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dimanche 4 octobre 2015

#20 CR Carnets de retraite : Anamnèse 1 Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. Jétais enfant. j'inventais un type nouveau de roman.

#20CR Carnets de retraite : 

Anamnèse 1 : 

Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. J'étais enfant. J'inventais un type nouveau de roman....


Je me souviens de mes premiers rêves de romancière. J'étais enfant. J'inventais un type nouveau de roman. Je pense que je devais être encore à l'école primaire. J'avais envie d'être romancière. J'imaginais un roman qui passerait d'un personnage à l'autre, au gré des rencontres dans la rue.

Sans le savoir, j'étais déjà dans une démarche proche de celle de l'OuLiPo et, sans le savoir, Pérec, Le Lyonnais et Queneau m'avaient déjà plagiée par anticipation, selon la formule oulipienne consacrée.

Ensuite, les souvenirs sont plus flous. Avais-je sur-le-champ inventé l'histoire de la puce qui saute de personne en personne comme elle saute de chien en chien, ou l'histoire de la puce, trouvée ailleurs dans des blagues dont j'étais friande, s'est-elle superposée sur ce qui était mon idée de roman, je ne saurais le dire.

J'imaginais une histoire, histoire sans fin, d'une histoire qui sauterait de personnage en personnage. Je n'avais pas d'idée précise de ce que raconterait cette histoire.

Depuis que j'écris (quand je dis "J'écris", je veux toujours dire que j'écris dans le cadre d'un projet littéraire et non plus universitaire), depuis que j'écris, voici plus de deux ans maintenant, je sens bien que ce que je ne savais pas être mon projet de roman se concrétise sous la forme d'une écriture du fragment.

De l'éparpillement des observations du monde surgit une image du monde, de mon monde, tel que je le vois.

Le monde tel que je le vois n'est LE monde. C'est la vision que j'ai du monde, attachée à ma propre perception de (petite) personne. Ce n'est pas LA vérité du monde, c'est la Justesse du monde tel que je le vois, tel que je l'envisage.

Or personne ne garde jamais la même vision du monde. Les circonstances, ce que l'on vit ou a vécu, ce que l'on attend, espère ou craint colore notre vision du monde. Je ne fais pas exception à ce qui me semble être une vérité universelle (et ne l'est donc probablement pas pour tout le monde). Ce n'est pas une vérité universelle. Ce qui compte n'est pas le vrai, mais ce qui est juste. Je devrais alors parler de Justesse universelle, mais je crains de tomber dans le pompeux et de faire perdre patience à mes lecteurs. 
Il paraît que j'en ai. 
Ce qui me ravit et combe mon rêve de petite fille qui se rêvait écrivain, mais ne s'était jamais rêvée Professeur d'université...Peut-être une des autres raisons de l'échec dans la toute dernière ligne pas si droite ? Je n'en avais jamais vraiment rêvé. je n'étais pas prête à tout pour être Professeur des universités, dans les conditions actuelles. Vous savez, ce refus que l’on peut avoir à collaborer à quelque chose qui nous fait horreur... Ma fibre politique, qu'on la prenne par le bout de l'Humanisme, du Communisme, de l'Anarchisme, du Christianisme ou de la Judéité, me dictait de ne pas collaborer. Certes, j'aurais pu continuer à faire ce que j'avais toujours fait. Rester et résister. Mais mes forces de résistances s'étaient épuisées. J'étais arrivée tout au bout d'un processus dont le but n'était pas de publier des livres, de devenir Professeur d'Université, mais bien de continuer mon chemin d'homme de sexe féminin.
Cette digression, fort à propos, me ramène à mon sujet. Je suis une femme du fragment, de la vie fragmentée. Mon travail d'écrivain est de donner une cohérence à cet ensemble de fragments. Non pour écrire vrai. Mais pour écrire juste

Et non plus, juste pour écrire, sans but.

Au fur et à mesure de l'écriture, s'instaure une écriture du monde. Juste comme je le vois. Juste et juste.

Je ne peux écrire sans partir de moi.

Pour donner une vision juste du monde, comme je le vois, à ce moment d'écriture-là.
© Simone Rinzler | 4 octobre 2015 – Tous droits réservés
Je suis retournée à l'atelier de la pensée à L'Atelier de L'Espère-Luette