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lundi 9 février 2015

Tu n'es pas super en forme, tu n'es pas mal non plus, juste un peu désœuvrée...

Tu n'es pas super en forme, tu n'es pas mal non plus, juste un peu désœuvrée, un peu fatiguée.

Hier, pourtant, tu étais joyeuse, guillerette, heureuse même. Tu as fais la fête, à ta manière, tu ne peux plus, ne veux plus faire de gros excès. Tu as souhaité ta bonne nouvelle avec celui que tu appelles ici Ton Prince, etc., tu as partagé la bonne nouvelle et fait lire cette bonne nouvelle à quelqu'un qui compte pour toi et qui a bien partagé avec toi, ton petit bonheur qui s'était transformé en grande joie.

Pour fêter tout cela, tu as fait des folies de ton corps. Tu as mal au cuisses. Tu t'es couchée tard. Tu te sens comme si tu avais gobé toute la nuit dans un coin de boîte branchée, ton cerveau est comme éclaté, tu es fatiguée, exténuée, il va te falloir toute cette journées en entier pour récupérer.

Tu as des joies de mémère délurée et dès lendemains de junkie alcolo. 

Tu as fêté ton entrée dans ton nouveau monde, littéraire. T'es premiers textes sont publiés depuis hier. Tu as fêté ta première publication littéraire. Tu es dans le coaltar, le coltard. Tu fais-t'y ton post-partum ou tu as juste encore présumé de tes forces déclinées ? Tu ne peux pas le savoir et la réponse est aussi inutile que la question. 

Tu reposes ton vieux corps sur tes lignes d'écriture, ta tête n'est pas amorphe, elle est bien là. Un peu lente, ralentie par le corps qui retient tes efforts et t'empêche de poursuivre plus vite ta prise d'essor. Tu n'es même pas en colère. Tu sais qu'il te faut attendre. Que tout reviendra.

"Putain de bordel de merde de vieux corps ! Tu m'fais chier ! Attends voir que je puisse me relever ! Tu vas voir si j'suis mort, tu vas voir que j'm'en sors."
[Oui, car là, je m'étais recouchée après l'indispensable sortie à la pharmacie. Je me prépare pour un petit exploit, oh, tout petit, mais si grand quand même !]

"Non, mais t'as vu ce que tu m'as fait ! Tu m'as fait repasser au "Je" !"

C'est dire si la fatigue physique est bien là, si l'esprit elle endort.

Ça enrage, ça bouillonne, ça trifouille, ça s'énerve, là-d'dans. Mais ça ne peut pas rester debout longtemps. Ça s'assied, ça se couche. Ça se lève par petits bouts. Ça va faire une course indispensable de réassort, mais pour le reste, la tonicité, l'efficacité, ou même la simplicité du quotidien, il n'y a plus de ressort. Putain d'corps !

Demain, demain, tu seras bien. Tu le sais. Tu peux te calmer et te reposer sans gueuler. Tu verras bien que ça ne sert à rien. Quand rien de bien ne sort, eh bien, dors, ou fais semblant, sans faux-semblant. Annonce que tu te reposes et profite du passage. Il y a plein de passage. Tu es dans une maison de passe et repasse sans cesse. Tu n'es jamais bien longtemps seule ou isolée. Fais ta couvade au passage avec ta fille qui passe et repasse, qui couve ses filles, et entends le doux ronron des outils de Ton Prince Qui, etc., prépare la chambres des choupinettes au chaud encore, pour quelques tous petits mois. 

T'occupe pas de toi.

Repose-toi. T'as déjà moins mal aux jambes depuis que tu écris allongée, et, c'est la fête !, les muscles de ton cou se sont relâchés. Tu fais ce qui te plaît. Il n'y a plus que cela qui te va. Tu as cessé de te martyriser. Tu sais te soigner. Tu n'es plus le bourreau de toi-même. Héautontimorouménos, ce n'est pas vraiment toi.

Et là, maintenant, tu en as assez d'écrire avec ce "Tu" factice. Tu reprends pied dans la vie qui va.

Tu salues et tu t'en vas.

Bisous à tous 
(par écrit, c'est plus facile, tu ne sens pas ton haleine de cheval, et toi non plus, sale chacal !)

Tu vas fermer ce fichier-là et passer à un autre écrit plus virulent. Quand, immobilisée, la rage te prend, vite le sac, vide tout, faut que ça sorte, à l'abri pendant quelques temps.

Crie, gueule, chante à pleine puissance. Tu serais prête pour tenter un Wagner. Tu te sens Walkyrie qu'a pas envie de rigoler. Tu es enragée comme une Reine de la Nuit, tragique comme une héroïne de Schubert, déchirée comme la femme des amours et des tristesses de Schumann. 

Musique. 
Musique. 

Musique ! 

Lyrique ! 

Puissante ! 

Enragée ! 

Souffle prolongé de la voix qui donne du plus fort de son corps, et encore, et encore, et plus fort, jusqu'à l'acmé, jusqu'à la perte du dernier souffle. Danse avec les sorcières sur le Mont Chauve, atterris à New York aux accents cuivrés de Dvorak, trompette avec Charpentier [ eh oui ! Fans la permiffion de Monfieur de Lully, avec de faux "F" à la place de "S", tu en ris encore de cette vieille blague de X De Chœur], TEMPÊTE !

Tempête.

Cuivres, machine à vent, SATB fortissimo, tous les vents tonitruants, les cordes à plein régime, chef en sueur, musiciens en fureur, les timbales, les timbales, les timbales, le gong !

Redoux. La tempête se brise. Le calme revient. Les jambes fourmillent. Tu te lèverais bien. 
Mais, faut pas déconner !... 
Tu es si bien. 
Tu gardes tes forces pour la chevauchée de ce soir. 
Tu te ménages. 
Ne fais pas le ménage. 

Ce sera fantastique.

© Simone Rinzler | 9 février 2015 - Tous droits réservés 

[En tête au moment de poster, le Dies Irae du Requiem de Mozart, dies irae, dies illa, jour de colère, que ce jour-là...]