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11/30/2015

12b #AA Anamnèse de l'amnésie : Il rentrerait à la maison. Elle ne l'entendrait pas. Elle ne le regarderait pas. Elle ne le regarderait plus.

12b #AA Anamnèse de l'amnésie : Il rentrerait à la maison. Elle ne l'entendrait pas. Elle ne le regarderait pas. Elle ne le regarderait plus.

Il rentrerait à la maison. Elle ne l'entendrait pas. Elle ne le regarderait pas. Elle ne le regarderait plus. Pas un mot. Pas un regard. Elle ne bougerait pas. Elle aurait le regard vide. Le regard perdu. 

Où serait-elle partie ? 
Son corps serait présent. Son esprit, ailleurs. Il aurait disparu. Elle ne bougerait pas. Elle ne bougerait plus.

Il la saluerait.
"Bonjour !"
Pas un sursaut. Elle ne répondrait pas. Sa surdité ne s'améliorerait pas. Elle ne le verrait pas. Elle ne le voit plus.

Il lui parlerait ce soir. Que lui arriverait-t-il ? Pourquoi serait-elle comme cela ? Elle aurait pu faire un effort. 

Il rentrerait du travail. La maison serait silencieuse. La maison serait morte. Son cœur serai mort. Elle ne bougerait plus. Il lui parlerait.

Elle lui demanderait de parler plus fort. Elle ne l'entendrait pas". Elle le ferait exprès. Elle l'ignorerait. Il n'existerait plus pour elle. Qu'aurait-il fait ? Que n'aurait-il pas fait ? Elle ne bougerait plus. Elle ne parlerait plus. Elle ne rirait plus. Elle serait devenue méchante. Elle serait acariâtre. Il aimerait tant être accueilli par son bon sourire. Elle ne sourirait plus. Elle ne rirait plus. Il ne compterait plus.

Il se ferait un café. Elle irait se coucher. Il boirait son café. Seul. Il resterait seul dans la salle à manger. Il regarderait les informations télévisées. Elle ne s'intéresserait plus au monde. Plus rien ne l'intéresserait. Ils ne partageraient plus rien. Il l'aurait perdue. Il serait perdu sans elle.

Ce soir, il lui parlerait. Il parlerait à son corps. Il la caresserait. Peut-être accepterait-elle de faire l'amour ? Elle n'aimerait plus faire l'amour.

Il serait transparent. Il s'ennuierait au travail. Elle ne le verrait plus. Il monterait travailler. Il travaillerait jusqu'à l'heure du dîner. Elle oublierait encore l'heure du dîner. Il lui rappellerait l'heure du dîner.

Il vivrait en couple. Il serait seul. Il serait transparent. 

Il se sentirait encore vivant. 

Pour combien de temps ?

© Simone Rinzler | 30 novembre 2015 - Tous droits réservés 

Des nouvelles de "Lui" À L'Atelier de L'Espère-Luette

12a #AA Anamnèse de l'amnésie : Je rentre à la maison. Elle ne m'entend pas. Elle ne me regarde pas. Elle ne me regarde plus.

12a #AA Anamnèse de l'amnésie : Je rentre à la maison. Elle ne m'entend pas. Elle ne me regarde pas. Elle ne me regarde plus.

Je rentre à la maison. Elle ne m'entend pas. Elle ne me regarde pas. Elle ne me regarde plus. Pas un mot. Pas un regard. Elle ne bouge pas. Elle a le regard vide. Le regard perdu. 

Où est-elle partie ? 
Son corps est présent. Son esprit est ailleurs. Il a disparu. Elle ne bouge pas. Elle ne bouge plus.

"Bonjour !"
Pas un sursaut. Elle ne répond pas. Sa surdité ne s'améliore pas. Elle ne me voit pas. Elle ne me voit plus.

Je lui parlerai ce soir. Que lui arrive-t-il ? Pourquoi est-elle comme cela ? Elle pourrait faire un effort. 

Je rentre du travail. La maison est silencieuse. La maison est morte. Son cœur est mort. Elle ne bouge plus. Je lui parle.

Elle me répond : "Parle plus fort, je ne t'entends pas". Elle le fait exprès. Elle m'ignore. Je n'existe plus pour elle. Qu'ai-je fait ? Que n'ai-je pas fait ? Elle ne bouge plus. Elle ne parle plus. Elle ne rit plus. Elle est devenue méchante. Elle est acariâtre. J'aimerais tant être accueilli par son bon sourire. Elle ne sourit plus. Elle ne rit plus. Je ne compte plus.

Je me fais un café. Je le bois. Seul. Je reste seul dans la salle à manger. Je regarde les informations télévisées. Elle ne s'intéresse plus au monde. Plus rien ne l'intéresse. Nous ne partageons plus rien. Je l'ai perdue. Je suis perdu sans elle.

Ce soir, je lui parlerai. Je la caresserai. Peut-être acceptera-t-elle de faire l'amour ? Elle n'aime plus faire l'amour.

Je suis transparent. Je m'ennuie au travail. Elle ne me voit plus. Je monte travailler. Je travaillerai jusqu'à l'heure du dîner. Elle oubliera encore l'heure du dîner. Je lui rappellerai l'heure du dîner.

Je vis en couple. Je suis seul. Je suis transparent. 

Je me sens encore vivant. 

Pour combien de temps ?

© Simone Rinzler | 30 novembre 2015 - Tous droits réservés 

Des nouvelles de "Lui" À L'Atelier de L'Espère-Luette

11/20/2015

7 ##AA Elle aurait vécu selon son être. Elle aurait été son propremaître. Elle en l'aurait pas su. Elle ne l'aurait pas vu.

7 ##AA Elle aurait vécu selon son être. Elle aurait été son propre maître. Elle ne l'aurait pas su. Elle ne l'aurait pas vu.


16 novembre 2015
Revu le 19 novembre 2015
 
Elle aurait vécu selon son être. Elle aurait été son propre maître. Elle ne l'aurait pas su. Elle ne l'aurait pas vu. Elle s'en serait fichu. Aurait mis son fichu, son mouchoir par là-dessus. Si quelqu'un le lui avait dit, elle n'aurait jamais cru.

Elle aurait toujours cru dépendre de l'Autre, dépendre des autres. Elle n'aurait jamais cru à sa force intérieure. 

Elle se sentait si faible, si vulnérable, si souvent heurtée, par les autres, par le monde. Elle s'en serait fait une seconde nature, de cette fragilité dérangeante, désormais affichée, elle qui l'avait tant cachée.

Elle se savait faible. Elle se savait vulnérable. Elle l'avait enfin admis. Elle ne se prenait plus, à nouveau, pour une SuperFemme

Elle avait assisté à la mort en direct de SuperFemme. Elle aurait cru ne jamais s'en être remise.

Elle était bien plus forte qu'elle ne le croyait. Volontaire et têtue, elle n'en aurait presque toujours fait qu'à sa tête. Elle s'en serait souvent mordu les doigts. 

Aujourd’hui, elle s'admirait. Elle était fière d'elle. 

Elle avait résisté à la meute, à la horde, aux remous collectifs. Elle s'était retirée dans sa grotte, dans sa cave, dans son atelier, se serait donné du bon temps. Elle aurait fêté sobrement la vie qui en elle bougeait, tressaillait, l'envie de rire, de sourire, de câliner, de fellationner son gland unique et préféré sans se laisser pénétrer, pas même par les doigts, ni caresser du bout de la langue. 

Elle avait besoin de rester dans son intériorité. 

Elle pouvait donner. Ne voulait rien recevoir. 

Elle avait tant donné, tant reçu, la veille. 

La vie coulait dans ses veines. Nulle chose n'avait pu tarir sa fontaine, assécher sa tendresse, raboter sa douceur. 

Lente, elle était devenue. Lente et différente de sa différence d'avant. Mais toujours différente. Unique. Singulière. Humaine. Non téléguidable. Réfléchie. Raisonnée. Raisonnable. Ininfluençable. Sauf par sa propre réflexion. Pas dans le cadre de conversations à bâtons rompus. Pas en réponse à un propos entendu. Pas de commentaire hâtif. Elle n'était pas en charge de quoi ou de qui que ce soit d'autre que sa propre personne aujourd'hui. 

C'était son jour. 

A elle. 

Pour elle. 

Dans son atelier de la pensée. 

Elle s'était détendue. S'était instruite aussi. En même temps. Sur un sujet qui l'avait toujours fascinée.

Elle sentit que son esprit mettait en relation des faits qui lui aurait paru éloignés auparavant. 

Elle repensa à ce qui avait été son métier. 

Quelque chose en elle se poursuivait. Sans obligation aucune. Sous un autre mode. Elle s'en réjouissait. 

Elle avait retrouvé une armure, une armature, une colonne vertébrale dressée. Elle ne se sentait plus ployer. 

Elle avait eu la force de suivre son sentiment, de suivre son implication dans ses propres affaires. Les siennes. Les seules qui lui importent. Elle n'irait pas jusqu'à accorder avec "qui lui importassent", "qui lui importeraient", "qui lui importaient". 

Elle ne cherchait que la fluidité. Elle se sentait fluide, légère. Dans le présent de sa pensée. 

Elle n'avait pas subi, du moins pas trop, ni trop longtemps, les influences extérieures. Elle avait fermé les écoutilles, désarmé les toboggans de la rechute programmée. Elle s'en réjouissait. 

Elle pensa à cette belle phrase allemande, si commune, que l'on disait jamais en français, même si une traduction en existait : "Ich bin zufrieden"

Dire "Je suis éjouie" ne fait pas partie de la culture française. Elle ne s'était jamais sentie uniquement française. Elle n'avait pourtant pas d'ancêtre allemand. Mais elle avait aimé la langue allemande.

Ce jour-là, elle avait hésité à se rendre à une lecture à voix haute d'un auteur dont elle avait beaucoup aimé un premier texte publié, Planning".

Elle savait qu'autrefois, elle aurait culpabilisé d'hésiter à s'y rendre. Elle avait toujours envie d'y aller. Comme bien souvent, elle se décida à la dernière minute, au feeling. Elle le lirait, de toutes façons. Le rencontrerait. À nouveau. Un autre jour. Elle lirait Le Carnet Lambert de Pierre Escot.

Elle n'en faisait qu'à sa tête. Elle n'avait plus toute sa tête. Elle avait perdu la mémoire. La mémoire immédiate. Elle se retrouvait de plus en plus souvent à mi-escalier, se demandait ce qu'elle était partie chercher.

Le passé qu'elle avait toujours occulté lui revenait sans arrêt. 


Elle n'était plus présente au présent.

Elle n'était plus très présente au monde. Au monde des vivants, des endeuillés, des attristés, des égayés. Elle retrouvait ce qu'elle n'avait jamais pu retrouver, au fil des ans, elle qui n'avait jamais eu le culte du passé, pas même celui du présent. Toujours prête à aller de l'avant.

Elle était armée d'un solide esprit de contradiction. Elle l'avait travaillé, peaufiné, s'en était parée. Elle l'avait utilisé, y avait pensé. 

Elle avait cultivé le dissensus. Elle n'aimait pas la querelle. Gratuite. Méchante. Si bête. 

Elle ne voulait jamais laisser sombrer son intelligence, la remiser dans le placard.

Elle se gardait des jugements à l'emporte-espèce. Elle n'avait plus d'opinion. 

Un temps, elle se crut devenue indifférente. Elle n'était pas indifférente. Elle se sentait différente. S'était toujours sentie ainsi.

Ce jour, elle était heureuse de sa différence. 

Jamais heureuse en même temps que les autres, ni pour les mêmes choses, ou si peu.

Elles les savaient tristes, ravagés, épuisés. Sa conscience, sa prescience la faisait souvent souffrir et réfléchir seule. Elle se rendit compte qu'elle avait perdu le besoin du réconfort mitoyen. Que seule comptait sa survie. Fille de survivants, elle avait appris, sans le savoir, à survivre, en toute occasion. Elle avait quitté le confort d'un cocon en désagrégation avant d'y périr définitivement. Elle avait une âme de survivant. 

Ce n'était pas une âme. C'était un esprit. Un réflexe. Une nature acquise acquise sur le long terme. Ne jamais se laisser emmerder, inflencer, balloter, au gré du vent qui siffle, des balles qui roulent. Elle avait pris le maquis depuis bien longtemps. Le maquis invisible des survivants. Elle n'avait pas besoin, ni envie de se tenir chaud avec des amis de passage, des écrivains qu'elle aimait bien lire, dans l'esprit desquels elle aimait se fondre, se plonger, penser et repenser le monde, le monde des écrivains qui font "bégayer le langage" comme l'avait joliment écrit son cher Gilles&Co*.

Elle reprendrait la lecture de "Nébuleuses" d'Andréas Becker après la merveilleuse mise en théâtre de et par Brigitte Mougin au Khalife, vendredi 13 novembre dernier. Elle rencontrerait Pierre Escot et le lirait une autre fois. Elle aimait découvrir les livres par la lecture. D'abord. Elle se serait privée de rencontrer des auteurs qu’elle aimait, dont elle admirait le travail sur le langage. 

La distance banlieusarde avait souvent raison de son envie de côtoyer ceux qu'elle aimait côtoyer. Elle se sentait parfois trop isolée. Elle s'en accommodait avec plus ou moins bien de facilité. La perspective de trois heures de transports multiples et de passer à côté de l'autre partie de sa vie qu'elle avait tant négligée autrefois, avait souvent raison de son envie de sortir. 

Il lui arrivait souvent de regretter de ne pas s'être un peu poussée. Mais elle n'oubliait jamais de se souvenir de toutes ces fois où elle s'était trouvée ailleurs, se demandait ce qu'elle fichait là, ailleurs, alors qu'elle aurait pu rester ici. Et cela, elle ne l'oubliait pas. Jamais. 

L'horreur de ce sentiment de se dire qu'on a fait l'effort de se  déplacer et que l'on aurait été mieux ici.

Dans le bonheur de la douce chaleur de la domesticité, de la quotidienneté, de la routine tant aimée. C'est si rassurant, la routine. 

Il lui en fallait assez. Mais point de trop. Elle en revenait toujours au juste bien

Boucles d'or avait beau être symboliquement passée à Boucles d'Argent, elle en revenait toujours là. 

Loin des excès. Cela ne se voyait pas. Cette femme de feu, La Dame En Rouge était une indécrottable femme modérée. 

What a lark! 

Personne n'y croirait. 

Elle y croyait, pourtant. 

Elle ne s'était jamais mise en danger. Elle sortait souvent de sa zone de confort. 

Jamais elle ne se mettait en danger. 

Le danger, elle l'avait toujours rencontré par un hasard malheureux, pas franchement de son fait, sauf peut-être une fois, pour une décision qu'elle n'avait pas prise, du moins pas prise à temps, une non-décision qui lui gâcherait beaucoup de temps, d'énergie, d'assurance, de joie d'être.

Vendredi, elle aurait soufflé un homme sur le stand des Éditions Pierre Luquin au Salon de L'Autre Livre. elle voulait se procurer "Grotte". Elle commença à lire le début. Elle insista pour qu'on ne lui en dise pas plus. Elle ne voulait que ce livre-là. Celui-là qui l'avait intéressé depuis longtemps et qu'elle trouvait enfin sur un étal.

Hier soir, encore, elle encore en "Grotte". Elle continuerait demain.

Elle se prépara et sortit. Elle avait rendez-vous à Paris.

Elle avait bien fait de faire ce qu'elle avait fait. Elle était. Elle.


*Gilles&Co : L'Agencement Collectif D’Énonciation constitué du philosophe Gilles Deleuze et du psychanalyste Félix Guattari.

© Simone Rinzler | 16-19 novembre 2015 - Tous droits réservés.

[Document de travail susceptible de recevoir des modifications, notamment corrections des inévitables coquilles.]

Elle se serait installée, muette, À L'Atelier de L'Espère-Luette

11/10/2015

4 #AA Anamnèse de l'amnésie : Elle aurait voulu écrire. Elle seraitallée à son bureau.

4 #AA Anamnèse de l'amnésie : Elle aurait voulu écrire. Elle serait allée à son bureau.

10 novembre 2015

Elle aurait voulu écrire. Elle serait allée à son bureau. Elle se serait égarée en chemin dans la cuisine. Elle aurait vu son ordinateur. L'aurait branché. L'aurait ouvert. Aurait attendu. Elle serait allée se faire un café en attendant. Devant l'évier, elle aurait aperçu sur sa droite, un peu derrière elle, quelques objets qui attendaient d'être lavés. Elle voulut commencer à les laver. Elle repensa qu'elle se rendait à son ordinateur et qu'elle ferait la vaisselle plus tard. Elle était en chemin vers son ordinateur, sur la table de la cuisine, en chemin vers son bureau mental. Elle hésita à faire couler un café. Elle ne voulait pas perdre son idée. 

Elle ferait attention. Elle n'aurait qu'à faire attention. Elle la garderait bien au chaud, son idée, le pouce gauche relevé, pour se souvenir qu'elle devait se souvenir de quelque chose. 

Elle hésita. 

Café moulu ou en dosette ? Quel percolateur utiliser ? Café long et goûteux ou café plus court de moins bonne qualité, trop écœurant. Elle avait l'embarras du choix. Il avait racheté une machine à café supplémentaire. Le luxe du choix du café entraîné par les pannes multiples. Elle n'avait pas besoin de se créer de nouveaux choix. Elle optait toujours pour le percolateur généreux, celui qui ne versait pas une dose fixe d'eau et qui permettait de ne pas mettre une dose de café déterminée à l'avance. Ce n'était plus le vieux percolateur. C'était une machine nouvelle. De facture plus ancienne, elle rendait le même service que l'ancienne. Elle l'appelait toujours la vieille. Elle lui faisait son expresso à l'ancienne, comme dans les cafés. Elle pouvait allonger, raccourcir le café. Elle avait envie de boire beaucoup d'eau. Elle remplit le doseur de deux grosses mesurettes arasées. Plaça la grosse tasse à petit déjeuner à l'endroit idoine. Laissa s'écouler le liquide brunâtre. Regarda la fine mousse crémeuse. Ajouta un morceau de sucre brun bien taillé. Ce sucre de canne au jus si bon, si sirupeux, si suave qu'il masquait l'amertume du café et des jours.

Elle apporta la tasse sur la table de la cuisine, à côté de l'ordinateur. Elle n'avait pas gardé le pouce levé. Elle avait eu du mal à vider le marc du café et avait fait tomber le bras du percolateur. Le jus tiède du café avait étendu sa salissure sur la porte du placard de l'évier. Elle avait pris l'éponge, nettoyé le dégât. Elle avait dû baisser son pouce mnémotechnique à cet instant là. 

Puis, avant de s'installer à l’ordinateur, au moment où elle avait sorti la tasse du dessous de la machine, non sans mal, elle avait aperçu une grande flaque d'eau. Elle aurait mal versé l'eau dans le réservoir ? Elle ne se souvenait pas l'avoir  rempli. L'avait-il fait, lui ? Elle ne le savait pas. Il lui fallut reprendre l'éponge, bien l'essorer, essuyer la flaque d'eau claire. 

Arrivée devant l'ordinateur, elle repensa à la machine. Il lui fallait vérifier d'où venait cette flaque. Peut-être du récipient récupérateur de l'eau usée pâlement colorée de café ?

Elle allait se lever. Elle pensa qu'elle était en train de se disperser. Il fallait pourtant bien nettoyer. Ne pas perdre son idée. Elle jeta un coup d'oeil sur sa gauche. Elle découvrit qu'il y avait davantage de vaisselle à laver qu'elle ne l'avait remarqué auparavant, tout près de l'évier. S'affairer ou écrire ? Elle regarda l'heure. L'heure n'importait plus. Elle était maître de son temps. 

Elle se serait crue maître de son temps. Elle aurait perdu tout son temps. Elle serait arrivée déjà en début d'après-midi. Elle n'aurait ni mangé, ni écrit, ni nettoyé, pas plus qu'elle n'aurait fini de régler le problème avec sa banque qui la promenait avec un service déplorable. Elle ne pouvait plus se faire de virement de compte à compte. Elle n'avait plus de carte bancaire de sa première banque. Elle en était réduite à mendier de l'argent à son conjoint, comme une femme du siècle dernier. Pour mieux la servir, la banque lui avait demandé "Tapez le code". Le code ? Quel code ? Elle s'était trompée. Elle avait oublié le code. Le code de la carte de la première banque. L’effort d'apprentissage du code de la carte de la seconde banque avait fonctionné machinalement. Elle avait appris le nouveau code. Elle n'avait jamais eu deux banques. Elle était dans l'entre-deux banques. Quand elle voulut payer avec la carte de la première banque, elle s'aperçut qu'elle en avait oublié le code. Elle ne voulut pas se faire avaler sa carte. Elle avait assez de tracas avec cette banque qui ne lui rendait plus les mêmes services, changeait ses abonnements sans la consulter, cessait de lui envoyer ses relevés sur papier sans même l'en informer, avait oublié de renouveler sa carte l'an passé à la suite d'une demande de renseignement en agence, une case avait été décochée par l'employé. elle s'était retrouvée enfermée dans un parking, sans l'appoint pour un paiement en liquide, ni de carte valide. Elle en avait assez de ces services de plus en plus défaillants. 

Elle ne se laissa pas démonter pour si peu et changea de carte. Elle sortit sa carte flambant neuve. Composa le nouveau code. Paya et sortit avec ses achats.

Où en était-elle ? Elle avait oublié. Elle ne savait plus où elle en était. Elle ne savait plus ce qu'elle faisait. Elle allait écrire. Elle sentit un appel de son corps. Il n'était plus temps d'écrire. Il lui faudrait se préparer quelque chose à manger. Quoi ? Elle n'aimait pas beaucoup cuisiner. Le café l’écœurait un peu. Elle finissait toujours par le boire froid. Entre deux aller-et-retour entre pas vraiment rien et vraiment pas grand-chose.

Elle ne maîtrisait ni son temps, ni sa mémoire. Quelque chose lui faisait défaut. Ce n'était pas faute de faire tout ce qu'il fallait pour se tenir à flot.

Mais. Ces flaques. Toutes ces flaques. 

Et la faim qui commençait à la tarauder. 

Elle n'avait pas encore commencé à écrire. Elle sentait encore les appels de son estomac vide. Elle venait de s'asseoir à l'ordinateur. Avait fini par boire son infect breuvage refroidi. Se sentait un peu écœurée. Elle ne se souvenait pas de ce qu'elle avait voulu écrire. Elle avait faim. L'écriture ne l'avait pas détournée des affres du réel. Il lui fallait manger. Sans s'occuper auparavant de la petite vaisselle. Sans retrouver ce qu'elle avait voulu écrire. 

Manger. 

Manger. 

Le corps l'appelait.

Elle se serait souvenue de tout. Elle aurait voulu se lever pour s'ouvrir une boîte, se préparer un petit grignottis, grignotta, la mémoire lui revint. 

Le pouce levé. 

L'idée. 

Écrire ou manger ? Manger ou écrire ? Écrire et manger. Manger et écrire ? Que faire ? Elle s'affola. Se faire manger par l'écriture, il n'en était pas question.

Elle se leva et vit la vaisselle, près de l'évier.

Elle se rassît. Se releva. Se rassit. 

Quand ils arrivèrent, elle était assise, affamée, assoiffée, désorientée. 

Prestement, elle se releva et se mit à laver la vaisselle, estomac dans les talons, talons bien plantés dans le sol. 

Elle aurait encore donné le change. 

À qui ? À quoi ? Pourquoi ?

Elle avançait à petits pas. Elle en était déjà à la mi-journée. 

Elle faisait passer le temps, regardant sa mémoire se flétrir. 

Elle avait perdu son temps. 

La mémoire était encore là. 

Pour combien de temps encore ?

Elle aurait patienté jusqu'au soir, dans l'attente de la perte de mémoire.

Elle aurait fini par écrire. Elle ne saurait plus quoi. Elle s'en moquerait. 

Elle pourrait se relire. Ce soir. Demain. Ou dans un an. 

C'était bien commode, l'écriture. 

Ça remplaçait la mémoire perdue. Ça ne la remplaçait pas. Ça la remplissait de fictions invécues. Ça ne remplaçait rien. Elle ne se souvenait jamais de rien. Ça existait. C'est tout. 

(C) Simone Rinzler | 10 novembre 2015 - Tous droits réservés

Écriture de l'amnésie à L'Atelier de L'Espère-Luette

11/09/2015

3 #AA Anamnèse de l'amnésie : Elle aurait perdu quelque chose. Elle nesaurait pas quoi.

3 #AA Anamnèse de l'amnésie : Elle aurait perdu quelque chose. Elle ne saurait pas quoi.



Elle aurait perdu quelque chose. Elle ne saurait pas quoi. Elle chercherait ce qu'elle aurait perdu. Elle chercherait tout le jour, elle chercherait la nuit. Elle ne trouverait pas ce qu'elle avait perdu. Elle avait perdu quelque chose. Elle n'aimait pas perdre. Elle ne perdait jamais rien. Elle avait perdu quelque chose. 

Elle aurait perdu. Elle ne saurait quoi. Elle ne saurait où. Elle chercherait, chercherait, chercherait. Elle aurait perdu. Elle n'aurait trouvé que la perte. Elle aurait tout perdu, for la perte. 

Elle aurait perdu le mouvement. Elle aurait perdu la vie quotidienne. Elle aurait perdu la routine, les emmerdements, petits et grands. Elle aurait tout perdu en perdant le mouvement. Elle aurait tout perdu, sauf la perte.

Elle chercherait, elle chercherait. Elle ne trouverait que la perte. Juste la perte. Rien d'autre. Elle vivrait la perte. Elle vivrait avec la perte. Elle ne saurait pas ce qu'elle avait perdu. Elle aurait perdu.

Elle aurait perdu tout sauf la perte. Elle chercherait, ne trouverait que la perte.

Elle aurait perdu la tête, pas la perte. Elle chercherait ce qu'elle croirait avoir perdu.

Elle avait perdu. Elle ne savait ce qu'elle avait perdu. Elle cherchait. Elle cherchait. Elle ne trouvait que la perte.

Elle s'inquiétait de la perte d'elle ne savait quoi. Inquiète, elle cherchait. Dans le frigo. Dans le bureau, entre deux eaux.

Une angoisse la tenait. Elle pensait qu'elle avait perdu quelque chose.

Elle se levait, cherchait, même derrière les rideaux. Rien. Elle ne trouvait rien. Rien qui la rassure. Elle se rasseyait. Elle cherchait dans sa tête ce qu'elle aurait bien pu perdre. Elle ne trouvait rien. Rien qui la rassure. Rien qui puisse la guider dans sa recherche de la perte.

Était-ce objet ?

Elle se dit : 
- Petit a) Était-ce un objet ?
- Petit b) Était-ce un humain ?
- Petit c) Était-ce un animal ?

Elle pensa qu'elle avait perdu l'objet petit a. Elle pensa qu'elle avait perdu le sujet. Elle pensa qu'elle avait perdu quoi ? 

Elle pensa qu'elle ne pensait pas, qu'elle ne pensait plus. Elle chercha à penser. Elle était perdue dans son absence de pensée. Elle avait perdu la pensée. Elle pensa. Elle pensa. Elle se força à penser. Elle ne trouva pas le chemin de sa pensée. Elle avait perdu la pensée. Mutique, elle alliât du frigo au fauteuil, du fauteuil au frigo. Elle pensait encore à aller se vider aux toilettes. Elle pensa qu'un jour, elle n'y penserait plus. Incontinent, elle se leva. Elle se lava. Elle pensait encore à se laver. Elle ne pensait plus qu'à cela. Se laver. Se faire à manger. Chercher ce qu'elle avait perdu. Perdue dans ses pensées, l'œil vague, au loin, par-delà les rideaux. 

Un rideau recouvrait son corps. Le rideau de douche s'était décroché. Elle n'avait pas remarqué qu'elle se promenait nue, les hanches ceintes d'un rideau de douche déchiré. Elle avait perdu l'équilibre. Sa main avait machinalement agrippé le rideau mouillé. Elle avait perdu la notion du temps. Elle restait là, à  ne pas penser. Sauf à ce qu'elle avait perdu. Qu'elle ne savait pas. Qu'elle l'avait jamais eu.

Il la trouva là, le rideau à la main, assise sur le fauteuil, une mare à ses pieds, le regard perdu sur les rideaux de percale rouge. Elle se secoua. Le rideau venait de se décrocher. Elle venait de chuter dans la douche. Elle s'apprêtait à recoudre le rideau de douche. Dans l'instant étiré. Elle avait retrouvé quelque chose du monde. Il était là, devant elle, le rideau à la main, face aux rideaux de la fenêtre du jardin.

Elle avait perdu. Connaissance ?

Elle avait perdu quelque chose. Elle ne savait plus quoi.

© Simone Rinzler | 9-10 novembre 2015 - Tous droits réservés 

[Document de travail susceptible de subir des modifications]

Perdu quelque chose. Prière de le rapporter À L'Atelier de L'Espère-Luette

11/05/2015

2 #AA Anamnèse de l’amnésie : Elle avait un trouble de l’accommodation

#2AA Anamnèse de l’amnésie

Elle avait un trouble de l’accommodation


Récit (Version #1)

5 novembre 2015

Elle avait un trouble de l’accommodation. Ses yeux partaient en goguette, se fixaient dans le vague, n’accommodaient pas.

Ses yeux ne s’accommodaient pas. Elle ne s’accommodait pas.

Elle ne s’accommodait pas du monde social.

Elle avait lu Bourdieu, avait acquiescé à son Si je peux supporter le monde social, c’est que je peux m’indigner.

Elle ne pouvait pas s’indigner. Elle ne pouvait plus s’indigner. Elle ne pouvait plus s’accommoder de la seule indignation. Elle ne s’accommodait pas. Elle n’était plus commode. Elle trouvait que c’était trop facile, trop commode, que cela ne suffisait pas.

L’indignation commode, et pourquoi pas son cul dessus ?, s’indignait-elle, seule, devant son meuble à tiroirs, à tenter de ranger les vestiges de son passé qui ne voulait pas passer.
Elle avait un trouble de l’accommodation.

L’accommodation, elle en avait soupé. Elle avait une indigestion de l’accommodation. On s’accommode. On s’accommode. Et puis, un jour, on ne s’accommode plus. On se trouve, le regard vague, dans le vague, pendant une réunion. On ne s’accommode pas, on ne s’accommode plus des explications alambiquées : Alors, tu vois, tu comprends ?, pour la bonne gouvernance du département… tu comprends …,… se mettre en conformité avec…, tu comprends ?..., tu comprends…,  la DFPTG…, en synergie avec la CCODP,… tu comprends ?,… Le COF de la DGIP…, … pondéré par…, tu comprends ?..., le directeur Europe de la branche Synergie Europe spécialement dépêché de Dublin continuait son monologue, tutoyant l’assemblée, la berçant de son doux accent si charmant. Il était intarissable. C’était un sportif de haut niveau de la tchatche nordique, endurante, lancinante, insistante, persistante. Il ne lâchait jamais rien et revenait, avec sa douceur naturelle de petit homme habitué à souffrir vers plus de sainteté pontificale, il reprenait incessamment, après chaque objection par son éternel Tu comprends ?... à la fois spécifique et générique, s’adressant à la fois à l’objecteur, en conscience, au gêneur, à l’empêcheur de gouverner en rond et à l’assemblée, générale.

Lui aussi, avait un sérieux trouble de l’accommodation.

L’accommodation aux autres. L’accommodation au réel. Il avait lu Marx et La Bible. Pas dans cet ordre. Il avait réponse à tout. Jamais pris en défaut, il s’accommodait des objections, un petit tour de Tu comprends ?..., et il repartait dans son idée fixe, qui n’était jamais la même, qui n’était jamais la sienne, mais celle que lui imposaient ses chefs. Ce petit chef n’avait jamais été chef. Il obéissait aux chefs, ses n+1, n+2, n++. Il obéissait aux injonctions. C’était un bon petit soldat. Il n’était pas soldat de Dieu. Son projet de papauté lui avait échappé avec son mariage avec une belle anorexique notoire. Il était né pour être tourmenté. Il n’avait pas pu réaliser son rêve de chefferie suprême. Il était devenu un petit cheffaillon, tu comprends ?..., il relayait la parole des chefs, un petit homme ordinaire, intelligent, qui n’avait pas eu le courage de son intelligence et avait préféré mettre ses pas dans les pas de ses chefs. Un bon exécutant, ça vous rappelle des gens, nécessairement, tu comprends ?…

Pendant une de ces interminables réunions, tu comprends…, son esprit s’égara.

Elle se mit à fixer le vide. Elle développa son trouble de l’accommodation. Elle ne s’accommodait plus de ces Tu comprends ?...

Cela se comprend, tu comprends...

L’accent ne lui parut plus charmant, la douceur de la voix ne la berçait plus gentiment. Nulle agression, jamais. De la douceur, de la componction, de la compréhension, et le retour, subreptice, de Tu comprends ?…

L’effet de répétition avait abrasé le sens. Le sens des mots. Le sens du réel. Le sens de ces réunions. Le langage même subissait une abrasion subtile, les interactions se muèrent en jeux de rôles infructueux où seul le maître du jeu restait le maître du jeu de l’incompréhension et de l’accommodation impossible, Tu comprends ?... Oui. Elle comprenait. Elle comprenait qu’objecter devenait inutile. Elle comprenait que toute résistance frontale ne faisait qu’allonger le temps d’exposition au discours lénifiant. Lénifiant. Lénine. Association d’idées. Lénine avait écrit Que faire ? Elle ne se posa même pas la question Que faire ? ce jour-là. Elle fit. Elle fit ce qu’elle put. Elle fit Rien. Le jour où son trouble de l’accommodation la cueillit en pleine réunion, mûre à souhait, prête à tomber, déjà blettie par le ronron du discours lénifiant, parodie de concertation dont l’issue était déjà prévisible d’avance : Je vais te la mettre profond, tu comprends ?..., elle n’avait pas eu le temps de comprendre. La schize la prit. Elle se fendit en deux. Son corps resta là. Son esprit s’enfuit, emportant son regard. Elle échappa de justesse au viol de sa conscience, par la non-pensée, le regard dans le vague, l’œil non accommodé. Elle pourrait prétendre qu’elle n’avait pas été là quand cela s’était passé. Elle était là sans y être. Son mécanisme de défense s’était mis en route. Elle avait quitté son corps, quitté la réunion, quitté le corps social. Elle ne faisait plus corps avec le corps social. Son psychisme avait lâché.

Elle ne le savait pas encore.

Elle avait cessé de prendre des notes frénétiquement, pour suivre toutes les argumentations, les objections, envisager les contradictions et parvenir à une diminution du dommage, du ravage en cours dans ce gavage de discours lénifiant remplaçant tout dialogue, toute concertation et tout accord même minimal sans dol ni violence. Elle ne pouvait donner son assentiment à ce qu’elle ne nommait pas encore. Elle n’avait pas nommé La Mascarade. Elle n’aimait pas les étiquetages hâtifs, les étiquetages machinaux. Elle ne nommait pas La Mascarade. Elle la vivait. Elle souffrait le martyr de la mascarade encore irrépertoriée, encore impensée, encore invisible, faute de mots pour la dénommer. Sa nomination adamique n’avait pas eu lieu. Elle n’eut pas le temps de désigner la mascarade du nom de mascarade. Elle se scinda.

Le viol de sa conscience était trop déchirant.

Sans même s’en apercevoir, elle s’était échappée de la mascarade innommée et innommable. Elle n’avait pas lutté. Elle n’avait pas crié. Elle avait laissé faire. Son esprit s’était enfui. Son corps était resté là, coupable d’être resté sans bouger, coupable d’être venue là de son plein gré. Coupable. Coupable. Coupable. Comme tous les violés du monde. Coupable de n’avoir rien dit. Coupable de ne pas être sortie. Coupable de ne pas avoir fui. Coupable. Coupable. Coupable.

Le Très Catholique Cheffaillon avait bien travaillé.

Ils se sentaient tous coupables et ne s’en rendaient même pas compte, aveuglés qu’ils étaient tous par leur volonté feuerbachienne, marxienne, chrétienne ou républicaine, de changer le monde par leur action, par leurs idées, par leur présence, par leur entrisme, par leur pragmatisme, par leur résistance, par leur résilience, par leur bonne volonté, par leur accommodation à l’accommodation des choses.

On s’accommode, tu comprends ?

Coupable sans le savoir, elle se laisser violer la conscience. Elle désaccommoda ses yeux, elle désacommoda son esprit, elle s’envola vers le monde des déments.

Elle était partie au loin, exilée de son propre corps, exilée du corps social.

© Simone Rinzler | 5 novembre 2015 - Tous droits réservés 

Difficile Accommodation À L'Atelier de L'Espère-Luette

11/04/2015

#1aAA Anamnèse de l'amnésie : Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. (Récit. Version #1. Incipit

1a #AA Anamnèse de l'amnésie : Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. (Récit - Version #1 - Incipit)


Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. Elle aurait perdu pied. Elle aurait fui vers un ailleurs insondable. 

Elle aurait la tête dans les nuages. Elle aurait l'esprit ailleurs. Son corps serait resté, immobile. Elle aurait expiré, inspiré, expiré, machinalement, en silence.

Ses oreilles auraient tinté. Elle aurait pris conscience du bruit du silence. Écoulement liquide du réfrigérateur, souffle léger de la chaudière, discret deuk-deuk de l'horloge radiocommandée désynchronisé de la petite horloge à pile au design désuet. L'acouphène de son oreille droite se serait fait entendre. Discrètement, sobrement, puis plus audible. Elle aurait cherché celui de l'oreille gauche, toujours un peu plus doux, murmure imperceptible.

Elle aurait fixé le vide, la tête légèrement penchée vers la droite, en direction de la grande fenêtre lumineuse, sans accommoder son regard nulle part. Elle aurait perçu le rouge de la percale du rideau, aurait ressenti une douce chaleur.

Elle était bien, là, assise. Sa tête se trouva vers la petite fenêtre sur sa gauche, du côté plus sombre en cette fin d'après-midi d'automne radieux. La tête tendue vers le haut, à gauche, elle reprit ses esprits. 

Elle se rendit compte qu'elle était en train d'écrire, là, sur son fauteuil de repos, sans bouger, le regard fixe se remobilisa, la tête tourna consciemment vers la fenêtre à droite. Elle se regardait ne rien faire. Elle avait commencé à écrire, à son insu, l'histoire de cette femme sans mémoire, sans tête, au regard vague, l'esprit ailleurs et le corps posé là. 

Elle chercha quand cela avait commencé. Cette capacité à s'abstraire du réel qui l'aurait fait passer pour une démente si elle n'avait été seule dans sa grande pièce. Elle avait toujours chéri cette capacité-là. Elle lui avait permis d'avoir une riche vie intérieure quand la vie extérieure ne l'intéressait pas ou ne la sollicitait pas de ses Danses Royales des Aulnes, quand elle se laissait aller à laisser aller, à laisser filer, le temps, la vie, le bouillonnement extérieur et qu'aucune crue intérieure ne la remuait dans sa symphonie sans fond.

Un rare moment de calme profond, imperturbé, ineffable.

Sans que les traits de son visage ne fissent aucun mouvement, elle se sentait sourire de l'intérieur, alanguie dans une douce chaleur. Elle était bien. Sans écran, ni papier, elle était là, présente à soi. Elle écrivait l'histoire de cette femme. Elle y était.

Quelque chose, elle ne se souvient plus de quoi, la secoua de sa rêverie sans pensée. La pensée se mit en route. Ce soir, elle écrirait. Elle savait qu'elle avait la main, qu'elle avait la tête. À ça. Même quand elle n'y était pas depuis des jours et des semaines. Elle n'avait jamais paniqué. Elle savait que cela reviendrait. Elle savait que cela revenait. Le récit venait de s'imposer. Quelques lignes un peu floues, inécrites, informulées, resteraient accrochées à son esprit le temps qu'il faudrait jusqu'à ce qu'elle ait le temps et le loisir de s'y remettre.

Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle se leva ou resta là, encore, un instant, où longtemps. Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle resta là, encore un instant, ou longtemps, ou si elle se leva.

Elle se leva.

Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle se leva ou si elle resta là encore longtemps.

Elle resta assise. Elle ne sait plus.

Elle se leva.

Elle ne se souvient plus de ce qui se passa. De qui arriva, de ce qui arriva. Bien sûr, elle se souvenait du plus important. De sa visite quotidienne, de sa grande joie. Elle avait des tressaillements. Plusieurs bouffées lui échauffèrent le visage. Elle se rassit à chaque fois. Son corps était mal. Encore endolori de la douleur. Encore un peu souffrant. Elle senti le sel de sa peau en passant sa langue au-dessus de sa lèvre supérieur. Elle vérifia. Elle avait été en nage. Sa peau était salée. Elle n'avait pas rêvé ces échauffements soudains. Elle vérifia qu'elle n'avait pas davantage de fièvre que la veille. 

Elle se posa, se reposa, se releva, discuta un peu avec ceux qui passèrent dans la pièce. Elle se sentait dans un état étrange, un peu second. La mauvaise nuit avait un peu endommagé sa journée. Elle se sentait fatiguée. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus de mauvaises nuits. Ce matin, en repartant de chez le dentiste, elle avait vacillé, titubé comme une femme ivre. Le manque de sommeil donnait à toute chose une coloration irréelle, une sensation d'engourdissement et de subtils achoppements. Elle n'aurait pas dû porter de si hauts talons pour passer au cabinet du Docteur C. Elle se crut obligée de se justifier. Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle avait vu de bon matin. Elle avait titubé de fatigue et du manque d'habitude de si hauts talons en se relevant du fauteuil technique si profond. Elle s'en était extirpée avec aisance, contente du beau travail dans sa bouche étincelante au possible, compte tenu de son âge.

Au moment de se pencher vers le portemanteau, son corps fut attiré dans le mouvement vers le mur où pendait sa belle écharpe et son manteau flamboyant. Tituber ainsi, voilà qui gâchait l'illusion. Elle eut conscience qu'elle se devait de justifier son étourdissement passager. Elle ne buvait pas. Elle n'avait pas bu. Il n'était pas encore midi. Elle croit même qu'elle eut un peu honte de son corps qui la trahissait soudainement. Elle ne s'en morfondit pas. Elle rentra chez elle, lentement. Elle ne faisait pas confiance à ce corps épuisé par une nuit sans sommeil. Sans sommeil mais sans problème. Elle savait qu'après avoir dormi plus de deux jours, son corps endolori par un refroidissement, son corps, son dos, courbaturés, l'avaient lâchée. Il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Elle rentra à la maison, vaqua à ses occupations, prépara le déjeuner et déjeuna en connue compagnie, attendant le moment de pouvoir s'étendre pour réparer le manque de sommeil total qui venait, à nouveau, de la frapper, mais sous un mode différent. Elle bavarda pendant le déjeuner, sans se lancer dans de grandes discussions. Elle savait qu'elle n'aurait pas la concentration nécessaire. Et allait bientôt se retourner seule pour l'après-midi. Il lui suffisait de patienter, à l'économie.

Elle se releva de sa sieste, barbouillée. Elle se sentait encore dans un état étrange, différent, inhabituel. Il lui sembla qu'elle n'avait pas bien digéré. Elle ne s'en formalisa pas. Ce soir, elle mangerait léger, une fois n'est pas coutume. Elle serait seule ce soir. Ce serait facile.

En essayant de reconstruire le passé de cette journée, elle pensa que ce fut après cette sieste lourde, chaude et peu reposante, qu'elle se retrouva ainsi, assise, inerte, inanimée, perdue dans une absence de pensée. 

Elle ne se doutait pas qu'elle venait de recommencer à écrire. Sans heurt. Sans douleur. Sans même y penser. Sans même tenir de stylo, ni tapoter sur un clavier. L'écriture était revenue à son insu. 

Les acouphènes avaient bien sûr disparu, sauf lorsqu'elle y repensa. Son oreille consciente entendit les deux légers sifflements. Ils disparaîtraient dès qu'elle se lèverait pour préparer son très léger souper.

Elle souperait d'une soupe, d'un gros quignon de pain un peu sec et d'un grand verre d'eau, pour commencer.

Elle se leva et préparera ce qui était une réjouissance annoncée. Pouvoir manger ce qui la tentait, ni plus, ni moins.

Elle se leva et se dirigea vers la cuisine.

© Simone Rinzler | 3 novembre 2015 - Tous droits réservés

[Document de travail - Quelques coquilles ont été corrigée. L'une, imposée par le correcteur orthographique, a été conservée pour son étrange poésie. Une seconde version, plus longue sera également proposée un peu plus tard. Elle est encore en travail.]

Mémoire de la pensée À L'Atelier de L'Espère-Luette

1b #AA Anamnèse de l’amnésie. Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. (Récit. Version #2)

1b #AA  Anamnèse de l’amnésie (Récit Version #2 - Incipit)

Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête.

[Merci de me dire lequel vous préférez, et surtout pourquoi, si vous en avez le temps, l'envie et l'appétit. Pour ma part, mon choix est déjà fait, mais je ne vous dit pas ce qui a ma préférence pour l'instant. Il faut que tout cela repose un peu. Et la suite est déjà dans les tuyaux... Bientôt en ligne. Encore en  cours de travail...]

3-4 novembre 2015

Elle aurait perdu la main. Elle aurait perdu la tête. Elle aurait perdu pied. Elle aurait fui vers un ailleurs insondable.

Elle aurait la tête dans les nuages. Elle aurait l'esprit ailleurs. Son corps serait resté, immobile. Elle aurait expiré, inspiré, expiré, machinalement, en silence.

Ses oreilles auraient tinté. Elle aurait pris conscience du bruit du silence. Écoulement liquide du réfrigérateur, souffle léger de la chaudière, discret deuk-deuk de l'horloge radiocommandée désynchronisée du tic-tic régulier de la petite horloge à pile au design géométrique désuet. L'acouphène de son oreille droite se serait fait entendre. Discrètement, sobrement, puis plus audible. Elle aurait cherché celui de l'oreille gauche, toujours un peu plus doux, murmure imperceptible.

Elle aurait fixé le vide, la tête légèrement penchée vers la droite, en direction de la grande fenêtre lumineuse, sans accommoder son regard nulle part. Elle aurait perçu le rouge de la percale du rideau, aurait ressenti une douce chaleur.

Elle était bien, là, assise.
Sa tête se tourna vers la petite fenêtre sur sa gauche, du côté plus sombre en cette fin d'après-midi d'automne radieux. La tête tendue vers le haut, à gauche, elle reprit ses esprits.

Elle se rendit compte que sans même le savoir 'elle était déjà en train d'écrire, là, sur son fauteuil de repos, sans bouger. Le regard fixe se remobilisa, la tête se tourna consciemment vers la fenêtre, à droite, à nouveau. Elle se regardait ne rien faire. Elle avait commencé à écrire, à son insu, l'histoire de cette femme sans mémoire, sans tête, au regard vague, l'esprit ailleurs et le corps posé, là.

Elle chercha quand cela avait commencé. Cette capacité à s'abstraire du réel qui l'aurait fait passer pour une démente à cet instant même si elle n'avait été seule dans sa grande pièce. Elle avait toujours chéri cette capacité-là. Elle lui avait permis d'avoir une riche vie intérieure quand la vie extérieure ne l'intéressait pas ou ne la sollicitait pas de ses danses royales des aulnes, quand elle se laissait aller à laisser aller, à laisser filer, le temps, la vie, le bouillonnement extérieur et qu'aucune crue intérieure ne la remuait dans son symphonie, son aphasie, dans le tourbillon de son siphon sans fond, font, font, les petites marionnettes...

Un rare moment de calme profond, imperturbé, ineffable, l’enroba. Le moment lui sembla doux. Elle ressentit une chaleur inconnue. La chaleur de la reconnexion avec quelque chose de profond, tapi, là, au tréfonds, qui ne l’avait jamais quittée et qu’elle avait oublié. Une douceur d’être. Seule. Bien. Indérangée. À l’instant même où elle s’interrogeait sur son état mental, elle sentait quelque chose se rebrancher sans mouvement, sans effort. C’était là, avec elle, en elle. C’était elle. Vraiment elle. Pas le personnage social qu’elle s’était confectionné, jour après jour, rôle après rôle, tâche après tâche. Elle ne le perçut pas aussi clairement à ce moment-là. Elle se contentait d’être là. Présente. À l’état, sinon naturel, du moins, hors de son état social, actuel ou ancien. Elle ne savait pas, ne savait plus qu’elle était son état social. Elle savait qu’elle était là. Elle se sentit bien. Bien là. À sa place. La sienne. Celle qu’elle s’était aménagée à grand peine.

Sans que les traits de son visage ne fissent aucun mouvement, elle se sentait sourire de l'intérieur, alanguie dans une douce chaleur. Elle était bien. Sans écran, ni papier, elle était là, présente à elle-même. Elle écrivait l'histoire de cette femme. Elle y était. Elle était à nouveau entrée en écriture, comme d’autres entrent en scène ou en cuisine. Elle était à son bureau mental, dans son atelier de l’être et de la pensée, sans même avoir pris la peine d’y penser. Elle était mieux que prête. Elle y était déjà. Elle sentit la douceur d’être après avoir tant couru après la clameur de l’être.

Quelque chose, elle ne se souvient plus quoi, la secoua de sa rêverie sans pensée. La pensée se mit en route. Ce soir, elle écrirait. Elle savait qu'elle avait la main, qu'elle avait la tête. À ça. Même quand elle n'y était pas depuis des jours et des semaines. Elle n'avait jamais paniqué. Elle savait que cela reviendrait. Elle savait que cela revenait. Le récit venait de s'imposer. Quelques lignes un peu floues, inécrites, informulées, resteraient accrochées à son esprit le temps qu'il faudrait jusqu'à ce qu'elle ait le temps et le loisir de s'y remettre. Elle n’avait pas perdu la main. Elle n’avait pas perdu la tête. À sa tête pas même défendante, la main et la tête, perdues peut-être, s’étaient retrouvées liées, dans l’immobilité du calme reconquis dans la solitude et le silence.

Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle se leva ou resta là, encore, un instant, où longtemps. Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle resta là, encore un instant, ou longtemps, ou si elle se leva.

Elle se leva.

Elle ne sait plus ce qu'elle fit ensuite. Si elle se leva ou si elle resta là encore longtemps.

Elle resta assise. Elle ne sait plus.

Elle se leva.

Elle ne se souvient plus de ce qui se passa. De qui arriva, de ce qui arriva. Bien sûr, elle se souvenait du plus important. De sa visite quotidienne, de sa grande joie. Elle avait des tressaillements. Plusieurs bouffées lui échauffèrent le visage. Elle se rassit à chaque fois. Son corps était mal. Encore endolori de la douleur. Encore un peu souffrant. Elle senti le sel de sa peau en passant la langue au-dessus de sa lèvre supérieur. Elle vérifia. Elle avait été en nage. Sa peau était salée. Elle n'avait pas rêvé ces échauffements soudains. Elle vérifia qu'elle n'avait pas davantage de fièvre que la veille.

Elle se posa, se reposa, se releva, discuta un peu avec ceux qui passèrent dans la pièce. Elle se sentait dans un état étrange, un peu second. La mauvaise nuit avait un peu endommagé sa journée. Elle se sentait fatiguée. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus de mauvaises nuits. Ce matin, en repartant de chez le dentiste, elle avait vacillé, titubé comme une femme ivre dès le lever. Le manque de sommeil donnait à toute chose une coloration irréelle, une sensation d'engourdissement et de subtils achoppements. Elle n'aurait pas dû porter de si hauts talons pour passer au cabinet du Docteur C. Elle se crut obligée de se justifier. Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle avait bu de bon matin. Elle avait titubé de fatigue et du manque d'habitude de si hauts talons en se relevant du fauteuil technique si profond. Elle s'en était extirpée avec aisance, contente du beau travail dans sa bouche étincelante au possible compte tenu de son âge. La nouvelle prothèse était invisible, accordée au blanc jauni par les années de sa belle dentition autrefois carnassière. À la demande du professionnel de l’art dentaire, elle avait contemplé son nouveau sourire, adouci, lavé de son aspérité. Elle venait de faire cacher son unique dent de lait dont elle était si fière. Elle était toujours là, dessous, cachée sous la discrète jaquette neuve. Elle pouvait rester fière de sa bonne santé dentaire de bien portante. Le sourire de vieille sorcière que sa minuscule quenotte d’enfant brunie par le temps avait peu à peu fait apparaître, insensiblement, avait disparu depuis quinze jours déjà, sous l’amalgame provisoire. Elle ne se préoccupait pas de son sourire. La chose était entendue depuis bien longtemps déjà. Elle avait franchi le pas de la réparation cosmétique qu’elle s’était toujours juré de ne jamais franchir.
Au moment de se pencher vers le portemanteau, son corps fut attiré dans le mouvement vers le mur où pendaient sa belle écharpe floconneuse et son nouveau manteau flamboyant. Tituber ainsi, voilà qui gâchait l'illusion. Elle eut conscience qu'elle se devait de justifier son étourdissement passager. Elle ne buvait pas. Elle n'avait pas bu. Il n'était pas encore midi. Elle croit même qu'elle eut un peu honte de son corps qui la trahissait soudainement. Elle ne s'en morfondit pas. Elle rentra chez elle, lentement. Elle ne faisait pas confiance à ce corps épuisé par une nuit sans sommeil. Sans sommeil mais sans problème. Elle savait qu'après avoir dormi plus de deux jours, son corps endolori par un refroidissement, son corps, son dos, courbaturés, l'avaient lâchée. Il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Elle rentra à la maison, vaqua à ses occupations, prépara le déjeuner et déjeuna en bonne compagnie, attendant le moment de pouvoir s'étendre pour réparer le manque de sommeil total qui venait à nouveau de la frapper, mais sous un mode différent de ce qu’elle avait connu auparavant. Elle bavarda pendant le déjeuner, sans se lancer dans de grandes discussions. Elle savait qu'elle n'aurait pas la concentration nécessaire. Elle allait bientôt se retrouver seule pour l'après-midi. Il lui suffisait de patienter, à l'économie.

Elle se releva de sa sieste, barbouillée. Elle se sentait encore dans un état étrange, différent, inhabituel. Il lui sembla qu'elle n'avait pas bien digéré. Elle ne s'en formalisa pas. Ce soir, elle mangerait léger, une fois n'est pas coutume. Elle serait seule ce soir. Ce serait facile.

En essayant de reconstruire le passé de cette journée, elle pensa que ce fut après cette sieste lourde, échaudée, échauffée, enchaleurée,peu reposante, qu'elle se retrouva ainsi, assise, inerte, inanimée, perdue dans une absence de pensée.

Elle ne se doutait pas qu'elle venait de recommencer à écrire. Sans heurt. Sans douleur. Sans même y penser. Sans même tenir de stylo, ni tapoter sur un clavier. L'écriture était revenue à son insu.

Les acouphènes avaient bien sûr disparu, sauf lorsqu'elle y repensa en l’écrivant. Son oreille consciente entendit les deux légers sifflements. Ils disparaîtraient dès qu'elle se lèverait pour préparer son très léger souper.

Elle souperait d'une soupe, d'un gros quignon de pain un peu sec et d'un grand verre d'eau, pour commencer.

Elle se leva et préparer ce qui était une réjouissance annoncée. Pouvoir manger ce qui la tentait, ni plus, ni moins. Le vrai délice épicurien du juste bien.

La blonde Boucles d’Argent se leva et se dirigea vers la cuisine.

© Simone Rinzler | 3-4 novembre 2015 - Tous droits réservés 

[Document de travail. Susceptible de modifications, dont corrections des coquilles, notamment]

Mémoire de la pensée À L'Atelier de L'Espère-Luette