps de déambuler. J’ai toujours aimé déambuler, marcher lentement, observer, rêvasser, quand la vie ne me tenait pas à l’écart de ma pente songeuse.
Un jour, j’ai dû apprendre à ralentir, à m’alanguir, à freiner de toutes mes forces mon activité débordante. Je craignais l’ennui. Je craignais l’ennui de la solitude. Je craignais la perte de ma jeunesse, aussi. Puis j’ai ralenti, ralenti, ralenti. Je découvrais des trésors de patience, d’intériorité, d’entretiens avec moi-même. Quelques rares moments d’ennui, aussi. Aussitôt dissipés par l’envie. L’envie de ce que j’aimais. Plus que tout. L’envie de faire ou de ne pas faire, à mon gré. L’envie de me délecter de la douceur d’être. Sans violence. Sans plus me faire violence pour me conformer. J’avais fait la découverte de mes aspirations profondes. Plus besoin d’apprendre à respirer, à expirer, pour faire sortir l’angoisse. Je n’étais plus la fille rigolote et sociable et gentille que l’on avait connue. Je ne cherchais plus à plaire. Je n’aspirais qu’au maintien de mon calme et de ma détermination retrouvée. S’il me restait encore, trop souvent à mon goût, des relents de « Si tu veux », de « Comme tu veux », je sentais au plus profond de moi-même que chaque assentiment qui ne fût consenti, profondément consenti, désiré, voulu, était une nouvelle petite défaite sur la conquête de mon bien-être nouvellement acquis.

Las, mon activité était solitaire.

On n’aime pas le solitaire. On n’aime pas la solitude.
Le solitaire effraie.
Le solitaire intrigue.
Qui peut bien être celui-là qui peut se passer de nous ? Qui peut bien être celle-là qui ne s’ennuie pas sans nous ? Qui peut s’occuper des heures, sans jamais se lasser, ni s’effrayer dans un si vaste monde, si cruel, si pervers, si dangereux ?
Qui ne réclame pas notre protection ?
Juste notre affection, notre amour, nos caresses ?

© Simone Rinzler | 16 août 2015 – Tous droits réservés

Sans le savoir, elle fut une femme-enfant

Sans le savoir, elle fut une femme-enfant. Elle ressentait en permanence le besoin d’être protégée du monde, de sa mère, de sa peur de la mort, de ses collègues atrabilaires et pervers. La femme enfant a grandi. Devenue adulte, elle ne supporte plus l’infantilisation. Elle aime toujours la protection, l’amour, les câlinous roudoudou. En perdant la peur du monde, elle a perdu ce qui l’en protégeait. Le sexe furieux, le sexe pour oublier, le sexe à fond, jour et nuit, de longues nuits. Sa peau s’est usée. Elle la protège des frottements répétés, sa vieille peau, si usée en ces points si délicats, si fragiles. Elle ne se goinfre plus, ne se gave plus de sexualité des heures entières. Elle a trouvé la mesure. La bonne mesure. La mesure de son équilibre. Elle aime toujours autant faire l’amour. Ses orgasmes, plus rares maintenant qu’elle se dérobe plus souvent au sexe quand elle n’en ressent pas l’envie, le désir imminent, violent, irrépressible, sont toujours bien là. Elle sait bien qu’elle n’est pas devenue frigide. Elle sait qu’elle a envie moins souvent de faire l’amour, moins longtemps, que sa peau racle et renâcle aux longs frottements. Quelque chose de furieux qui était en elle s’en est allé. Elle le sait. Elle le sent. Aux longues soirées de frottage, elle préfère une courte étreinte passionnée, vigoureuse, de sexes gorgés de désirs, furieux d’en finir, vite, vite, tout de suite.
Elle en veut à son compagnon de la priver de son désir, de la priver de son plaisir d’intensité. Elle aime le sexe intense, vif, frénétique. Elle se désole de ces longues soirées peine-à-jouir où le désir s’émousse et fait place à l’ennui, à l’attente que cette longue caresse sur ses muqueuses irritées, épuisées, impose à son corps, puis, peu à peu, à son esprit, jusqu’à l’incomplétude et à la frustration finale. Il l’empêche de jouir comme elle aime. Une étreinte, fougueuse, brève, intense. Forte, si forte qu’elle la laisse pantelante et assouvie, prête au sommeil et à la nuit. À la nuit d’un bon sommeil épanoui, assouvi.
Toujours aussi avide de sexe, d’amour, de la détente qu’il procure, il ne la comprend plus. Elle comprend qu’il ne comprenne plus. Ces deux-là s’étaient retrouvés dans la rage contre le monde injuste, chacun avec ses armes ou ses retraits. Ils se complétaient. Jusque dans les corps unis. Surtout dans les corps unis. Maintenant qu’elle a atteint la perte de l’angoisse, qu’elle a largué les amarres loin du port de son angoisse, qu’elle a perdu sa rage, qu’elle s’est coulée - non sans difficulté - dans une très jeune vieillesse qu’elle aurait jadis qualifiée de pépère, si différente de sa vie de jeune femme puis de femme mûre hyperactive, il ne la reconnaît plus. Elle n’a pourtant pas tant changé que cela. Femme des extrêmes, femme de passion, elle n’a jamais su faire dans la dentelle, ni, souvent, dans la douceur. Pas plus que lui. Ils s’étaient retrouvés là-dessus. Ils affectaient de ne pas être sensibles. Ils savaient qu’ils l’étaient. Mais ils tonitruaient. Faisaient semblant, comme des enfants, ils riaient, ils se tenaient par la main dans la forêt sombre de la vie, pour y avoir moins peur, ensemble, contre le monde entier. Elle se connaît. Elle sait que ce n’est pas la première fois qu’elle retrouve sa douceur intérieure, qu’elle rebranche avec son cœur, qu’elle cesse d’être enragée. Elle n’aspire plus qu’au maintien de ce calme chèrement gagné sous les injonctions d’une société qu’elle trouve franchement hystérisante à l’extrême. Elle en a assez d’être hystérisée. Elle n’en a pas besoin. L’hystérie, elle a dû tomber dedans quand elle était petite, pour survivre à un chaperonnage maternel étouffant. Elle aurait pu en revendre à tous les amorphes du coin, avides de performances enchaînées. Elle avait la cocaïne intégrée, les amphétamines embarquées. Elle espère bien avoir vidé tout son stock. Ça la fatiguait, toute cette énergie vitale qui débordait. Elle ne savait qu’en faire. Peu portée sur le sport et encore moins sur les envie de gagne sur les autres, son trop-plein d’énergie la submergeait. Elle n’en avait pas besoin d’autant. C’était beaucoup trop pour un tout petit bout de bonne femme de rien du tout. Elle sait très bien que son compagnon pensera qu’elle refait le réel, qu’elle justifie sa dépression par une rationalisation qu’il trouvera dhébile, ou - s’il se met moins en colère – plus simplement nocive pour elle. Elle sait aussi que toute sa vie, - non, ça c’est faux, pas toute sa vie -, qu’autrefois, par intermittence, très rarement même - tant elle était occupée, par sa famille, son chant, ses amis, sa recherche, son métier -, elle s’était rêvée comme elle est ici, assise sur une chaise, dans une maison aimée, la porte ouverte sur le jardin en fleurs, en train d’écrire, au calme, d’écrire et de prendre du plaisir. Solitaire. Le plaisir solitaire de l’écriture. Son plaisir solitaire de l’écriture. Son besoin d’intériorité enfin regagnée. Après une vie bien remplie. Au service des autres. De tous les autres, malgré son égotisme, son narcissisme qu’elle n’a jamais délaissé. Elle n’avait jamais été femme de sacrifices pour la beauté du sacrifice. Elle ne sacrifiait que pour ce qui lui plaisait. Elle avait donné, donné, donné. Elle avait beaucoup donné. Elle avait donné plus qu’elle n’avait à donner. Elle s’était brûlée. Elle a besoin de calme, de temps, de rêverie, de temps à passer avec celle qu’elle aime et qu’elle a trop négligée ses dernières années de travail frénétique à la poursuite d’une gloire illusoire dans un métier qui avait changé et ne la satisfaisait plus, auquel elle avait cru et qu’elle n’avait plus les moyens de mener en restant fidèle à ce qui lui paraissant réellement important : le travail bien fait. Pour tous. Pour tous ceux dont on lui avait confié la charge toute sa vie. Elle estimait qu’elle avait bien le droit de s’occuper enfin de ce qui lui plaisait. Écrire. Et puis aussi, peut-être, peindre, un jour. Elle n’osait toujours pas. Elle pensait qu’elle y viendrait, sauf si l’écriture lui prenait tout son temps. Elle avait toujours aimé garder un fantasme d’avance, pour plus tard. Elle prenait le temps d’assouvir un désir jusqu’au bout, avant de passer au suivant. Assouvir un désir et conserver un fantasme étaient le secret de son équilibre. Le désir, l’accomplissement et le rêve éveillé. La triade paradisiaque, son hédonisme serein, sa passion de prendre son temps pour faire les choses bien, comme elle les aimait, et la fougue de ce qui ne peut attendre, frénétique, essoufflée, infuriée, nourrisson à l’approche de la tétée, tête effrénée, bouche inassouvie, tête affolée de droite à gauche et de gauche à droite, petit corps à la recherche du corps qui le soulagera de son besoin de vie, son besoin vital.
© Simone Rinzler | 16 août 2015 – Tous droits réservés

La maison désertée de ses invités, elle a retrouvé ses marques, elle poursuit sa trace...

La maison désertée de ses invités, elle a retrouvé ses marques, elle poursuit sa trace - abandonnée le temps de l’invasion joyeuse -, la traque de l’écriture reportée faute de sérénité des jours. Il faut l’esprit libre pour écrire. Avoir la certitude de ne pas être dérangée pour un rien. Son compagnon est occupé. Il vaque à ses propres occupations qu’il aime tant – pense-t-elle. Après tout, elle n’est pas dans sa tête. Peut-être ne fait-il cela que par devoir. Une de ces tâches auxquelles on ne peut se soustraire pour ne pas laisser une maison tomber en ruines. Il a toujours su s’occuper de ses mains. Heureuse femme de l’homme aux mains d’or ! Et elle se plaint ?

Elle ne se plaint pas. Elle voudrait qu’il comprenne. Elle sait qu’il ne le pourra peut-être pas. Il ne l’a jamais pu. Ils sont si dissemblables. C’est le secret de leur attelage parfait. Ils se complètent.
Ou plutôt, ils se complétaient parfaitement jusqu’à une date impossible à repérer, à déterminer, jusqu’à il y a quelques temps. Elle ne lui offre plus sa complétude. Ils ne vivent plus au même rythme. Elle a ralenti, terriblement ralenti, s’en est sentie ravie, n’a plus tout envie, jamais, de se dépêcher pour rien, pour rien qui n’en vaille vraiment la peine. Rien ne presse que ce qui ne peut attendre, comme une furieuse envie de baiser, une envie de faire l’amour, là comme ça, tout de suite, parce que c’est là, parce que ça vient, et que c’est là, maintenant, tout de suite, et que plus tard, l’envie réprimée se sera calmée, éteinte, mouchée, vielle bougie que l’on peine à rallumer tant la mèche est écourtée. Une envie de faire l’amour que, trop sollicitée à heure fixe, le soir, après les travaux de la journée, elle n’a plus.

Il ne lui laisse plus le temps d’avoir envie, d’être à l’initiative. Elle ne prend plus l’initiative. Il lui a trop refusé. Trop souvent. Dans la journée. Quand elle en avait le désir.

À force de lui refuser, peu à peu, l’amour l’après-midi, le seul faire l’amour qu’elle n’ait jamais vraiment jamais aimé, l’amour spontané, l’amour frénétique, irrésistible, celui qui fait arrêter toute autre activité, l’amour impérieux, qui n’attend pas, cet amour-là, il l’a éteint. Il l’a éteinte. Il lui a éteint le feu. Elle n’a plus conservé que la peur de se faire rembarrer.

Les rapports se sont déséquilibrés. Des mois qu’elle tente par tous les moyens de rééquilibrer les rapports sans se laminer, sans rogner sur sa plénitude chèrement acquise, au prix fort, la plénitude d’être sans avoir à se battre pour exister.
La plénitude de pouvoir être enfin maître de son temps. Et des ardeurs de son corps.

Elle est frustrée. Son corps et son esprit sont frustrés. Frustrés de fureur. Frustrés d’envie irrépressible. Elle ne supporte plus l’amour programmé. Elle n’y peut rien. Son corps s’y refuse. Elle préfère tout à la frustration du corps. Même se priver de faire l’amour. Pour ne plus être déçue par la régularité horlogère de ce qui est devenu, horresco referens – elle ne croyait que jamais cela lui arriverait -, la régularité horlogère de ce qui est devenu un devoir conjugal et non plus une envie partagée, follement, librement, à toute heure du jour ou de la nuit, au gré des envies. Son amant l’a délaissée, seule, dans les seuls bras de son mari. Elle a perdu son amant. Pleure son amant bien-aimé. Le même homme, pourtant.

Il était son meilleur ami, son meilleur amant. Elle a perdu les deux. Le meilleur ami. Le meilleur amant.

Ne sait comment, ni où les retrouver.

Ne lui reste plus que le vieux mari qui baise à heure fixe.

Elle s’ennuie avec lui. Il est devenu ennuyeux, trop sérieux, a perdu sa petite folie adolescente qui lui avait tant plu, si longtemps, depuis tout ce temps.
Elle se demande ce qui a tué en lui sa force vive. Ce qui l’a éteint. Ce qui l’a transformé en vieux monsieur.

Elle croit qu’il ne l’admire plus. Depuis qu’elle ne travaille plus. Depuis qu’elle est passée du côté de ceux qui ne sont plus décrétés « actifs » par la société.

Peut-être n’aime-t-il pas ce que son statut de retraitée renvoie d’elle ?

Elle s’y est bien faite, n’y a trouvé que des bienfaits pour son équilibre mental et moral.

Une image sociale écornée.

Il lui faudrait bien reprendre ce projet de recherche sur l’utilité sociale à partir du concept de l’utilitarisme hérité de Bentham et de John Stuart Mill, ce qui régit toute notre société. Mais elle n’a plus envie de travailler. Elle a trop goûté aux joies de l’oisiveté méritée. Elle veut en profiter comme d’un doux bonbon qui fond sous les coups de la langue, comme d’une belle queue majestueuse en érection turgescente qui frémit, douce comme du velours, sous les discrets coups de langue voluptueux, chatouilles péniennes et anales, sous les lampées assoiffées de la base du sexe jusqu’au gland, à gorge déployée, sur un sexe dur comme la pierre et soyeux comme une étoffe précieuse.

Où est parti ce sexe majestueux qu’il lui offrait à chaque instant de leurs retrouvailles. Elle reste seule à avoir envie de pleurer sur son sexe enchiffonné, rétif à toute pénétration, buccale ou vaginale.
Son mari a vieilli, lui aussi. Il préfère soulager sa solitude dans le grand et vaste monde avec ses amis masculins, à boire et à tenir des propos de comptoir qui la lassent.

Son salon est devenu le comptoir des habitués. Elle n’a plus envie de les écouter en essuyant les verres. Cela ne l’amuse plus.

Ils étaient la vie. Ils sont sa mort.

Elle veut retrouver son ami, son amant, son homme. Il devient un genre d’homme qu’elle n’aime pas, qu’elle n’a jamais aimé, ni lui non plus. Qu’elle a toujours exécré.

L’homme de bar, pétri de certitude, prêt à beugler avec les copains d’alcool. Il n’a pas encore pris conscience de ce qu’il était devenu. Un vieux monsieur ennuyeux, qui s’ennuie et qui l’ennuie. Qui ne la fait plus rêver. Qui ne la fait plus bander du clitoris. Qui ne la fait plus vibrer.

Qu’elle ne parvient plus à admirer.
Elle non plus.

© Simone Rinzler | 16 août 2015 – Tous droits réservés

Ils ne s'admirent plus

Ils ne s’admirent plus. Ne se regardent plus avec les yeux de l’amour. Le critique sévère a remplacé l’amoureux chez chacun d’entre eux. Quelque chose s’est blessé et attend d’être guéri. Ils vieillissent à deux, chacun à son rythme. Ils n’ont plus le même rythme.

Voyons, voyons !

L’ont-ils jamais eu, ce même rythme en une vie entière passée ensemble ?

N’ont-ils jamais eu de décalage, d’envies différentes, der rythmes différents ?

Bien sûr que si.
En permanence.

Elle n’a jamais eu sa force, sa rapidité, sa solidité. Il n’a jamais eu sa finesse, son intelligence des rapports humains, sa délicatesse, si discrète qu’il ne l’a jamais vue.

Il ne l’a jamais trouvée mièvre. Elle refusait la mièvrerie.

Serait-elle devenue mièvre ? Serait-elle devenue trop douce, trop fragile, trop gracile pour lui ?

De quoi serait-il tant blessé qu’il ne supporte plus sa gentillesse, sa sagesse, sa finesse. Aurait-il eu pour projet de vieillir en gros lourd, en gros balourd, comme ces vieux cons qu’ils détestaient tant ?
Elle comprend qu’il souffre. Elle ne trouve pas de quoi. Sinon du même mal qu’elle. De sa crise de sénescence, celle qui vous prend avant de quitter le monde des adultes, le monde du travail, le monde des « actifs » de la société pour enter dans celui des « vieux ».

Mais les vieux ne sont plus vieux, tant qu’ils sont en bonne santé. Ils ont tous les deux la chance d’être en bonne santé, même si elle doit, de son côté, prendre certains médicaments à vie et d’autres, plus souvent que sporadiquement ; même si, parfois, la fatigue le prend en fin de journée. Ses articulations résistent à ses efforts, sa colonne, ses os ou ses muscles se rappellent à lui. Il s’aperçoit qu’il n’est plus endurant qu’avant.

Pourtant, bien des jeunes lui envieraient sa résistance, sa force, sa détermination, sa forme.

C’est qu’il est bel homme quand il ne braille pas, quand il ne râle pas, quand il ne lui refuse pas toute initiative en la regardant comme une horloge qui retarde, comme une attardée mentale, une pauvre fille avec qui il est collé, qui lui colle le train quand il est occupé, toujours là à réclamer des bisous, des câlins, de l’attention, un peu d’attention douce, de complicité.

Il a perdu sa douceur. C’était un doux caché sous des dehors forts. En perdant un peu de sa force, il s’est dépouillé de sa douceur.

De quoi a-t-il peur ?
Qu’on l’aime, peut-être ?
Cet homme-là n’a jamais eu les mots pour se plaindre.
C’est à cela qu’elle reconnaît qu’il souffre. Quand sa douceur, sa bonhommie, sa bienveillance fait place à la critique permanente, elle sait reconnaître qu’il souffre. Elle met du temps à comprendre de quoi il souffre. Toujours. Elle développe des trésors de patience.

© Simone Rinzler | 16 août 2015 – Tous droits réservés

Ils cheminent à nouveau, heureux d'être deux

Ils cheminent à nouveau, heureux d’être deux. Quelque chose s’est rebranché. Elle ne sait ni comment, ni pourquoi. Elle se sent mieux. Il se sent mieux. Lequel des deux a commencé le premier restera à jamais un secret pour tous deux, chacun restant secrètement persuadé que l’autre allait plus mal qu’il n’allait. C’est le malentendu de ce qui ne peut rester que tu, insu, parfois même, impensé.

Chacun a toujours eu des intérêts superficiels et profonds différents. Il n’en est pas autrement. Ils ont pu se parler. Ils ont pu se caresser. Elle a pu exprimer ce qu’elle avait à dire. Il ne l’a pas vraiment comprise. Il n’a pas besoin de la comprendre por laimer. Il l’aime. C’est tout. Elle le voit, elle le sent. C’est tout.

Quelque lien abandonné s’est reconnecté. Comment ? Pourquoi ? Grâce à qui ? Grâce à quoi ? Cela n’importe pas. Elle sait que dans son coin, elle a œuvré à ne pas se castrer, à ne pas se laisser en imposer, à ne pas se laisser ordonner. Elle poursuit son chemin. Il est là. Près d’elle. Avec elle. Même quand ils ne sont pas ensemble.
La rentrée lui a permis de reprendre de retrouver sa solitude de la journée. Sa chère solitude qui lui permet de se concentrer, de faire retour sur elle, de cultiver son intériorité qu’elle a amorcée en effectuant ses derniers travaux de recherches, de sa monographie sur les manifestes jusqu’à son document de synthèse, ses derniers grands travaux conceptuels sur la passion de la voix, du langage et du discours, sur la passion de la passion, aussi. Passion active. Passion passive. Passions subjectivantes et désubjectivantes.

Elle n’est plus sous l’emprise de la passion. Elle trace son sillon d’écrivain. Elle y est bien. Elle se farde. Elle se refait belle. Retrouve son chic et son équilibre de femme adulte.

La femme-enfant s’est envolée.

La femme mûre a retrouvé son amant.

À ce jour, il ne lui reste plus qu’à retrouver son ami.

Peut-être ira-telle lui rendre visite, à vélo, sur le chantier de la cuisine qu’il est en train de monter dans l’appartement de sa sœur ?

Impossible. Il lui faut faire des emplettes pour la semaine. Le frigo de l’ex-ado est bien vide. Elle doit faire des provisions.

Provisions de bonheur et de sérénité.
Provisions d’amitié pour la semaine qui s’annonce.

Provisions d’amour à donner. À recevoir. À échanger.

© Simone Rinzler | 3 octobre 2015 – Tous droits réservés