Rechercher dans ce blog

jeudi 8 octobre 2015

#24CR Carnets de retraite : Jour de colère, que ce jour-là (Dies irae, Dies illa)

#24CR Carnets de retraite : Jour de colère, que ce jour-là (Dies irae, Dies illa - À entendre dans la version du révéré Requiem de Mozart, chant de joie de mes débuts de choriste) 

Après un début de semaine mitigé, pour ne pas dire catastrophique, car il ne faut rien exagérer, je me demandais où j'allais avec ces carnets de retraite. 

Je me sentais m'enliser. 

Ce soir, je n'avais vraiment pas le moral.

Beaucoup de déconvenues etaient venues ternir ma retraite paisible et ma remise sur pied. Je devais voir ma vieille amie d'enfance lundi. Je devais voir une amie de la fac mardi. Les deux m'ont fait faux bond. 

Si je suis assez grande pour comprendre les raisons valables de l'une comme de l'autre, la journée de mardi ne se passa pas comme je l'avais imaginée à la suite du passage au Plan B. J'avais décidé de me rendre dans la banlieue voisine, mais tout alla de travers. 

Avant d'aller lire "Le Roman de Bolaño" à la terrasse d'un café avant de faire mes provisions de "courses sèches", je passai chez ma coiffeuse pour lui demander, étant donné l'heure déjà avancée de l'après-midi, de me couper la frange avant de revenir me faire faire un balayage blond le lendemain ou le surlendemain. La patronne était là avec une employée. Elle terminait le coiffage d'une cliente et me jeta entre les pattes de son employée que je ne connaissais pas qui me demanda ce que je voulais et coupa quelques toutes petites mèches. 

L'opération ne dura pas plus de deux minutes. 

Elle commençait à me parler de ce qu'elle pourrait me proposer comme autre teinture, la proposition avait l'air intéressante et je me dis que cela me te tentait bien. 

Elle voulut que je prenne rendez-vous tout de suite pour le lendemain. Mais j'attendais le lendemain le coup de téléphone de mon amie de lundi pour fixer une date pour se revoir avant son départ probable à l'étranger. Je ne voulais me bloquer ni le jeudi, ni le vendredi.

Je me levai, repris mon manteau, mon sac et j'étais en train de fouiller dans mon porte-monnaie pour donner un pourboire à la coiffeuse quand la patronne se lit à lui souffler plusieurs fois : "Cinq euros ! Cinq euros !". Interdite, ce service avait toujours été gratuit ici, je venais de donner un euro à la coiffeuse, pensant revenir le jeudi, jour où les services sont à moins 20 %, et lui donner un pourboire plus conséquent lorsque j'aurais été tout de neuf recoiffée deux jours plus tard. 

J'étais furieuse, mais comme je suis en plein sevrage d'anxiolytiques, j'ai pensé que je réagissais outragèrent et décidait dans le doute de m'abstenir de rétorquer quoi que ce soit, moi qui n'avait pourtant jamais complètement eu ma langue dans ma poche pour me faire respecter. 

Sortie de chez le coiffeur, le charme de la solution de remplacement à la visite de ma deuxième amie était rompu. Il avait plu, il commençait à se faire tard, et j'hésitai à m'asseoir sur une chaise de terrasse humide. Cela ne me gêne nullement d'habitude. L'eau ne m'a jamais fait fondre. Mais j'étais tellement en rage que jeu peur de gesticuler et de passer pour une démente. Et l'envie de lire au calme, en terrasse, comme je le faisais quand je me rendais souvent à Paris, m'avait définitivement quittée. J'étais en colère. Pas pour la somme des cinq euros. 

Pour le principe. Annoncer le prix d'un service qui a toujours été gratuit, non pas avant la coupe, mais après, me parut plus qu'un peu déplacé. Mais plus que tout, je m'en voulais déjà de n'avoir rien dit.

Toujours agacée, franchement en colère, je décidais de faire un tour dans la ville et de découvrir une rue dont je ne connaissais que le début en allant jusqu'au bout, pour y regarder un magasin de chaussures, une mercerie, une lingerie. Je n'étais jamais allée au-delà du marchand de chaussures. La rue débouchait sur un carrefour que je connaissais bien et où j'étais passée des dizaines de fois pendant des années. Juste avant le carrefour, je découvris une seconde librairie que je ne connaissais pas encore. J'y fais un tour, feuilletant des livres, sans rien acheter. J'ai une collection de livres à lire assez imposante et j'avais deux projets de lecture pour sortir de la lecture de "Lambeaux" et de "L'Année de l'éveil" de Charles Juliet, car je calais sur le troisième ouvrage "L'Inattendu", un peu décevant après la découverte bouleversante du premier récit. 

De retour au parking, je ruminai. Irais-je ou n'irais-je pas déverser mon ire chez la coiffeuse ? La colère était tombée. Mais plus j'approchais de la boutique face à l'entrée du parking, plus ma colère reprenait. Incertaine quant à  la raison de ma colère (je ne suis pas assez colérique et absous plus vite les autres que moi), je laissai à la coiffeuse le bénéfice du doute et rentrai chez moi.

L'incident m'avait cependant désarçonnée. Au point où j'en parlais à ma fille ce matin, alors que nous étions ensemble avec les petites dans son appartement. Elle comprit ma colère et me dit qu'elle aussi aurait été en colère. Elle n'est pas colérique non plus.

Et puis ce soir, à l'approche de la nuit tombante, pendant que Mon Prince, etc. était à l'extérieur, je commencai à me sentir de plus en plus mal. Ce soir, nous avions un ami à la maison. A leur arrivée à tous les deux, je déclarai que je ne me sentais pas très bien, que je,me sentais déprimée, pas en forme, pas bien et que j'avais besoin d'être chouchoutée. Comme à son habitude, Mon Prince, etc. partit d'un éclat de rire et déclara : "T'es mal tombée !". Nous rîmes tous les trois. 

L'ami parti tôt, nous prîmes du temps pour discuter. J'avais besoin de parler avant ou à la place de faire l'amour. Je lui racontai tout ce qui, mis bout à bout était en train de me faire craquer, peu à peu. La défection des deux amies, le comportement odieux de la coiffeuse, mon absence de réponse et le regret de ne pas avoir réagi. 

Oui. Il y avait bien là matière à ne pas se sentir très bien. Entre le sentiment d'abandon (il n'est pas facile d'organiser sa retraite après un burn-out si l'on ne veut pas retomber dans les mêmes travers de l'hyperactivité usante). Je m'étais fait une joie de revoir ces deux amies. Et voilà que la coiffeuse, de mauvais poil, dans son salon de plus en plus vide, et sans ses employés habituels, m'humiliait.

Je me sentais mal. La semaine avait bien mal commencé. 

La soirée avait été un tournant. Cela m'avait soulagée d'en parler avec l'ami et avec Mon Drôle De Prince Drôle. J'avais vraiment eu un début de semaine pourri. 

Quand je faisais beaucoup de choses, deux ou trois contretemps n'entamaient pas mon courage et mon entrain. Là, je venais de m'organiser plein de grandes et de petites joies de rattrapage, et rien n'avait marché. Il y avait de quoi ruminer.

Et puis, la série cessa. La soirée devint agréable, très agréable, même.

Et enfin, la surprise. Totalement inattendu. Une proposition de relecture de mon roman écrit cette anne l'or d'un atelier d'écriture en ligne, le Mooc Drafquest (saison 3 - 2015) est arrivée par Facebook. 

J'ai pour habitude de ne pas refuser une main tendue quand je me sens prête. J'étais prête. Mon premier roman est en relecture. Voilà quelques jours déjà que je pensais demander une relecture aux autres stagiaires. Sans avoir encore vraiment oser franchir le pas.

Cela devait se sentir que j'étais prête.

Et là, quoiqu'il advienne, je sais que ce n'était pas la dépression qui me jouait des tours. J'avais eu un début de semaine déstabilisant. J'avais été déçue. Rien n'avait marché.

Et voilà que tout est reparti vers une autre direction.

C'est la fin de l'entre-deux. Demain, je continuerai le tri de mes années de labeur. Cela aussi est perturbant. Mais cela n'empêche pas d'avancer. Au bon rythme. Sans se tuer.

J'envisage aussi de donner un virage différent à ces carnets de retraite. 

La lecture, déjà commencée du "Roman de Bolaño" d'Éric Bonnargent et Gilles Marchand va certainement y contribuer.

Déjà une excellente lecture. Différée pour cause de coiffeuse atrabilaire, entre autres. Le retour au livre prévu n'a pas tardé. J'y retourne avant l'extinction des feux.

© Simone Rinzler | 8 octobre 2015 - Tous droits réservés 

Et, finalement, que voilà une bien belle journée À L'Atelier de L'Espère-Luette