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10/04/2015

#20 CR Carnets de retraite : Anamnèse 1 Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. Jétais enfant. j'inventais un type nouveau de roman.

#20CR Carnets de retraite : 

Anamnèse 1 : 

Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. J'étais enfant. J'inventais un type nouveau de roman....


Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. J'étais enfant. J'inventais un type nouveau de roman. Je pense que je devais être encore à l'école primaire. J'avais envie d'être romancière. J'imaginais un roman qui passerait d'un personnage à l'autre, au gré des rencontres dans la rue.

Sans le savoir, j'étais déjà dans une démarche proche de celle de l'OuLiPo et, sans le savoir, Pérec, Le Lyonnais et Queneau m'avaient déjà plagiée par anticipation, selon la formule oulipienne consacrée.

Ensuite, les souvenirs sont plus flous. Avais-je sur-le-champ inventé l'histoire de la puce qui saute de personne en personne comme elle saute de chien en chien, ou l'histoire de la puce, trouvée ailleurs dans des blagues dont j'étais friande, s'est-elle superposée sur ce qui était mon idée de roman, je ne saurais le dire.

J'imaginais une histoire, histoire sans fin, d'une histoire qui sauterait de personnage en personnage. Je n'avais pas d'idée précise de ce que raconterait cette histoire.

Depuis que j'écris (quand je dis "J'écris", je veux toujours dire que j'écris dans le cadre d'un projet littéraire et non plus universitaire), depuis que j'écris, voici plus de deux ans maintenant, je sens bien que ce que je ne savais pas être mon projet de roman se concrétise sous la forme d'une écriture du fragment.

De l'éparpillement des observations du monde surgit une image du monde, de mon monde, tel que je le vois.

Le monde tel que je le vois n'est LE monde. C'est la vision que j'ai du monde, attachée à ma propre perception de (petite) personne. Ce n'est pas LA vérité du monde, c'est la Justesse du monde tel que je le vois, tel que je l'envisage.

Or personne ne garde jamais la même vision du monde. Les circonstances, ce que l'on vit ou a vécu, ce que l'on attend, espère ou craint colore notre vision du monde. Je ne fais pas exception à ce qui me semble être une vérité universelle (et ne l'est donc probablement pas pour tout le monde). Ce n'est pas une vérité universelle. Ce qui compte n'est pas le vrai, mais ce qui est juste. Je devrais alors parler de Justesse universelle, mais je crains de tomber dans le pompeux et de faire perdre patience à mes lecteurs. 
Il paraît que j'en ai. 
Ce qui me ravit et combe mon rêve de petite fille qui se rêvait écrivain, mais ne s'était jamais rêvée Professeur d'université...Peut-être une des autres raisons de l'échec dans la toute dernière ligne pas si droite ? Je n'en avais jamais vraiment rêvé. je n'étais pas prête à tout pour être Professeur des universités, dans les conditions actuelles. Vous savez, ce refus que l’on peut avoir à collaborer à quelque chose qui nous fait horreur... Ma fibre politique, qu'on la prenne par le bout de l'Humanisme, du Communisme, de l'Anarchisme, du Christianisme ou de la Judéité, me dictait de ne pas collaborer. Certes, j'aurais pu continuer à faire ce que j'avais toujours fait. Rester et résister. Mais mes forces de résistances s'étaient épuisées. J'étais arrivée tout au bout d'un processus dont le but n'était pas de publier des livres, de devenir Professeur d'Université, mais bien de continuer mon chemin d'homme de sexe féminin.
Cette digression, fort à propos, me ramène à mon sujet. Je suis une femme du fragment, de la vie fragmentée. Mon travail d'écrivain est de donner une cohérence à cet ensemble de fragments. Non pour écrire vrai. Mais pour écrire juste. 

Et non plus, juste pour écrire, sans but.

Au fur et à mesure de l'écriture, s'instaure une écriture du monde. Juste comme je le vois. Juste et juste.

Je ne peux écrire sans partir de moi.

Pour donner une vision juste du monde, comme je le vois, à ce moment d'écriture-là.
© Simone Rinzler | 4 octobre 2015 – Tous droits réservés
Je suis retournée à l'atelier de la pensée à L'Atelier de L'Espère-Luette
 
 


10/03/2015

#19CR Carnets de retraite : Le coup de fil...

#19CR Carnets de retraite : Le coup de fil...


[Sonnerie du téléphone] 

Elle décroche. Voix masculine enjouée.

- AAAAAAAAAllooo ! 
- J'te manque ? 
- Non !!
- Ah ! Bah, ça tombe bien. Tu m'manques pas non plus et en plus, j'ai une dalle d'enfer ! J'ai fait ma balade à vélo, les courses, je suis vannée et j'ai une faim de loup, que dis-je de loup ?, d'ogresse, oui ! J'allais t'appeler. Je voulais te prévenir que j'allais manger sans t'attendre pour me préparer !
- Ah, bah, ça tombe bien. Je t'appelais pour te dire que je n'allais pas rentrer tout de suite. On a bien avancé, mais là, on a un problème. Y'a G. qu'a monté l'évier à l'envers, il nous a perdu des boulons, il a forcé sur le métal. Tout est tordu. on a essayé de remettre ça, mais je ne suis pas sûr de pouvoir tout arriver à tout détordre. Il me manque des outils, Mais on essaie encore avec H. Je ne devrais pas arriver avant neuf heures et demie.
- Super ! Je vais manger mes restes. Je t'attends tout à l'heure. Prépare-toi. parce que moi, quand j'aurai mangé, ch'te préviens, j'serai prête !
- C'est ça ! C'est ça ! Prépare-toi !

© Simone Rinzler | 3 octobre 2015 – Tous droits réservés

Bon, c'est pas l'tout. J'vais l'appeler.
Ah ! Ça rigole bien à L'Atelier de L'Espère-Luette



#18CR Carnets de retraite : Dans la chapelle désertée (Récit complet) (août-octobre 2015)

  aller vers une acceptation à la vie, un consentement [...]
[...]  pas pour publier des livres
.pour chercher à me connaître.   [...]
C’est une vaste aventure

On ne peut pas écrire en dehors de soi

Ce travail sur soi-même, c’est ce qu’on peut appeler cette dimension spirituelle.

Charles Juliet

 2 octobre 2015
Rencontre Librairie Dédicaces
Rueil -Malmaison

Dans la chapelle désertée...

Dans la chapelle désertée des utopies vécues et rêvées, je pénètre en silence, religieusement. J’admire les vestiges de ce que fut le long XXe siècle, siècle de terreur, d’horreur, et de bonheur. Au soir de ma vie, j’erre parmi les souvenirs épars de ce qui fut le temps de mon insouciance, de mes croyances, de mes terreurs d’enfance, aussi. Je prends le temps de déambuler. J’ai toujours aimé déambuler, marcher lentement, observer, rêvasser, quand la vie ne me tenait pas à l’écart de ma pente songeuse.
Un jour, j’ai dû apprendre à ralentir, à m’alanguir, à freiner de toutes mes forces mon activité débordante. Je craignais l’ennui. Je craignais l’ennui de la solitude. Je craignais la perte de ma jeunesse, aussi. Puis j’ai ralenti, ralenti, ralenti. Je découvrais des trésors de patience, d’intériorité, d’entretiens avec moi-même. Quelques rares moments d’ennui, aussi. Aussitôt dissipés par l’envie. L’envie de ce que j’aimais. Plus que tout. L’envie de faire ou de ne pas faire, à mon gré. L’envie de me délecter de la douceur d’être. Sans violence. Sans plus me faire violence pour me conformer. J’avais fait la découverte de mes aspirations profondes. Plus besoin d’apprendre à respirer, à expirer, pour faire sortir l’angoisse. Je n’étais plus la fille rigolote et sociable et gentille que l’on avait connue. Je ne cherchais plus à plaire. Je n’aspirais qu’au maintien de mon calme et de ma détermination retrouvée. S’il me restait encore, trop souvent à mon goût, des relents de « Si tu veux », de « Comme tu veux », je sentais au plus profond de moi-même que chaque assentiment qui ne fût consenti, profondément consenti, désiré, voulu, était une nouvelle petite défaite sur la conquête de mon bien-être nouvellement acquis.

Las, mon activité était solitaire.

On n’aime pas le solitaire. On n’aime pas la solitude.
Le solitaire effraie.
Le solitaire intrigue.
Qui peut bien être celui-là qui peut se passer de nous ? Qui peut bien être celle-là qui ne s’ennuie pas sans nous ? Qui peut s’occuper des heures, sans jamais se lasser, ni s’effrayer dans un si vaste monde, si cruel, si pervers, si dangereux ?
Qui ne réclame pas notre protection ?
Juste notre affection, notre amour, nos caresses ?

© Simone Rinzler | 16 août 2015 – Tous droits réservés

Sans le savoir, elle fut une femme-enfant

Sans le savoir, elle fut une femme-enfant. Elle ressentait en permanence le besoin d’être protégée du monde, de sa mère, de sa peur de la mort, de ses collègues atrabilaires et pervers. La femme enfant a grandi. Devenue adulte, elle ne supporte plus l’infantilisation. Elle aime toujours la protection, l’amour, les câlinous roudoudou. En perdant la peur du monde, elle a perdu ce qui l’en protégeait. Le sexe furieux, le sexe pour oublier, le sexe à fond, jour et nuit, de longues nuits. Sa peau s’est usée. Elle la protège des frottements répétés, sa vieille peau, si usée en ces points si délicats, si fragiles. Elle ne se goinfre plus, ne se gave plus de sexualité des heures entières. Elle a trouvé la mesure. La bonne mesure. La mesure de son équilibre. Elle aime toujours autant faire l’amour. Ses orgasmes, plus rares maintenant qu’elle se dérobe plus souvent au sexe quand elle n’en ressent pas l’envie, le désir imminent, violent, irrépressible, sont toujours bien là. Elle sait bien qu’elle n’est pas devenue frigide. Elle sait qu’elle a envie moins souvent de faire l’amour, moins longtemps, que sa peau racle et renâcle aux longs frottements. Quelque chose de furieux qui était en elle s’en est allé. Elle le sait. Elle le sent. Aux longues soirées de frottage, elle préfère une courte étreinte passionnée, vigoureuse, de sexes gorgés de désirs, furieux d’en finir, vite, vite, tout de suite.
Elle en veut à son compagnon de la priver de son désir, de la priver de son plaisir d’intensité. Elle aime le sexe intense, vif, frénétique. Elle se désole de ces longues soirées peine-à-jouir où le désir s’émousse et fait place à l’ennui, à l’attente que cette longue caresse sur ses muqueuses irritées, épuisées, impose à son corps, puis, peu à peu, à son esprit, jusqu’à l’incomplétude et à la frustration finale. Il l’empêche de jouir comme elle aime. Une étreinte, fougueuse, brève, intense. Forte, si forte qu’elle la laisse pantelante et assouvie, prête au sommeil et à la nuit. À la nuit d’un bon sommeil épanoui, assouvi.
Toujours aussi avide de sexe, d’amour, de la détente qu’il procure, il ne la comprend plus. Elle comprend qu’il ne comprenne plus. Ces deux-là s’étaient retrouvés dans la rage contre le monde injuste, chacun avec ses armes ou ses retraits. Ils se complétaient. Jusque dans les corps unis. Surtout dans les corps unis. Maintenant qu’elle a atteint la perte de l’angoisse, qu’elle a largué les amarres loin du port de son angoisse, qu’elle a perdu sa rage, qu’elle s’est coulée - non sans difficulté - dans une très jeune vieillesse qu’elle aurait jadis qualifiée de pépère, si différente de sa vie de jeune femme puis de femme mûre hyperactive, il ne la reconnaît plus. Elle n’a pourtant pas tant changé que cela. Femme des extrêmes, femme de passion, elle n’a jamais su faire dans la dentelle, ni, souvent, dans la douceur. Pas plus que lui. Ils s’étaient retrouvés là-dessus. Ils affectaient de ne pas être sensibles. Ils savaient qu’ils l’étaient. Mais ils tonitruaient. Faisaient semblant, comme des enfants, ils riaient, ils se tenaient par la main dans la forêt sombre de la vie, pour y avoir moins peur, ensemble, contre le monde entier. Elle se connaît. Elle sait que ce n’est pas la première fois qu’elle retrouve sa douceur intérieure, qu’elle rebranche avec son cœur, qu’elle cesse d’être enragée. Elle n’aspire plus qu’au maintien de ce calme chèrement gagné sous les injonctions d’une société qu’elle trouve franchement hystérisante à l’extrême. Elle en a assez d’être hystérisée. Elle n’en a pas besoin. L’hystérie, elle a dû tomber dedans quand elle était petite, pour survivre à un chaperonnage maternel étouffant. Elle aurait pu en revendre à tous les amorphes du coin, avides de performances enchaînées. Elle avait la cocaïne intégrée, les amphétamines embarquées. Elle espère bien avoir vidé tout son stock. Ça la fatiguait, toute cette énergie vitale qui débordait. Elle ne savait qu’en faire. Peu portée sur le sport et encore moins sur les envie de gagne sur les autres, son trop-plein d’énergie la submergeait. Elle n’en avait pas besoin d’autant. C’était beaucoup trop pour un tout petit bout de bonne femme de rien du tout. Elle sait très bien que son compagnon pensera qu’elle refait le réel, qu’elle justifie sa dépression par une rationalisation qu’il trouvera dhébile, ou - s’il se met moins en colère – plus simplement nocive pour elle. Elle sait aussi que toute sa vie, - non, ça c’est faux, pas toute sa vie -, qu’autrefois, par intermittence, très rarement même - tant elle était occupée, par sa famille, son chant, ses amis, sa recherche, son métier -, elle s’était rêvée comme elle est ici, assise sur une chaise, dans une maison aimée, la porte ouverte sur le jardin en fleurs, en train d’écrire, au calme, d’écrire et de prendre du plaisir. Solitaire. Le plaisir solitaire de l’écriture. Son plaisir solitaire de l’écriture. Son besoin d’intériorité enfin regagnée. Après une vie bien remplie. Au service des autres. De tous les autres, malgré son égotisme, son narcissisme qu’elle n’a jamais délaissé. Elle n’avait jamais été femme de sacrifices pour la beauté du sacrifice. Elle ne sacrifiait que pour ce qui lui plaisait. Elle avait donné, donné, donné. Elle avait beaucoup donné. Elle avait donné plus qu’elle n’avait à donner. Elle s’était brûlée. Elle a besoin de calme, de temps, de rêverie, de temps à passer avec celle qu’elle aime et qu’elle a trop négligée ses dernières années de travail frénétique à la poursuite d’une gloire illusoire dans un métier qui avait changé et ne la satisfaisait plus, auquel elle avait cru et qu’elle n’avait plus les moyens de mener en restant fidèle à ce qui lui paraissant réellement important : le travail bien fait. Pour tous. Pour tous ceux dont on lui avait confié la charge toute sa vie. Elle estimait qu’elle avait bien le droit de s’occuper enfin de ce qui lui plaisait. Écrire. Et puis aussi, peut-être, peindre, un jour. Elle n’osait toujours pas. Elle pensait qu’elle y viendrait, sauf si l’écriture lui prenait tout son temps. Elle avait toujours aimé garder un fantasme d’avance, pour plus tard. Elle prenait le temps d’assouvir un désir jusqu’au bout, avant de passer au suivant. Assouvir un désir et conserver un fantasme étaient le secret de son équilibre. Le désir, l’accomplissement et le rêve éveillé. La triade paradisiaque, son hédonisme serein, sa passion de prendre son temps pour faire les choses bien, comme elle les aimait, et la fougue de ce qui ne peut attendre, frénétique, essoufflée, infuriée, nourrisson à l’approche de la tétée, tête effrénée, bouche inassouvie, tête affolée de droite à gauche et de gauche à droite, petit corps à la recherche du corps qui le soulagera de son besoin de vie, son besoin vital.
© Simone Rinzler | 16 août 2015 – Tous droits réservés

La maison désertée de ses invités, elle a retrouvé ses marques, elle poursuit sa trace...

La maison désertée de ses invités, elle a retrouvé ses marques, elle poursuit sa trace - abandonnée le temps de l’invasion joyeuse -, la traque de l’écriture reportée faute de sérénité des jours. Il faut l’esprit libre pour écrire. Avoir la certitude de ne pas être dérangée pour un rien. Son compagnon est occupé. Il vaque à ses propres occupations qu’il aime tant – pense-t-elle. Après tout, elle n’est pas dans sa tête. Peut-être ne fait-il cela que par devoir. Une de ces tâches auxquelles on ne peut se soustraire pour ne pas laisser une maison tomber en ruines. Il a toujours su s’occuper de ses mains. Heureuse femme de l’homme aux mains d’or ! Et elle se plaint ?

Elle ne se plaint pas. Elle voudrait qu’il comprenne. Elle sait qu’il ne le pourra peut-être pas. Il ne l’a jamais pu. Ils sont si dissemblables. C’est le secret de leur attelage parfait. Ils se complètent.
Ou plutôt, ils se complétaient parfaitement jusqu’à une date impossible à repérer, à déterminer, jusqu’à il y a quelques temps. Elle ne lui offre plus sa complétude. Ils ne vivent plus au même rythme. Elle a ralenti, terriblement ralenti, s’en est sentie ravie, n’a plus tout envie, jamais, de se dépêcher pour rien, pour rien qui n’en vaille vraiment la peine. Rien ne presse que ce qui ne peut attendre, comme une furieuse envie de baiser, une envie de faire l’amour, là comme ça, tout de suite, parce que c’est là, parce que ça vient, et que c’est là, maintenant, tout de suite, et que plus tard, l’envie réprimée se sera calmée, éteinte, mouchée, vielle bougie que l’on peine à rallumer tant la mèche est écourtée. Une envie de faire l’amour que, trop sollicitée à heure fixe, le soir, après les travaux de la journée, elle n’a plus.

Il ne lui laisse plus le temps d’avoir envie, d’être à l’initiative. Elle ne prend plus l’initiative. Il lui a trop refusé. Trop souvent. Dans la journée. Quand elle en avait le désir.

À force de lui refuser, peu à peu, l’amour l’après-midi, le seul faire l’amour qu’elle n’ait jamais vraiment jamais aimé, l’amour spontané, l’amour frénétique, irrésistible, celui qui fait arrêter toute autre activité, l’amour impérieux, qui n’attend pas, cet amour-là, il l’a éteint. Il l’a éteinte. Il lui a éteint le feu. Elle n’a plus conservé que la peur de se faire rembarrer.

Les rapports se sont déséquilibrés. Des mois qu’elle tente par tous les moyens de rééquilibrer les rapports sans se laminer, sans rogner sur sa plénitude chèrement acquise, au prix fort, la plénitude d’être sans avoir à se battre pour exister.
La plénitude de pouvoir être enfin maître de son temps. Et des ardeurs de son corps.

Elle est frustrée. Son corps et son esprit sont frustrés. Frustrés de fureur. Frustrés d’envie irrépressible. Elle ne supporte plus l’amour programmé. Elle n’y peut rien. Son corps s’y refuse. Elle préfère tout à la frustration du corps. Même se priver de faire l’amour. Pour ne plus être déçue par la régularité horlogère de ce qui est devenu, horresco referens – elle ne croyait que jamais cela lui arriverait -, la régularité horlogère de ce qui est devenu un devoir conjugal et non plus une envie partagée, follement, librement, à toute heure du jour ou de la nuit, au gré des envies. Son amant l’a délaissée, seule, dans les seuls bras de son mari. Elle a perdu son amant. Pleure son amant bien-aimé. Le même homme, pourtant.

Il était son meilleur ami, son meilleur amant. Elle a perdu les deux. Le meilleur ami. Le meilleur amant.

Ne sait comment, ni où les retrouver.

Ne lui reste plus que le vieux mari qui baise à heure fixe.

Elle s’ennuie avec lui. Il est devenu ennuyeux, trop sérieux, a perdu sa petite folie adolescente qui lui avait tant plu, si longtemps, depuis tout ce temps.
Elle se demande ce qui a tué en lui sa force vive. Ce qui l’a éteint. Ce qui l’a transformé en vieux monsieur.

Elle croit qu’il ne l’admire plus. Depuis qu’elle ne travaille plus. Depuis qu’elle est passée du côté de ceux qui ne sont plus décrétés « actifs » par la société.

Peut-être n’aime-t-il pas ce que son statut de retraitée renvoie d’elle ?

Elle s’y est bien faite, n’y a trouvé que des bienfaits pour son équilibre mental et moral.

Une image sociale écornée.

Il lui faudrait bien reprendre ce projet de recherche sur l’utilité sociale à partir du concept de l’utilitarisme hérité de Bentham et de John Stuart Mill, ce qui régit toute notre société. Mais elle n’a plus envie de travailler. Elle a trop goûté aux joies de l’oisiveté méritée. Elle veut en profiter comme d’un doux bonbon qui fond sous les coups de la langue, comme d’une belle queue majestueuse en érection turgescente qui frémit, douce comme du velours, sous les discrets coups de langue voluptueux, chatouilles péniennes et anales, sous les lampées assoiffées de la base du sexe jusqu’au gland, à gorge déployée, sur un sexe dur comme la pierre et soyeux comme une étoffe précieuse.

Où est parti ce sexe majestueux qu’il lui offrait à chaque instant de leurs retrouvailles. Elle reste seule à avoir envie de pleurer sur son sexe enchiffonné, rétif à toute pénétration, buccale ou vaginale.
Son mari a vieilli, lui aussi. Il préfère soulager sa solitude dans le grand et vaste monde avec ses amis masculins, à boire et à tenir des propos de comptoir qui la lassent.

Son salon est devenu le comptoir des habitués. Elle n’a plus envie de les écouter en essuyant les verres. Cela ne l’amuse plus.

Ils étaient la vie. Ils sont sa mort.

Elle veut retrouver son ami, son amant, son homme. Il devient un genre d’homme qu’elle n’aime pas, qu’elle n’a jamais aimé, ni lui non plus. Qu’elle a toujours exécré.

L’homme de bar, pétri de certitude, prêt à beugler avec les copains d’alcool. Il n’a pas encore pris conscience de ce qu’il était devenu. Un vieux monsieur ennuyeux, qui s’ennuie et qui l’ennuie. Qui ne la fait plus rêver. Qui ne la fait plus bander du clitoris. Qui ne la fait plus vibrer.

Qu’elle ne parvient plus à admirer.
Elle non plus.

© Simone Rinzler | 16 août 2015 – Tous droits réservés

Ils ne s'admirent plus

Ils ne s’admirent plus. Ne se regardent plus avec les yeux de l’amour. Le critique sévère a remplacé l’amoureux chez chacun d’entre eux. Quelque chose s’est blessé et attend d’être guéri. Ils vieillissent à deux, chacun à son rythme. Ils n’ont plus le même rythme.

Voyons, voyons !

L’ont-ils jamais eu, ce même rythme en une vie entière passée ensemble ?

N’ont-ils jamais eu de décalage, d’envies différentes, der rythmes différents ?

Bien sûr que si.
En permanence.

Elle n’a jamais eu sa force, sa rapidité, sa solidité. Il n’a jamais eu sa finesse, son intelligence des rapports humains, sa délicatesse, si discrète qu’il ne l’a jamais vue.

Il ne l’a jamais trouvée mièvre. Elle refusait la mièvrerie.

Serait-elle devenue mièvre ? Serait-elle devenue trop douce, trop fragile, trop gracile pour lui ?

De quoi serait-il tant blessé qu’il ne supporte plus sa gentillesse, sa sagesse, sa finesse. Aurait-il eu pour projet de vieillir en gros lourd, en gros balourd, comme ces vieux cons qu’ils détestaient tant ?
Elle comprend qu’il souffre. Elle ne trouve pas de quoi. Sinon du même mal qu’elle. De sa crise de sénescence, celle qui vous prend avant de quitter le monde des adultes, le monde du travail, le monde des « actifs » de la société pour enter dans celui des « vieux ».

Mais les vieux ne sont plus vieux, tant qu’ils sont en bonne santé. Ils ont tous les deux la chance d’être en bonne santé, même si elle doit, de son côté, prendre certains médicaments à vie et d’autres, plus souvent que sporadiquement ; même si, parfois, la fatigue le prend en fin de journée. Ses articulations résistent à ses efforts, sa colonne, ses os ou ses muscles se rappellent à lui. Il s’aperçoit qu’il n’est plus endurant qu’avant.

Pourtant, bien des jeunes lui envieraient sa résistance, sa force, sa détermination, sa forme.

C’est qu’il est bel homme quand il ne braille pas, quand il ne râle pas, quand il ne lui refuse pas toute initiative en la regardant comme une horloge qui retarde, comme une attardée mentale, une pauvre fille avec qui il est collé, qui lui colle le train quand il est occupé, toujours là à réclamer des bisous, des câlins, de l’attention, un peu d’attention douce, de complicité.

Il a perdu sa douceur. C’était un doux caché sous des dehors forts. En perdant un peu de sa force, il s’est dépouillé de sa douceur.

De quoi a-t-il peur ?
Qu’on l’aime, peut-être ?
Cet homme-là n’a jamais eu les mots pour se plaindre.
C’est à cela qu’elle reconnaît qu’il souffre. Quand sa douceur, sa bonhommie, sa bienveillance fait place à la critique permanente, elle sait reconnaître qu’il souffre. Elle met du temps à comprendre de quoi il souffre. Toujours. Elle développe des trésors de patience.

© Simone Rinzler | 16 août 2015 – Tous droits réservés

Ils cheminent à nouveau, heureux d'être deux

Ils cheminent à nouveau, heureux d’être deux. Quelque chose s’est rebranché. Elle ne sait ni comment, ni pourquoi. Elle se sent mieux. Il se sent mieux. Lequel des deux a commencé le premier restera à jamais un secret pour tous deux, chacun restant secrètement persuadé que l’autre allait plus mal qu’il n’allait. C’est le malentendu de ce qui ne peut rester que tu, insu, parfois même, impensé.

Chacun a toujours eu des intérêts superficiels et profonds différents. Il n’en est pas autrement. Ils ont pu se parler. Ils ont pu se caresser. Elle a pu exprimer ce qu’elle avait à dire. Il ne l’a pas vraiment comprise. Il n’a pas besoin de la comprendre por laimer. Il l’aime. C’est tout. Elle le voit, elle le sent. C’est tout.

Quelque lien abandonné s’est reconnecté. Comment ? Pourquoi ? Grâce à qui ? Grâce à quoi ? Cela n’importe pas. Elle sait que dans son coin, elle a œuvré à ne pas se castrer, à ne pas se laisser en imposer, à ne pas se laisser ordonner. Elle poursuit son chemin. Il est là. Près d’elle. Avec elle. Même quand ils ne sont pas ensemble.
La rentrée lui a permis de reprendre de retrouver sa solitude de la journée. Sa chère solitude qui lui permet de se concentrer, de faire retour sur elle, de cultiver son intériorité qu’elle a amorcée en effectuant ses derniers travaux de recherches, de sa monographie sur les manifestes jusqu’à son document de synthèse, ses derniers grands travaux conceptuels sur la passion de la voix, du langage et du discours, sur la passion de la passion, aussi. Passion active. Passion passive. Passions subjectivantes et désubjectivantes.

Elle n’est plus sous l’emprise de la passion. Elle trace son sillon d’écrivain. Elle y est bien. Elle se farde. Elle se refait belle. Retrouve son chic et son équilibre de femme adulte.

La femme-enfant s’est envolée.

La femme mûre a retrouvé son amant.

À ce jour, il ne lui reste plus qu’à retrouver son ami.

Peut-être ira-telle lui rendre visite, à vélo, sur le chantier de la cuisine qu’il est en train de monter dans l’appartement de sa sœur ?

Impossible. Il lui faut faire des emplettes pour la semaine. Le frigo de l’ex-ado est bien vide. Elle doit faire des provisions.

Provisions de bonheur et de sérénité.
Provisions d’amitié pour la semaine qui s’annonce.

Provisions d’amour à donner. À recevoir. À échanger.

© Simone Rinzler | 3 octobre 2015 – Tous droits réservés

#17CR : Dites donc, vous ne seriez pas sublime aujourd'hui ?

#Littérature #Gammes_Stylistiques #Dialogue

- Dites donc, vous ne seriez pas sublime aujourd'hui ?
- "Aujourd'hui seulement ?", répondit La Passive-Agressive Qui Ne Se Prenait Pas Pour De La Mouise.
- "Comme toujours !", s'exclama La Plaisante Plaisanteuse.
- "Grand Merci.", enchaîna la modeste Pompon, Pomponnette Rosissante.
- "Veux-tu m'épouser ?, hasarda La Désespérée De L'Horloge De Ses Ovaires.
- "Séducteur, va !", osa L'Intangible Inintéressée.
- "Tu ne devrais pas peindre, aujourd'hui ?, poursuivit L'Amatrice Éclairée En Attente D'une Prochaine Œuvre de Toi.
- "Eh bien ! Je vois qu'on s'amuse bien ici ! Je crois que je vais rester un peu. J'y suis bien pour faire Mes Gammes Stylistiques. Je ne vous dérange pas au moins ?"

Le bien bon jour de Stylisticienne Déchaînée

© Simone Rinzler | 2 octobre 2015 - Tous droits réservés

Il fait bon être à L'Atelier de L'Espère-Luette


10/01/2015

#16CR Carnets de retraite : Un accident de parcours hier m'a fait repasser du "Je" au "Tu"...

Un accident de parcours hier m'a fait repasser du "Je" au "Tu"


Un accident de parcours hier m'a fait repasser du "Je" au "Tu".

Je me réjouissais depuis plusieurs jours d'avoir pu passer insensiblement du "Tu" déréalisant au "Je" du bien-être, ancré dans le réel.

Cette quête littéraire est une folie. Je suis folle de cette quête littéraire qui risque de me miner autant que mon éternelle quête de perfection des années passés, à l'école, au lycée, en classes préparatoires littéraires, puis dans le chant à la faveur d'une rencontre avec un perfectionniste jamais content de lui, de son sort, un charmeur de la pire engeance, mais si charmant, si attendrissant, si tout ce qui pourrait finir en -ant, bon an, mal an, et si doué, qu'on le suivait partout, ensorcelés par la musique - non, pas de son pipeau ! Ah ! Ah !, Bandes de coquins !, nous ne sommes pas à Hamelin, et je ne suis pas un rat, non ! -  qui sortait de ses belles et longues mains fines de chef de chœur talentueux.

Ma chance fut de rencontrer d'autres hommes, assez sages, assez mûrs, assez sûrs d'eux pour n'avoir pas besoin de séduire. De me séduire.

C'est ainsi que celui que j'appelle plaisamment "Mon Prince, etc." n'a rien de ce que l'on appellerait un Prince charmant. La vie avec lui, ce n'est pas une valse de dessins animés pour petite fille rêveuse. C'est un homme, avec ses qualités et ses défauts, même s'il prétend en riant qu'il n'en a pas. 

De défaut, évidemment !

C'est un homme pour femme mûre, pas pour femme-enfant.

Le bouleversement de la dépression, du burn-out et d'années de harcèlement, d'agonie et d'angoisse des derniers années de mon métier tant aimé autrefois a effacé la femme mûre, gommé la femme assurée, la femme qui savait ce qu'elle voulait. 

Le Prince, Etc. Qui N'Avait Rien D'Un Prince Charmant Et L'Était Cependant C'est Pourquoi On L'Appelait Mon Prince, Etc. s'est retrouvé avec une femme-enfant, une petite fleur fragile - mais plus tout à fait gracile, l'âge, les soucis et les médicaments aidant.

Comprenez qu'il y a de quoi s'inquiéter de ne pas retrouver celle d'avant.

Moi, de mon côté, je retrouvais celle d'avant. Mais d'avant avant. D'avant Lui. D'avant tout ce que j'avais accompli, avec lui, sans lui, sous son regard bienveillant ou en solitaire, dans mon coin. J'avais une vie riche, pleine et saine. Elle s'était rétrécie. J'étais devenue dépendante de lui. Une femme dépendante (l'est pas très bandante !), pour un homme qui aime une femme qui est une vraie femme, pas une enfant.

Il y avait singulièrement tromperie sur la marchandise. Il aurait été en droit de réclamer : "Remboursez ! Remboursez !", même si ce n'est pas tant ce que je lui avais coûté ! (pendant très longtemps, j'ai d'ailleurs gagné plus que lui). Heureusement, il n'est pas avare. Ni de ses sous, Ni de ses sentiments. Mais de là à verbaliser l'évidence, il ne faudrait tout de même pas trop en demander ! 

Nous étions à égalité. D'homme à homme, en quelque sorte, puisque la langue me contraint à ne pas dire d'homme à femme, car la langue est sociale et n'existe pas hors sol, hors contexte, et que dire d'homme à femme modifie singulièrement la connotation que je voulais donner à mon propos.

Puis d'un coup, je suis retombée en enfance, en adolescence.

L'effet de la retraite n'y est pas pour rien. Avec ma décision de ne plus me colleter des contraintes insurmontables pour ne pas tomber ou retomber trop vite dans des travers appris, se tuer au travail, se morigéner au lieu de se réjouir, je m'impose une cure de Mais comment tu faisais avant, t'étais toujours heureuse de ce que tu faisais, de ce que tu ne faisais pas". Je me souviens que ce qui aurait bien pu devenir notre devise, si nous avions été des gens à devise, avait été : "On a bien fait de faire ce qu'on a fait !", et ça se terminait toujours par un éclat de rire. 

On se l'est dit il n'y a pas longtemps. Quelques jours, je crois. Cela devait être le week-end dernier.

Alors, quand la dépression m'a fait perdre confiance en moi, j'ai perdu ces rires et cette belle satisfaction d'être là et bien là, d'avoir bien fait. ou d'avoir bien fait de ne pas faire, ce qui reste toujours avoir bien fait.

Nous retrouvons nos rires, nos complicités. Même si ce n'est pas encore tout à fait cela.

Nous vieillissons aussi. Nos amis et notre famille aussi. Cela ne suffit pas à nous entamer le moral. Je me sens encore fragile. Bien moins qu'avant. Je n'ai plus peur d'écrire en mon nom, par exemple. La castration effectuée à coups de boutoirs répétés par Maléfique en personne, ne s'exerce plus. J'ai encore parfois des restes de réflexes de chien battu, de femme castrée. Ainsi, même si je vois davantage de monde, je n'ai pas encore eu le cran de faire retour véritablement dans la société. Seule cette petite crainte me retient encore.

Or cette nuit, je suis contrariée. J'avais prévu d'assister demain à une rencontre littéraire qui m'intéressait vraiment, avec des gens que j'aime bien. Mais une demande de service, oubliée, s'est rappelée à nous en fin d'après-midi. Et me voici tiraillée, incapable de dormir, hésitant entre [...] et [...].

Pourtant, je sais bien que j'aurais probablement encore une fois séché la rencontre. Je ne suis plus aussi friande de rencontres remplisseuses de vide dans lesquelles je me suis si souvent ennuyée au point de me dire : "Mais qu'est-ce que je fais là ? Je serais tellement mieux chez moi, avec Qui Vous Savez, Enfin, Vous Devinez...".

Voilà, la décision est prise. La socialité factice peut encore attendre un peu. 

Je resterai ici demain.

Je sait aussi qu'il me suffit parfois de dire quelque chose puis de changer d'avis. D'où mon silence plus fréquent. J'étais une femme volontaire. Voilà que j'étais devenue velléitaire. Cela me fait horreur.

Le plus simple sera, comme toujours, d'attendre que les choses se fassent. Les décisions finissent toujours par se prendre.

Demain est un autre jour.

Je verrai demain ce que me dicte mon cœur : Temps de sortir ? Temps de rester ?

Je sais aussi que la femme mûre que j'ai été, était une femme fiable.

Une promesse est une promesse. Nous serons là tous les deux pour l'honorer.

Pourvu que je ne me ré-infantilise pas dans mon sommeil !

Et cela ne m'arrivera plus. J'ai repris la tenue d'un agenda depuis quelques temps.

Pour le voir peu rempli et jouir vraiment de ma retraite.

Le bonheur de voir ces pages vierges ; je ne m'en lasse pas.

Sur ce, je me souhaite la bonne nuit.

Elle sera courte. J'ai un rendez-vous demain matin. Mon seul rendez-vous de la semaine !

Extraordinaire. Je tiens le rythme. Car la semaine prochaine sera plus chargée : je vois deux amies. J'ai donc deux jours de pris !

Et ça, ce ne sera pas de la socialité factice !

Ce sont de vraies amies.

La reprise est douce. Je poursuis avec entrain, sans empressement aucun.

© Simone Rinzler | 1er octobre 2015 - Tous droits réservés

Il fait sommeil, le lendemain matin, à L'Atelier de L'Espère-Luette

#11CR Carnets de retraite : Et toi, quelle bataille mènes-tu ? Unebataille ? Quelle bataille ?

Et toi, quelle bataille mènes-tu ?
Une bataille ? Quelle bataille ?
Il n'y a pas de bataille ici.

Que de la paix, du travail, des jeux, des jours heureux.
Un projet de rangement, aussi.

Rien ne presse.
Je fais lentement.
À mon rythme.
Je ne vais tout de même pas y aller le ventre creux, dans ce bureau.  Après tout ce temp, je ne suis plus a une minute près. J'ai encore insuffisamment pensé le tri. Le jet, oui. Je l'ai pensé. Imaginé. Anticipé. Il ne me reste plus qu'à m'y mettre. 

Mais le ventre creux, tu n'y penses tout de même pas ?
J'ai joué.
J'ai câliné,
J'ai un peu Facebooké, juste un tout petit peu.

Je finis mon breuvage qui refroidit. J'ai pris le temps de vivre à mon rythme, comme j'aime.
J'ai papoté avec les petites, avec ma fille X., avec ma fille X.
Non, je ne suis pas bègue de l'écriture. J'ai deux filles. J'ai parlé avec l'une, avec l'autre.
Oui. Je sais elles ont toutes les deux un prénom qui commence par X.
Comme dans toutes les histoires, l'initiale a été changée pour préserver ce qui peut l'être, ce qui doit l'être.

C'était quoi, déjà la question ? Cette histoire de bataille ? 
Mais il n'y a pas de bataille. Il n'y a que de la vie, de la vie qui s'écoule, dans la douceur, dans la vie de nos vies. Rien de plus. Qui voudrait se battre ? Toi ? Toi ? Toi ou toi ?

Ah ! Tu vois ! Tu ne veux pas te battre, toi non plus. 
Alors, pourquoi cette question ?
Y as-tu réfléchi ?

Pas plus que cela, j'en suis sûre.
Tu as posé ta question, comme ça, machinalement, parle que tu croyais que c'était une question.
Une question intéressante.
Mais moi, cette question ne m'intéresse pas. Ce n'est pas une raison pour ne pas en parler. Mais je vais te retourner la question. Pour quoi cette question de bataille ?

Es-tu tant malaxée dans la pâte du moment que tu ne puisses plus t'en dégager ? C'est quoi, ces histoires de bataille ? Ça t'a toujours intéressée ? Vraiment ?

Moi pas. Moi plus.
C'est peut-être même pour cela que [...], et que [...]. On ne sait pas. Personne ne saura. Et les raisons du passé, on s'en moque. On est là. On ne se bat pas. On a aussi peut-être mieux à faire, non ?

Moi, je trouve.
J'ai mieux à faire que répondre à une question biaisée, pas même pensée. Une question qui n'est pas une véritable interrogation.
Un gimmick, un starter, un truc technique pour surmonter l'angoisse de la rencontre.

Approche. N'aie pas peur. Je ne vais pas te manger. Je commence à avoir faim, c'est vrai, mais je ne mange pas les femmes. Ni les hommes. Ni les enfants. Je ne mène pas de bataille. 
Je suis. Je vis. Tout simplement.

Avec cela, pas de quoi écrire un roman.
Rien d'héroïque, d'extra-Ordinaire. Pas même de l'infra-ordinaire. Juste pas de bataille, le plaisir du temps qui passe, aisément. Qui coule. Tranquille. Calme. Sans effets de manches ni grandes envolées lyriques. Le temps du repos. Le temps du On est bien, du Je suis bien.

Bon, je ne vais pas m'attarder plus longtemps. Non pas que j'ai beaucoup à faire. Mais je sens qu'il est temps de passer à autre chose.

Au revoir.
Mais pas Adieu.

Juste À tout à l'heure.


Chaque chose à son heure.

Chaque chose a son heure, plutôt.

© Simone Rinzler | 21 septembre 2015 - Tous droits réservés.

Qu'il fait doux à L'Atelier de L'Espère-Luette

#10CR Carnets de retraite : Jeter. Trier. Prendre la responsabilité dese départir définitivement du travail passé.

Jeter.

Trier.

Prendre la responsabilité de se départir définitivement du travail passé.

Jeter des heures, des semaines, des mois, des années de travail, sédimentés, périmés, inutiles, encombrants.

Accepter de faire tomber le passé dans l'oubli.

Accueillir le présent du jet du passé.

Faire le pari de l'avenir, de la nouveauté, du renouveau.

Discerner rapidement ce qui manquera, ce qui ne manquera plus.

Refuser de se perdre dans la lecture, la relecture, décider, vite, bien.

Ça ? Oui. Non. Peut-être. Faire trois tas. 

Oui. Je garde. Précieux.
Non. Je jette. Disposable. Dont on saura, on pourra se passer, sans regretter. Jeter.
Sentir le frémissement du bien-être, jet après jet.

Procéder vivement, allègrement, dans l'allégresse des préparatifs, des nouveaux départs.

Faire place nette. Trier. Ordonner le chaos. Accueillir autre chose. Se tenir prêt pour cet "autre chose".

Délibérer. Douter. En toute vivacité. Accepter le doute. Mettre de côté. Revenir sur les rattrapés. De nouveau délibérer. Décider. 
Oui. Non. Peut-être. Ou peut-être ? Se cantonner à trois, presque quatre catégories. Pas plus.

Avancer. Sans hésiter. 
Jeter. Jeter. Garder. Jeter. Jeter. Délibérer. Peut-être.

Éprouver une grande fatigue. Le poids du passé dépasse le poids du papier. Imprimé. Écrit. Annoté. Penser qu'il faudra ensuite passer aux livres. Puis aux disques. Aux cassettes. Aux vieux appareils d'enregistrement sonore. Jeter les cassettes des cours de chant. Garder les partitions. Toutes. Ne pas jeter la capacité de refaire de la musique, voire d'en lire, comme on lit un livre.

Faire de la place.

À l'avenir.

Faire la place à l'à venir.

Advenir.

Différemment.

Tri des vêtements opérés en début d'été déjà effectué.

Aucun regret. Étonnement de quelques pièces gardées qui auraient pu être jetées.

Affronter le jet du passé.

D'un jet. D'un trait.

Dès demain.

Mettre le réveil.

Reprendre sa lecture.

Il est déjà demain. 

Mais le vrai demain, le demain du jet, est un autre jour. Après une bonne nuit de lecture, de tri prospectif, d'organisation du tri, de veille déjà au travail, en pensée.

Faire table nette, bureau ras.

Pour la suite.

Quelle suite ?

Aucune idée.

D'abord jeter.

Voir après ce qui se présente.

Opération Jet enclenchée.

Sans retour possible.

Avancer.

Advenir.

Autre. 

Même.

Fin d'une ère.

Recommencement.

Affronter l'inconnu.

À nouveau.

© Simone Rinzler - 20-21 septembre 2015 - Tous droits réservés

Faire place nette à L'Atelier de L'Espère-Luette

#1 Carnets de retraite : Ritratto di una donna retirada "L'inconsolable vide du monde sans travail..."

L'inconsolable vide du monde sans travail
Transperce là ton cœur d'un chagrin ineffable
Tu as le vague à l'âme, la chaleur te dégomme,
Délivre-toi, mon cœur.

Note technique : 
Trois alexandrins suivis d'un vers de six syllabes.
Inspiré par la lecture du chapitre POÉSIE-THÉRAPIE (39-48) et plus particulièrement page 46 de l'excellent livre de Régine DETAMBEL Les Livres prennent soin de nous - Pour une bibliothécaire créative - Essai, Actes Sud, 2015 dans lequel elle reprend le travail de Lucie GUILLET

© Simone Rinzler | 28 juin 2015 - Tous droits réservés 

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© Simone Rinzler | 19 juin 2015 - Tous droits réservés 

Premier jet du roman envoyé. 
Réactivation de L'Atelier de L'Espère-Luette


9/30/2015

#15 CR Carnets de retraite : Tu t'es fait belle pour sortir. Tu tetrouves très belle. Tu as de bonnes nouvelles de ta fille cadette. Celate réjouit.

Tu t'es fait belle pour sortir

Tu t'es fait belle pour sortir. Tu te trouves belle.  Très belle. Tu as retrouvé le trait frais, l’œil qui pétille ; tes joues se sont amincies. 

Tu as de bonnes nouvelles de ta fille cadette. Cela te réjouit. Elle est enfin heureuse, ta Princesse. Tu ne l'aurais jamais appelée comme cela, et elle non plus ne se serait peut-être jamais laissée appeler comme cela. Mais c'est Ta Princesse quand même. C'est une Très Jolie Princesse Qui A trouvé Son Joli Prince. Et cela te remplit de joie.

Pendant ce temps, Ta Princesse Benjamine, La Maman De Tes Toutes Petites Princesses, vient à ta fenêtre. Elle te fait rire :

Ça devient angoissant, quand même, de te voir faire de la cuisine comme ça !...
Non, mais, ça sent bon ! C'est bien, hein ?

Alors tu retournes à ta cuisine, retourne tes tomates dans la poêle. Et oui ! La Tatin de Tomates, même froide comme ce midi, on n'y résiste pas !

Tu vas même changer un peu la recette et ajouter du basilic qui pousse encore sur ton rebord de fenêtre.

Ne te perds pas trop dans la littérature, Petit Mère Princesse, tu pourrais les faire attacher et les Charmes de ta Cuisine d'Amour pourraient attacher.

[Une pause à la cuisinière qui n'est pas une cuisinière. Ça n'existera bientôt plus, les cuisinières !]

Tu reviens, très fâchée après toi-même. Tu t'es fiée à ta mémoire et t'es trompée dans la recette.

Ce n’est pas très grave : la sauce est encore meilleure...

Tu as mis trois cuillères à soupe de cassonade au lieu d'une, te semble-t-il. Cela ne fait rien. Quelque chose ne te plaisait pas tout à fait avant-hier. tu ne savais dire quoi. Maintenant, tu sais. Ça manquait de sucre, tout simplement. De bon gros sucre, bien blond, bien chaud, Maintenant, tu la tiens, ta tarte sucrée-salée. Et pour une tuerie, ça sera une vraie tuerie. Comme ils disaient sur la recette.

Pendant que ce qui sera peut-être un dessert mijote, tu te réjouis de l'arrivée prochaine des Grands Princes. Ton Prince A Toi, [Mais si ! Tu sais bien, l'Ancien Mon Prince, Etc. !] et Son Ami Qui Est ton Ami Aussi.

Soirée régalade en perspective !

Et puis, et puis,

Et puis...

L'Ami s'en ira chez Lui. Et alors, là, ce sera La Tuerie. La vraie. Soirée Régalade en perspective !

Ah ! Au fait ! Je ne vous avais pas dit ?

Je ne suis pas sortie et j'ai mis mon joli tablier assorti. On est une Princesse de la Cuisine ou on ne l'est pas ?

Faudrait savoir !

J'en souris.

"Vite, vite. arrête le feu !" te dit ton nez de Princesse Apprentie.

Le Prince arrive. Entre dans la cuisine. Il va... Il va...

Il te dit : "C'est pas un tout petit peu trop cuit, ça ?".

Si. Le texte est fini, et le caramel ne restera pas blondi. Ou alors, un blond vénitien très, très profond. Plutôt auburn. Auburn.

Burn ?

Out !

Zou, les loulous.
Pour moi, c'est fini ici.

Bonne nuit les amis.

© Simone Rinzler | 30 septembre 2015 - Tous droits réservés 
[Des fautes subsisteront peut-être. 
Seuls ceux qui n'écrivent jamais ne font jamais de fautes.]
L'écriture gourmande est heureuse À L'Atelier de L'Espère-Luette

9/29/2015

#14CR Carnets de retraite : Je m'interroge depuis plusieurs jours.

Je m'interroge depuis plusieurs jours...

Je m'interroge depuis plusieurs jours sur le bien-fondé d'un carnet de retraite tel que celui-ci est en train de prendre tournure.

Carnet de retraite morne, de peu d'intérêt, de qualité littéraire médiocre.

Hé ! Quoi ? Seul le malheur, le désespoir ou la misère noire ferait littérature ?

La joie ne pourrait être littéraire ?

Tu m'étonnes qu’après cela, nombreux soient ceux qui s'en détournent...

Ma plume n'est pas moins bonne lorsque je goûte la vie. Elle peut te sembler plus monotone, à toi qui cultives ton attrait mélancolique pour le lugubre, le torturé, le questionnement.

Mais il n'a jamais été présupposé que le questionnement n'intervenait que dans les moments de grands doutes. 

Ce qui fait la différence, du moins me semble-t-il, tient au fait que lorsque l'on a plaisir à vivre, on ne se force pas à s'installer à son écritoire électronique ou à annoter son petit carnet de pensées. Rien ne nous pousse à exprimer ce qui ne veut, ce qui ne peut, ce qui doit sortir. Il y a là un biais de pensée.

Je repense à ce qui avait été un de mes objectifs lorsque j'avais rédigé la première version du roman que j'ai écrit au début de l'année civile. J'étais partie d'une interrogation qui remontait à quelques années déjà. J'avais lu qu'un philosophe, dont le nom m'a malencontreusement échappé depuis longtemps, avait déclaré que le bonheur ne pouvait se raconter au présent. Dès lors, quelque chose titilla ce que j'ai souvent pris pour mon esprit de contradiction, alors que je n'avais qu'un esprit bien fait, qui aimait à s'interroger sur le monde, les gens, les choses, et surtout, surtout, les idées reçues.

Ce qui m'anime ici n'est donc pas l'esprit de contradiction pour le plaisir de la contradiction, pour l'envie de contredire l'autre, mais le désir de me mettre au défi de vérifier, non pas la fausseté de cette affirmation, mais de vérifier qu'il était juste de pouvoir penser et montrer, démontrer le contraire. Non par la théorie. Mais par la pratique.

C'est en écrivant mon ébauche de roman (qui repose encore - Paix à ses cendres provisoires - dans les entrailles de mes ordinateurs) que je me suis mise ce défi en tête.

Une sorte de petit miracle arriva. Le désir d'écrire céda la place au plaisir d'écrire. L'angoisse de la dépression céda le pas à la joie de faire une activité aimée, parfois désirée autrefois, souvent pratiquée dans le cadre de mon travail de chercheur, sur un mode totalement différent. Sans obligation. Sans évaluation. Sans pression.

Par pur désir.

Par pur plaisir.

C'est ainsi que, pas tout à fait tous les jours, mais bien fréquemment cependant, j'écris.

J'écris en mode absolu, en emploi absolu, selon mon ancien jargon universitaire de linguiste.

Je ne peux pas dire que j'écris un livre, que je rédige un roman, que je tiens un journal. Je ne sais pas ce que j'écris. Je ne sais pas ce que je fais, sinon que j'écris. Ce n'est pas à moi de le définir. J'écris. La littérature, je la vis. Je considère que ce que j'écris fait partie d'une démarche littéraire que je ne peux personnellement qualifier au moment (étendu) où je la pratique assidûment.

Je me suis inscrite dans une démarche littéraire. Je suis heureuse.

Cela devrait suffire pour contredire l'assertion du philosophe atrabilaire inconnu. Cela ne serait probablement pas suffisant pour un article universitaire dans lequel je m'imposerais de poursuivre le raisonnement jusqu'à la fin de ma démonstration. C'est amplement assez pour poursuivre ma démarche d'écriture. 

D'écriture littéraire. 

Puisque j'en ai décidé ainsi.

© Simone Rinzler | 29 septembre 2015 - Tous droits réservés 
[Posté sans relire. Des fautes subsistent peut-être. 
Seuls ceux qui n'écrivent jamais ne font jamais de fautes.]
[Addendum : J'ai repéré quelques coquilles. Il en reste encore, certainement. Excusez-moi. La vie m'attend.]
Parce que je le veux bien : L'écriture est littéraire À L'Atelier de L'Espère-Luette








9/28/2015

#13CR Carnets de retraite : Il y a des jours, comme cela, où tu necomprends pas ce qui t'arrive. Aujourd'hui est un de ces jours-là.

#13CR Carnets de retraite : Il y a des jours, comme cela, où tu ne comprends pas ce qui t'arrive. Aujourd'hui est un de ces jours-là.

Il y a des jours, comme cela, où tu ne comprends pas ce qui t'arrive. Aujourd'hui est un de ces jours-là. Tout va bien. Très, très bien. Rien ne cloche. Rien ne t'énerve. Rien ne t'angoisse. Rien ne te stresse. Voilà quelques mois déjà que tu sens que ta santé va s'améliorant. 

Mais, habituellement, il y a toujours un petit quelque chose, un petit grain de sable, même minuscule, qui assombrit ta journée. Mais de ces ombres, tu en rencontres de moins en moins. Elles ont de moins en moins d'intensité. Tu n'oses toujours pas aller chez le psychiatre, faire constater que tu vas mieux. De crainte que cette envie d'y aller voir si tu n'y es plus ne serait pas le début d'une rechute.

Il te faut pourtant bien te faire à l'idée. Tu sembles délivrée du plus gros de ta dépression. Tu as pris ton rythme de croisière de retraitée. Tu profites de la vie, sans ombrages, sans dommages. L'air est doux. Tu aimes toujours autant l'automne et son doux soleil doré. 

Cet après-midi, tu as ressorti un vieux vélo tout-terrain que tu utilisais avant de faire l'achat d'un cycle à assistance électrique, tant tes forces t'avaient abandonnées. Tu es allée te promener, malgré les terrain pentu des environs. Tu habitudes sur un mont. Tes cuisses l'ont bien sentie, la montée, les montées. Mais ton corps était en forme. Tu as pu te promener en te forçant à ne pas abandonner. Tu as fait les pauses nécessaires à la reprise de ton souffle. Tu as même visité le cimetière voisin à mi-pente. Joli jardin calme. Les pierres sont de sobres dalles au sol. Quelques fleurs dépassent. Quelques plaques dressées également. Rien ne dépasse les trente à quarante centimètre. C'est un cimetière sobre. Ce n'est pas racoleur. Ce n'est pas moralisateur. C'est un beau jardin. Avec un banc. Pour s'y asseoir. s'y refaire le souffle, avant de repartir. Dommage, la fontaine verte à l'ancienne ne distribue que de l'eau non potable. Tu bois dans ta petite bouteille de plastique.

Tu hésites à redescendre chez toi. Tu n'as pas regardé l'heure de ton départ. Tu ne fais pas la course avec toi-même. Tu as eu une irrésistible envie de te promener à vélo. Tu y es allée. Heureuse de trouver encore ici, ton vieux vélo qu'il a fallu regonfler et dont vous avez baissé la selle. Un peu trop.

Tu fais ton petit tour. Pas de casque ici. Tu hésites. L'envie est trop forte. Tu y vas. Doucement.

Après ta pause à mi-montée dans le jardin du souvenir où personne ne t'attend, tu es ensuite passée par le parc. Tu décides de ne pas rentrer tout de suite. Tu penses ton itinéraire de retour, sans plus de montée, sauf une dernière, qui te surprend, mais que tu gravis sans regimber, la gambette agile et fraîche.

A peine rentrée, tu te mets à faire de la cuisine. Plein de cuisine. Des plats d'avance, pour demain, à congeler, avec les légumes de ton jardin de là-bas. Tu t'affaires, toute la soirée. Tu y es encore. Tu surveilles la cuisson d'une innovation du jour qui te faisait envie depuis si longtemps : une Tatin de tomates au vinaigre balsamique. Le jus est doux dans la poêle. La pâte feuilletée gonfle. 

Le chronomètre sonne. Tu vas voir si la cuisson est terminée. Ton texte est fini. Le plat est parfait.

Bonne nuit. Douce nuit.

Pour les gourmands, la recette est là :

Si on m'avait dit un jour que je prendrai tant de plaisir à faire la cuisine, jamais je n'aurais pu l'imaginer. 

Pourtant, c'est un fait. Et un bien fait.

Bienfait de la retraite, de la pharmacopée et de la volonté retrouvée réunies.

© Simone Rinzler | 28 septembre 2015

On s'amuse bien, à ne rien faire d’important à L'Atelier de L'Espère-Luette.