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10/01/2015

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© Simone Rinzler | 19 juin 2015 - Tous droits réservés 

Premier jet du roman envoyé. 
Réactivation de L'Atelier de L'Espère-Luette


5/18/2015

Tu te souviens que tu as tout quitté un jour pour aller de l'autre côté du périph'...

Tu te souviens que tu as tout quitté un jour pour aller de l'autre côté du périph'. Tu as plus jamais quitté ce côté. Tu t'es exilée, exilée volontaire, fuyant vers ta liberté.

Tu croyais que tu n'avais jamais bougé, que tu étais casanière. Tu t'étais trompée. Tu n'as cessé de bouger. 

En bonne fille d'émigré, tu croyais que tu étais ancrée au pays. 
Tu l'étais. 
Mais tu t'étais déterritorialisée, et tu t'es reterritorialisee, suivant tes lignes de fuite, ta hantise de la fuite de la fuite.

Tu fuyais vers ta liberté, chèrement gagnée.

Tu abandonnes, pour l'instant, ton roman. Tu le laisses posé, pauser, tu le mets en pause, en repos. Tu sens qu'il a besoin que tu le laisses mûrir. Tu as mûri aussi. 

Tu viens de retrouver une autre amie de jeunesse. Tu lui as parlé. Tu recolles les morceaux de ta vie déchirée, déchiquetée, tu te restaures, tu prends des forces en puisant dans ta fragilité.

Tu viens de reprendre une bonne rasade de liberté.

À ta santé !

© Simone Rinzler | 18 mai 2015 - Tous droits réservés.

Retour au Roman de "Tu" À L'Atelier de L'Espère-Luette

5/07/2015

04 FEMMES Femmes affolées. Femmes envolées. Femmes perchées.Femmesenfollées.

04 FEMMES Femmes affolées. Femmes envolées. Femmes perchées. Femmes enfollées.

Femmes affolées. Femmes envolées. Femmes perchées. Femmes enfollées.

Femmes affligées. Femmes immergées. Femmes éplorées. Femmes encroûtées.

Femmes influentes. Femmes pensantes. Femmes amantes. Femmes en attente.

Femmes brisées, mal caressées, bien mal aimées, très délaissées.

Femmes de ma vie. Femmes de nos cœurs. Femmes de malheur. Femmes de bonheur.

Femmes à hommes et femmes à femmes, femmes à enfants, femmes à amants,
Femmes d'intrigants, femmes de grands hommes, de petits hommes.

Femmes de la vie. Femme de noceurs. Femmes et nos sœurs. Femme de la rage, de voie de garage, femme enragée, femme déchaînée.

Femmes de ma vie. Femmes de nos cœurs, femmes-enfants, femmes bonnes-sœurs,

Femmes de couilles. Femmes de cœur. Femmes sans cueilles. Femmes sans cœur.

Qui sont vos hommes ? Où sont vos hommes ? Qui sont vos frères ? Qui sont vos sœurs ?
Femmes de bosseur, femme de boxeur, femme d'intérieur, femme d'extérieur.

Femme de ma vie. Femmes de nos cœurs. Femmes, et vos hommes, qu'en faites-vous ?
Des petits branleurs, des assoiffées, des affameurs, des contrôleurs, des profiteurs, des castrateurs, démolisseurs, entreprenants entrepreneurs.

Femmes cessez d'vous lamenter, cessez, cessez donc de pleurer. Ne pleurez pas sur les berceaux. Vos petits enfants, ils font dodo. Épargnez-leur tous vos tourments, toutes vos aigreurs, vos ressentiments. Réjouissez-vous de la vie hors de vous. Aidez, aidez, les petits de chez vous, à devenir à leur tour, des hommes et des femmes, des humains, vraiment.

© Simone Rinzler | 7 mai 2015 - Tous droits réservés.

Femmes composent et femmes chantent, et femmes inventent petites bluettes, penchées au-dessus de leur établi en leur atelier, de La Belle Luette, à L'Atelier de L'Espère-Luette

03 NOUS Nous ne disons rien. Nous ne desserrons pas les dents. (Légendede Nous)

03 NOUS Nous ne disons rien. (Légende de Nous)

Nous ne disons rien. Nous ne desserrons pas les dents. Nous posons des actes. C'est tout. Comme d'autres posent des bombes. Nous restons cois. Nous restons froids. Nous n'argumentons pas. Nous nous taisons. Nous n'expliquons pas. Nous faisons. Nous attendons. Nous n'attendons rien en retour. Le retour nous revient, en révolution, sans circonvolutions. Nous épargnons nos paroles. Nous ne disons pas. Nous faisons. Nous sommes les silencieux, les faiseurs du silence. 

Nous faisons, nous agissons, nous nous taisons. Nous travaillons. Nous nous reposons. Nous écoutons. Nous notons. Nous réfléchissons. Nous écrivons. Nous ne publions pas. Nous pensons. 

Nous ne prenons pas part, en apparence. Nous sommes là, partie prenante, partie taisante. Nous n'effrayons pas. Nous sommes en résistance mutique. Nous ne donnons pas le bâtons pour nous faire battre. Nous avançons. Inexorablement. Nous sommes la masse, la multitude. Nous n'avons rien à dire. Nous avons à faire. Nous faisons.

Un jour, peut-être, nous en parlerons. Nous pensons que ce ne sera même pas nécessaire. Nous œuvrons, en silence, nous affairons, à nos affaires, à nos oignons, nous pansons nos blessures, nous ne nous épanchons pas. Nous nous réjouissons de nos bonheurs. Nous n'en faisons pas un plat. Nous vivons dans la discrétion. Nous existons. En silence. Nous sommes pondérés. Nos mots sont pensés. Nous ne débordons pas. Nous existons. Rien de plus. 

Nous sommes nous, nous sommes uniques, nous sommes la masse, différenciée. 

Nous les emmerdons avec notre silence. Nous ne prendrons pas position. La tête sur le billot, jamais nous ne révélerons. Nous n'avons même pas besoin de serment. Nous sommes déterminés. Nous sommes nous. Nous vous emmerdons. Nous vous ignorons. Tous. Nous allons, chacun, notre bout de chemin. Nous ne jugeons pas. Nous ne tuons pas. Nous ne nous multiplions pas. Nous ne méprisons pas. Nous existons. Rien de plus.

Nous sommes là.
Nous existons.

© Simone Rinzler | 7 mai 2015 - Tous droits réservés.

Nous existons à L'Atelier de L'Espère-Luette

02 VOUS Vous avez tous lu le mode d'emploi... (Conte de Vous)

02 VOUS Vous avez tous lu le mode d'emploi... (Conte de Vous)

Vous avez tous lu le mode d'emploi. Vous l'avez suivi. Vous l'avez relu. Vous l'avez appliqué. 

Vous avez suivi. Vous avez acheté, vous avez lu, vous avez suivi les slogans, les mots d'ordre, les conseils, les modes d'emplois, les instructions for use, les Gebrauchanweisung, les notices de montage.

Vous avez acheté, utilisé tous les ingrédients, suivi les proportions, mixé, mélangé, malaxé. Vous avez goûté. Ça manquait de sel. C'était fade. Vous avez ajouté votre touche personnelle, une pincée de piment, un trait de citron, quelques grammes de cannelle. Rien n'y faisait. C'était raté. Vous avez continué à suivre la recette. Vous en avez rajouté une couche. Une couche de parmesan par-ci, une couche de lasagnes par-là, un lit de tomates, concassées, épépinées. Cela ne vous plaisait toujours pas.

Vous êtes entrés dans une zone d'obéissance programmée. Rien ne peut se détraquer. Vous suivez les conseils, il n'y a pas d'ordre. Les conseils sont souples, sont vagues, sont taille unique. Vous pouvez les adapter. Vous êtes libres. 

Vous continuez à suivre les conseils. Vous appliquez la recette, les recettes. C'est toujours aussi fade. Vous avez perdu votre liberté, votre fantaisie. Vous avez cru aller au devant de votre liberté, vous vous êtes ligotés. Vous êtes attachés, liés, ligotés. Vous adhérez pas, vous n'adhère plus. Vous n'y croyez plus. Vous vous organisez. Vous mettez en place la résistance. Vous commencez par de petites actions, peu visibles, amusantes, facétieuses. Vous vous amusez de voir qu'on vous suit, qu'on sourit. Vous n'êtes pas amusé. Vous entrez dans votre coquille, vous prenez le maquis, vous continuez en silence, à votre façon. Vous tentez de reprendre votre liberté. Vous ne faites rien. Rien de remarquable. Rien de mémorable, pour la clique, pour la claque. Vous improvisez des berceuses, des chansons de troupe, des récits horrifiques, des cauchemars de procès, de château, de labyrinthe, de huis-clos, d'enfermement. Vous êtes pris au piège. Vous êtes entrés où il ne fallait pas entrer. Vous allez chercher comment en sortir, par le bas, ça ne va pas. Vous tenterez par le haut. Vous vous hissez de plus en plus haut. Vous regardez vers le bas. Vous les voyez se débattre. Vous êtes déjà haut. Bien plus haut. Bien trop haut. Vous décidez de ne plus regarder en bas. Vous luttez contre votre vertige du dernier échelon de l'échelle. Vous ne voyez pas l'échelle. Ce n'est pas une échelle. Vous placez vos pas, moellon après moellon, à l'attaque de la forteresse, par l'intérieur. Vos pieds, votre tête sont dans la brume, en altitude. Vous êtes seul. Vous avez un peu froid. L'effort vous réchauffe. Vous voulez sortir. Vous êtes déterminé. Vous grimpez, pas à pas. Vous luttez, pied à pied, avec le danger d'être découvert. Vous progressez lentement, limitez vos mouvements. Vous ne devez pas être repéré. Vous respirez calmement, vous êtes transparent. Vous vous fondez avec la muraille que votre corps épouse. Vous vous faites discret. Vous taisez les bruits de votre corps, les peurs de votre âme. Vous gravissez, marche après marche, enjambée après enjambée. Vous craignez que vos mains glissent, vous n'avez pas de magnésie pour vous aider à grimper. L'ascension est difficile. Elle est progressive, précautionneuse, vous vous gardez bien de roi céder trop rapidement. Vous escomptez chaque nouveau mouvement, son effet sur la suite, vous ne pouvez tout prévoir, vous vous efforcez de tout contrôler. Vous voulez sortir. Par le haut. Vous redescendrez comme vous êtes monté. Précautionneusement. Vous prendrez votre temps. Vous ne sauterez pas, pas même de joie. Vous descendrez lentement, pas à pas, collé à la muraille, jusqu'au dernier pas. Vous ne sauterez pas. Vous limiterez votre bruit, votre visibilité. Vous maîtriserez vos hormones, votre peur, vous ne regarderez pas les chiens, ni les loups, ni les gardes. Vous vous tapirez, allongé, sans bouger. Vous attendrez, trois bonnes journées. Vous voulez prendre de la distance, vous mettre à couvert. Vous ne vous précipiterez pas vers les fourrés. Vous espérez que l'on vous y cherchera. Vous n'y serez pas. Vous resterez encore caché, aplati. Votre survie en dépend. Vous contredirez tous vos réflexes. Vous serez imprévisibles. Vous deviendrez invisible.

Vous attendrez le temps qu'il faut. Vous ne succomberez pas à la tentation de recouvrer la liberté trop tôt. Vous n'êtes pas encore prêt. Vous suivez votre instinct de survie. Votre instinct vous dicte de ne pas crier victoire trop tôt, pas même trop tard. Vous ne crierez pas victoire. Vous êtes parvenu à vous débarrassez du Syndrome de La Fontaine. Vous n'êtes pas Perrette, vous n'êtes pas si bête. Vous arrêtez de penser. Vous vous agrippez. Vous escaladez. Vous cherchez vos prises, main gauche, pied droit. Votre hanche gauche vous fait souffrir. Vous faites des stations pou récupérer et détendre vos muscles de la jambe gauche en anaérobie. Vous prenez votre temps. Vous avez tout votre temps. Vous êtes déjà là, seul, vous faites ce que vous avez choisi. Vous profitez de cet instant d'accalmie. Vous continuez à travailler votre souffle, en douceur, en soufflant, en expirant une minuscule brise inaudible, très doucement, sans bruit, très longuement, très doucement. Vous ralentissez vos battements de cœur, vous oxygénez votre cerveau, vous détendez les muscles de votre jambe gauche. Vous passerez ensuite à la jambe droite. Vous êtes un sportif de haut niveau. Vous avez commencé votre entraînement il y bien longtemps. Vous appliquez les méthodes que vous avez apprises en pratiquant le chant. Vous conduisez votre mouvement, domptez les caprices de votre corps, votre seul problème est l'hydratation. Vous limitez votre consommation d'oxygène, ralentissez votre cœur, consommez peu de réserves. Vous allez tenir, jusqu'après le bout. Vous ne vous relâcherez pas. Vous continuerez, longtemps encore. Vous reprenez votre hygiène de vie, vous économisez pour mieux dépenser, vous vous économisez pour mieux en profiter. Vous avez un moral résistant, un moral de survivant, vous vous accrochez.

Vous gravissez, pas après pas, pause après pause. Vous avancez, même si cela ne se voit pas. Vous avez pris le maquis. Vous êtes déjà parti. Vous tes déjà loin. Vous n'êtes déjà plus là. Plus de bruit, ni de vue d'en bas. Vous en êtes déjà là. Vous ne vous réjouissez pas bruyamment. Vous calmez votre joie, la transformez en contentement, en plénitude, vous en éprouvez le calme d'une nouvelle habitude, maîtrisée, il maîtrisée. Votre nouvelle attitude est déjà une longue habitude. Vous restez calme en toute circonstance. Vous avez échappé à la foule, aux ordres, aux remous, aux chamailleries et aux jalousies cachées sous une approbation du bout des lèvres. Vous ne dépendez que de vous-même. Vous allez rejoindre ceux qui vous aiment, ceux que vous aimez. Vous aurez tous changé. Vous vous habituerez. Vous soulevez votre pied droit. Votre jambe droite est la plus forte, la plus entraînée. Vous prenez garde de ne pas trop la solliciter. Vous la préservez. Vous n'êtes en concurrence avec personne. Vous avez tout votre temps. Vous êtes réfléchi. Vous êtes aguerri. Vous êtes instruit et expérimenté. Vous avez été aimé. Vous en tirez votre force.

Vous êtes fort. Vous n'êtes pas tout-puissant. Vous prenez en compte votre faiblesse. Vous ne minimisez rien, ne prenez rien au tragique. Vous avancez. Vous avez la constance de l'alpiniste.

© Simone Rinzler | 7 mai 2015 - Tous droits réservés 

Vous écrivez À L'Atelier de L'Espère-Luette



01 On nous a raconté mille versions de la même histoire...

01 ON On nous a raconté mille versions de la même histoire... (Histoire d'On)


On nous a raconté mille versions de la même histoire. On ne se souvenait jamais des précédentes. On oubliait tout. On nous racontait la même histoire dans une autre version. On était perdu. On ne se souvenait de rien.

On nous a mené de jardins en patios, de cours en arrière-cour, de cuisine en salons et de salons en chambres. Puis de chambres meublées en chambres vides, en cagibis, en appentis.

On nous a traîné, fait marcher, fait chanter. On suivait sans bouger, sans moufter. On ne savait rien. On craignait tout.

On nous a lancé des boulettes de nourriture, du pain pourri, des pommes de terres rabougries, puis on nous a versé du lait tourné, du jus pourri, de l'eau sale.

On nous a couché de force sur des paillasses branlantes.

On nous a dévêtu, épouillé, récuré.

On nous a distribué des chemises longues et blanches, sans col, aux manches mitées aux poignets.

On nous a laissé là. On nous a mis à l'isolement. On nous a parlé en langue inconnue. On s'est tu.

On nous a distribué des cachets, mis au cachot, craché dessus. On n'a rien dit.

On nous a abreuvé, gavé, massé, en masse. On ne disait toujours rien.

On nous a laissé là. On a attendu.

On nous a oublié.

On est toujours là.

On nous a envoyé des missives d'icônes indécryptables. On a tenté de lire. On ne comprenait pas.

On nous a envoyé des messages sonores assourdissants sans consonnes. On ne trouvait pas le sens de ces messages.

On nous a plongé dans le silence de chambres insonorisées. On n'entendait que le battement de notre  cœur, les craquements de nos os.

On nous a ébloui de lumière blanche et crue. On n'a plus rien vu.

On nous déménagé vers une autre bâtisse, délabrée, humide, vermoulue. On a entendu les termites, les papiers de bonbons froissés, les pépites de tournesol qui craquaient. On était affamé.

On nous a envoyé un émissaire aux commissures des lèvres gercées, aux furoncles sanguinolents.

On nous a laissé là.

On ne se souvient plus de rien. De rien que de cela.

Comment était-on arrivé là ? Pourquoi était-on là ?

On avait, on avait, ça va nous revenir, on avait, on avait



N'avait-on rien fait ? Qu'avait-on fait ou pas fait ? 
On était là. On n'en sortait pas.

On nous a battu, fouetté, lacéré, étouffé, noyé.

On nous a cajolé, caressé, tapotté, tripoté, câliné.

On nous a fait boire, on nous a saoulé. On était plein, on était ivre.

Et puis, on nous a relâché, bête fauve, désorientée, inadaptée.

On ne nous a pas donné le mode d'emploi. On était perdu.

On n'avait pas le permis. On ne l'avait pas passé.

Alors, on a improvisé. On a tâtonné. On a tout essayé. On a commencé à se parler. On a inventé un langage. On a élaboré des tours, des parades, des stratagèmes, des histoires, même. On est toujours là. 

On ne nous a rien expliqué.

On a fait comme on a pu. On a pris le temps qu'il fallait. On s'est organisé. On s'est disputé, battu, donné l'accolade. On faisait ce qu'on pouvait.

On n'avait pas de règle. On ne nous avait rien ordonné. On était perdu. On était ensemble. On s'est accouplé, reproduit, on a crû, on a cru, sans croire à rien. On n'avait pas reçu d'instruction d'utilisation. On ne comprenait rien. 

On faisait. On n'attendait plus rien.

On est toujours là.
On sera encore là, demain.

© Simone Rinzler | 7 mai 2015 - Tous droits réservés  

On écrit encore et toujours à L'Atelier de L'Espère-Luette


3/12/2015

#MoocDQ3 0156 Ouverture...

Je suis libraire. C'est moi que mon auteur à chargé de vous raconter cette histoire. Mais, je n'ai jamais écrit, moi.   

Enfin...  

Bien sur que si, j'ai déjà écrit.   

Je ne suis pas analphabète, tout de même !, tout juste un peu prolixe, j'ai tendance à déborder, à me laisser entraîner, je bavarde, je bavarde. C'est d'ailleurs ce qu'aiment bien les clients chez moi.  De la vivacité, un peu de chaleur humaine, un conseil personnalisé. Je connais tous les noms par cœur. Ils sont heureux que je les reconnais È, que je m'intéresse à eux. Ils aiment bien venir discuter. Ils viennent me demander des conseils de lecture, des conseils de cadeaux. Vous connaissez la profession de libraire ? Non ?  

Je vais vous raconter.   

J'ai fait comme beaucoup de mes confrères et de mes consœurs des études littéraires. J'adore la littérature. Mais, c'est dommage, je n'ai plus trop le temps d'en lire. J'essaie encore, mais je dois les voler sur mes heures de sommeil. Il faut assurer l'avenir de la petite entreprise. Ah ! Mais c'est que... Ça ne se gère pas comme une boucherie ou une mercerie ! Ça touche à l'intellect, à la sensibilité. Remarquez-bien, des merceries, il n'y en a plus beaucoup. Pourtant, les travaux manuels, ça redevient à la mode, mais il y a maintenant des grandes surfaces spécialisées pour ça. Enfin, pour ça aussi.   

Travailler dans une librairie est devenu de plus en plus difficile.  Je ne sais pas si c'est le temps qui passe ou quoi, mais je trouve le métier de plus en plus dur. J'aime toujours. J'aime tant le contact avec les clients. Avec les représentants, cela peut être parfois plus difficiles. Ils ne connaissent pas toujours très bien les spécificités d'une librairie de quartier dans une jolie banlieue parisienne. Nous ne sommes pas à Paris. Ce n'est pas la campagne non plus. Et ici, nous sommes plutôt privilégiés. Il y a de vrais grands lecteurs chez nous, qui lisent de tout, sont curieux des nouveautés comme des classiques. Ceux-là, ce sont les clients les plus intéressants. On se sent utiles avec eux. J'aime passer du temps à discuter avec eux.   

Sauf à la rentrée des classes. Alors là, c'est panique à bord, la boutique est pleine à craquer et dans ces cas-là, je suis obligé de les secouer un peu, en m'excusant gentiment. Mais ils comprennent. Ils sourient, aussi. Quand un client demande une œuvre qu'il ne connaît pas. Il y a des fois où on est presque obligés de se pincer pour ne pas éclater de rire. Mais on n'est pas là pour se moquer des clients, pas vrai ?  

Alors, oui, c'est vrai. Il y a des périodes pénibles. Le prie, c'est au retour des vacances entre la rentrée littéraire et la rentrée des classes. Là, on est tous un peu sous pression. C'est le moins qu'on puisse dire !  

Il faut assurer à la rentrée des classes, mais il y a aussi les fêtes de fin d'année, la fête des pères, un peu moins, la fête des mères, la Saint-Valentin, même, quoique plus rarement, quand même. Les coups de feu sont fréquents,  et là, ça barde, question intensité.   

En plus, chez nous, nous organisons des rencontres avec des auteurs, des séances de présentation d'un auteur avec des dédicaces à la clé. Ça fait vivre la librairie, ça fait vivre le quartier. On est une petite librairie très active de la banlieue parisienne. Une banlieue un peu chic, mais pas trop, classée CSP +. On a beaucoup travaillé à la décoration, on soigne la vitrine, que l'on refait souvent, régulièrement, par thème, par couleurs. Comme nous sommes une librairie généraliste, nous nous devons d'avoir toutes sortes de livres, même de ceux que nous n'aimons pas trop. Mais nous essayons tous de lire autant que nous pouvons. Chacun de nous inscrit ses annotations personnelles sur les livres qui nous ont plu. Ça, vous connaissez ! Personne ne signe, mais quelques habitués ont déjà repéré qui a écrit quoi en déchiffrant nos écritures.   

Le pire de ce métier, c'est la manutention. Les arrivées, les commandes, les retours, autant de cartons à porter, dans un sens, puis dans l'autre. Et c'est d'autant plus pénible que nous n'avons pas le choix de ce qui nous sera livré. Moi, je me prends à rêver qu'un jour, on ne nous prendra plus pour des marchands de yaourts. On n'est pas des supermarchés, quoi, c'est vrai !.Ce métier, on l'a choisi, par goût, on l'aime ! On est fiers d'êtres libraires. On aime les livres.  

Mais depuis quelques années, cela devient difficile de faire vivre une petite librairie généraliste avec une certaine ambition littéraire, tout en sachant que les grands lecteurs se font de plis en plus rares, du moins par ici, ça baisse régulièrement. Les gens ont trop de travail. Et puis, il y a plein d'autres distractions. On vend de plus en plus de bios de gens connus et de moins en moins de romans, de poésie. Le théâtre, n'en parlons, il n'y a quasiment plus que les scolaires qui en achètent. Et puis, aussi, il y a internet qui se développe maintenant. La concurrence sur Internet est ravageuse. Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin. Heureusement que l'on conserve encore le prix unique chez nous, sinon, ce serait la fin de tout !

Ah !  Mais, je bavarde, je bavarde, et j'en ai oublié le principal. C'est que vous voyez, je suis tellement content de parler avec vous, vous m'écouter avec tant d'attention que je le laisse aller et j'en ai oublié ce que je devais vous raconter.   

Vous devez bien vous demander par quel hasard c'est moi qui vais vous raconter cette histoire d'atelier d'écriture en province pendant les vacances d'été, en juillet dernier ?

Et bien, c'est très simple. Et c'est en même temps très compliqué. Si vous permettez, je vais faire une petite pause. Vous devez avoir soif. Moi, j'ai une de ces pépies. Faut dire que je parle. Une fois que je suis lancé, c'est dur de m'arrêter.  

Alors, voyons voir ce que j'ai...

Bière, jus d'orange ou eau pétillante ?
C'est ce qu'on sert pour les séances de dédicaces.
....
OK. Une bière ! Ben, moi aussi, je vais prendre une bière !

C'est bien simple. C'est un concours de circonstances incroyable.   

Installez-vous bien. Je vais vous raconter cela. Vous avez bien le temps ?

© Simone Rinzler | 11-12 mars 2015 - Tous droits réservés. 
1er jet non recorrigé, coquilles en prime - Projet MOOC DraftQuest Saison 3

Et si toi aussi, tu t'inscrivais et tu participais à l'écriture du 1er jet d'un roman en deux mois ?

Pour s'inscrire, c'est là :


C'était un conseil de la prévention routinière en résidence à L'Atelier de L'Espère-Luette

3/10/2015

Tu écris moins, plus serré, plus resserré....

Tu écris moins, plus serré, plus resserré. 
Tu travailles à ta remise en forme, quotidienne. Tu ressens quelques douleurs musculaires, jour après jour, qui ne t'inquiètent pas mais que tu dorlotes et que tu supportes pour ne pas lâcher le retour à la vraie vie, la vie complète et profiter de ses petits et grands bonheurs. Tu sens que, mois après mois, ta couvade de retraite s'apaise. Tu apprivoises ta nouvelle vie, tu te crées de petits rituels, toujours involontairement, mais de petits rituels quand même. Tu n'aurais pas appelé cela des rituels quand tu travaillais encore. Tu aurais appelé cela de l'efficacité bien pensée. Tu avais raison. Ce ne sont pas de petits rituels. Tu poursuis un programme de remise en forme dont tu es devenue le seul maître à penser. 

Tu te souviens de ta propre peur de procrastiner lorsque tu avais obtenu une année sabbatique complète pour préparer l'agrégation. Tu avais finis par organiser tes matinées de façon quasi-militaire.

D'abord, relecture du vocabulaire glané la veille en contexte et pris en note sur un grand classeur avec des onglets alphabétiques, les mots nouveaux dans la marge, pour bien repérer rapidement, toutes les définitions de ce mot, oui, toutes, pour véritablement enrichir ton vocabulaire. Enrichir son vocabulaire, tu avais compris que ce n'était pas tant apprendre de nouveaux mots - cela tout le monde le sait et ce n'est pas ce qui fait la différence dans un concours - mais apprendre de nouveaux sens, de nouvelles nuances aux mots que tu connaissais déjà. Tu vérifiais donc, lors de tes lectures tous les mots que tu comprenais à peu près depuis déjà des années, mais dont honnêtement, tu n'étais finalement pas très sûre, pour non seulement en avoir le cœur net, mais surtout pour découvrir ces nuances dont tu sentais que tu les percevais mal. Tu avais aussi vérifié dans le dictionnaire tout français, Le Robert, parfois aussi, mais peut-être moins souvent, dans le dictionnaire tout anglais. Une petite faille dans ton organisation qui a bien dû te coûter quelques places et surtout une meilleure connaissance du vocabulaire de l'anglais, un sens des nuances un peu plus restreint dans cette langue de pays plus ou moins lointains où, par amour, tu avais refusé de séjourner un an complet. 

Plus qu'une femme ambitieuse, tu as toujours su que tu étais une grande amoureuse et que ta réussite passait plus par l'amour que par la réussite. Sociale. S'entend. Même si tu savais, ô combien !, à quel point tu avais besoin de cette revanche sociale à toi imposée, par toi, par ta famille, par ton héritage de guingois. 

Tout concourait à ce que tu concoures dans la catégorie Quête de la Reconnaissance

Mais tu ne pouvais te priver de concourir aussi, secrètement, en ton for intérieur et hors des sphères de ton conscient, à ta quête existentielle, à ta quête d'amour, de chaleur, d'humanité et bien-être partagés. 

Tu as toujours été partageuse de ces bons moments, même si parfois, tes chemins - puisqu'au début ce ne sont jamais des projets - te conduisaient à t'isoler du monde, des autres et de la vie, pour mener ta vie comme tu l'entends. J'aurais dû écrire "comme tu l'entendais", à l'imparfait, pour la concordance des temps, mais non. 

Tu préfères le présent, sa valeur d'actualité dans le présent, mais aussi dans le passé et dans l'"à venir", en deux mots, ce qui va venir, ce qui viendra, et que tu seras prête à accueillir. En linguistique énonciative anglaise, on parle de la valeur générique du présent, sa valeur générale, ce présent qui existait dans le passé, est présent devant nous et nous attend encore. 

Comme dans le présent de "I Have a Dream" de Martin Luther King qui te servait à réviser ou à expliquer aux quelques novices de troisième année de licence les valeurs des temps et des aspects à partir de textes à valeur manifestaire, quand tu rédigeais ton livre sur les manifestes, la parole de revendication, La Parole manifestaire au XXe siècle dans le monde anglophone.

Tu reviens au présent de ton écriture, une écriture que tu veux générique, à portée universelle et non seulement centrée sur ta petite personne. Tu n'es devenue qu'un outil de ton propre projet d'écriture qui a commencé comme bien autre chose qu'un projet littéraire. Un projet de santé, de retour à la vie, de sortie du noir du désespoir. 

Tu n'es pas un outil, mais un point de départ matériel. Il faut bien un point de départ matériel pour une écriture universelle. Partir de la matérialité des choses. Tu n'avais pas d'histoire à raconter. Tu te savais, te croyais incapable d'en inventer. Tu t'es rendue compte que tu n'en étais pas incapable, mais qu'il était encore trop tôt, qu'il fallait que tu fasses tes armes, que tu fasses tes gammes, stylistiques, d'abord, consciemment, puis tes gammes narratives, nettement moins consciemment depuis que tu avais trouvé ton style et ce "Tu" qui te met à distance et que tu utilises toujours dans tes propres cogitations avec toi-même, ce "Tu" qui appelle le lecteur à se reconnaître parfois, puis à se dire, rassuré "Ah ! Non ! Ce n'est pas toi, tu n'es pas aussi..." dingue, stupide, idiote, crétin que ça !, ou qui se sent intimidé de ne pas se trouver aussi clairvoyant, intelligente, douée, pertinent, observateur que l'auteur de ce qui est en train de devenir, sinon un livre, du moins, un récit suivi, avec une continuité, une construction qui apparaît peu à peu, d'un journal de guérison parti d'un journal de dépression. 

[Ton "Tu" te fais penser au "Tu", au "You" de Paul Auster dans un de ses derniers livres, son voyage d'hiver en son corps vieillissant. Tu l'avais oublié, son "Tu", tu l'avais lu en anglais. Il a dû te marquer. Mais tu sais aussi que tu étais partie d'un autre projet oulipien, tu vais inventé, réinventé l'OuGramPo, Ouvroir de Grammaire Potentielle. Mais tu avais abandonné l'idée d'écrire en anglais, puis avec des contraintes grammaticales trop fortes et qui n'es adaptaient qu'assez mal au français. Tu avais préfère te concentrer sur le "Tu". Tu n'y voyais que des bienfaits et une légèreté de contrainte facile à supporter au long cours.]

Tu pourrais pourtant toi aussi t'y mettre, en t'imposant les mêmes critères. Il suffit de toujours commencer petit. Tout petit. D'accepter que même à ton âge, avec ce que tu as vécu, tu peux aussi t'y mettre, petit à petit. De croire aux vertus du travail lent, patient, obstiné, car il possible à tout le monde d'écrire, même avec peu de vocabulaire, même avec peu d'imagination, et même avec peu de volonté. La volonté ne fait rien à l'affaire. Ce qui compte, c'est l'engagement dans la durée, dans le temps, s'imposer de ne pas abandonner, tenter de ne pas ressasser sur les jours où cela ne va pas, ne vient pas, juste écrire que l'on n'a rien à dire peut suffire, mais continuer, coûte que coûte, que cela te coûte ou ne te coûte pas, continuer, continuer à avancer, même dans le brouillard, sans oublier de tâtonner, de soupeser, un peu, beaucoup, parfois, de vérifier que l'on ne sombre pas dans la folie, en se confrontant aux autres - en se confrontant, pas en s'affrontant, car là, bien souvent, on y perds son temps et des dents et pas mal de plumes. Continuer, s'observer en train d'écrire, pas trop, en faisant taire ton critique le plus sévère, celui qui t'a appris à croire que tu ne valais rien, n'étais qu'un bon à rien, une raclure, une chiure, un grosse conne un peu bête, un type qu'en n'a pas, qui n'a rien. 

Tout le monde peut écrire. Tout le monde peut chanter. Et même chanter juste. 

Si cela te plait, te fait envie, cela suffit. 

Si tu n'aimes pas cela, n'en dégoûte pas les autres ! 

Il te suffit d'en avoir l'envie, de t'y mettre, de te lire, te relire, le lendemain, le surlendemain, de laisser, de poser, de te mettre en pause en commençant autre chose, toujours à l'écrit bien sûr. Et parfois, de prendre un peu de distance en te mettant au loin, en changeant quelque chose d'autre dans tes habitudes pour ne pas retomber immédiatement dans tes vieux travers. Juste pour prendre un peu d'air et y revenir. 

Ça te titille, vas-y ! 

Donne-toi les moyens, tous les moyens pour y parvenir. Tu ne deviendras certainement ni Tolstoi, ni Stendhal, ni Hugo, pas moins Paul Auster, J.M. Coetzee, Ken Saro-Wiwa, ni même Percival Everett.

Ce sera mieux. Tu seras toi. 
Toi que tu ne connaissais pas. 
Pas encore. 

[Courte pause]

Tu t'étonneras de ta douceur retrouvée, bien cachée au fin fond de tes luttes pour y arriver, pour survivre, pour t'imposer, quand ce qui compte n'est pas de t'imposer, encore moins de t'imposer l'impossible, mais d'être, simple, heureux, heureuse, en paix. Parce que tu t'es préparée à mener la guerre et a décidé de ne pas mener la guerre qui porte la destruction, la guerre à l'autre, mais la guerre à ce qui, en toi, te détruit, à feu continu.

[Silence]

[Long silence]

Tu t'es évadée de ce dont tu parlais. Tu as digressé vers ce qui te paraissait le plus urgent. Tu devras te relire et choisir si tu veux te laisser aller à cette digression-là, ta manière habituelle d'avancer, jamais en ligne droite, sauf quand tu es enfin prête. Tu sais que tu n'es pas encore tout à fait prête et tu laisses tes digressions te conduire vers ce qui revient au galop, Le Grand Retour du Refoulé, que tu imagines en homme vêtu de noir à cheval sur un paysage grandiose de nature à l'étendue panoramique. 

Zorro ! Zorro ! Zorrooooooooo-ooo-ooo-ooo-oo-o !...

Tu vois que tu viens de contredire ce que tu as ecrit juste avant. Ton écriture s'était resserrée, elle a repris de l'embonpoint. Tu ne savais plus trop quoi écrire depuis quelques temps et postais des textes plus anciens, plus forts que tu n'avais pas souhaité rendre public au moment de la crise, au moment de leur écriture, car tu les trouvais trop personnels. Tu sens qu'ils ne sont pas si personnels.

Tu es redevenue ouvertement didactique, tu fais ta prof, tu te trouve chiante. Mais tu continues à écrire. Ce n'est pas le moment de juger, mais d'écrire. Tu penses que ton style, moins resserré n'a plus d'intérêt. Mais tu laisses faire. Tu sais que c'est de la diversité et du contraste que vient la richesse d'un écrit. Tu ne le sais pas pour sûr. Tu le subodores. Tu en es seulement à la phase d'écriture solitaire. Personne ne lit par-dessus ton épaule quand tu écris. Tu laisses venir. Tes qualités et tes défauts. Ce que tu crois être des qualités et qui sont des défauts et ce que tu crois être des défauts et qui sont peut-être des qualités. Tu ne sais pas. Personne ne peut savoir. Surtout pas toi.

Ni même toi, lectrice, lecteur. 

Te revient, Encore !, Décidément !, Tu retombes vraiment en enfance... - preuve que la crise qui t'a ébranlée était profonde - te revient un proverbe de ton enfance, tu as vraiment été élevée à coups de proverbes et a tout fait pour t'en détacher, aller voir ailleurs si le monde y était (et tu l'as rencontré), te revient le vieil adage que tu trouves enfin sage sur le seuil à peine entrevu de ton jeune vieil âge "Il faut de tout pour faire un monde".

Tu as fui les proverbes, la sagesse populaire. Tu y reviens. Mais tu pressens qu'y revenir n'est pas la même chose qu'y être restée. Tu as fait ton voyage initiatique avant. Soixante ans d'initiation à la liberté de la retraite que tu craignais tant. Tu viens de ressentir, violemment, que ce qui te terrifiait dans la retraite n'était pas l'inactivité, la peur de l'ennui, l'inutilité. Tu viens de faire ta plus belle découverte philosophique de la journée. Tu avais peur de la liberté. Peur de ta liberté. Peur de l'usage de ta liberté. Celle, celui que tu crains le plus n'est pas ta mère, ni ton père, ni ton mari, ni tes enfants, petits-enfants, ni tes amies, tes amis, tes copains, ni même celle qui fut Ta Grande Ennemie. C'était toi. Tu avais peur de toi. Soixante années bientôt pleines à avoir peur de toi. Ta meilleure amie, pourtant, quand tu prends soin de toi. À croire davantage aux autres qu'à toi-même. Tu sais aussi que tu n'en auras jamais complètement fini. Mais tu sens que si tu persistes à bien t'occuper de toi, comme tu t'es occupée des autres, de tant d'autres, tu seras ta meilleure alliée. Tu as fait un sacré bout de chemin.

Tu es rassurée. Tu n'as plus peur. Puisque tu y es. Et que tu t'y entends. Tu t'y écris, même. Tu prends la liberté que tu ne t'étais jamais octroyée auparavant.

La liberté d'écrire.

D'écrire seule.

En ton nom.

Sans garde-fou, ni maître, ni conseiller.

La terre pourrait bien s'écrouler, toi l'ancienne militante, tu t'en moques. Tes colères, tes indignations et tes engagements sont toujours là, identiques. Ton engagement est moins visible, il n'en est pas moins présent. Tu t'es retirée du moteur à fabriquer les grandes peurs. 

Tu viens même d'offrir le mode d'emploi pour aller mieux, s'en sortir. Tu as conscience du message politique révolutionnaire de ta théorie/pratique de la goutte d'eau. Tu fais du porte à porte de bonheur, de petits et de grands bonheurs, tu donnes de l'espoir, tu aides à passer les jours et les nuits de quelques-uns de tes contemporains qui te suivent sur les réseaux sociaux. 

Tu luttes à ta manière, le porte-à-porte virtuel, littéraire, artistique du cœur, de l'humanité, tu fais ton Harvey Milk, tu crées une chaîne de solidarité dans l'humanité, la recherche de l'humain, la compréhension de tes petits travers, tu luttes contre ta haine qui grandissait. 

Harvey Milk était ce militant de la cause homosexuelle qui a permis l'acceptation de l'homosexualité et est devenu le premier maire gay de San Francisco. Tu connais son histoire et sa méthode de militantisme au goutte-à-goutte et de porte en porte grâce au film dans lequel Sean Penn est un radieux et merveilleux acteur. 

Tu as retenu la méthode. Elle t'a marquée. Tu crois au bouche-à-oreille pour faire avancer des initiatives dont la petitesse et la modestie en nombre au départ est comblée par l'enthousiasme communicatif. Mais tu ne veux pas devenir Maire. Juste écrivain. Jusqu'à la fin.

Tu rêves. 

Tu te rêves faisant ce que tu as déjà appelé du Harvey-Milking, quand tu militais encore pour sauver l'université avant d'en sortir, épuisée, humiliée, ravagée.

Tu rêves. You Have a Dream

Tu fais du porte-à-porte de bonheur, car une société heureuse, mais pas soporifiée -  Pas de ça chez moi, bonhomme ! - ne se replie pas sur elle-même. Tu as peur de prendre tes illusions pour des réalités, mais tu crois aux petites chaînes de solidarité. Ton colibri n'est pas à franchement écologiste. Mais tu as toujours eu horreur de gâcher. Tu n'as jamais oublié, ou si peu longtemps, que tu étais et es restée une fille de pauvres. 

Ton colibri est politique. 

Tu sais contre quoi tu resteras en permanence en guerre. 
Celle qu'on appelle La Bête Immonde, Merci, Brecht
Le Diable pour d'autres. 

Tout ce qui tente de te tenter, qui tente de te faire pencher du côté de tes mauvais penchants. Tu sais que tout le monde peut pencher, un jour ou l'autre. Tu le sens. Le pressens. Tu sens qu'il faut ramener l'amour de soi au centre. Ceux qui ont la haine crèvent d'un manque d'amour. Tu tentes de donner ce que tu peux de l'amour de l'humanité. Par la douceur. La réflexion. 

Pas les slogans. Les jugements à l'emporte-pièce. Les fausses vérités assénées, voire démontrées par quelque Raminagrobisse très adroite. 

Tout ce manque d'amour et de commisération pour soi te semble à la source du développement d'une société haineuse qui te fait déprimer depuis, tu le sais, maintenant, depuis les environs de 2006 et 2007. Ta dépression est une dépression sociétale bien plus qu'une dépression liée à ton propre vécu uniquement. Tu n'as cessé de le déclarer à celui qui te confesse dans son cabinet depuis des années et que tu n'as plus eu besoin de revoir depuis que tu as pris ton envol de liberté. Tu penseras à lui envoyer une carte de bonheur, cela fait trois mois au moins que tu dois le faire, mais tu as encore peur que la reprise de liens signe encore ta mauvaise santé. 

Encore une peur que tu devras éradiquer, une superstition personnelle que tu devras terrasser. Il est encore trop tôt. Attends encore un peu. Tu peux encore progresser, t'améliorer, seule, mais toujours bien entourée. Et portée par l'écriture. La réalisation, dans le réel, d'un vieux rêve que tu avais oublié dans l'efficacité des jours et la contrainte du monde du travail, toi, la paresseuse, la bulleuse devenue travailleuse acharnée contre son gré, contre sa volonté, tu viens de sortir de près de cinquante ans de travaux forcés. Tu fais l'expérience de ta liberté adolescente retrouvée. Tu as déjà comparé ta crise de sénescence à la crise d'adolescence. Ce ne sont pas des crises, mais des passages, d'un état à un autre. Tu as retrouvé l'insouciance de ta jeunesse, tu as laissé le fardeau des actifs, des adultes, des hommes et des femmes responsables, in charge, en charge. Tu as apprivoisé ta retraite.

Tu te rêves écrivain. 

Tu écris.

C'est un fait.

Tu ne sais si tu iras jusqu'à publier chez un éditeur.

Ce n'est peut-être pas un hasard si tu n'as jamais pu publier en ton nom seul.

Peut-être que l'inscription dans la trace t'est moins importante que l'inscription dans le bonheur.

Tu n'oublies pas que tu as été professeur et que pour toi, un bon professeur doit avoir la modestie de savoir qu'il peut modifier des vies, sans même le savoir, qu'il est le plus souvent oublié. Tu le disais à tes étudiants. Ce qui te plaisait, c'était de semer. La bonne graine. Pour tous. La graine qui fait des hommes et des femmes heureux, généreux et bons. Tu l'as fait sans besoin de remerciements. Tu ne nies pas que les compliments t'ont touchée, profondément, et t'ont donné encore plus de cœur à l'ouvrage quand tu en as reçus. Mais tu sens que tu ne l'as pas fait pour les compliments, ni même pour la reconnaissance (la recherche, oui, c'était pour cela, mais pas l'enseignement). Tu l'as fait parce que, quand tu fais du bien, tu ressens une chaleur et une douceur qui te fait te sentir bien.

Tu es égoïste.

Une bien belle égoïste.

Et tu t'en vantes, en plus ?

© Simone Rinzler | 10 mars 2015 - Tous droits réservés 

2/14/2015

Tu continues à avancer, lentement, vivement, prestement...

Tu continues à avancer, lentement, vivement, prestement.

Tu n'es pas pressée, tu prends ton temps.

Tu n'es pas obligée d'aller loin, ni rapidement, mais tu vas, profondément, jusqu'au bout.

Tu n'as pas l'obligation d'être profonde, tu peux être légère, sautillante, en surface.

Tu ne réponds à aucun "Tu dois", "Tu ne dois pas", tu es libre de ton choix et déterminée par ce que tu ne choisis pas, ce qui s'impose à toi, ce qui t'échoit et dont le choix ne dépend pas de ton choix conscient mais dont tu ne fais pas le choix de la fuite à grands pas.

Tu ne t'imposes pas la longueur, ni même la brièveté. Tu laisses libre ce qui vient. Tu obtempères, et Zoup, ta mère !

Tu en as fini par écrit pour aujourd'hui. Tu fais le plein d'autre chose. Le carburant, te dis-je, le carburant !

Tu veux écrire loin, ménage ta mouture.

© Simone Rinzler | 14 février 2014 - Tous droits réservés 

2/13/2015

Tu avances à tâtons, tu ne sais pas où tu vas, mais tu y vas, résolument, sans un sourcillement...

Tu avances à tâtons, tu ne sais pas où tu vas, mais tu y vas, résolument, sans un sourcillement.

Tu penses régulierement que tu fais erreur, que tu te trompes de chemin, qu'il est temps de passer à autre chose, mais tu sais, mais tu sens que tu n'en as pas encore fini, qu'il te faut avancer, avancer, encore avancer, tu t'enfonces de plus en plus loin, le jour disparaît et tantôt, la clairière, puis à nouveau la pénombre, tu poursuis le chemin, tu n'as pas fini d'avancer, de marcher, de longer tu ne sais quoi, tu continues. T'arrêter en cours de route est impensable. Tu ne peux t'arrêter. Toute nouvelle avancée fait oublier les errements passés, les questionnements indistincts, les doutes et les certitudes de médiocrité. Un pas chasse l'autre. S'arrêter serait renoncer, se prouver que tu avais tort et étais entrée là par mégarde. Tu te souviens pourquoi tu as commencé. Tu doutes parfois, te demandes si tu fais bien, si tu ne fais pas trop ci ou trop ça, tu voudrais rebrousser chemin, tu ne fais pas du tout ce que tu avais l'intention de faire. Tu continues. Tu sais que ce que tu voulais faire finira par se faire, à ton insu. C'est tellement là que même quand tu l'oublies, c'est encore là et là et là, partout. Nul besoin d'expliquer. Continuer à avancer. Tu verras bien où tout cela te mènera.

Et ce jour-là, tu ne le regretteras pas.

© Simone Rinzler | 13 février 2015 - Tous droits réservés 

2/12/2015

Tu es incapable de répondre simplement, d'un seul mot, d'une seule phrase...

Tu es incapable de répondre simplement, d'un seul mot, d'une seule phrase.

Tu te souviens que c'est un reproche que l'on t'a souvent fait. Ta fille, quelques rares étudiants. Tu ne peux t'empêcher de préciser, de nuancer, de détailler, de pousser l'analyse la plus fine possible, jusqu'à ce que, satisfaite de ta réponse, tu puisses t'arrêter. 

Tu es frappée de t'en rendre compte d'un coup, comme ça, Paf !, au détour d'un bénin petit post sur une femme qui démaquille des poupées de type Barbie, des Bratz ultra maquillées, ultra sexualisées.

Tu as trouvé les poupées démaquillées aussi moches que les poupées maquillées. Mais la démarche de la femme qui a fait cela t'a amusée. Elle le faisait pour son plaisir, elle a toujours aimé joué à la poupée. 

Tu ne te reconnais pas trop dans ce cas de figure, alors, bien sûr, ça t'intéresse de comprendre ce qu'il y a dans la tête de quelqu'un qui, adulte, dit non seulement avoir beaucoup aimé jouer avec des poupées, mais qui continue encore à trouver du plaisir à jouer à la poupée au point de s'amuser avec, de les rhabiller, de les maquiller, de leur peindre des yeux qui se veulent normaux, de leur redonner un aspect enfantin, tout cela en son âge d'adulte. 

Tu sens bien qu'il y a une sorte de propos politique sous-jacent, mais tu te rends compte que le propos politique n'était pas franchement intentionnel, que cette femme a eu besoin d'occuper son temps, n'ayant plus de travail pour un temps, et s'est remise à l'occupation préférée qu'elle avait, avant de travailler, d'être dans le monde du travail.

Tu y vois un parallèle avec toi. Oh, pas immédiatement. 

Mais, tu vas devoir encore passer par un détour. Te revient en mémoire ce qui t'es arrivée hier soir. 

Tu venais d'ouvrir ton ordinateur portable quasi dormant depuis que tu ne travailles plus pour commencer à travailler sur cet ordinateur le début du roman que tu veux envoyer à un éditeur. Au moment de taper sur une feuille vierge de Word, les connexions entre ordinateurs n'ayant pas été remises en marche, se tracent sous tes doigts autre chose qu'un texte de fiction, mais un texte de réflexion sur la retraite et la question de l'inutilité sociale, et aussi, sur ce que tu n'as pu développer la suite par manque de temps et par choix, la retraite et la condition féminine, la retraite et le chômage comme connaissance pour l'homme anciennement actif de ce que représente une grande partie de la condition féminine pour les femmes qui l'ont vécue. 

Tu as commencé à rédiger un essai sur l'utilité et l'inutilité sociale, thématique bien connue des femmes qui ont presque toutes, au siècle dernier, pu et dû se poser la question du travail ou du non-travail, salarié, pour la plupart, la question du choix de ne pas être mère ou d'être mère, d'être mère au foyer ou mère qui travaille, une thématique dont on avait même fini par oublier qu'elle n'allait pas de soi, ni pour nos mères, ni pour nous-mêmes, âgées de la soixantaine.

Tu te demandais si l'inutilité que ressentent les chômeurs, les mis-à-pied, les retraités qui ne savent occuper leur retraite - il y en a bien plus que ceux qui disent s'épanouir - tu te demandais si ces hommes-là ne ressentaient pas, en sentant la pesanteur de l'obligation s'organiser seul son temps, la lourdeur, la pesanteur de la condition féminine dans une société encore très patriarcale dans son principe, y compris pour les femmes qui travaillent. 

Tu penses même à la double pesanteur de la condition féminine de la femme vieille, inutile. 

Tu regrettes toujours autant de n'avoir pas travaillé davantage sur l'utilitarisme de Bentham et sur le philosophe anglais John Stuart Mill, en surplus de ce que tu as lu et étudié lors de tes études d'anglais. Tu sens que la question profonde est celle de l'utilité sociale et du sentiment d'utilité ou d'inutilité sociale qui a remplacé les questions existentielles et spirituelles, et probablement pas seulement chez les athées. 

Tu n'as pas l'intention de continuer, mais tu sens bien toute la difficulté qu'il y a à émettre ce type d'idées dans ta petite sphère publique du blog. Le risque de la considération que s'il y a des hommes et des femmes utiles, il y en a donc qui seraient donc inutiles. 

En le posant ainsi, tu vois que ce n'est pas si dangereux. Tu viens de poser clairement et correctement le problème. 

Tu penses que nous continuons à vivre dans une société qui a été "brutalisée" selon le mot de George L. Mosse, par la nazification de la pensée au XXe siècle, pensée qui n'a toujours pas été dénazifiée. Tu repenses à la phrase d'Alain Badiou dans Le Siècle, en substance : "Il faut penser ce qu'on pensé les nazis pour en éviter le retour". 

Tu penses qu'il est important de s'intéresser, non pas à la question du bonheur, du bien-être, mais à la question du sentiment d'utilité afin que puissent être liés le politique et le sensible. Car l'un sans l'autre ou l'autre sans l'un ne sont que fausses routes.

Alors, voilà, dire si tu as joué à la poupée, comment et moins que quoi, sauf pour telle ou pour telle autre, cela reste dans la sphère du privé-privé, de l'ordre de la psychanalyse, que tu n'as jamais eu aucune envie de partager sur un réseau social ou dans une cour d'école. Tu sens que ça demande une intimité, une proximité, une envie de s'impliquer que finalement, tu ne ressens peut-être pas tant, ou plus tant que cela, ou d'une intimité que tu réserves à l'intimité in vivo, et non à la cantonade indiscernée serait plus précis.

Tu viens de te poser ouvertement, officiellement, explicitement, la question du partage de textes plus ou moins intimes en public. Tu te rends compte que le politique t'est infiniment plus intime que tu ne le pensais, et donc, que tes choix avaient été parfaits, que tu croyais déborder et te faire déborder par tes écrits, mais tu poursuis la voie que tu t'es tracée, celle dans laquelle tu te sens bien, à l'aise et en confiance.

As-tu joué ou non à la sévère Barbie infirmière, offert des Bratz à ta petite-fille, hurlé de voir la tête de la poupée que tu n'aimais pas se décapiter à un passage de frontière, joué aux petites voitures ou forcé ta voix à tue-tête pour avoir celle d'un homme quand tu étais enfant n'est d'aucun intérêt pour quiconque.

 © Simone Rinzler | 12 février 2015 - Tous droits réservés 


2/11/2015

Tu ne savais pas où tu avais mis les pieds... (Ma 1ère publicationlittéraire dans la Revue internationale Le Zaporogue XVI)

Tu ne savais pas où tu avais mis les pieds.

Comme tu ne te crois pas sotte (mais il arrive quand même que tu te trompes...), tu te doutais bien que tu serais en très bonne compagnie dans le numéro XVI de la Revue Le Zaporogue de Sébastien Doubinsky.

Mais qu'est-ce qui t'a pris de te dire que tu ne posterais la pub pour ta première publication littéraire que lorsque tu aurais lu tous tes nouveaux "collègues".

Tu découvres des textes et des auteurs, des écrits, des peintures, des photographies, des poèmes tellement riches, divers, si fascinants, que tu ne peux pas tout lire à la va-vite et que tu te retrouves coincée par une promesse que tu t'es faite à toi-même.

It's literature, stupid!
It's art, stupid!

Tu dégustes, t'émerveilles, t'arrêtes de lire, pensive. 

Tu n'en es même pas encore à la moitié ; la rapidité de lecture n'est pas de mise. 

Tu prends ton temps et te délie de ta promesse à toi seule faite, idiote !

Tu as téléchargé le PDF ici :


Tu l'as fait relier par Ton Prince Qui, etc. à l'annexe de L'Atelier de L'Espère-Luette où tu tiens ton établi d'écriture, ton atelier de la pensée, tu le lis.

Le volume au format A4 est lourd, bien trop lourd pour continuer de lire dans ton lit, tes muscles du cou criaient de douleur hier. Tu te tendais en lisant ta lecture de détente. Il est temps de changer cela.

Tu veux en savoir davantage sur ce Zaporogue. Pour la visite, c'est par ici :


Et si tu préfères lire un vrai livre, il te faudra bien en commander une version papier pour une somme modique aux alentours de 10 euros et quelques pour des heures de découvertes passionnantes. Ce sera là :


Voilà, tu as recouvré ta liberté, ton corps s'est reposé, comme toujours. C'est pas drôle tous les jours tes maladies auto-immunes conjuguées à une deux mille et énième remises en forme physique post-burn-out

[T'es encore en train de te plaindre ! C'est bon signe. Ca veut dire, ca veut dire que... Tu bouges encore les lèvres, les doigts, aussi. Tes sourcils, tu les fronces. T'es pas encore morte. C'est bon, ma Julotte !]. 

Tu forces trop. Tu vas trop fort. Tu oublies sans cesse que ta tête est plus forte que ton corps. 

Mais, c'est rigolo dès le lendemain, tu as tout le temps l'impression de ressusciter. 

Tu aimerais t'en passer. Va savoir si tu ne regretterais pas si un jour tu ne fatiguais plus. 

C'est si drôle de jouer au Phénix chaque fois que tu fais un peu trop de trop de sport pour ton tout petit corps. Oui, tu sais que ça fait rire autour de toi, mais tu es si démusclée qu'ils ne peuvent pas imaginer tant de fatigue pour si peu de choses.  

Ton tout petit corps ? 

Eh ? Oh ? 

Tu vas tout de même pas leur faire croire que tu es malingre quand même ? 

T'as vu tes teacher's arms ? Malingre, mon cul ! 

Ah, non ! 
Pas ça ! 
Ça, j'ai pas un gros cul.

"Ton tout petit corps !..." Mmmmmmmph !

Mais, c'est en hauteur ! 

Et puis, de toute façon, c'est une licence poétique. 

Et on ne badine pas avec les licences.

Faudrait voir à pas être licencieux avec les licences, Man !

Ah oui ! J'allais oublier. Et toi, là-dedans ?

T'oublie pas de télécharger sous le format que tu préfères.
Et n'hésite pas à me dire...

Bon, tu prends ta journée de vacances. Vaque, ma fille, vaque à tes inoccupations du moment : roman, photographie, rangement, courses, promenade pas trop sportive, suite de l'entretien corporel adapté, glande, lecture, télé, anything goes... : c'est jour férié. C'est décidé.

© Simone Rinzler | 10 février 2015 - Tous droits réservés.

Çà, c'était hier, mais c'était vacances !

2/09/2015

Tu n'es pas super en forme, tu n'es pas mal non plus, juste un peu désœuvrée...

Tu n'es pas super en forme, tu n'es pas mal non plus, juste un peu désœuvrée, un peu fatiguée.

Hier, pourtant, tu étais joyeuse, guillerette, heureuse même. Tu as fais la fête, à ta manière, tu ne peux plus, ne veux plus faire de gros excès. Tu as souhaité ta bonne nouvelle avec celui que tu appelles ici Ton Prince, etc., tu as partagé la bonne nouvelle et fait lire cette bonne nouvelle à quelqu'un qui compte pour toi et qui a bien partagé avec toi, ton petit bonheur qui s'était transformé en grande joie.

Pour fêter tout cela, tu as fait des folies de ton corps. Tu as mal au cuisses. Tu t'es couchée tard. Tu te sens comme si tu avais gobé toute la nuit dans un coin de boîte branchée, ton cerveau est comme éclaté, tu es fatiguée, exténuée, il va te falloir toute cette journées en entier pour récupérer.

Tu as des joies de mémère délurée et dès lendemains de junkie alcolo. 

Tu as fêté ton entrée dans ton nouveau monde, littéraire. T'es premiers textes sont publiés depuis hier. Tu as fêté ta première publication littéraire. Tu es dans le coaltar, le coltard. Tu fais-t'y ton post-partum ou tu as juste encore présumé de tes forces déclinées ? Tu ne peux pas le savoir et la réponse est aussi inutile que la question. 

Tu reposes ton vieux corps sur tes lignes d'écriture, ta tête n'est pas amorphe, elle est bien là. Un peu lente, ralentie par le corps qui retient tes efforts et t'empêche de poursuivre plus vite ta prise d'essor. Tu n'es même pas en colère. Tu sais qu'il te faut attendre. Que tout reviendra.

"Putain de bordel de merde de vieux corps ! Tu m'fais chier ! Attends voir que je puisse me relever ! Tu vas voir si j'suis mort, tu vas voir que j'm'en sors."
[Oui, car là, je m'étais recouchée après l'indispensable sortie à la pharmacie. Je me prépare pour un petit exploit, oh, tout petit, mais si grand quand même !]

"Non, mais t'as vu ce que tu m'as fait ! Tu m'as fait repasser au "Je" !"

C'est dire si la fatigue physique est bien là, si l'esprit elle endort.

Ça enrage, ça bouillonne, ça trifouille, ça s'énerve, là-d'dans. Mais ça ne peut pas rester debout longtemps. Ça s'assied, ça se couche. Ça se lève par petits bouts. Ça va faire une course indispensable de réassort, mais pour le reste, la tonicité, l'efficacité, ou même la simplicité du quotidien, il n'y a plus de ressort. Putain d'corps !

Demain, demain, tu seras bien. Tu le sais. Tu peux te calmer et te reposer sans gueuler. Tu verras bien que ça ne sert à rien. Quand rien de bien ne sort, eh bien, dors, ou fais semblant, sans faux-semblant. Annonce que tu te reposes et profite du passage. Il y a plein de passage. Tu es dans une maison de passe et repasse sans cesse. Tu n'es jamais bien longtemps seule ou isolée. Fais ta couvade au passage avec ta fille qui passe et repasse, qui couve ses filles, et entends le doux ronron des outils de Ton Prince Qui, etc., prépare la chambres des choupinettes au chaud encore, pour quelques tous petits mois. 

T'occupe pas de toi.

Repose-toi. T'as déjà moins mal aux jambes depuis que tu écris allongée, et, c'est la fête !, les muscles de ton cou se sont relâchés. Tu fais ce qui te plaît. Il n'y a plus que cela qui te va. Tu as cessé de te martyriser. Tu sais te soigner. Tu n'es plus le bourreau de toi-même. Héautontimorouménos, ce n'est pas vraiment toi.

Et là, maintenant, tu en as assez d'écrire avec ce "Tu" factice. Tu reprends pied dans la vie qui va.

Tu salues et tu t'en vas.

Bisous à tous 
(par écrit, c'est plus facile, tu ne sens pas ton haleine de cheval, et toi non plus, sale chacal !)

Tu vas fermer ce fichier-là et passer à un autre écrit plus virulent. Quand, immobilisée, la rage te prend, vite le sac, vide tout, faut que ça sorte, à l'abri pendant quelques temps.

Crie, gueule, chante à pleine puissance. Tu serais prête pour tenter un Wagner. Tu te sens Walkyrie qu'a pas envie de rigoler. Tu es enragée comme une Reine de la Nuit, tragique comme une héroïne de Schubert, déchirée comme la femme des amours et des tristesses de Schumann. 

Musique. 
Musique. 

Musique ! 

Lyrique ! 

Puissante ! 

Enragée ! 

Souffle prolongé de la voix qui donne du plus fort de son corps, et encore, et encore, et plus fort, jusqu'à l'acmé, jusqu'à la perte du dernier souffle. Danse avec les sorcières sur le Mont Chauve, atterris à New York aux accents cuivrés de Dvorak, trompette avec Charpentier [ eh oui ! Fans la permiffion de Monfieur de Lully, avec de faux "F" à la place de "S", tu en ris encore de cette vieille blague de X De Chœur], TEMPÊTE !

Tempête.

Cuivres, machine à vent, SATB fortissimo, tous les vents tonitruants, les cordes à plein régime, chef en sueur, musiciens en fureur, les timbales, les timbales, les timbales, le gong !

Redoux. La tempête se brise. Le calme revient. Les jambes fourmillent. Tu te lèverais bien. 
Mais, faut pas déconner !... 
Tu es si bien. 
Tu gardes tes forces pour la chevauchée de ce soir. 
Tu te ménages. 
Ne fais pas le ménage. 

Ce sera fantastique.

© Simone Rinzler | 9 février 2015 - Tous droits réservés 

[En tête au moment de poster, le Dies Irae du Requiem de Mozart, dies irae, dies illa, jour de colère, que ce jour-là...]



2/07/2015

Tu te laisses porter, au gré du vent qui tourne, au gré des mots qui te viennent à l'esprit...

Tu te laisses porter, au gré du vent qui tourne, au gré des mots qui te viennent à l'esprit.

Tu épuises le "Tu", tu ne t'épuises plus sur le "Je" perdu. Tu as perdu à ce "Je"-là.
Tu arrêtes le jeu.

Tu passeras un jour à "Il" ou "Elle", à "Nous", à "Vous", à "Ils", à "Elles", enfin à "On", L'Infinitif, l'Impersonnel, évidemment tu te tourneras vers le Passif, toujours, toujours, pour cesser ce jeu du "Je".

Tu OuLiPises, tu OuGrammPises, tu épuises la grammaire des pronoms et des modes d'auto-désignation grammatico-linguistico-stylistico-littéraire.

Tu joues de la grammaire comme d'autres jouent des coudes, tu fais tes gammes, tu stylistises, tu néologises, tu inventes la grammaire de ta vie, la grammaire de la vie, de la sur-vie.

Tu a abandonné le projet des auxiliaires de modalité et des manières de modéliser en anglais avec le sujet (ou l'objet) "You". Tu n'as pas dit ton dernier mot. 

Tu as tout ton temps. Tu n'es pas pressée. Tu te hâtes lentement. Tu travailles à tes projets. Tu en commencé mille et deux en moins d'une nuit. Tu foisonnes, tu résonnes, tu entends la musique, tu ne veux pas qu'on te gomme, tu ne manques pas de réplique, tu discutes assez peu. 

Tu es occupée.

Jusqu'à l'épuisement. De l'extension. Du domaine. De la grammaire. Du "Tu". Qui ne te tue plus, ni ne te rend plus fort, ni plus forte, en tous cas, un tout petit moins mort, nettement moins morte, tu écris encore, comme d'autres bandent encore. Tu n'as pas le sifflet coupé, tu as fait taire tes critiques trop sévères. Tu écris. Tu écris. Tu en jouis. 

Toi, tu l'ouis ?




Oh !  Oui ! 

Tu. 

Louis.


© Simone Rinzler | 7 février 2015 - Tous droits réservés